Savez-vous ce qu’est le capitalisme ?

Mis en ligne le 26 mai 2010

Atilio BORON

Le capi­ta­lisme a des légions d’apologistes. Beaucoup le sont de bonne foi, pro­duit de leur igno­rance et par le fait que, comme l’a dit Marx, le sys­tème est opaque et sa nature exploi­teuse et pré­da­trice n’est pas évident devant les yeux des femmes et des hommes. D’autres le défendent parce qu’ils sont ses grands béné­fi­ciaires et amassent d’énormes for­tunes grâce a ses injus­tices et inéga­lité. Il y a des plus des autres (« gou­rous » finan­ciers, « opi­nio­no­logues », « jour­na­listes spé­cia­li­sés », aca­dé­mi­ciens « bien-pen­sants » et les divers repré­sen­tants de la « pensée uniques ») qui connaissent par­fai­te­ment bien les coûts sociaux qu’impose le sys­tème en termes de dégra­da­tion humaine et envi­ron­ne­men­tal. Mais ils sont très bien payé pour trom­per les gens et pour­suivent inlas­sa­ble­ment leur labeur. Ils savent très bien, ils ont très bien appris, que la « bataille des idées » a laquelle nous a appelé Fidel est abso­lu­ment stra­té­gique pour la pré­ser­va­tion du sys­tème et n’abandonnent pas la partie.

Pour contre­car­rer la pro­li­fé­ra­tion de ver­sions idyl­liques au sujet du capi­ta­lisme et de sa capa­cité pour pro­mou­voir le bien-être géné­ral exa­mi­nons quelques don­nées obte­nues de docu­ments offi­ciels du sys­tème des Nations Unies. Ceci est extrê­me­ment didac­tique quand il s’entend, à plus forte raison dans le contexte de la crise actuelle, que la solu­tion aux pro­blèmes du capi­ta­lisme se trouve dans plus de capi­ta­lisme ; ou que le G-20 le FMI, l’OMC et la Banque Mondiale, repen­ties de leurs erreur pas­sées, vont pou­voir résoudre les pro­blèmes qui accablent l’humanité. Toutes ces ins­ti­tu­tions sont incor­ri­gibles et irré­for­mables, et chaque espé­rance de chan­ge­ment n’est rien de plus qu’une illu­sion. Ils conti­nuent a pro­po­ser la même chose, seule­ment avec un dis­cours dif­fé­rent et une stra­té­gie de « rela­tions publiques » conçues pour cacher leurs véri­tables inten­tions. Que ceux qui ont encore des doutes regardent ce que nous pro­pose pour « solu­tion­ner » la crise en Grèce : les mêmes recettes qu’ils ont appli­quées et conti­nuent d’appliquer en Amérique Latine et en Afrique depuis les années 1980.

Voici quelques don­nées (avec leur source res­pec­tives) récem­ment syn­thé­ti­sée par le CROP, le Programme International d’Etudes Comparative sur la Pauvreté situé à l’Université de Bergen en Norvège.

Le CROP a fait un grand effort pour, depuis une pers­pec­tive cri­tique, com­battre le dis­cours offi­ciel sur la pau­vreté éla­boré depuis plus de 30 ans par la Banque Mondiale et repro­duit inlas­sa­ble­ment par les grands médias de com­mu­ni­ca­tions, les auto­ri­tés gou­ver­ne­men­tales, aca­dé­miques et des « experts » variés.

Population mon­diale : 6,8 mil­liards, dont

1,020 mil­liards de dénu­tris chro­niques (FAO 2009)

2 mil­liards n’ont pas accès aux médi­ca­ments (www​.fic​.nih​.gov)

884 mil­lions n’ont pas accès à l’eau potable (OMS/UNICEF 2008)

924 mil­lions « sans abris » ou en loge­ment pré­caires (UN Habitat 2003)

1,6 mil­liards n’ont pas accès à l’électricité (UN Habitat, “Urban Energy”)

2,5 mil­liards n’ont pas de sys­tème d’égouts (OMS/UNICEF 2008)

774 mil­lions d’adultes sont anal­pha­bètes (www​.uis​.unesco​.org)

18 mil­lions de morts par an dues à la pau­vreté, la majo­rité sont des enfants en des­sous de 5 ans (OMS)

218 mil­lions d’enfants, entre 5 et 17 ans, tra­vaillent sou­vent en condi­tion d’esclavage et dans des tâches périlleuses ou humi­liantes comme sol­dats, pros­ti­tués, domes­tiques, dans l’agriculture, la construc­tion ou dans l’industrie tex­tile (OIT : L’élimination du tra­vail infan­tile : un objec­tif à notre portée, 2006)

Entre 1998 et 2002, les 25% plus pauvres de la popu­la­tion mon­dial ont vu leur part du revenu mon­dial réduit de 1,16% à 0,92%, tandis que l’opulent 10% le plus riche a accrus ses for­tunes pas­sant de 64,7% à 71,1% de la richesse mon­diale. L’enrichissement de quelques uns a comme revers l’appauvrissement de beau­coup.

Juste ce 6,4% d’augmentation de la richesse des plus riches est suf­fi­sante pour dou­bler les reve­nus de 70% de la popu­la­tion mon­dial, sau­vant d’innombrables vies et rédui­sant les pénu­ries et souf­frances des plus pauvres. Comprenez bien : une telle chose s’obtiendra si seule­ment on pou­vait redis­tri­buer l’enrichissement addi­tion­nel pro­duit entre 1988 et 2002 du 10% le plus riche de la popu­la­tion mon­dial, lais­sant intact leurs exor­bi­tantes for­tunes. Mais même pas quelque chose de si élé­men­taire comme ceci n’est accep­table pour les classes domi­nantes du capi­ta­lisme mon­dial.

Conclusion : si ne se combat pas la pau­vreté (ni se dit d’éradiquer la capi­ta­lisme !) c’est parce que le sys­tème obéit à une logique impla­cable cen­trée sur l’obtention du profit, ce qui concentre la richesse et aug­mente inces­sam­ment la pau­vreté et l’inégalité éco­no­mique et sociale.

Depuis cinq siècles d’existence c’est tout ce que le capi­ta­lisme peut offrir. Qu’attendons-nous pour chan­ger de sys­tème ? Si l’humanité a un futur, il sera clai­re­ment socia­liste. Avec le capi­ta­lisme, en revanche, il n’y aura de futur pour per­sonne. Ni pour les riches ni pour les pauvres. La sen­tence de Friedrich Engels, et aussi de Rosa Luxemburg : « socia­lisme ou bar­ba­rie », est aujourd’hui plus actuelle que jamais. Aucune société ne survie quand son impul­sion vitale réside en la recherche inces­sante du béné­fice, et son moteur qui est le profit. Plus tôt que tard cela pro­voque la dés­in­té­gra­tion de la vie sociale, la des­truc­tion de l’environnement, la déca­dence poli­tique et une crise morale. Nous n’en sommes pas encore là, mais le temps qui nous reste est faible.

http://​www​.ati​lio​bo​ron​.com

Source : Rebelión

Pour finir une petite vidéo : Les péchés du capi­ta­lisme

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