Suite à l’échec de Copenhague 2009 Mobilisons-nous maintenant pour le climat et la justice sociale

Mis en ligne le 05 février 2010

Le sommet de Copenhague est un échec, aucun engagement à la mesure de l’urgence climatique n’y a été pris. Même les dirigeants européens, qui se présentent souvent comme les défenseurs du climat, n’ont pas été à la hauteur du défi. Le climat n’est pas une banque, ni une multinationale de l’automobile, il ne bénéficiera donc pas du même intérêt. Un texte de trois pages, discuté en petit comité sans respecter le processus de travail des Nations unies, a été imposé à la hâte par un petit comité restreint (États-Unis, la Chine, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud). Si le texte, qui ne comprend aucun engagement contraignant et aucune réelle garantie de financement pour les pays les plus pauvres, n’a pas suscité d’enthousiasme, peu de pays s’y sont ouvertement opposés, il nous est donc présenté comme un accord, pas véritablement ratifié , mais pas non plus rejeté.

Seuls la Bolivie, Cuba et le Venezuela osent condam­ner fer­me­ment cet « Accord ». Evo Morales, dans un dis­cours reten­tis­sant pro­noncé lors du sommet de Copenhague a asséné que « la vraie cause des chan­ge­ments cli­ma­tiques est le sys­tème capi­ta­liste. Si nous vou­lons sauver la terre, il nous faut alors mettre fin à ce modèle éco­no­mique ». Joignant l’acte à la parole, le pré­sident boli­vien à lancé quelque jours plus tard une invi­ta­tion aux mou­ve­ments sociaux et popu­laires de la pla­nète à se joindre à lui lors d’une « Conférence mon­diale des peuples sur le chan­ge­ment cli­ma­tique et les droits de la » Terre-Mère » » qui aurait lieu à Cochabamba en Bolivie du 19 au 22 avril 2010 (http://​cmpcc​.org/). L’objectif de ce sommet alter­na­tif serait d’analyser les causes pro­fondes du chan­ge­ment cli­ma­tique et de défi­nir des stra­té­gies d’action et de mobi­li­sa­tion pour défendre « la vie et la terre ». En plus d’un texte final, qui devrait pro­po­ser des enga­ge­ments à la hau­teur du défi cli­ma­tique, il sera dis­cuté de la pos­si­bi­lité d’un « réfé­ren­dum mon­dial » sur les objec­tifs à se fixer pour lutter contre le chan­ge­ment de climat.

Si « l’Accord » de Copenhague recon­naît la néces­sité de main­te­nir le réchauf­fe­ment global en des­sous de deux degrés cen­ti­grades, il n’est pas contrai­gnant sur la manière de le faire et laisse à chaque pays l’initiative des mesures, gageons qu’elles repo­se­ront essen­tiel­le­ment sur des méca­nismes de marché, les mêmes qui ont montré leur inef­fi­ca­cité face à la crise finan­cière.

D’autre part, si on se fie au Rapport de 2007 du GIEC, le seul scé­na­rio pos­sible pour ne pas dépas­ser un écart de tem­pé­ra­ture de 2 °C pré­voit des réduc­tions d’émissions de 25 à 40% d’ici 2020 et de 80 à 95% d’ici 2050 par rap­port à 1990 pour les pays indus­tria­li­sés. De plus, le pic mon­dial d’émissions devrait se situer vers 2015 (tableau RiD.6 du Résumé à l’intention des déci­deurs). En clair, les émis­sions mon­diales de GES doivent com­men­cer à dimi­nuer en 2015 si on veut l’imiter l’augmentation moyenne de la tem­pé­ra­ture ter­restre à 2 °C. Copenhague ne com­prend abso­lu­ment rein qui per­met­tra de res­pec­ter à son seul « objec­tif » chif­fré. Sans parler des risques de bas­cu­le­ment brutal du climat qui pour­rait sur­ve­nir même avant une aug­men­ta­tion de 2 °C.

Les chan­ge­ments cli­ma­tiques accen­tuent les inéga­li­tés sociales. Alors qu’il est de plus en plus évident que la cause du phé­no­mène réside fon­da­men­ta­le­ment dans la logique capi­ta­liste et pro­duc­ti­viste d’accumulation des pays du Nord, les plus affec­tés par les chan­ge­ments cli­ma­tiques seront les pays du Sud, ceux qui sont les moins res­pon­sables. Déjà, dans ces pays, une mul­ti­tude de sys­tèmes natu­rels sont tou­chés et le réchauf­fe­ment a des réper­cus­sions graves sur la santé des habi­tants. Selon le rap­port du GIEC, le ren­de­ment des cultures bais­sera, même à partir d’une hausse de 1 °C dans les pays du Sud, et les femmes qui repré­sentent 80 % des per­sonnes vivant sous le seuil de pau­vreté seront plus direc­te­ment affec­tées. Il faut donc ins­tau­rer une jus­tice cli­ma­tique et recon­naître la dette éco­lo­gique des pays du Nord envers les pays du Sud.

En conclu­sion, « l’Accord » de Copenhague n’est pas à la hau­teur de la crise cli­ma­tique qui nous menace et seule une mobi­li­sa­tion de masse peut affron­ter cette crise éco­lo­gique mon­diale. L’initiative d’Evo Morales reste donc notre seul espoir. Je crois que tous les per­sonnes et orga­nismes pré­oc­cu­pés par le réchauf­fe­ment cli­ma­tique devraient répondre favo­ra­ble­ment à son appel (http://​cmpcc​.org/​2​0​1​0​/​0​1​/​0​6​/​8​5​/​#​m​o​re-85), car tout retard pris dans la réduc­tion des émis­sions met en danger la vie de mil­liards d’êtres humains.

Commission thé­ma­tique envi­ron­ne­ment et éner­gie de Québec soli­daire (CTEE)

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