Haiti-Séisme

Un an après le cataclysme, l’État plus faible que jamais

Par Mis en ligne le 13 janvier 2011

Le séisme du 12 jan­vier 2010 a rude­ment frappé le pays et a laissé des séquelles indé­lé­biles. Les pertes humaines et maté­rielles sont immenses.

Dans des cir­cons­tances aussi dra­ma­tiques, le rôle de l’Etat aurait dû se trou­ver ren­forcé. En effet, l’Etat aurait dû être omni­pré­sent dans la coor­di­na­tion des acti­vi­tés de secours, dans la reprise des acti­vi­tés quo­ti­diennes, dans la dis­tri­bu­tion de l’aide huma­ni­taire afin de s’assurer que l’aide des­ti­née aux vic­times arrive à ceux qui en ont vrai­ment besoin. La pré­sence de l’Etat aurait dû aussi se faire sentir dans des mesures de recons­truc­tion sur des bases scien­ti­fiques, dans des pro­po­si­tions de normes nou­velles adap­tées à la nou­velle réa­lité. Pourtant, aujourd’hui, l’Etat haï­tien est devenu plus faible et plus amorphe que jamais.

Il est regret­table que le gou­ver­ne­ment PREVAL / BELLERIVE n’ait pas su, au cours de cette pre­mière année, prendre les mesures qui s’imposent en vue d’exploiter ce cata­clysme comme une oppor­tu­nité à faire démar­rer le pays sur de nou­velles bases poli­tiques, sociales et éco­no­miques. Au contraire, tout semble s’organiser en vue de main­te­nir le statu quo et d’écarter la popu­la­tion des dif­fé­rentes déci­sions enga­geant son avenir. Le gou­ver­ne­ment, de concert avec la com­mu­nauté inter­na­tio­nale, a pro­posé un plan de recons­truc­tion natio­nale sans consul­ter les sec­teurs vitaux du pays. Ce plan sera mis en oeuvre par la CIRH com­po­sée d’étrangers et d’Haïtiens. Cette com­mis­sion, qui tra­vaille dans l’opacité la plus totale, affirme avoir approuvé des pro­jets repré­sen­tant plus d’un mil­liard de dol­lars amé­ri­cains. A date, aucun de ces pro­jets sup­po­sés montés pour embau­cher des mil­liers d’ouvriers, n’est constaté.

La misère de la popu­la­tion, com­mer­cia­li­sée à tra­vers le monde, s’est muée en une véri­table source de reve­nus. Des réunions, des Concerts de col­lecte de fonds, des mara­thons, des télé­thons sont orga­ni­sés au profit des res­ca­pés du séisme du 12 jan­vier 2010. Les fonds tirés de ces mani­fes­ta­tions sociales passent par des agences inter­na­tio­nales et le gou­ver­ne­ment mais ne sont pas arri­vés aux vic­times. Trois mil­liards de dol­lars sont dépen­sés au nom des vic­times du 12 jan­vier 2010. L’impact de cette somme miro­bo­lante n’est pas mesu­rable alors que beau­coup de rumeurs font état aujourd’hui de cas de gens qui se sont enri­chis impu­né­ment à partir de fonds col­lec­tés aux noms des vic­times du séisme du 12 jan­vier 2010 ou ont fait une mau­vaise ges­tion des fonds ramassés.

La situa­tion de la popu­la­tion, un an après le séisme du 12 jan­vier 2010, reste inchan­gée sinon qu’elle empire avec la pro­pa­ga­tion du cho­léra. En effet, la popu­la­tion haï­tienne non encore remise de la catas­trophe huma­ni­taire engen­drée par le séisme du 12 jan­vier 2010, est frap­pée par une épi­dé­mie de cho­léra décla­rée dans le pays à la mi-octobre. Aujourd’hui, l’épidémie s’est répan­due sur tout le ter­ri­toire natio­nal tuant des per­sonnes quotidiennement.

En plus de faire face à des pro­blèmes d’hygiène, d’insalubrité, d’insécurité, etc. les vic­times du 12 jan­vier 2010 sont inquiètes pour leur avenir. En effet, ils sont sou­vent l’objet d’ultimatum de pro­prié­taires des espaces qu’ils occupent alors que, déca­pi­ta­li­sés par le séisme, ils ne s’adonnent à aucune acti­vité géné­ra­trice de reve­nus qui leur per­met­trait de se trou­ver un abri. Le pro­ces­sus élec­to­ral, décrié dès le début par une frange de la popu­la­tion haï­tienne mais sup­porté par l’OEA, la CARICOM et l’ONU, a accou­ché d’un scru­tin souillé d’irrégularités, de fraudes mas­sives, de vio­lences ayant engen­dré des pertes humaines et maté­rielles. Les résul­tats par­tiels ont été publiés par le CEP sur fond de mani­fes­ta­tions et de contes­ta­tions qui se sont sol­dées par la mort d’au moins deux (2) per­sonnes, l’incendie de plu­sieurs bâti­ments publics et ins­ti­tu­tions privées.

Face à la gra­vité de la crise post-élec­to­rale, une mis­sion d’experts de l’OEA inter­vient, sur demande du Gouvernement, en vue de véri­fier les résul­tats au centre de tabu­la­tion. Dans les termes de réfé­rence régis­sant les attri­bu­tions de cette mis­sion, pleins pou­voirs lui sont accor­dés. Cependant, force est de consta­ter que la mis­sion n’est pas aussi indé­pen­dante qu’elle devrait l’être. Outre l’inconstitutionnalité de cette Mission, son tra­vail s’est seule­ment limité aux résul­tats tabu­lés pour les Présidentielles alors que les fraudes mas­sives et irré­gu­la­ri­tés enre­gis­trées dans diverses régions du pays concer­naient tant les Présidentielles que les Législatives.

Il est impor­tant de signa­ler que toutes les acti­vi­tés liées au scru­tin du 28 novembre 2010 devraient faire l’objet d’une enquête, depuis la dis­tri­bu­tion des maté­riels sen­sibles jusqu’à la tabu­la­tion des résultats.

Fort de toutes ces consi­dé­ra­tions, le RNDDH recom­mande aux auto­ri­tés éta­blies de :

-Rompre d’avec les formes de gou­ver­ne­ments rétro­grades et claniques ;

-Prendre effec­ti­ve­ment à coeur la recons­truc­tion natio­nale et l’avenir de la population ;

-Elaborer avec la popu­la­tion des pro­jets géné­ra­teurs de reve­nus en vue d’améliorer leurs condi­tions géné­rales de vie ;

-Fournir aux dépla­cés des abris res­pec­tant les normes inter­na­tio­nales en matière d’habitat ;

-Prendre des mesures effec­tives en vue de jugu­ler l’épidémie de cho­léra dans le pays ;

-Renforcer les centres de santé, les CTC en res­sources humaines et maté­rielles et placer d’autres CTC tant dans les quar­tiers défa­vo­ri­sés qu’à proxi­mité des camps et des sites de relocalisation ;

-Prendre les dis­po­si­tions pour asso­cier des experts natio­naux à la défi­ni­tion des pro­jets d’urbanisme, d’assainissement, de réfec­tion des réseaux d’électricité, d’eau potable, des routes inter­dé­par­te­men­tales et des ponts pour absor­ber les mil­liards de la reconstruction ;

-Adopter une approche de déve­lop­pe­ment axé sur les droits humains ;

-Offrir à la popu­la­tion l’opportunité de choi­sir ses diri­geants par le moyen d’élections hon­nêtes, cré­dibles, trans­pa­rentes et démocratiques.

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