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Le spectre du « bolchévisme » et la grève générale de Winnipeg de 1919

DOSSIER - Nouveaux Cahiers du socialisme - No. 35 - Printemps 2026

La défaite des révolutionnaires à Winnipeg et l’arrestation des leaders n’a aucunement mis fin aux dangers pesant sur le Canada […] Les autorités ont en leur possession des preuves claires, irréfutables, que des agents (allemands) et ceux qu’ils manipulent préparent l’Est du Canada, en particulier le Québec et les provinces maritimes, pour la révolution ; que l’argent vient de sources allemandes ; et finalement, que le mouvement est entièrement dirigé par une seule source depuis les États-Unis, par un Allemand [Sauteri Nuorteva[1]] à New York, qui a exercé une grande influence à Ottawa. […] Nous n’avons pris conscience de la situation que lorsqu’il eut presque accompli une partie de son plan – établir un gouvernement soviétique à Winnipeg.

  • Lieutenant-colonel J. B. Maclean, « Planning Soviet Rule in Canada[2] »

Ce cri d’alarme a été lancé en août 1919 par John Bayne Maclean, l’un des nombreux adversaires du mouvement ouvrier et des organisations de gauche peu après la grève générale de Winnipeg. L’idée que cette grève représentait un signe clair d’un « complot bolchévique » au Canada était répandue chez les classes dirigeantes. L’association entre les bolcheviques et les Allemands était un héritage de la Première Guerre mondiale : après leur retrait du conflit en 1917, les Russes sont rejetés dans le camp des ennemis. À la suite de l’Armistice en 1918, on soupçonnait les Allemands d’envoyer des émissaires chargés de fomenter des révolutions dans les pays ennemis, d’où leur relation présumée avec les bolcheviques. Au Canada comme ailleurs, la « guerre contre les rouges » a pris le relais de celle contre l’Allemagne. À la suite d’une information des services de renseignement britanniques voulant que Lénine finançait des campagnes de propagande à l’étranger, lesquelles étaient censées frapper l’Amérique au début de l’année 1919, le gouvernement de Robert Borden a décidé de maintenir les mesures répressives contre la classe ouvrière et ses organisations adoptées durant la guerre[3]. Ainsi, le lien avec les Allemands devenait accessoire en 1919 : l’ennemi numéro un était désormais les bolcheviques.

Au contraire de pays d’Europe centrale comme l’Allemagne, l’Autriche et la Hongrie, le Canada n’était pas exposé à une révolution. Néanmoins, on y éprouvait la même peur panique d’un renversement de l’ordre politique et social, condensée, comme en Europe, dans le concept de « bolchévisme ». Celui-ci renvoyait à la révolution d’Octobre 1917 en Russie et à ses conséquences. En Europe comme au Canada, le spectre du bolchévisme effrayait les classes dirigeantes qui craignaient une prise de conscience, par la classe ouvrière, de sa capacité d’agir et de son pouvoir, ce qui avait conduit à la révolution socialiste en Russie.

Si cette idée a pu se répandre au Canada, c’est parce que les conditions générales et la situation de la classe ouvrière étaient comparables à celles des pays européens. Les Canadiens et Canadiennes ont souffert aussi sur le champ de bataille et sur le front intérieur, ils ont vu leurs conditions de vie et de travail se détériorer davantage durant le conflit, tandis que leurs droits fondamentaux ont été sévèrement limités. Après avoir consenti à tous les sacrifices, ils s’attendaient à ce que l’État réponde à leurs besoins les plus urgents ainsi qu’à leur demande d’une participation plus substantielle au pouvoir ; et aussi, que les patrons écoutent leurs revendications. Dans un contexte marqué par le chômage, les pénuries, la pauvreté et parfois la misère, les masses se sont senties abandonnées à leur sort. Comme en Europe, les classes ouvrières canadienne et américaine ont riposté par des grèves en 1918 et en 1919. Les enjeux généraux étant similaires en Amérique du Nord et en Europe, les deux camps qui s’affrontaient dans la lutte des classes font appel à des symboles communs, au premier chef, le concept de bolchévisme.

Dès 1918, le constat d’une hausse significative des grèves au Canada favorise le discours du péril rouge. Plutôt que de se questionner sur les motifs du mécontentement ouvrier, le gouvernement Borden a préféré crier au danger socialiste et mettre en place des lois draconiennes pour réprimer la classe ouvrière. Sa stratégie a été de créer un ennemi intérieur qui, en plus, est manipulé de l’extérieur. La grève générale de Winnipeg s’inscrit dans cette conjoncture plus large, d’où elle sera analysée dans le présent article. Après un bref résumé des événements, l’article précisera les différentes dimensions et composantes du bolchévisme au Canada, avant d’analyser ses manifestations dans le contexte de la grève et d’estimer la part de réalité et de fiction dans le rôle qui lui a été attribué.

La grève générale de Winnipeg

Durant les six semaines de la grève générale de Winnipeg, qui a paralysé tous les secteurs, y compris les services essentiels, quelque 35 000 travailleurs et travailleuses se sont mobilisés. Le débrayage, déclenché par le syndicat des métallurgistes le 1er mai, suivi des travailleurs de la construction le lendemain, qui faisaient face à une impasse dans leurs négociations, s’est rapidement élargi aux travailleurs syndiqués d’autres secteurs, avec un vote majoritaire en faveur de la grève générale le 6 mai. L’essentiel des secteurs sont touchés, des opérateurs et opératrices téléphoniques aux employé·e·s du gouvernement, des postes et des transports, en passant par les coiffeurs et coiffeuses et les employé·e·s domestiques. Les policiers, les imprimeurs et les pompiers ont aussi exprimé leur volonté de se joindre au mouvement. Les revendications du mouvement, soit la reconnaissance de la négociation collective comme principe de base des relations de travail entre ouvriers et employeurs ainsi qu’un salaire décent, n’étaient pas seulement appuyées par l’ensemble des travailleuses et travailleurs syndiqués : elles ont aussi interpellé des non-syndiqué·e·s, qui constituaient le tiers des grévistes, dont beaucoup d’immigrants récents. Leur adhésion au mouvement, tout comme l’intégration de milliers de soldats de retour du front, a transformé la grève en un mouvement « sympathique » et indiquait qu’elle avait une portée sociale et politique qui dépassait de loin les demandes ponctuelles d’un ou deux syndicats.

Le Conseil du travail de Winnipeg (Winnipeg Trade and Labour Council) a mis sur pied un Comité de la grève générale pour coordonner celle-ci et assurer la disponibilité des produits de base et la prestation de services essentiels au début du débrayage. Ce comité avait pour pendant le Comité des 1000 citoyens, créé par des représentants de l’industrie et des professionnels. Décrivant sa mission première comme étant le maintien des services interrompus, ce comité déploiera un grand nombre de briseurs de grève. Il s’efforcera, en collaboration avec les autorités et le gouvernement fédéral, de saboter les efforts de négociation, de discréditer et de briser le mouvement de grève initialement pacifique ; le climat s’est détérioré sous l’effet combiné de mesures répressives de déportation d’étrangers, de l’activité « turbulente » des vétérans de guerre, de la création d’une force de police hostile à la grève et d’une vague de perquisitions et d’arrestations visant des leaders présumés de la grève. L’acte final de la grève générale de Winnipeg s’est joué le 21 juin, lorsqu’une marche pacifique de milliers de vétérans et de grévistes s’est heurtée à la Police montée – devenue plus tard la Gendarmerie royale – et à des soldats en véhicules militaires appelés en renfort par le maire de Winnipeg. Lors de ce « samedi sanglant », on a déploré une centaine de blessés et d’arrestations ainsi que deux décès. La grève prendra officiellement fin cinq jours plus tard.

Les visages du « bolchévisme » au Canada

Si le « bolchévisme » était surtout le fruit de représentations, souvent fantaisistes, il avait néanmoins un ancrage dans la réalité. Il renvoyait à deux niveaux de signification. Il y a d’abord le niveau concret qui s’incarnait dans les groupes, factions et partis se qualifiant de communistes ou se réclamant de la théorie et de la pratique des bolcheviques, ainsi que dans des formes d’organisation, comme les conseils ouvriers ; également dans des symboles, comme le drapeau rouge, qui était étroitement associé aux bolcheviques après la révolution d’Octobre 1917, et dans des slogans, comme l’appel à la dictature du prolétariat.

Depuis 1918, des socialistes révolutionnaires canadiens se donnaient le nom de bolcheviques. C’est le cas des membres du premier embryon du futur Parti communiste du Canada, qui s’est d’abord constitué en un « soviet » appelé le « Conseil provisoire des députés d’ouvriers et de soldats du Canada », ce qui évoquait le nom que portait le Soviet suprême de Petrograd. Ce groupe, petit et clandestin, était actif principalement au Québec et en Ontario. Son idéologie n’était pas purement bolchévique, mais plutôt un amalgame d’idées anarchistes, syndicalistes et « gauchistes », que Lénine dénonçait comme l’ultragauche[4]. Au printemps 1919, les bolcheviques canadiens ont fait circuler un pamphlet appelant à la dictature du prolétariat et à la formation de conseils.

Peu avant la grève générale de Winnipeg, l’idée de la « dictature du prolétariat » gagnait en popularité au sein de la gauche canadienne[5]. Or, pour une grande partie de cette dernière, cette dictature ne renvoyait pas à un gouvernement tyrannique s’appuyant sur la violence, mais à un ordre basé sur la justice sociale. C’est par une lutte menée en légitime défense que la classe ouvrière éliminerait la dictature de la bourgeoisie : telle était la vision de Bill Pritchard, du Parti socialiste du Canada (Socialist Party of Canada, SPC). Pour les socialistes révolutionnaires canadiens, les conseils ouvriers et les « parlements industriels » constituaient les organes qui incarnaient le socialisme et, par conséquent, la dictature du prolétariat[6].

Si le SPC prônait une idéologie proche de celle des bolcheviques, son action ne correspondait pas à sa rhétorique radicale. De tendance sectaire, il refusait de coopérer avec d’autres groupes socialistes ; il se méfiait des syndicats et considérait les réformes comme une perte de temps, voire une diversion de la lutte pour le socialisme. Exaspérés par cette attitude, des membres du SPC ont formé le Parti social-démocrate du Canada (Social democratic Party, SDP). Avant 1914[7], chacun de ces partis comptait quelque 3000 membres. Le SPD accueillait un grand nombre d’immigrantes et d’immigrants, des juifs, des Russes et des membres d’autres nationalités considérées comme suspectes, tels des Ukrainiens, des Polonais, des Finlandais. Ils y étaient regroupés en fédérations et formaient l’essentiel de l’aile gauche du parti, qui s’est jointe à l’embryon du Parti communiste du Canada. On soupçonnait ces immigrantes et immigrants, à tort ou à raison, d’avoir apporté avec eux une expérience concrète de la révolution[8]. En revanche, l’aile droite du SPD, principalement composée de femmes et d’hommes anglo-canadiens, était modérée et réformiste.

Quant à lui, le second niveau de signification du « bolchévisme », le plus répandu en Amérique du Nord comme en Europe, est celui des représentations. Il se déclinait en une variante négative – à laquelle il renvoyait lorsqu’il était utilisé comme étiquette – et une variante positive.

On qualifiait péjorativement de « bolcheviques » les socialistes de toute teinte, les personnes associées à la gauche ou même tout individu ne partageant pas le point de vue dominant. Or, le « bolchévique » était d’abord et surtout la figure imaginée du révolutionnaire, représenté par une imagerie spécifique, similaire à celle qui circulait en Europe centrale, relayée par les journaux et les revues. Le « bolchévique » était un homme à l’allure effrayante, mi-homme mi-bête, aux cheveux longs et hirsutes, au regard sauvage, portant des haillons et tenant une bombe dans une main – étant un terroriste – et un pamphlet politique dans l’autre[9].

Ce personnage et les individus ainsi stigmatisés incarnaient le danger du pouvoir des masses, la perspective de la révolution socialiste. Impliquant le renversement du capitalisme et l’abolition de la propriété privée, cette dernière affolait les classes dirigeantes. Le bolchévisme symbolisait la destruction du gouvernement constitutionnel au profit d’un régime « anarchique » fondé sur les soviets, le règne de la force brute et de la violence endémique et un effondrement social et moral complet. J. Castell Hopkins décrivait ainsi la situation en Russie soviétique : « La désorganisation, la famine, la liberté que chacun s’attribue, les crimes gratuits, cruels, l’éradication des lois sociales, des valeurs religieuses, le rejet de tout gouvernement responsable et l’immoralité [sont] érigé[s] en système[10] ». Les bolcheviques sont accusés de s’adonner à des « mutilations de toute nature » et de pratiquer le meurtre de masse « par privation de nourriture, par le feu, ou à la pointe des baïonnettes[11] ». Ce type d’histoire, courant en Europe, avait aussi l’avantage de justifier les interventions armées étrangères en Russie contre le gouvernement bolchévique, et auxquelles le gouvernement canadien prenait part en Sibérie.

En revanche, une grande partie de la classe ouvrière, de ses organisations et de ses leaders avaient une représentation positive du bolchévisme. À leurs yeux, il incarnait un projet social émancipateur dont les fondements avaient été posés par les bolcheviques. La révolution d’Octobre 1917 a inspiré les grandes grèves de janvier 1918 en Europe centrale (Autriche, Hongrie, Allemagne) durant lesquelles les ouvriers ont formé de premiers conseils ou soviets. Puisque les bolcheviques ont déclaré avoir donné le pouvoir aux soviets, les ouvriers ont associé les conseils à la révolution d’Octobre et, plus largement, à l’émancipation politique et sociale. Si les grévistes allemands et autrichiens n’envisageaient pas de prendre le pouvoir, ces hommes et ces femmes, par leur action, luttaient pour la paix et pour un changement social radical à l’avantage des masses et réalisé à travers leur action, ce qu’évoquait cette révolution. Il s’agissait d’obtenir des droits politiques étendus, une participation accrue au pouvoir politique, des conditions de vie et de travail plus décentes ainsi qu’une répartition plus juste de la richesse sociale. Ce bolchévisme n’avait rien à voir avec la dictature, l’anarchie et la violence auxquelles l’associaient les classes dirigeantes.

Dans les mois qui ont précédé la grève générale de Winnipeg, les arrestations liées à des soupçons de « bolchévisme » ou à des « délits politiques » se comptaient par dizaines. Dans ce contexte, toute manifestation ouvrière ne pouvait qu’être associée au « bolchévisme ».

Le « bolchevisme » et la grève générale de Winnipeg

La grève générale de Winnipeg a-t-elle été conçue comme une révolution, comme le prétendaient des individus comme Maclean et une grande partie des classes dirigeantes ? Aurait-elle pu devenir une révolution ? A-t-elle incarné des éléments du « bolchévisme », dans ses deux variantes ?

Dans le premier numéro du Strike Bulletin du Western Labor News, le 17 mai 1919, le Comité de la grève générale a précisé les causes de la grève. Est mentionné : le refus des patrons de reconnaitre le droit des travailleurs de s’organiser, de reconsidérer les horaires ou de réduire les heures de travail et de verser un salaire décent[12], au moins suffisant pour vivre jusqu’à la prochaine paie[13]. Les grévistes poursuivront le débrayage jusqu’à ce que tous les employeurs de la ville aient accepté les deux premières demandes[14].

Le Comité des 1000 citoyens, le pendant réactionnaire du Comité de la grève générale, s’est aussi donné un organe de communication pendant la grève, The Winnipeg Citizen. Il présente une tout autre vision de la grève :

Ce n’est pas du tout une grève, au sens ordinaire du terme – c’est une Révolution. C’est une tentative sérieuse de renverser les institutions britanniques dans ce pays occidental pour les supplanter avec un système bolchévique russe de gouvernement des soviets. Winnipeg est, de fait, gouvernée par le Comité central de grève du Conseil des métiers et du travail[15].

William Ivens, à la tête de la Church Labor et une figure centrale de la grève, est pointé du doigt comme dictateur autoproclamé : il aurait déclaré que Winnipeg était contrôlée par un soviet. Pour le Comité des 1000 citoyens, la grève soulevait la question suivante : bolchévisme et régime soviétique ou institutions britanniques et gouvernement constitutionnel démocratique ? « C’est là que réside le choix crucial[16] ». Pendant six semaines, la plupart des quotidiens de Winnipeg, mais aussi au Manitoba, puis à travers le Canada et aux États-Unis, relayaient une analyse similaire de la grève[17].

Pourtant, le 18 mai, Bob Russell avait indiqué devant une assemblée de 5000 grévistes que ceux-ci n’avaient « aucun désir d’usurper l’autorité ». C’est pour dissiper tout soupçon voulant qu’ils aient essayé d’établir un gouvernement soviétique que les grévistes se sont rendus à l’hôtel de ville pour demander la coopération de l’administration municipale[18]. S’ils estimaient les « banquiers, les courtiers et les grands intérêts » responsables des salaires misérables et de la hausse du coût de la vie, les grévistes n’avaient pas davantage l’intention d’exproprier les possédants[19]. Le message était clair : la révolution n’était pas à l’ordre du jour.

Néanmoins, certains faits pouvaient suggérer le contraire. Ainsi, Ivens avait déclaré que la grève ne prendrait pas fin avant que « nous ne possédions et ne contrôlions l’industrie ». Les travailleurs étaient « dociles », mais ils avaient « conscience de leur importance et ils ne voyaient aucune raison de ne pas posséder et profiter de l’industrie, puisqu’ils produisaient tout[20] ». Une telle déclaration évoquait le projet de syndicalistes radicaux comme ceux de la One Big Union (OBU), dont se méfiaient les autorités. Bien qu’Ivens ait répété que le débrayage n’était pas une révolution et que The Western Labor News écrivait noir sur blanc que le jour où les ouvriers seraient prêts à prendre le contrôle de l’industrie était encore loin[21], il y avait matière à nourrir la paranoïa des classes dirigeantes.

Les accusations de complot bolchévique, peu crédibles, coexistaient avec une autre version des faits, non moins incriminante. Le Comité des 1000  citoyens prétendait que l’essentiel du mouvement syndical et des grévistes n’était ni en faveur de la grève ni bolchévique, mais manipulé, abusé par « l’élément rouge », qui se serait imposé au mouvement ouvrier[22]. Peu importe la version retenue, les classes dirigeantes criaient haut et fort que le bolchévisme avait saisi Winnipeg[23].

Pourtant, les bolcheviques au Canada, réels ou supposés, n’avaient pas la volonté et n’étaient pas en mesure d’orchestrer une révolution ou de tenter de prendre le pouvoir. Le Parti communiste était en processus de formation et ne comptait que des forces modestes. Le nom original de Conseil provisoire des députés d’ouvriers et de soldats du Canada évoquait les conseils de députés en Russie et en Europe centrale, qui ont organisé des milliers d’ouvriers durant les grandes grèves de janvier 1918, ou encore le Soviet des députés d’ouvriers et de soldats de Petrograd, qui assumait le pouvoir aux côtés du gouvernement provisoire – comme le prétendait le Comité exécutif des conseils d’ouvriers et de soldats du Grand Berlin créé en novembre 1918 en Allemagne[24]. Toutefois, le Conseil provisoire, au Canada, un petit groupe clandestin essayant de se constituer en un parti, n’avait rien de comparable. De plus, pendant la grève, une douzaine de ces bolcheviques canadiens subissaient un procès en Ontario – sans lien avec le débrayage – et ont été condamnés à des peines d’emprisonnement. Quant au SPD, il était miné de l’intérieur par les orientations de plus en plus incompatibles de son aile droite, sur le point de se joindre au Canadian Labour Party (Parti travailliste canadien), et de son aile gauche, révolutionnaire[25]. Le SPC, le Parti socialiste du Canada, malgré sa posture révolutionnaire, a accueilli avec indifférence la nouvelle du déclenchement de la grève générale, et son journal, The Red Flag, n’a couvert le débrayage qu’au neuvième jour. Même face à un vaste front uni de la classe ouvrière, son sectarisme l’empêchait de s’associer à une grève générale déclenchée par des syndicats, bien que des leaders de la grève soient issus du parti, et que certains aient aussi participé à la constitution de l’OBU.

L’OBU incarnait un courant syndicaliste d’esprit socialiste révolutionnaire. Il appelait à la socialisation de l’industrie. L’OBU misait sur le militantisme industriel, « un aspect nécessaire de la prise de contrôle révolutionnaire de l’industrie capitaliste », qui accompagnerait la saisie des commandes de l’État, mais prendre le pouvoir n’était pas la tâche de l’OBU[26]. De plus, la Conférence du travail de l’Ouest canadien (Western Labour Conference) de mars 1919, dont les participantes et participants ont décidé d’amorcer des démarches pour la création de l’OBU, s’est déclarée « officiellement en accord et en pleine sympathie avec les buts et objectifs des révolutions bolchevique russe et spartakiste allemande [27] ». En outre, la conférence a endossé l’idée de la dictature du prolétariat, selon la définition donnée précédemment[28]. L’OBU a parfois été pointée du doigt comme le responsable de la grève à Winnipeg, mais elle ne se serait constituée qu’en juin 1919[29].

Néanmoins, il n’est pas exagéré de suggérer que des éléments de « bolchévisme » ont émergé durant la grève, d’abord, quant au rôle et aux prérogatives du Comité de la grève générale, qui évoquent ceux des conseils apparus en Russie et en Europe à l’époque. Les adversaires du mouvement l’ont repéré rapidement, contrairement à ses acteurs[30]. Le Comité de la grève générale réunissait 300 délégué·e·s des syndicats participants et il était surplombé d’un Comité central de 15 membres faisant office de comité exécutif. Il évoquait d’emblée les comités de grève ou les conseils à l’échelle municipale qui ont vu le jour à Petrograd en février 1917, puis à Vienne et à Berlin en janvier 1918. Si certains comités de grève disparaissaient une fois le débrayage terminé, parce qu’ils se limitaient à organiser les ouvriers, à articuler leurs demandes et à lutter pour des enjeux immédiats et à moyen terme, d’autres se pérennisent, devenant des organes de démocratie de la base ou de démocratie industrielle, souvent sous la forme de conseils. À un stade supérieur de leur développement, ils peuvent devenir les dépositaires du pouvoir politique : la transition d’un stade à l’autre peut se produire très rapidement, comme l’ont montré les conseils de marins formés en octobre 1918 et plusieurs conseils ouvriers constitués en novembre 1918 en Allemagne. Dès 1918, les conseils constituent un élément central du « bolchévisme », perçu négativement ou non. En outre, à Winnipeg, trois représentants de l’Association des anciens combattants de la Première Guerre mondiale (Great War Veterans’ Association) formée durant la guerre et qui luttait pour des enjeux économiques spécifiques aux soldats, mais aussi pour les principales revendications des ouvriers, tout en dénonçant les inégalités économiques et en réclamant des réformes politiques, ont rejoint le Comité de grève[31]. Cette union des figures du soldat et de l’ouvrier pouvait évoquer les grands conseils de Petrograd et de Berlin et signaler un risque de « dérive » révolutionnaire.

Les comités ou conseils municipaux peuvent prendre en charge des tâches essentielles à l’organisation politique et sociale[32], comme la sécurité publique et l’approvisionnement en biens essentiels. À Winnipeg, c’est à la demande du Comité de la grève générale que les policiers qui souhaitaient intégrer le mouvement sont restés en poste. Le Comité a aussi invité les grévistes à participer activement au maintien de la sécurité publique, enjoignant chacun à devenir « un policier extraordinaire[33] ». Confier la sécurité publique aux ouvriers constitue une pratique attestée en Russie, après la Révolution de février 1917, où cette pratique a pris une tournure formelle : des comités d’usine et de quartier ont formé des brigades ouvrières investies de cette tâche. Ces brigades, qui fusionnaient dans la Garde rouge, ont joué un rôle important dans la révolution d’Octobre. Un tel niveau d’organisation n’aurait pas été tenté à Winnipeg.

Le Comité de la grève générale a aussi assuré l’approvisionnement en produits essentiels et déterminé les conditions de la production et de la prestation de services à Winnipeg. Ce faisant, il s’est positionné comme pouvoir parallèle à l’échelle municipale. Le Comité déterminait quelles activités productrices et quels services étaient essentiels et devaient être maintenus pour assurer la sécurité et le bien-être de la population, et dans quelle mesure. Par exemple, la production de pain et de lait était encadrée et la vente permise chez des détaillants autorisés par le Comité ; l’approvisionnement en eau couvrait uniquement les besoins domestiques et les services médicaux étaient maintenus. Le Comité de grève a aussi mis sur pied un comité alimentaire pour gérer la distribution des denrées alimentaires et créer des cafétérias[34]. Cette organisation était complétée par des initiatives citoyennes, ce qui témoignait d’une volonté et d’une capacité d’auto-organisation de la population : ainsi, la soupe populaire de la Ligue ouvrière féminine (Women’s Labor League) permettait de nourrir 1 500 personnes par jour[35].

Les vastes assemblées publiques constituent une autre caractéristique associée à la démocratie directe et à la démocratie des conseils. Cent soixante-dix assemblées réunissant chacune des milliers de grévistes se sont tenues à Victoria Park durant la grève. Cependant, elles n’avaient qu’un caractère informatif. Les assemblées de soldats démobilisés étaient d’un tout autre ordre. Les vétérans grévistes ont mis sur pied un « parlement de soldats » fondé sur un principe égalitaire inconnu dans l’armée. En plus de discuter des revendications des soldats, on y critiquait les classes dirigeantes et le système établi, on esquissait les transformations souhaitables et on décidait en commun des actions à privilégier durant la grève[36]. Ce parlement, qui incarnait un défi au pouvoir de l’État, peut être considéré comme un organe de démocratie directe, voire de démocratie des conseils. Il ne restait plus aux soldats qu’à s’organiser en conseils, comme en Russie et en Europe centrale, où leur potentiel d’agents révolutionnaires a été démontré. En février 1917, le ralliement des soldats aux grévistes a signé l’arrêt de mort du régime tsariste. Les autorités canadiennes étaient conscientes de l’impact du ralliement des soldats sur la réussite d’une révolution armée[37]. D’ailleurs, l’attitude de confrontation des vétérans grévistes a été qualifiée de « mutinerie d’ex-soldats » dirigée contre le gouvernement[38]. Ces soldats effectuaient des marches quotidiennes vers les principaux lieux du pouvoir et attiraient parfois jusqu’à 10 000 vétérans, en dépit de l’interdiction des autorités. Ils réclamaient la satisfaction des revendications des grévistes, le droit à la grève pour les travailleurs non syndiqués et le retrait des forces de police spéciale. Celles-ci, constituées en grande partie d’éléments opposés à la grève, y compris de vétérans animés d’idées réactionnaires, ont remplacé la police régulière, congédiée en bloc le 9 juin, en raison du refus des policiers d’accepter une restriction de leur droit de se syndiquer et de faire la grève[39]. Leur présence a favorisé la violence.

L’humeur contestataire des soldats présentait un potentiel révolutionnaire. La veille du samedi sanglant, 5 000 vétérans, excédés que le Comité des 1000 citoyens « impose sa volonté à 200 000 citoyens », ont voté pour une marche silencieuse d’indignation. Les propos de vétérans comme Joseph Martin, qui a suggéré de démettre les élus municipaux de leurs fonctions, ou de James Grant, qui a déclaré : « Ils parlent de soviets et de révolution et s’ils n’y prennent garde, c’est un gouvernement des soviets que nous établirons[40] », sont frappants. Leur leader désigné, Roger Bray, arrêté durant la grève, avait appelé au contrôle ouvrier de l’industrie et évoqué que des milliers de soldats étaient prêts à saisir les casernes[41]. On ne saurait chercher de plans concrets derrière ces paroles, mais elles exprimaient un état d’esprit qui, associé à la colère des ouvriers, aurait pu conduire à une insurrection, si tous les groupes en grève s’étaient unis dans l’action.

Conclusion

Depuis plus d’un siècle, le péril rouge est une arme habituelle dans l’arsenal des classes dirigeantes et de la droite pour discréditer les mouvements et formations de gauche de toutes nuances ou progressistes, en les qualifiant à l’époque de « bolcheviques », et par la suite de « communistes ». Il s’agit de détourner la classe ouvrière de ses propres organisations pour l’isoler et lui faire douter de son pouvoir de transformation de la société dans un sens progressiste. Employé comme étiquette, le concept de « bolchévisme » ou de « communisme » veut conjurer le danger de la révolution.

C’est à tort que huit leaders présumés de la grève générale de Winnipeg ont été traduits en cour pour complot séditieux sur la base de telles accusations, car la grève n’a pas été conçue comme une révolution. Toutefois, certaines conditions et certains développements auraient pu favoriser une évolution dans ce sens. Avant la grève, un grand nombre de travailleurs et travailleuses désignaient le capitalisme comme la principale cause de leurs problèmes. Ils déploraient de ne pas toucher pleinement les fruits de leur travail et beaucoup appelaient à substituer un principe de production aligné sur les besoins réels[42], une caractéristique du socialisme, à la logique productrice orientée vers le profit. D’ailleurs, une grève générale, de par nature politique, constitue une contestation de l’ordre établi et soulève la question du contrôle de la richesse sociale et de la répartition du pouvoir[43].

On retrouvait bel et bien des éléments de bolchévisme à Winnipeg. Loin de correspondre au portrait apocalyptique qu’en brossaient les opposants à la grève, ces éléments incarnaient le meilleur des expériences révolutionnaires récentes en Russie et en Europe centrale. L’immense front ouvrier, qui transcendait de multiples lignes de fracture comme la qualification professionnelle, le secteur d’activité, l’ethnicité et le genre, soudé par une même volonté de créer un ordre social plus juste[44], possédait un énorme potentiel. Le Comité de la grève générale, dont le rayon d’action était municipal, organisait la masse en grève, mais organisait aussi la production, la distribution de biens et la prestation de services essentiels : il constituait un élément de bolchévisme. L’inclusion de soldats militants progressistes dans le Comité ouvrait la possibilité d’une collaboration étroite entre les ouvriers et les soldats. Quant à elle, la mise sur pied d’un parlement de soldats où on débattait et prenait des décisions en commun incarnait aussi, de facto, un pouvoir parallèle.

Cependant, il y a eu des occasions manquées. Le Comité aurait pu évoluer en un organe de pouvoir, devenir ce « soviet » qui, selon les opposants de la grève, contrôlait Winnipeg. Organiser les « policiers extraordinaires » – les grévistes –, les policiers licenciés et les soldats démobilisés en une force capable de tenir en échec la « police spéciale » réactionnaire aurait permis d’assurer l’ordre public de manière autonome et, en le protégeant, de faire progresser le mouvement. Les comités et les conseils ont le potentiel de devenir des organes révolutionnaires, ou même des organes de pouvoir, si leurs délégué·e·s – qui appartiennent souvent à des partis – et leur base sont animés d’une telle volonté. Ce n’était pas le cas à Winnipeg en 1919. Le facteur subjectif faisait défaut.

D’ailleurs, les leaders syndicaux à la tête du mouvement s’en sont tenus à des demandes limitées, modestes, croyant vraisemblablement augmenter ainsi leurs chances de succès. Or, après la grève, le droit à la négociation collective ne sera pas étendu, les travailleurs et travailleuses n’obtiendront pas un revenu décent ; pire, plusieurs grévistes perdront leur emploi ou des avantages sociaux, malgré une revendication qui demandait la réintégration des travailleurs[45]. Qui plus est, les autorités ont mis en place des mesures répressives plus larges, avec une modification à la Loi sur l’immigration qui simplifiait l’expulsion du pays des travailleurs migrants, surtout ceux identifiés comme radicaux, et un amendement au Code criminel restreignant les libertés civiles. En outre, les gouvernements et les élites économiques ont instauré un régime de relations de travail nuisible à la classe ouvrière à travers le pays jusqu’à la Seconde Guerre mondiale[46]. Le syndicalisme, terrain d’origine et assise de la grève – le Comité de la grève générale étant composé surtout de délégués de syndicats en grève – n’avait pas les capacités suffisantes pour faire avancer les demandes des grévistes. À ce moment-là, il n’y avait pas de parti révolutionnaire doté d’un programme politique clair en mesure de guider les efforts de la classe ouvrière afin qu’ils portent fruit.

Ainsi, la grève générale de Winnipeg a quelques leçons essentielles à nous donner. D’abord, non seulement le fait de limiter ses revendications ne conduit pas au succès, mais la timidité dans l’action peut attirer la répression. Ensuite, l’union de la classe ouvrière dans le cadre d’une grève générale augmente les chances de succès et ouvre une fenêtre d’opportunités pour le changement social radical. Cependant – c’est la dernière leçon –, la classe ouvrière doit au préalable être organisée politiquement pour être en mesure de saisir ce moment éphémère.

Le bolchévisme de la pratique et de la théorie d’Octobre 1917, qui a inspiré la classe ouvrière à la recherche d’un projet social émancipateur à travers l’Europe et l’Amérique, est porteur d’éléments féconds encore pour aujourd’hui.

Par Marie-Josée Lavallée, docteure en histoire, chercheuse et enseignante


  1. Maclean reprend le récit des autorités américaines qui croyaient que le bureau soviétique à New York, alors sujet à une enquête, était le siège d’un « complot bolchévique » en Amérique. Nuorteva, un simple employé, n’était pas le cerveau du prétendu complot. Ce bureau a été créé par Ludwing Martens pour favoriser la reconnaissance du gouvernement soviétique par les États-Unis au moyen de relations commerciales, non pour faire de la propagande. Aucune preuve n’a été produite que Martens et Nuorteva agissaient pour l’établissement d’un gouvernement basé sur les soviets et que le second avait des relations étroites avec le gouvernement canadien. Francis Daniel, Le péril rouge. La première guerre canadienne contre le terrorisme, 1918-1919, Montréal, Lux, 2012, p. 81-82.
  2. Lieutenant-colonel John Bayne Maclean, « Planning Soviet Rule in Canada », Maclean’s Magazine, 1er août 1919, p. 33. Maclean a fondé le Maclean’s Magazine et le Financial Post.
  3. Daniel, 2012, op. cit., p. 71.
  4. Ian Angus, The Canadian Bolsheviks. The Early Years of the Communist Party of Canada, 2e éd., Victoria, Trafford Publishing, 2004 [1981], p. 5, 19, 34-37, 40-44.
  5. Peter Campbell, « Understanding the Dictatorship of the Proletariat. The Canadian Left and the Moment of Socialist Possibility in 1919 », Labour / Le travail, vol. 64, automne 2009, p. 51, 53.
  6. Ibid., p. 61, 65.
  7. Angus, 2004, op. cit., p. 2-3, 5.
  8. Ibid., p. 5.
  9. Daniel, 2012, op. cit., p. 70-71, 143.
  10. Cité dans Daniel, 2012, op. cit., p. 74.
  11. Cité dans Daniel, 2012, op. cit., p. 74-75.
  12. Strike Committee, Western Labor News. Special Strike Edition, 1, 17 mai 1919, 2.
  13. « Surging Throng Packs Church in Industrial Bureau », Western Labor News, 1, 3, 1.
  14. Western Labor News 1, 17 mai 1919, 2.
  15. « The Strike Situation in Winnipeg », The Winnipeg Citizen, vol. 1, 19 mai 1919, n° 1.
  16. Ibid.
  17. James Naylor, Rhonda L. Hinther et Jim Mochoruk, « “Strike or Revolution” Redux : The Historiography of the Winnipeg General Strike », dans James Naylor, Rhonda L. Hinther et Jim Mochoruk (dir.), For a Better World. The Winnipeg General Strike & The Workers’ Revolt, Winnipeg, University of Manitoba Press, 2022, p. 18.
  18. « Surging Throng Packs Church in Industrial Bureau », Western Labor News 1, 3, 3.
  19. « Our Cause is Just », Western Labor News, 1, 4, 1.
  20. « Surging Throng Packs Church in Industrial Bureau », Western Labor News 1, 3, 3.
  21. « Why Permits are Issued », Western Labor News, 1, 3, 3.
  22. « The Strike Situation in Winnipeg », The Winnipeg Citizen, vol. 1, 19 mai 1919, n° 1.
  23. « An Appeal to the Real Labor Man », The Winnipeg Citizen, vol. 1, 19 mai 1919, n° 3.
  24. Ce conseil a été rendu impuissant dès le début par le Conseil des représentants du peuple. Voir Marie-Josée Lavallée, « Councils and Revolution. The 1918 German Experience », dans Andràs B. Göllner (dir.), The Forgotten Revolution. The 1919 Hungarian Republic of Councils, Montréal-Chicago, Black Rose-University of Chicago Press, 2022, p. 68-91.
  25. Angus, 2004, op. cit., p. 21, 39-40, 62.
  26. Larry Peterson, « The One Big Union in International Perspective : Revolutionary Industrial Unionism 1900-1925 », dans James E. Cronin et Carmen Siriani (dir.), Work, Community and Power. The Experience of Labor in Europe and America, 1900-1925, Philadelphie, Temple University Press, 2018 [1983], p. 53.
  27. Heritage Winnipeg, The 1919 Winnipeg General Strike : The Western Labour Conference in Calgary, blogue, 3 avril 2019.
  28. Voir Campbell, 2009, op. cit., p. 77.
  29. The One Big Union, Historical Sketch, Leaflet n° 7, Winnipeg, 1919, 2.
  30. Angus, 2004, op. cit., p. 54.
  31. David Thompson, « From Patriotism to Insurgency : The Shifting Allegiances of Winnipeg 1919’s Striker-Soldiers », dans James Naylor, Rhonda L. Hinther et Jim Mochoruk (dir.), For a Better World. The Winnipeg General Strike & The Workers’ Revolt, Winnipeg, University of Manitoba Press, 2022, p. 66-67, 70.
  32. Yohann Dubigeon, La démocratie des conseils. Aux origines modernes de l’autogouvernement, Paris, Klincksiek, 2017, p. 93.
  33. « Most Orderly Strike on Record », Western Labor News, 1, 1, 17 mai 1919, 1.
  34. « The Food Committee and its Work », Western Labor News 1, 1, 17 mai 1919, 2.
  35. Dennis Lewycky, Magnificent Fight. The 1919 Winnipeg General Strike, Halifax-Winnipeg, Fernwood Publishing, 2019, p. 8.
  36. Thompson, 2022, op. cit., p. 71, 73, 75-76.
  37. Daniel, 2012, op. cit., p. 107.
  38. Thompson, 2022, op. cit., p. 62.
  39. Ibid., p. 70-74.
  40. Ibid., p. 76.
  41. Ibid., p. 71.
  42. Myer Siemiatycki, « Not by Repression Alone : Defeating the Workers’ Revolt by False Promises of Reform », dans James Naylor, Rhonda L. Hinther et Jim Mochoruk (dir.), For a Better World. The Winnipeg General Strike & The Workers’ Revolt, Winnipeg, University of Manitoba Press, 2022, p. 305-306.
  43. Angus, 2004, op. cit., p. 52-53.
  44. James Naylor, Rhonda L. Hinther et Jim Mochoruk, « Introduction », dans James Naylor, Rhonda L. Hinther et Jim Mochoruk (dir.), For a Better World. The Winnipeg General Strike & The Workers’ Revolt, Winnipeg, University of Manitoba Press, 2022, p. 9.
  45. Lewycky, 2019, op. cit., p. 12.
  46. Naylor, Hinther et Mochoruk, « “Strike or Revolution” Redux », 2022, op. cit., p. 21-22.

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