Le gouvernement au service des multinationales

Rio Tinto Alcan ; le beurre, l’argent du beurre et le beurrier

Par Mis en ligne le 12 mars 2012

Il y a à peine une semaine, on appre­nait que le gou­ver­ne­ment avait signé une entente secrète avec la mul­ti­na­tio­nale Rio Tinto Alcan qui lui permet de tirer profit d’une situa­tion de lockout en se désen­ga­geant de ses obli­ga­tions de créer des emplois dans les usines moder­ni­sées, de main­te­nir cer­taines acti­vi­tés de recherche et déve­lop­pe­ment et même de main­te­nir son siège social. Qui plus est le gou­ver­ne­ment a consenti dans cette entente un prêt sans inté­rêts de 400 mil­lions rem­bour­sable dans 30 ans.

Pourtant ce n’est pas la pre­mière fois que les contri­buables qué­bé­cois se font flouer dans ce genre de sub­ven­tion. En 1987 le gou­ver­ne­ment Bourassa avait accordé un prêt sans inté­rêt de 200 mil­lions rem­bour­sable éga­le­ment dans 30 ans à la com­pa­gnie General Motors de Boisbriand qui arri­vera à échéance en 2017. L’usine a fermé ses portes en 2002 et pas un sou n’a été rem­boursé jusqu’à main­te­nant. Les inté­rêts courus, selon les esti­ma­tions des taux de l’époque, repré­sentent à eux seuls un don de plus de 500 mil­lions pour l’ensemble de la période, donc de 250 mil­lions pour les 15 années qui res­taient après la fermeture.

Mais ce n’est pas tout, si on tient compte des per­for­mances récentes du ministre Gignac dans le cas de la fer­me­ture de la com­pa­gnie Electrolux annon­cée il y a deux ans, il y a de quoi s’inquiéter. En effet Investissement Québec avait auto­risé une contri­bu­tion de 4,7 mil­lions de dol­lars à peine deux ans avant l’annonce de la fer­me­ture, dont deux mil­lions déjà versés se sont envo­lés en fumée. Il est plus qu’inquiétant de consta­ter avec quelle fri­vo­lité le gou­ver­ne­ment sub­ven­tionne les com­pa­gnies sans exiger aucune garan­tie. Dans le cas qui nous occupe, le gou­ver­ne­ment va encore plus loin en accor­dant un finan­ce­ment garanti de 112 mil­lions dans le cadre des « amé­lio­ra­tions au régime fiscal des socié­tés pour en accroître la com­pé­ti­ti­vité et confé­rer à Alcan des béné­fices fis­caux » prévus à l’entente. C’est com­plè­te­ment indé­cent, par­ti­cu­liè­re­ment à l’heure où ce gou­ver­ne­ment coupe dans les ser­vices publics « pour équi­li­brer son budget » et veut faire payer aux jeunes un far­deau sup­plé­men­taire en aug­men­tant les frais de scolarité.

RTA béné­fi­cie avec cette entente de tous les inci­ta­tifs pour pour­suivre le lockout. Le gou­ver­ne­ment lui garan­tit non seule­ment le rachat de son excé­dent de pro­duc­tion d’électricité mais la com­pa­gnie enre­gistre des pro­fits sub­stan­tiels avec cette vente d’énergie parce qu’Hydro-Québec doit payer le tarif indus­triel, qui est quatre fois plus élevé que les coûts de pro­duc­tion de la com­pa­gnie. Même si elle n’en a pas besoin, la société d’État a dû ache­ter 10 mil­lions $ d’électricité à l’aluminerie, en plein conflit de tra­vail, seule­ment pour le mois de jan­vier 2012.

Selon le direc­teur qué­bé­cois des Métallos Daniel Roy : « il est curieux, que le lockout tombe quand le coût de l’aluminium est bas et que le nombre de cadres est déme­suré, en plein ce qu’il faut pour opérer en période de lockout. Cette com­pa­gnie-là vou­lait un lockout et elle l’a fait, impu­né­ment, grâce au gou­ver­ne­ment qui permet un tel dés­équi­libre dans les rap­ports de force. »

Malgré tout cet arse­nal, le mou­ve­ment de résis­tance au lieu de s’essouffler, prend de l’ampleur. L’appui à la lutte des tra­vailleurs de RTA dépasse de loin la région du Saguenay, des syn­di­cats de tout le Québec tant FTQ que CSN ont apporté leur sou­tien phy­sique et maté­riel. Prenant la mul­ti­na­tio­nale sur son propre ter­rain, le syn­di­cat a déjà reçu des appuis inter­na­tio­naux et orga­nise une jour­née de soli­da­rité inter­na­tio­nale le 31 mars à Alma.

Mais RTA peut dormir tran­quille, le ministre Gignac accourt aus­si­tôt à son secours. Dans une décla­ra­tion adres­sée aux médias, il a accusé le syn­di­cat de partir en croi­sade à tra­vers la pla­nète pour un débat idéo­lo­gique en démo­ni­sant la sous-trai­tance. Alors que c’est l’employeur qui décrète un lockout, devant lequel les tra­vailleurs n’ont aucun recours. Alors que les syn­di­qué-e-s luttent en réa­lité pour un plan­cher d’emploi et contre l’introduction de ce qui s’apparente à des clauses orphe­lines pour les nou­veaux et nou­velles employé-e-s qui tra­vaille­raient à rabais. Le ministre Gignac aurait reçu une com­mande de la direc­tion de la com­pa­gnie, qu’il n’aurait pas agi autrement.

En soli­da­rité avec les tra­vailleuses et les tra­vailleurs de Rio Tinto Alcan au Saguenay, signez la péti­tion concer­nant le retrait des Ententes entre Rio Tinto Alcan et le gou­ver­ne­ment du Québec, sur le site de l’assemblée nationale.

Les commentaires sont fermés.