Dakar 6-11 Février

Prochain forum social mondial

Par Mis en ligne le 31 janvier 2011

Quelques éléments pour mieux comprendre le prochain forum social mondial de Dakar(Delmas Chantal)

Le pro­chain Forum social mon­dial se tien­dra du 6 au 12 février 2011 à Dakar au Sénégal. Je vous pro­pose une pré­sen­ta­tion de ce pro­chain forum en 3 points :

I- Quelques élé­ments du contexte dans lequel se dérou­lera la FSM au Sénégal en Février 2011 II- Le FSM en tant que tel, ses objec­tifs, sa struc­tu­ra­tion III- Les pro­po­si­tions du réseau Transform ! et autres orga­ni­sa­tions avec les­quelles nous pour­rions tra­vailler

I- Quelques élé­ments du contexte dans lequel se dérou­lera le pro­chain FSM
-Même si, bien sûr, ce forum se déroule dans le contexte de la crise glo­bale, crise sociale éco­no­mique, finan­cière, éco­lo­gique, elle revêt un carac­tère par­ti­cu­lier en Afrique avec les émeutes de la faim comme der­niè­re­ment au Mozambique.
-Cinquante pour cent de la popu­la­tion Africaine vivent avec moins de 1 dollar par jour.
-Les pro­grammes impo­sés à l’Afrique par le FMI et la Banque Mondiale ont aggravé le chô­mage et la pau­vreté dans les milieux urbains mais aussi dans les zones rurales. Les dif­fé­rents plans d’austérité du FMI ont tota­le­ment déman­telé les ser­vices publics en Afrique. Le FMI et la Banque Mondiale ont eu un effet dévas­ta­teur et ont accen­tué les pres­sions sur les gou­ver­ne­ments Africains qui sont eux-même com­plices de ces mesures au lieu d’être au ser­vice de leurs peuples.
-De nom­breuses élec­tions se déroulent en Afrique en 2010-2011 : la ques­tion de la démo­cra­tie sera une thé­ma­tique cen­trale. La rela­tion entre l’Etat et la société civile se pose de façon aiguë. La prise de conscience impor­tante des Africains sur cette ques­tion tien­dra une place très impor­tante dans le pro­chain FSM.
-Les chan­ge­ment géos­tra­té­giques avec l’augmentation de l’influence de la Chine et son implan­ta­tion dans les pays Africains ; celle-ci est vue par les euro­péens comme une autre forme de post-colo­nia­lisme mais est perçue par les Africains avec plus de bien­veillance car les Chinois construisent les infra­struc­tures néces­saires à leurs éco­no­mies. Cette dif­fé­rence d’appréciation crée un cer­tain aga­ce­ment chez les Africains lorsque les occi­den­taux qui ont spolié leurs pays veulent leur donner des leçons d’indépendance. II- Le forum social pro­pre­ment dit : Le FSM se tien­dra du 6 au 12 février 2011, à l’UCAD (uni­ver­sité Cheikh Anta Diop) à Dakar. 3 axes stra­té­giques : Le conseil inter­na­tio­nal du Forum social mon­dial a défini 3 axes stra­té­giques pour le Forum de Dakar :

a- Approfondir l’analyse cri­tique du Capitalisme : Le monde est en proie à une série de crises sans pré­cé­dent y com­pris la crise du chan­ge­ment cli­ma­tique, toutes ces crises sont liées au mode de pro­duc­tion et d’accumulation capi­ta­liste.
-D’un côté, le mythe des « mar­chés » auto­ré­gu­la­teurs a entraîné une série de déré­gle­men­ta­tions et de libé­ra­li­sa­tions du com­merce et des flux de capi­taux à tra­vers le monde dans le but de donner plus de pou­voirs aux mar­chés des déri­vés ; cela a ouvert la voie aux acti­vi­tés spé­cu­la­tives à une échelle sans pré­cé­dent.
-De l’autre, les forces pro­gres­sistes poli­tiques et sociales du nord et du sud ne cessent de ren­for­cer la résis­tance contre le sys­tème capi­ta­liste et les poli­tiques libé­rales.
-Les forces pro­gres­sistes et les syn­di­cats ont inten­si­fié dans les pays indus­tria­li­sés les luttes pour pré­ser­ver l’emploi et le pou­voir d’achat.
-Dans les pays de sud, l’expérience des poli­tiques dis­cré­di­tées du FMI et de la banque mon­diale ont ren­forcé la prise de conscience des mou­ve­ments sociaux, des forces poli­tiques et même de cer­tains Etats sur la néces­sité de s’opposer à ces poli­tiques et au fon­da­men­ta­lisme du marché.
-L’analyse de cette crise va de la crise en tant que reflet de l’épuisement du capi­ta­lisme comme modèle de pro­duc­tion et d’accumulation des richesses à la crise de civi­li­sa­tion avec la remise en cause de toutes les valeurs asso­ciées au capi­ta­lisme. Dans les deux cas, il y a remise en cause de l’hégémonie des puis­sances occi­den­tales par le sud. Les crises actuelles offrent une occa­sion unique aux mou­ve­ments sociaux asso­ciés au FSM d’approfondir la crise du sys­tème capi­ta­liste et d’aggraver sa crise de légi­ti­mité au nord comme au sud.

b- Renforcer les luttes et résis­tances contre le capi­ta­lisme, l’impérialisme et l’oppression Le FSM doit offrir un espace à tous les groupes mou­ve­ments, à toutes les forces poli­tiques pro­gres­sistes oppo­sées d’une manière ou d’une autre aux poli­tiques asso­ciées au para­digme néo­li­bé­ral et lut­tant contre l’oppression, la domi­na­tion, la dis­cri­mi­na­tion, l’exclusion au nord comme au sud.

c- Construire des alter­na­tives démo­cra­tiques et popu­laires Face à la crise sys­té­mique et crise de légi­ti­mité du capi­ta­lisme, il s’impose de pro­mou­voir d’autres modèles de pro­duc­tion et de dis­tri­bu­tion des richesses en rup­ture avec la logique de l’accumulation capi­ta­liste.
-Il nous faut aller au-delà de la cri­tique. Les mou­ve­ments sociaux doivent trou­ver des stra­té­gies appro­priées pour s’opposer vigou­reu­se­ment au sau­ve­tage du sys­tème capi­ta­liste. Dans ce cadre, les mou­ve­ments sociaux doivent exa­mi­ner la pos­si­bi­lité d’alliance avec les forces poli­tiques et les Etats oppo­sés au sys­tème néo­li­bé­ral et contri­buer à d’autres modèles de déve­lop­pe­ment fondés sur la dis­tri­bu­tion équi­table des richesses, la soli­da­rité, la coopé­ra­tion, le res­pect de la sou­ve­rai­neté des peuples sur leur res­sources, la ges­tion démo­cra­tique et trans­pa­rente des res­sources dans le res­pect de l’environnement. Le FSM 2011 s’efforcera de réha­bi­li­ter la poli­tique et la démo­cra­tie relé­guée au second plan, vidée de son contenu par le pou­voir donné aux ins­ti­tu­tions finan­cières. Le FMI et l’OMC ont été les fac­teurs déter­mi­nants de l’affaiblissement de l’Etat, des ser­vices publics. Cette situa­tion a laissé un vide exploité par les groupes privés pour influen­cer les poli­tiques publiques au détri­ment de l’écrasante majo­rité des citoyens des pays du sud.

12 axes de tra­vail : Pour décli­ner ces trois axes stra­té­giques, le FSM sera orga­nisé en douze axes de tra­vail qui doivent per­mettre l’organisation de l’espace du Forum et de déga­ger des conver­gences :

1. Pour une société humaine fondée sur des prin­cipes et des valeurs com­muns de dignité, de diver­sité, de jus­tice, d’égalité entre tous les êtres humains, indé­pen­dam­ment des genres, des cultures, de l’âge, des inca­pa­ci­tés, des croyances reli­gieuses, et pour l’élimination de toutes les formes d’oppression et de dis­cri­mi­na­tion basées sur le racisme, la xéno­pho­bie, les sys­tèmes de castes, l’orientation sexuelle et autres. 2. Pour une jus­tice envi­ron­ne­men­tale et pour un accès uni­ver­sel et durable de l’humanité aux biens com­muns, pour la pré­ser­va­tion de la pla­nète comme source de vie, en par­ti­cu­lier de la terre, de l’eau, des forêts, des sources d’énergie renou­ve­lable et de la bio­di­ver­sité, garan­tis­sant les droits des peuples indi­gènes, ori­gi­naires, tra­di­tion­nels, autoch­tones et natifs sur leurs ter­ri­toires, les res­sources, les langues, les cultures, les iden­ti­tés et les savoirs. 3. Pour l’applicabilité et l’effectivité des droits humains – éco­no­miques, sociaux, cultu­rels, envi­ron­ne­men­taux, droits civils et poli­tiques -, en par­ti­cu­lier le droit à la terre, à la sou­ve­rai­neté ali­men­taire, à l’alimentation, à la pro­tec­tion sociale, à la santé, à l’éducation, au loge­ment, à l’emploi, au tra­vail décent, à la com­mu­ni­ca­tion, à l’expression cultu­relle et poli­tique. 4. Pour la liberté de cir­cu­la­tion et d’établissement de toutes et de tous, plus par­ti­cu­liè­re­ment des migrants et des cher­cheurs d’asile, des per­sonnes vic­times du trafic humain, des réfu­giés, des peuples indi­gènes, ori­gi­naires, autoch­tones, tra­di­tion­nels et natifs, des mino­ri­tés, des peuples sous occu­pa­tion, des peuples en situa­tion de guerre et conflits et pour le res­pect de leurs droits civils, poli­tiques, éco­no­miques, sociaux, cultu­rels et envi­ron­ne­men­taux. 5. Pour le droit inalié­nable des peuples au patri­moine cultu­rel de l’humanité, pour la démo­cra­ti­sa­tion des savoirs, des cultures, de la com­mu­ni­ca­tion et des tech­no­lo­gies, valo­ri­sant les biens com­muns, et pour la fin des savoirs hégé­mo­niques et de la pri­va­ti­sa­tion des savoirs et des tech­no­lo­gies, en chan­geant fon­da­men­ta­le­ment le sys­tème des droits de la pro­priété intel­lec­tuelle. 6. Pour un monde débar­rassé des valeurs et des struc­tures du capi­ta­lisme, de l’oppression patriar­cale, de toute forme de domi­na­tion des puis­sances finan­cières, des trans­na­tio­nales et des sys­tèmes inégaux de com­merce, de la domi­na­tion colo­niale et de la domi­na­tion par la dette. 7. Pour la construc­tion d’une éco­no­mie sociale, soli­daire, éman­ci­pa­trice, avec des modèles sou­te­nables de pro­duc­tion et de consom­ma­tion et un sys­tème de com­merce équi­table, qui mette au cœur de ses prio­ri­tés les besoins fon­da­men­taux des peuples et le res­pect de la nature, garan­tis­sant une redis­tri­bu­tion glo­bale avec une fis­ca­lité inter­na­tio­nale et sans para­dis fis­caux. 8. Pour la construc­tion et l’expansion de struc­tures et d’institutions démo­cra­tiques poli­tiques et éco­no­miques locales, natio­nales et inter­na­tio­nales, avec la par­ti­ci­pa­tion des peuples aux prises de déci­sion et au contrôle des affaires publiques et des res­sources, res­pec­tant la diver­sité et la dignité des peuples. 9. Pour la construc­tion d’un ordre mon­dial basé sur la paix, la jus­tice et la sécu­rité humaine, le droit, l’éthique, la sou­ve­rai­neté et l’autodétermination des peuples, condam­nant les sanc­tions éco­no­miques ainsi que pour des règles inter­na­tio­nales sur le com­merce des armes. 10. Pour la mise en valeur des his­toires et des luttes de l’Afrique et de sa dia­spora ainsi que de leur contri­bu­tion à l’humanité, en recon­nais­sant la vio­lence du colo­nia­lisme. 11. Pour une réflexion col­lec­tive sur nos mou­ve­ments, le pro­ces­sus du Forum Social Mondial et nos pers­pec­tives pour l’avenir. 12. Pour un inter-appren­tis­sage des para­digmes alter­na­tifs à la crise de civi­li­sa­tion hégé­mo­nique de la modernité/​colo­nia­lité euro­cen­trique, à tra­vers la « dé-colo­nia­lité » et la socia­li­sa­tion du pou­voir, en par­ti­cu­lier dans les rela­tions Etat / Marché / Société ; les droits col­lec­tifs des peuples ; le refus de la mar­chan­di­sa­tion de la vie et du « déve­lop­pe­ment » ; l’apparition de sub­jec­ti­vi­tés et d’épistémologies oppo­sées au racisme, à l’eurocentrisme, au patriar­cat et à l’anthropocentrisme.

5 points :La métho­do­lo­gie adop­tée par le FSM met l’accent sur 5 points a- Plus de visi­bi­lité des luttes popu­laires menés par les peuples ori­gi­naires, les mettre au coeur du forum. b- Visibilité des luttes de la Diaspora afri­caine, soli­da­rité entre mou­ve­ments sociaux afri­cains et dia­spo­ras, avoir des thé­ma­tiques d’intérêt commun. c- La ques­tion de la culture comme élé­ment de spec­tacle et diver­tis­se­ment mais sur­tout comme ins­tru­ment de conscien­ti­sa­tion poli­tique et de mobi­li­sa­tion sociale. La culture comme arme de désa­lié­na­tion de l’idéologie du sys­tème capi­ta­liste. d- Les tables de dia­logue et de contro­verse : Ces acti­vi­tés seront par­rai­nées par le comité d’organisation, le conseil Africain et le conseil inter­na­tio­nal et se feront sous forme de tables de dia­logue et de contro­verse. L’objectif de ces tables est d’offrir la pos­si­bi­lité aux mou­ve­ments sociaux de dia­lo­guer, d’interpeller des acteurs qui ne par­ti­cipent pas au forum tels les repré­sen­tants de gou­ver­ne­ments, d’institutions sous-régio­nales ou régio­nales. Les sujets dis­cu­tés pour­raient être : les rela­tions Nord-Sud, Sud-Sud, la ques­tion des Etats Unis d’Afrique, migra­tion Africaine, les rela­tions avec la Diaspora… Place des poli­tiques La charte de Porto Alegre qui fonde les prin­cipes des forums sociaux mon­diaux, inter­dit aux poli­tiques d’être orga­ni­sa­teurs du forum, mais elle n’interdit pas de pou­voir y par­ti­ci­per. Au début des forums sociaux, les règles à l’égard des poli­tiques étaient très dra­co­niennes, Il y a eu une nette amé­lio­ra­tion à ce sujet avec, au der­nier FSM à Belém, une ren­contre entre l’ensemble des mou­ve­ments sociaux et les Présidents d’Amérique Latine, Hugo Chavez, Correa, Evo Morales… Lors du der­nier sommet sur le Climat de Copenhague, Evo Morales a appelé à un sommet des Peuples sur le climat à Cochabamba avec pré­sence à éga­lité des mou­ve­ments, mais aussi des acteurs poli­tiques pro­gres­sistes. Ces deux expé­riences changent la manière de conce­voir cette dua­lité entre poli­tique et mou­ve­ment social. Le FSM de Dakar devrait, à son tour, expé­ri­men­ter de nou­velles pra­tiques à ce sujet, tout en conser­vant bien sûr, l’autonomie, l’indépendance des mou­ve­ments. e- Organisation d’hommage à la mémoire des grandes figures de l’Afrique

Le dérou­le­ment du FSM est prévu comme suit :
-6 février : Marche d’ouverture.
-7 février : jour­née dédiée à l’Afrique et aux Diasporas.
-8 et 9 février : acti­vi­tés auto orga­ni­sées par l’ensemble des orga­ni­sa­tions sou­hai­tant par­ti­ci­per au FSM.
-10 février : Assemblées de conver­gences et assem­blées thé­ma­tiques.
-11 février : conver­gences thé­ma­tiques et glo­bales, clô­ture du FSM. A propos de ce dérou­le­ment, il est à noter que deux jour­nées sont consa­crées aux conver­gences thé­ma­tiques et glo­bales au lieu d’une jour­née lors du der­nier forum. La néces­sité de favo­ri­ser les conver­gences et de déga­ger des cohé­rences au sein du FSM pour être vrai­ment utile face à la crise du capi­ta­lisme est res­sen­tie désor­mais comme une prio­rité.

III- Les pro­po­si­tions de sémi­naires de Transform ! Ces pro­po­si­tions peuvent évo­luer au fur et à mesure des dis­cus­sions avec les orga­ni­sa­tions sou­hai­tant tra­vailler sur des thèmes appro­chants. 1-Les axes sud-sud et nord-sud sont ils per­ti­nents pour penser l’alternative ?

2-Rôle des ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales, banque mon­diale , FMI,G8,G20,face aux mesures d’austérité pour les Peuples quelles nou­velles conver­gences créer entre les Peuples du Nord et du sud ?

3-Reconstruire la Gauche : les gauches du nord et du Sud

4-La ques­tion du lien poli­tique et mou­ve­ment social Face à la crise, les mou­ve­ments sociaux la société civile doivent-ils rester uni­que­ment des contre pou­voirs ou doivent-ils par­ti­ci­per à l’élaboration du pro­ces­sus de construc­tion d’une sphère poli­tique alter­na­tive ? 5-Analyse de la concep­tion actuelle du déve­lop­pe­ment et de la coopé­ra­tion. Quel nou­veau type de déve­lop­pe­ment alter­na­tif, com­ment conce­voir dans ce cadre la coopé­ra­tion nord-sud , sud-nord ? 6-Les dif­fé­rentes ana­lyses du post colo­nia­lisme, qu’y a-t-il de nou­veau 50 ans après les Indépendances Africaines

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