Tunisie : la part de l’ombre.

Scénarios pour une jeune démocratie

Par , Mis en ligne le 14 mai 2013

Le 17 décembre 2010, dans un petit vil­lage du centre de la Tunisie, un chô­meur de 26 ans, acculé au déses­poir, à la fois humi­lié et per­sé­cuté par la police, s’immole devant une foule incré­dule. Martyr malgré lui, Mohammed Bouazizi de Sidi-Bouzid allait deve­nir ainsi le sym­bole de la « révo­lu­tion du jasmin » puis du prin­temps arabe. Quelques jours plus tard, armés de leur seul cou­rage des mil­liers de jeunes pre­naient la rue d’assaut à Tunis et ailleurs dési­reux de rompre un silence de plus de 50 ans.

Zine al-Abidine Ben Ali, à la tête d’un régime à la légi­ti­mité chan­ce­lante, mais à la poigne de fer, tombe enfin le 14 jan­vier 2011 tel un pre­mier verrou au cœur d’un sys­tème détesté. Sa tête mise à prix, le dic­ta­teur s’enfuira en Arabie Saoudite sans doute pour ne jamais en reve­nir. La chute reten­tis­sante du des­pote tuni­sien ouvrit une brèche au sein du monde arabe, lequel, pour la pre­mière fois depuis les indé­pen­dances, s’engageait au nom de la liberté sur la voie d’une tran­si­tion vers un modèle de démo­cra­tie encore à défi­nir.

Reconnu comme l’un des plus solides de la région, le régime de Ben Ali fut vic­time de sa foi inébran­lable dans les vertus inhé­rentes à la peur et la vio­lence comme mode effi­cient de régu­la­tion de l’ordre social. C’est, de plus, son inca­pa­cité à lire la dyna­mique des forces à l’œuvre au sein de la société tuni­sienne qui le mène à sa perte. Aux prises, dans cer­taines régions, avec un taux d’analphabétisme dépas­sant les 50 %, l’État s’était engagé dans les années 1990 à faci­li­ter l’obtention du bac­ca­lau­réat en rehaus­sant la pon­dé­ra­tion des moyennes, au pri­maire et au secon­daire, de sorte qu’une fois le diplôme en poche, ils soient plus nom­breux à pour­suivre des études uni­ver­si­taires[ii]. Plus sco­la­ri­sés que ne le sont leurs voi­sins, les jeunes tuni­siens[iii] se sont donc retrou­vés nom­breux à récla­mer des emplois à la hau­teur de leurs com­pé­tences et de leur niveau de for­ma­tion. Or entre 2008 et 2010, le pays doit faire face aux effets com­bi­nés des mau­vaises récoltes, d’un recul des expor­ta­tions et d’un manque de devises pro­vo­qués par la chute du tou­risme et une baisse des inves­tis­se­ments étran­gers. Le taux de chô­mage avoi­sine les 16 % et frappe de plein fouet les nou­veaux diplô­més.

La crise éco­no­mique, dans sa récur­rence fatale, ali­menta un malaise social devenu le ferment d’un sou­lè­ve­ment impré­vi­sible et incar­nant, de par son enver­gure, un point de rup­ture sur lequel vien­dront s’échoir les forces de répres­sion. La fougue de la jeu­nesse, défer­lant sur l’avenue Habib Bourguiba appe­lant le pou­voir à « déga­ger », eut un effet conta­gieux. Aux couches les plus défa­vo­ri­sées de la popu­la­tion vien­dront se gref­fer des franges de la classe moyenne[iv] que le spectre du déclas­se­ment ne cesse de hanter. Qu’ils soient arti­sans, bou­ti­quiers, avo­cats, ingé­nieurs, fonc­tion­naires, méde­cins ou petits entre­pre­neurs, tous inves­tirent la rue par un appel large à la soli­da­rité trans­cen­dant, c’est à rete­nir, les lignes de cli­vages idéo­lo­giques. Profitant d’une maî­trise assu­rée des divers réseaux réels et vir­tuels, les orga­ni­sa­tions de la société civile purent, de leur côté, béné­fi­cier de l’expertise de nom­breux mili­tants de l’opposition rompus à la lutte sous Bourguiba puis Ben Ali.

Sociologie de la révo­lu­tion

D’emblée, une socio­lo­gie de la révo­lu­tion révèle deux choses essen­tielles. D’une part, en raison de sa spé­ci­fi­cité his­to­rique, notam­ment dans le contenu de sa loi fon­da­men­tale, la société tuni­sienne semble, davan­tage qu’ailleurs, ouverte à la moder­nité poli­tique. Elle est, d’autre part, mobi­li­sée par une plu­ra­lité de dis­cours qui cir­culent enfin libre­ment dans un esprit de tolé­rance auquel les Tunisiens ren­con­trés sur la rue se disent atta­chés. En témoigne, à cet égard, l’élection de l’assemblée consti­tuante le 23 octobre 2011 à laquelle par­ti­ci­pèrent plus d’une cen­taine[v] de partis poli­tiques. Principale force du pays, Ennahdha, [vi]le parti isla­miste de la renais­sance fut alors élu (obte­nant 89 sièges sur les 217 au total) et chargé de former un gou­ver­ne­ment tran­si­toire s’engageant à res­pec­ter les règles démo­cra­tiques.

Née dans la dou­leur, la jeune démo­cra­tie est confron­tée aujourd’hui au doute lan­ci­nant dont était por­teur, dans ses dérives poten­tielles, le pas­sage d’un régime auto­ri­taire à l’établissement d’un mode paci­fié de réso­lu­tion des conflits que sous-tend l’état de droit. Rien n’est joué et pour­tant la décep­tion n’a jamais été aussi grande dans les rangs de ceux qui ont fait la révo­lu­tion. Le corps social est tra­versé de ten­sions récur­rentes qu’attestent, deux ans plus tard, de nou­velles frac­tures. La ques­tion de l’emploi demeure inex­tri­cable pour le gou­ver­ne­ment du pre­mier ministre Ali Larayedh (Ennahdha)[vii] mani­fes­te­ment sans véri­table pro­gramme éco­no­mique et fort peu cri­tique à l’égard des bons conseils du FMI : l’ouverture à l’investissement étran­ger pas­sant par la mise aux enchères des res­sources éner­gé­tiques du pays et la pri­va­ti­sa­tion de l’eau potable comme du sys­tème de santé. Qui plus est, le pays occu­pe­rait la tête du pelo­ton en matière du nombre de jeunes diplô­més sans emploi avec un taux de chô­mage variant de 30 à 40 % selon le niveau de for­ma­tion. De plus, des études récentes font men­tion de graves dis­pa­ri­tés régio­nales, les­quelles, en ali­men­tant des riva­li­tés, consti­tue­raient une menace sérieuse à la sta­bi­lité poli­tique. Ainsi, 14 régions sur 24 au total, seraient jugées « néces­si­teuses » dont la région de Sidi Bouzid, ber­ceau de la révolte. Le ralen­tis­se­ment éco­no­mique[viii] se tra­duit non seule­ment par des taux de chô­mage plus élevés, mais, de sur­croit, par des pres­sions infla­tion­nistes sur les pro­duits ali­men­taires et le ration­ne­ment des den­rées incluant le lait.

La ques­tion reli­gieuse

C’est dans ce contexte que la Tunisie, véri­table labo­ra­toire de la parole déver­rouillée, voit l’espace public s’ouvrir à tous les anta­go­nismes qui s’y engouffrent lit­té­ra­le­ment, après des décen­nies sous le cou­vercle du silence. Telle une scène sur laquelle tous les acteurs s’entrechoquent, la consti­tuante est deve­nue depuis quelques mois le révé­la­teur d’un conflit nou­veau dont la par­ti­cu­la­rité est de cris­tal­li­ser, en son sein, à la fois la ques­tion sociale et poli­tique : s’imposant comme l’ultime réfé­rent d’une révo­lu­tion qui, jusque-là, le dis­si­mu­lait. La ques­tion reli­gieuse deve­nue ainsi hégé­mo­nique consti­tue­rait la prin­ci­pale pierre d’achoppement sur laquelle se serait brisée l’alliance des frères enne­mis. Rappelons à cet égard que la consti­tu­tion de 1959, véri­table « Chef-d’œuvre d’ambiguïté »[ix], fai­sait de l’Islam la reli­gion de l’État et non « reli­gion d’État », la Charia, ici, n’étant pas à la source du droit. Ni laïque, ni isla­miste, le nouvel État recon­nais­sait d’emblée au titre de droits fon­da­men­taux la liberté de conscience et le libre exer­cice du culte[x]. Personnage contro­versé, à la foi estimé et détesté, le père de la nation, Habib Bourguiba gou­verna donc le pays d’une main de fer de 1956 à 1987 sans remettre en ques­tion le carac­tère sécu­lier et moderne de l’État issu de l’indépendance. Son suc­ces­seur, Ben Ali, ne fit pas autre­ment.

Sévèrement réprimé depuis sa fon­da­tion au début des années 1980, le Mouvement de la ten­dance isla­mique (devenu Ennahdha) a su habi­le­ment ins­tru­men­ta­li­ser le mécon­ten­te­ment popu­laire en jouant sur cette espèce d’équivoque struc­tu­relle. Issu de la mou­vance des Frères musul­mans (née en Égypte), Ennahdhaentend cri­ti­quer la laï­cité inté­grale au nom d’une iden­tité col­lec­tive enra­ci­née dans les valeurs arabo-musul­manes en réin­tro­dui­sant un Islam ouvert et moderne comme prin­cipe éthique de gou­ver­nance. L’Islam n’est pas seule­ment un réfé­rent supra-indi­vi­duel devant guider chacun, il est un trait cultu­rel dis­tinc­tif, mar­queur iden­ti­taire d’une dis­tance à l’égard de la dyna­mique de l’Occident. Réitérant à plu­sieurs reprises son atta­che­ment au par­ti­cu­la­risme tuni­sien dans le monde arabe, c’est de la Turquie que le chef his­to­rique du parti, Rached Ghannouchi, pré­tend s’inspirer excluant l’islamisme radi­cal et autres fon­da­men­ta­lismes. Or ce dis­cours ne par­vient pas à convaincre ses adver­saires pour les­quels il s’agit là d’une stra­té­gie qui cache mal les forces à l’œuvre au sein d’une orga­ni­sa­tion dont le verni de ses diri­geants modé­rés[xi] serait garant du tra­vail de sape auquel se livrent ses mili­tants les plus radi­caux à l’intérieur comme à l’extérieur des mos­quées. Ceci expli­quant cela, on en vient sur place à saisir pour­quoi Ennahdha semble, depuis son élec­tion à la consti­tuante, inca­pable de donner de la consis­tance à cette figure de mou­ve­ment modéré fai­sant le pont entre la Tunisie d’hier et celle de demain.

L’opposition et le mou­ve­ment syn­di­cal ont d’ailleurs été prompts à sou­li­gner l’impuissance chro­nique de ce parti à faire face à la montée de la vio­lence et à la mobi­li­sa­tion tota­le­ment inédite des Salafistes[xii]. Ces der­niers, gal­va­ni­sés par un hori­zon aux contours indé­cis, sont plus nom­breux à inves­tir les rues de Tunis, cer­tains jours pour y prier et d’autres pour y mani­fes­ter. Ainsi, une semaine avant le forum social mon­dial en mars der­nier, ils étaient quelques dizaines aux côtés de par­ti­sans d’Ennahdha[xiii] à récla­mer l’adoption de la charia. Soufflant le chaud et le froid selon les tri­bunes, Ennahdha ne ferait, en somme, que repro­duire des contra­dic­tions qui, au final, joue­ront en faveur d’une isla­mi­sa­tion de la société : la charia par­ache­vant, selon cer­tains, un pro­ces­sus de régres­sion contre lequel les libé­raux, toutes ten­dances confon­dues, s’unissent aujourd’hui.

Un pre­mier scé­na­rio : la peur et la dérive

Plongée dans une situa­tion à l’évidence chao­tique, la Tunisie pour­rait, à terme, glis­ser dou­ce­ment jusqu’au point de bas­cu­le­ment sur lequel misent les mili­tants de la mou­vance sun­nite rigo­riste. Ce scé­na­rio envi­sa­geable ren­voie à l’existence d’un réseau de forces bien réelles actives au Maghreb comme au Machrek.

Financés par des pétro­mo­nar­chies (Arabie-Saoudite notam­ment), plu­sieurs radi­caux convain­cus dis­po­se­raient en effet dans le pou­voir des armes d’un argu­ment de taille pour s’imposer le jour venu à ceux qu’ils auront su ins­tru­men­ta­li­ser. Selon les sources[xiv], de 3000 à 5000 sala­fistes dji­ha­distes ont fait la navette entre leur pays d’origine et la Libye en 2011 et com­battent aujourd’hui en Syrie dans les rangs de la résis­tance. Peu qua­li­fiés avec, en guise d’avenir, l’horizon du chô­mage, ces jeunes com­bat­tants déshé­ri­tés mais embri­ga­dés sont per­méables aux idées que sous-tend la guerre sainte : le sala­fisme contri­buant, dans un contexte de vide cultu­rel et de déla­bre­ment éco­no­mique, à struc­tu­rer des jeunes en quête d’identité[xv]. Destinés à mourir dans la gloire comme mar­tyrs héroïques[xvi] ou à assu­mer, sur le champ de bataille, les hon­neurs consa­crés aux chefs, ils voient dans la guerre un exu­toire et, dans la vio­lence, une manière de se posi­tion­ner poli­ti­que­ment. Aussi, le spectre de leur retour est-il d’autant plus inquié­tant que l’extrémisme reli­gieux dans ses débor­de­ments était, il y a deux ans à peine, un phé­no­mène quasi inexis­tant.

Allant des dji­ha­distes aux grou­pus­cules en rup­ture totale avec une société d’impies, le sala­fisme[xvii] consti­tuent une nébu­leuse (pou­vant comp­ter plus de 50 000 mili­tants) appa­rem­ment mena­çante, prompte à faire usage de la force dans une esthé­tique théâ­trale alliant le dis­cours hai­neux sur la place publique aux agres­sions répé­tées de mili­ciens contre des ciné­mas, des artistes, des syn­di­cats[xviii], des bars, voire des écoles[xix]. Plus visibles que jamais, ils inves­tissent les uni­ver­si­tés pour sou­te­nir le « droit » des étu­diantes à porter le niqab et cherchent à étendre, dans une espèce d’entreprise de colo­ni­sa­tion du pay­sage, leur main­mise sur les mos­quées. Les régions pauvres[xx] sont leur ter­reau fer­tile duquel ils puisent, forment et entrainent leurs « appren­tis » aux­quels on promet, une fois la lutte aux impies ter­mi­née, un nouvel ordre moral conforme à la volonté de dieu. La décou­verte à l’automne 2012 de camps d’entrainement à la fron­tière de l’Algérie et, plus récem­ment, de dépôts d’armes semble donner raison à ceux qui voient se déployer une stra­té­gie fine­ment orga­ni­sée propre à exa­cer­ber le climat d’insécurité pro­pice à une ultime confron­ta­tion. Pour les Tunisiens, qui étaient nom­breux à y voir une légende urbaine, c’est le désar­roi. Le 6 février der­nier, Chokri Belaïd, chef du Parti des patriotes démo­crates et figure emblé­ma­tique de la lutte pour la démo­cra­tie, était assas­siné, près de chez lui à Tunis. Désormais, pour l’opposition de gauche, la menace n’est plus sim­ple­ment de l’ordre du dis­cours.

Un second scé­na­rio : le pari de l’histoire

Expression tra­gique d’une pola­ri­sa­tion du champ poli­tique, la mort de Belaïd marque tou­te­fois un tour­nant sans doute déci­sif dans le pro­ces­sus de tran­si­tion. Si la peur a gagné les esprits, per­sonne ne semble céder à la rési­gna­tion. Dès le len­de­main de l’assassinat, des mil­liers de mani­fes­tants pre­naient d’assaut les rues de Tunis à l’appel de l’UGTT (Union géné­rale tuni­sienne du tra­vail)[xxi], orga­ni­sa­tion phare de la défense des droits et liber­tés. Unies par leur volonté par­ta­gée de refu­ser la vio­lence des « autres »[xxii], ce sont toutes les oppo­si­tions qui se mobi­lisent renouant, dans leur résis­tance, avec l’esprit des pre­miers jours de la révo­lu­tion.

Aveuglés par une repré­sen­ta­tion mani­chéenne du monde lar­ge­ment culti­vée par le volon­ta­risme de l’action et le culte des armes, les com­man­di­taires de ce meurtre seraient allés trop loin en sous-esti­mant la capa­cité de la société tuni­sienne à se mobi­li­ser contre une lec­ture de l’Islam dont la pré­gnance demeure rela­tive. La cris­tal­li­sa­tion d’un front uni contre le régime et les ver­sions déri­vées de l’Islam radi­cal signe­rait, de ce point de vue, l’échec de la stra­té­gie du pire.

Peut-être plus encore que leurs adver­saires, les isla­mistes doivent par ailleurs com­po­ser avec leurs propres lignes de cli­vage. Comme le rap­pelle le jour­na­liste Alain Gresh, pré­sent à Tunis le 27 mars, l’image ras­su­rante d’une grande alliance isla­mique sun­nite met­tant en scène les émi­rats du Golfe et les divers ava­tars de l’Islam poli­tique ren­voie à des consi­dé­ra­tions géos­tra­té­giques qui peuvent, sur le plan de l’intelligibilité des luttes internes, primer sur le jeu des acteurs. En d’autres termes, la ques­tion reli­gieuse, par­ti­cu­liè­re­ment en Tunisie, serait, à des degrés divers, déter­mi­née par des fina­li­tés étran­gères aux struc­tures réelles sur les­quelles elle pré­tend s’appuyer : les enti­tés radi­cales qu’elle mobi­lise étant, somme toute, des ins­tru­ments de poli­tique exté­rieure. La mou­vance isla­mique est d’autant plus divi­sée, qu’au-delà d’une vision conser­va­trice de l’Islam qui suf­fi­rait à ral­lier ses thu­ri­fé­raires, elle est for­te­ment tra­ver­sée de l’intérieur par des diver­gences en matière de stra­té­gies et de consi­dé­ra­tions poli­tiques aux­quelles s’ajoutent, de l’extérieur, les effets du ballet diplo­ma­tique et ses riva­li­tés[xxiii]. Cela est révé­la­teur de la com­plexité d’un phé­no­mène tissé d’alliances mul­tiples et, sur­tout, instables. Soutenus hier par la bien­veillante Arabie Saoudite, les Frères musul­mans dont Ennahdha est une éma­na­tion, seraient main­te­nant en rup­ture avec celle-ci, ce qui n’est pas sans déplaire au Qatar, lequel cherche un relais à sa poli­tique alors que les Frères musul­mans et les sala­fistes sont en guerre ouverte[xxiv]. Dans un pays où le sen­ti­ment natio­nal demeure for­te­ment enra­ciné, les vel­léi­tés des puis­sants voi­sins, en étant jugées sus­pectes, inva­li­de­raient d’elles-mêmes l’authenticité d’un coup de force sala­fiste[xxv]. À cet égard, la bru­ta­lité avec laquelle l’ancien régime usa de la vio­lence est ancrée dans la mémoire col­lec­tive des Tunisiens. Ces der­niers se sou­viennent aussi de la guerre san­glante menée par les isla­mistes du FIS en Algérie durant la « décen­nie noire » qui fit soixante mille morts. L’effet de repous­soir généré par ces évé­ne­ments n’est donc pas à négli­ger.

Enfin, le fac­teur démo­gra­phique joue, corol­lai­re­ment, contre une telle dérive. Plus ins­truits et nul doute plus bran­chés sur le monde que ne l’étaient les membres des géné­ra­tions pré­cé­dentes, les jeunes révo­lu­tion­naires qui ont tenu tête au tyran Ben Ali craignent, comme ils le disent, de se faire confis­quer leur révo­lu­tion. Cette géné­ra­tion n’a pas vécu l’époque colo­niale, ni les guerres d’indépendance qui pou­vaient jadis jus­ti­fier le main­tien au pou­voir d’autocrates auréo­lés de leurs pré­ten­tions natio­na­listes et pan­arabes[xxvi]. Forts de leur témé­rité et de leur poids démo­gra­phique, de larges pans de la jeu­nesse tuni­sienne seraient ainsi réfrac­taires à toute ten­ta­tion auto­ri­taire. Alliés à d’autres mou­ve­ments sociaux comme celui des femmes et l’UGTT, ces jeunes, de par leur capa­cité à se mobi­li­ser mas­si­ve­ment dans de courts délais, ont consti­tué jusqu’à main­te­nant un rem­part rela­ti­ve­ment effi­cace contre l’empressement des conser­va­teurs à passer outre les règles de droit. De manière para­doxale, leurs cri­tiques et le rap­port de force qu’ils sont en mesure d’établir (sur la ques­tion des femmes notam­ment) ont poussé les membres du gou­ver­ne­ment Ennahdha à faire preuve d’un prag­ma­tisme qui rend ces der­niers plus vul­né­rables au cœur même de leur for­ma­tion.

Crise de légi­ti­mité et élec­tions

Accusé de com­plai­sance, voire de com­pli­cité dans le meurtre de Belaïd, Ennahdha est plongé dans une crise dont il peine à sortir faute de renon­cer à une frange de l’électorat qu’il a refusé jusqu’ici de condam­ner[xxvii]. Principale force poli­tique du pays, Ennahdha ne détient pas la majo­rité à l’Assemblée consti­tuante d’où les labo­rieuses négo­cia­tions au sein de ce qu’il est convenu d’appeler la « Troïka »[xxviii]. Sans cesse fra­gi­lisé par les affron­te­ments entre les prag­ma­tiques et les par­ti­sans d’un État théo­cra­tique, Ennahdha pour­rait ne pas résis­ter à l’éclatement qui le menace dans un contexte où le régime tran­si­toire, dont il devait incar­ner l’unité, souffre d’un défi­cit criant de légi­ti­mité[xxix]. Cette situa­tion de blo­cage est ampli­fiée par la len­teur des tra­vaux de l’Assemblée consti­tuante[xxx] qui doit, selon le calen­drier adopté à l’automne 2011, fina­li­ser le projet de consti­tu­tion dès juillet pro­chain de sorte que des élec­tions puissent avoir lieu entre octobre et décembre 2013. Après le débat hou­leux sur la place de l’Islam, les dis­cus­sions achoppent main­te­nant sur la nature du sys­tème poli­tique[xxxi] et les pré­ro­ga­tives du pré­sident, para­ly­sant une fois de plus le pro­ces­sus déci­sion­nel.

Divisée, la Tunisie l’est donc assu­ré­ment. D’abord par la ques­tion reli­gieuse, laquelle, sur­di­men­sion­née, gomme des enjeux sociaux et éco­no­miques beau­coup plus fon­da­men­taux et qui, faute de poli­tiques cohé­rentes, met en péril la sta­bi­lité du pays. À gauche, diverses for­ma­tions par­tagent la même ana­lyse quant au lien de cau­sa­lité entre la radi­ca­li­sa­tion des uns et les effets délé­tères du chô­mage. Le Front popu­laire, coa­li­tion fondée l’an der­nier, reven­dique d’ailleurs une sus­pen­sion du paie­ment de la dette exté­rieure afin d’investir dans la créa­tion d’emplois et une meilleure répar­ti­tion des reve­nus entre les régions. Les forces d’opposition pour­raient ainsi pro­fi­ter de la débâcle des isla­mistes, dont les liens avec des mar­gi­naux plus ou moins cri­mi­na­li­sés sont sus­cep­tibles, à terme, d’inquiéter les musul­mans les plus sin­cè­re­ment convain­cus d’un dia­logue fer­tile entre la foi et le poli­tique.

Hantés par le spectre de la guerre et du sang, les Tunisiens expriment néan­moins leur atta­che­ment au plu­ra­lisme et à la démo­cra­tie, d’où cette ten­sion contin­gente entre les pos­sibles. Entre le scé­na­rio du pire et l’idéal d’une société récon­ci­liée avec elle-même, ne reste jus­te­ment que la voie d’un dia­logue qu’aucune force démo­cra­tique n’a inté­rêt à rompre. Tel est le pari de l’actuelle révo­lu­tion.

Stéphane Chalifour et Judith Trudeau[i]


[i] ProfesseurEs au dépar­te­ment de sciences humaines au Collège Lionel-Groulx

[ii] -Olivier Piot, « De l’indignation à la révolution », Le Monde Diplomatique, février 2011.

[iii] – L’indice syn­thé­tique de fécon­dité est passé de 7 enfants par femme en 1956 à 2,05 en 2009. Démographiquement en tran­si­tion du fait d’une pro­gres­sive décrois­sance démo­gra­phique, la Tunisie voit sa popu­la­tion vieillir. Cela dit, elle comp­tait lors de son der­nier recen­se­ment, un nombre de jeunes rela­ti­ve­ment signi­fi­ca­tif. Ainsi, en 2009, la tranche d’âge des 0-14 ans repré­sen­tait 15,8 % de la popu­la­tion (contre 25,1 % en 1984) alors que les Tunisiens de 15 à 69 ans consti­tuaient 66,3 % de cette même popu­la­tion. À 20 ans, un jeune sur trois pour­suit aujourd’hui ses études, repor­tant à plus tard le mariage et vivant tou­jours chez ses parents. Source : « Profil Démographique de la Tunisie », Ministère du déve­lop­pe­ment régio­nal, République Tunisienne, sep­tembre 2011.

[iv] Voir Gilbert Achcar, « Retour sur le prin­temps arabe », Le monde Diplomatique, mai 2012.

[v] 111 au total.

[vi] Fondé en 1981, ce parti isla­miste s’est mérité le res­pect parce qu’il a com­battu la dic­ta­ture et plu­sieurs de ses mili­tants ont souf­fert dans les geôles de Ben Ali.

[vii] En février 2013, l’assassinat de l’opposant Chokri Benhaïd, force le pré­sident, Monsef Marzouki, à rem­pla­cer Hamadi Jebali au poste de Premier ministre par Ali Larayedh issu lui aussi des rangs du parti Ennahdha.

[viii] Source : Bureau de l’économiste en chef, Banque Africaine de déve­lop­pe­ment, Avril 2012.

[ix] Samy Ghorbal, « Dans La Tunisie de 1956, déjà une constituante », Le Monde Diplomatique, novembre 2011.

[x] Article 5 de la Constitution de la République tuni­sienne (Loi no 59-57) du 1er juin 1959.

[xi] ABDUL RAHMAN AL RASHED, « Al Ghannushi, alco­hol and the bikini », Al Arabya News, Saturday, 23 July 2011 http://​www​.ala​ra​biya​.net/​v​i​e​w​s​/​2​0​1​1​/​0​7​/​2​3​/​1​5​8​9​1​6​.html.

[xii] Le terme signi­fie Ancêtre ou pré­dé­ces­seur. Il s’agit d’un cou­rant reli­gieux fon­da­men­ta­liste sun­nite qui au nom d’un retour à un Islam pur, celui des pre­miers siècles, se déploie à tra­vers une mou­vance tra­di­tio­na­liste qui inves­tit le champ poli­tique et, une autre, dji­ha­diste, beau­coup plus radi­cale.

[xiii] Thameur Mekki, « Hésitations islamistes en Tunisie », Le Monde Diplomatique, 13 avril 2013.

[xiv] – Voir notam­ment les nom­breux articles de Jeune Afrique consa­crés à ce sujet. Voir « Tunisie : des jeunes tentés par le jihad », lali​bre​bel​gique​.com, 12 avril 2013. Sur le même sujet, Malik Aït-Aoudia, « Tunisie : qui pro­tège les camps jiha­distes ?», Marianne, 26 octobre 2012.

[xv] Le jour­na­liste Serge Halimi cite Fabio Merones spé­cia­liste de la ques­tion, « Des isla­mistes au pied du mur », Le monde diplo­ma­tique, Mars 2013

[xvi] « Tunisie : un nou­veau vivrier de dji­ha­distes », Institut tuni­sien de rela­tions inter­na­tio­nales, avril 2013. Voir aussi Julie Schneider, « Ces tuni­siens qui partent faire la Jihad », Le Point, 22-4-2013.

[xvii] « La mou­vance sala­fiste est entrée en poli­tique avec la créa­tion du parti Jabhat al-Islah (le « Front de la réforme »). Son pré­sident, Mohamed Khouja, sou­tient que démo­cra­tie, plu­ra­lisme et islam sont com­pa­tibles. « Nous refu­sons la démo­cra­tie quand elle permet au peuple de faire des choix contraires à la reli­gion. Pour nous, la démo­cra­tie existe tant qu’elle est limi­tée par la charia. » Frida Dahmani, « Tunisie : les sala­fistes, ces très inquié­tants fous de Dieu », jeune afrique​.com, 20/6/2012.

[xviii] Les locaux de l’UGTT à Tunis ont été atta­qués en décembre 2012 par des mili­ciens de la Ligue de pro­tec­tion de la révo­lu­tion (LPR) proche du pou­voir.

[xix] Le jour­nal Le Monde nous appre­nait récem­ment que des sala­fistes avaient incen­dié une école à Hergla au sud de Tunis qui refu­sait l’accès à une étu­diante voilée. Le Monde​.fr, 10 avril 2013.

[xx] « La Tunisie abrite des camps d’entraînement jiha­distes. Deux, au moins, sont connus : l’un dans le Nord, dans la région de Tabarka, et l’autre dans le Sud, aux confins des trois fron­tières com­munes à la Tunisie, à la Libye et à l’Algérie, non loin de l’oasis libyenne de Ghadamès»(…) « En juin der­nier, l’armée algé­rienne a ainsi trans­mis aux mili­taires tuni­siens des infor­ma­tions qui leur ont permis de mettre la main sur un véri­table arse­nal enterré dans les sables du désert, à l’extrême sud du pays. Selon un haut res­pon­sable de la police tuni­sienne, « les com­bat­tants formés à la gué­rilla dans les camps sont dis­sé­mi­nés dans tout le pays, prêts à en découdre lorsque le jihad sera déclaré en Tunisie si l’instauration de l’Etat isla­mique ne se fait pas par la voie légale ». Ils pour­raient alors récu­pé­rer les stocks d’armes sur les­quels le pays du jasmin fait sem­blant de dormir ». Malik Aït-Aoudia, « Tunisie : qui pro­tège les camps jiha­distes ?», Marianne, 26 octobre 2012.

[xxi] À lire : Hèla Yousfi, « Ce syn­di­cat qui incarne l’opposition tuni­sienne », Le monde diplo­ma­tique, novembre 2012. Isabelle Madraud, « L’UGTT, l’autre pou­voir tuni­sien », Le Monde, 22 mars 2013.

[xxii] Terme uti­lisé pour dési­gner les extré­mistes.

[xxiii] « Les posi­tions oppo­sées sur les Frères musul­mans sont deve­nues une source de ten­sion par­ti­cu­lière. La famille royale saou­dienne encaisse mal les vic­toires démo­cra­tiques des dif­fé­rentes filiales des Frères musul­mans dans la région. Elle consi­dère le sys­tème poli­tique démo­cra­tique de la confré­rie isla­miste comme une menace pour son propre sys­tème monar­chique auto­cra­tique. (…) En Tunisie aussi – ber­ceau du sou­lè­ve­ment arabe –, beau­coup ont attri­bué le succès du parti isla­miste Ennahdha à une infu­sion de pétro­dol­lars qata­ris. Le fait que la pre­mière visite inter­na­tio­nale post-élec­to­rale du Premier ministre Rashid al-Ghannouchi soit au Qatar, et que son gendre, aupa­ra­vant cher­cheur pour Al-Jazzera à Doha, soit devenu son ministre des Affaires étran­gères – a davan­tage attisé les soup­çons sur les liens entre l’émirat du Golfe et le parti Ennahdha. (…) Pour contrer la montée des isla­mistes modé­rés affi­liés aux Frères musul­mans, l’Arabie saou­dite a choisi de sou­te­nir les rivaux des Frères musul­mans, les sala­fistes consi­dé­rés comme plus extrêmes dans leur approche de l’islam (…)En misant sur des che­vaux dif­fé­rents en Égypte et en Tunisie, l’Arabie saou­dite et le Qatar sont deve­nus rivaux dans un monde arabe en tran­si­tion. La montée d’une forme conser­va­trice, mais démo­cra­tique de l’islamisme peut être une onde de choc accep­table pour le Qatar, au grand dam de l’Arabie saou­dite. Giorgio Cafiero, Epochtime​.fr, 10 octobre 2012. Voir éga­le­ment, Alain Gresh, « Les isla­mistes à l’épreuve du pou­voir », Le Monde diplo­ma­tique, novembre 2012.

[xxiv] « Trois pos­tures reli­gieuses ont struc­turé les scènes poli­tiques arabes depuis les années 1970 : les soufis étaient répu­tés voter pour les régimes en place, les Frères musul­mans appe­laient régu­liè­re­ment à se pro­non­cer contre, tandis que les sala­fistes, consi­dé­rant que les élec­tions consti­tuaient un fac­teur de divi­sion de la com­mu­nauté, se tenaient éloi­gnés des urnes. Ces lignes, tou­te­fois, évo­luent : alors que cer­tains sala­fistes prennent la voie des iso­loirs (en Arabie saou­dite notam­ment, lors des élec­tions muni­ci­pales de 2005), des soufis, en Irak ou au Pakistan, prennent celle de l’opposition, y com­pris armée. Quant aux Frères musul­mans, mou­ve­ment fondé en 1928 en Égypte par Hassan Al-Banna, ils ont su former et mobi­li­ser des troupes élec­to­rales qui ont été convain­cues peu à peu d’inscrire leur démarche dans le cadre du par­le­men­ta­risme, et ils sont désor­mais capables d’y mobi­li­ser des majo­ri­tés ». (…) « La rup­ture sala­fiste avec la tra­di­tion » fré­riste » consiste donc pour partie à reje­ter cer­taines des concep­tions poli­tiques occi­den­tales isla­mi­sées par les Frères : la for­ma­tion de partis ou de struc­tures orga­ni­sa­tion­nelles, la par­ti­ci­pa­tion aux élec­tions, l’accès des femmes à l’espace poli­tique ou pro­fes­sion­nel. Les sala­fistes sou­li­gne­ront l’importance des sources pri­maires que sont le Coran et la Sunna du pro­phète Mohammed. Mais ils veulent  » rompre avec le savoir et l’expérience des écoles juri­diques sun­nites (hana­fisme, malé­kisme, han­ba­lisme, cha­féisme…) en matière théo­lo­gique « , et donc, plus qu’interdire l’interprétation qui donne à la norme reli­gieuse son expres­sion sociale et poli­tique concrète, reven­di­quer leur droit à la défi­nir, voire s’en arro­ger le mono­pole. Pour insis­ter sur le prin­cipe de l’unicité divine, les sala­fistes dénoncent toute sacra­li­sa­tion de média­teurs humains entre les croyants et leur créa­teur, déri­soire » concur­rence » humaine faite à Dieu. Le constant recours au très détaillé corpus des hadith (paroles) du Prophète, censé conte­nir tout ce dont le croyant a besoin pour éclai­rer sa lec­ture de la révé­la­tion, a pour objet de pré­mu­nir ce der­nier contre toute inter­fé­rence entre lui et son Dieu. Le culte des saints, la véné­ra­tion des chei­khs soufis ou encore celle des imams chiites répu­tés infaillibles, et même le res­pect accordé aux savants exé­gètes  » mêlant leurs voix à celle de Dieu « , sont donc dénon­cés comme autant d’atteintes au prin­cipe essen­tiel de l’unicité de Dieu. Pour le reste, la mou­vance sala­fiste gros­sit très majo­ri­tai­re­ment les rangs de troupes dites » pié­tistes » ou » quié­tistes « , qui prônent l’obéissance à tout gou­ver­nant, fût-il » cor­rompu et auto­cra­tique « , pour autant qu’il ne refuse pas de se dire musul­man. Il s’agit d’éviter le pire des dom­mages : la fitna, c’est-à-dire l’atteinte portée à l’unité de la com­mu­nauté des croyants. A l’appel des oulé­mas proches du régime saou­dien, bon nombre de sala­fistes se démarquent ainsi des Frères musul­mans en dépouillant leur reli­gio­sité de toute expres­sion contes­ta­taire ». François Burgat, « Salafistes contre Frères musul­mans », Le Monde Diplomatique, juin 2010.

[xxv] Dans leur grande majo­rité, les monar­chies du Golfe ont refusé de sou­te­nir les révoltes de prin­temps arabes.

[xxvi] Jean-Pierre Filiu, La révo­lu­tion arabe : 10 leçons sur le sou­lè­ve­ment démo­cra­tique, Paris, Fayard, 2011, p51

[xxvii] Cela dit, le parti a du faire preuve de prag­ma­tisme en se mon­trant, au-delà des prin­cipes idéo­lo­giques qui sont les siens, ouvert au com­pro­mis. Selon son chef, Rached Ghannouchi, Ennahdha a renoncé à toute allu­sion à la charia. Le parti a reculé sur la ques­tion contro­ver­sée de l’article 28 de la consti­tu­tion réfé­rent à l’égalité entre les hommes et les femmes plutôt que la « com­plé­men­ta­rité » des sexes. Voir Alain Gresh, « Tunisie, com­pro­mis his­to­rique ou chaos ?», Le blog du Monde diplo­ma­tique, 1er avril 2013.

[xxviii] Ennhada forme une coa­li­tion avec deux autres for­ma­tions ; Le Congrès de la République (CPR) de Moncef Marzouki et le parti Ettakatol de Mustapha Ben Jafaar.

[xxix] Le défi du pro­chain gou­ver­ne­ment sera de mettre en œuvre des méca­nismes d’intégration des exclus et des radi­caux au jeu poli­tique. Voir International Crisis Group​.org, « Tunisie : vio­lences et défi sala­fiste », 13 févier 2013.

[xxx] -«Pour être adopté, le projet de Constitution doit obte­nir le sou­tien des deux tiers des dépu­tés de l’ANC dans laquelle Ennahdha compte 89 élus sur 217 », « Tunisie : le projet de consti­tu­tion de nou­veau retardé » Jeune Afrique.com, 26 avril 2013. Sur le même sujet : « Tunisie : Divergences autour du projet de consti­tu­tion », Global NET, 24 avril 2013.

[xxxi] Favorable au par­le­men­ta­risme, Ennhada se heurte aux par­ti­sans d’un régime mixte consa­crant plus de pou­voirs au pré­sident.

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