Le Blairisme sur le divan

Par Mis en ligne le 30 janvier 2011

Résumé : Cette entre­prise de démy­thi­fi­ca­tion a la vertu de révé­ler l’évolution du socia­lisme moderne, de donner un aperçu des liens entre élites poli­tiques, élec­to­rat et médias à l’ère du « tout-infor­ma­tion » et de déli­vrer un pro­nos­tic inté­res­sant sur l’évolution du pay­sage poli­tique bri­tan­nique.

Titre du livre : The third man life at the heart of New Labour
Auteur : Peter Mandelson
Éditeur : HarperCollins

Les Mémoires de Tony Blair 1 ont laissé leurs lec­teurs sur leur faim : au terme des 400 pages que compte l’ouvrage, on en apprend bien peu sur les aspi­ra­tions et les méthodes qui auront pré­sidé à l’une des plus radi­cales réin­ven­tions d’un parti de gauche en Europe. Quelques mois aupa­ra­vant, le tes­ta­ment poli­tique de Peter Mandelson, Député et Ministre tra­vailliste, Commissaire euro­péen et sur­tout spin doctor réputé pour mettre en musique la com­mu­ni­ca­tion du parti dans l’ombre, pré­ten­dait aus­cul­ter le New Labour de l’intérieur. Si les tra­vaillistes n’en sortent pas gran­dis, cette entre­prise de démy­thi­fi­ca­tion a la vertu de révé­ler les des­sous par­fois bru­taux du socia­lisme moderne.

Un thril­ler poli­tique

Le témoi­gnage de Peter Mandelson vaut d’abord pour sa vision du micro­cosme poli­tique bri­tan­nique. Du quar­tier géné­ral tra­vailliste de Walworth Road qu’il fré­quente en tant que jeune mili­tant au nou­veau siège de Victoria Road où il invente la stra­té­gie de com­mu­ni­ca­tion du New Labour, des cou­loirs de Westminster à ceux de Downing Street, rares sont des expé­riences aussi com­plètes de l’appareil par­ti­san et de l’exercice du pou­voir.

Le pano­rama qu’elle ouvre permet de suivre l’émergence de la future « nou­velle géné­ra­tion ». Le récit retrace ainsi en fili­grane les par­cours diver­gents des frères Miliband qui bri­gue­ront tous deux par la suite le poste de numéro Un au Parti tra­vailliste. Respectivement issus de la fac­tion libé­rale et de l’aile gauche du parti, David fait ses pre­mière armes à Downing Street au sein de « l’écurie » Blair, tandis que Ed s’illustre dans la garde rap­pro­chée de Gordon Brown. Mandelson livre éga­le­ment une ana­lyse inté­res­sante des atouts de la gou­ver­nance euro­péenne, déli­vrée des calen­driers élec­to­raux, des logiques par­ti­sanes et des riva­li­tés entre élites admi­nis­tra­tives et poli­tiques qui inhibent l’action des gou­ver­ne­ments natio­naux

L’attraction cen­trale de ces confi­dences d’alcôve est sans conteste le tor­pillage de Tony Blair par Gordon Brown. Tous les ingré­dients du thril­ler poli­tique y sont réunis : écoutes télé­pho­niques, noms de code, rôle trouble des jour­na­listes et des infor­ma­teurs, riva­li­tés per­son­nelles …la ten­sion culmine avec l’accord secret de pas­sa­tion de pou­voir entre le Premier Ministre et son Ministre des Finances et la déci­sion de Tony Blair de recou­rir à la « stra­té­gie Aznar », sui­cide poli­tique consis­tant à annon­cer son départ à la suite des élec­tions.

Le per­son­nage de Mandelson a lui-même des allures roma­nesques. Eternel second cou­teau, il ne par­vient à occu­per le devant de la scène que de manière éphé­mère, avant que des scan­dales poli­tico-finan­ciers ne l’obligent à démis­sion­ner. En poste, les régu­la­tions qu’il met en œuvre, notam­ment la Fairness at Work Bill, achèvent de l’auréoler d’une répu­ta­tion sul­fu­reuse d’héritier de Thatcher auprès des syn­di­cats. Alors que la presse bri­tan­nique le sur­nomme déjà « le Prince des Ténèbres », ce sont les contro­verses que sus­citent sa par­ti­ci­pa­tion aux négo­cia­tions com­mer­ciales de Doha en tant que Commissaire euro­péen qui fon­de­ront la légende noire d’un néo-libé­ral for­cené. Mandelson sus­cite d’autant plus l’animosité qu’il survit à toutes les épreuves : accusé par le Président fran­çais de condam­ner les agri­cul­teurs euro­péens en pro­po­sant à l’OMC une baisse des sub­ven­tions et des pro­tec­tions doua­nières com­mu­nau­taires, il échappe à la mise sous tutelle. Evincé par deux fois du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique, il est rap­pelé par Brown en 2008.

S’il se pré­sente volon­tiers comme un stra­tège de l’ombre, Peter Mandelson est pour­tant loin de la figure d’outsi­der qu’il reven­dique : de fait, il est plus d’une fois au pre­mier plan, notam­ment lors du pro­ces­sus de paix en Irlande du Nord. Il n’a jamais été et ne sera jamais le « troi­sième homme ». La réfé­rence au per­son­nage d’Orson Welles est donc para­doxale, sauf à consi­dé­rer qu’elle cor­res­pond à l’image d’ « homme pro­vi­den­tiel » que l’auteur cultive éga­le­ment.

Mais malgré ses rebon­dis­se­ments, l’intrigue manque de panache : au fil des pages, les affron­te­ments entre Blair et Brown deviennent cha­maille­ries, et chacun reste dans le rôle qu’on lui connaît : animal poli­tique contre tech­no­crate auto­ri­taire et mal­adroit. On aime­rait retrou­ver dans ces frères enne­mis les figures modernes d’Octave et Antoine, mais leur riva­lité ne débouche sur aucun fait d’arme, aucune évo­lu­tion idéo­lo­gique majeure. Serait-ce parce que l’empire du New Labour ne serait qu’une coquille vide, que l’on ne sau­rait s’évertuer à par­ta­ger ?

New Labour et sto­ry­tel­ling : l’histoire d’un succès et le succès par l’histoire.

Au-delà des anec­dotes sur le bal des égos, le lec­teur ouvre les mémoires de Peter Mandelson en se deman­dant com­ment et pour­quoi est né le New Labour. A quoi rêvaient-ils, ces jeunes loups tra­vaillistes qui se sont oppo­sés aux élé­phants du socia­lisme syn­di­ca­liste tra­di­tion­nel ? Avaient-il un plan pour s’imposer face au National Executive Committe et à la National Union of Mineworkers, ce « syn­di­cat qui pou­vait faire tomber des gou­ver­ne­ments » ? Loin de la géné­ra­tion spon­ta­née, la moder­ni­sa­tion du parti tra­vailliste fut bien conçue comme un projet à part entière, afin de com­bler le fossé qui sépa­rait le parti de son élec­to­rat ouvrier depuis les grèves infruc­tueuses de l’ère Thatcher, et, plus encore, de ral­lier les classes moyennes. Cette récon­ci­lia­tion passe avant tout par un effort de com­mu­ni­ca­tion dont le « Troisième Homme » détaille la recette :

1-Faire appel à un publi­ci­taire

Mandelson a com­pris que la recon­ver­sion du Labour pas­se­rait par la conver­sion des esprits. Pour effa­cer l’image d’un parti au dis­cours et aux inté­rêts éloi­gnés de l’opinion, il charge le publi­ci­taire Philip Gould d’inventer une stra­té­gie de marque. Ce der­nier fait appel à des pro­fes­sion­nels pour mettre au point une nou­velle iden­tité : chan­ge­ment de logo et de slogan, uti­li­sa­tion de visuels attrac­tifs, de for­mules humoristiques…le lif­ting est radi­cal.

2- Dérouler une stra­té­gie de com­mu­ni­ca­tion moderne.

S’il n’a pas inventé le mar­ke­ting poli­tique fondé notam­ment par les méthodes de Jacques Pilhan, 2 il lui donne ses lettres de noblesse à l’ère des mass-medias. Peter Mandelson assume les tech­niques com­mer­ciales dont il a usé, et n’hésite pas à tracer un paral­lèle expli­cite entre parti et entre­prise, dis­cours et packa­ging, mani­feste poli­tique et pro­duit, client et élec­teur. Ouvertement ins­pi­rée par la cam­pagne de Bill Clinton, la tac­tique se base sur une véri­table étude de marché. La pre­mière étape consiste à iden­ti­fier les concur­rents – la vieille garde « rouge » tra­vailliste, les nou­veaux « Libéraux Démocrates » et les Conservateurs, dont la poli­tique d’accession a la pro­priété nuisent à la cré­di­bi­lité du dis­cours tra­vailliste sur la lutte contre les inéga­li­tés sociales. Dans un second temps, il s’agit d’évaluer les spé­ci­fi­ci­tés de la demande : son­dages et focus groups per­met­tront de capter les pré­oc­cu­pa­tions quo­ti­diennes des élec­teurs, mais éga­le­ment de tester idées, pro­po­si­tions et for­mules. Désormais, le Labour axera ses mes­sages sur les aspi­ra­tions concrètes des Britanniques, et cher­chera à pha­go­cy­ter les argu­ments des Tories – l’association de l’équité et de la liberté dans un nou­veau slogan comme l’appropriation des thèmes sécu­ri­taire par la for­mule de Tony Blair « tough on crime, tough on the causes of crime » sont autant de manœuvre qui per­mettent de chas­ser sur les terres de Margaret Thatcher.

3-Capter l’attention des médias…pour ne plus la subir

Peter Mandelson, qui a lui-même une expé­rience du jour­na­lisme télé­vi­suel, conçoit les médias comme le relais cen­tral de la rela­tion du parti à l’opinion publique. Les résul­tats des élec­tions natio­nales lui donnent raison : en 1997, le Sun parie sur Tony Blair ; treize ans plus tard, le revi­re­ment du même quo­ti­dien en faveur de David Cameron a cer­tai­ne­ment pesé auprès de ses huit mil­lions de lec­teurs. Le com­mu­ni­quant tra­vailliste soigne donc ses rela­tions avec les édi­to­ria­listes poli­tiques, à qui il pro­pose tou­jours une his­toire « clef en main ». Sa pra­tique du sto­ry­tel­ling 3 est par­fois cynique : à Gordon Brown, affligé d’un défi­cit chro­nique de cha­risme, il conseille de sur­tout de faire feu de tout bois pour sus­ci­ter la sym­pa­thie, en évo­quant au besoin les épi­sodes les plus pathé­tiques de sa vie privée. Il serait pour­tant sim­pliste de réduire cette scé­na­ri­sa­tion aux grosses ficelles d’un mes­sage popu­liste : il y a une véri­table tech­ni­cité der­rière le reca­drage sys­té­ma­tique du dis­cours pour éli­mi­ner les expres­sions qui rebutent l’électeur, der­rière la volonté de per­son­na­li­ser la cam­pagne élec­to­rale autour de la figure d’un leader, et der­rière l’usage par­ci­mo­nieux du lan­gage que résument les trois « règles d’or du spin doctor » : « Ne jamais trop en faire. Citer les faits. Ne jamais arri­ver à une confé­rence de presse sans récit consti­tué. »

S’il décrit par le menu l’ingénierie qui a récon­ci­lié le parti tra­vailliste aux médias et à l’opinion, Mandelson réfute les cri­tiques qui ne voient dans le New Labour qu’une opé­ra­tion de com­mu­ni­ca­tion et main­tient qu’il s’agit bien d’un virage idéo­lo­gique. A vrai dire, le blai­risme pré­fère les prin­cipes aux idéaux. Mandelson lui-même confesse : « je suis capable de chan­ger d’idée, mais je ne suis que rare­ment dépourvu d’idée […] Je me recon­nais dans le centre-droit, mais j’ai tou­jours été ouvert à de nou­velles pro­po­si­tions pour mettre en pra­tique les valeurs pro­gres­sistes que je défends. ». C’est ce prag­ma­tisme qui a fait du nou­veau parti tra­vailliste un parti de gou­ver­ne­ment.

Cool Britannia, dix ans d’âge d’or du blai­risme

Ses détrac­teurs accusent Peter Mandelson d’avoir vendu deux fois l’âme de la gauche, d’abord aux médias, puis au capi­ta­lisme de marché. A la pre­mière cri­tique, il répond que sa stra­té­gie média­tique ser­vait un véri­table projet de société. A la seconde, il répond que la trans­for­ma­tion du tra­vaillisme n’était qu’une manière de fédé­rer des aspi­ra­tions latentes à gauche. Au début des années 1990, il s’agissait pour lui de dépas­ser l’entêtement réac­tion­naire, puéril et sur­tout ana­chro­nique de la frange trots­kyste du Labour, qui se bor­nait à s’opposer au dis­cours de la droite radi­cale incar­née par Margaret Thatcher et Ronald Reagan.

Il défend cepen­dant son atta­che­ment aux « valeurs his­to­riques » du socia­lisme, affirme être entré en poli­tique comme on entre en reli­gion, et met en avant une enfance mar­quée par la figure d’un grand-père membre du gou­ver­ne­ment Attlee. Cette filia­tion reven­di­quée ne fait cepen­dant pas oublier que les chefs de file du New Labour se dis­tinguent de leurs aînés par leur par­cours. Comme Blair, Mandelson est un pur pro­duit d’ »Oxbridge », issu d’une intel­li­gent­sia loin des luttes syn­di­cales.

On ne peut nier cepen­dant nier qu’il existe bien une doc­trine New Labour. La seconde cam­pagne élec­to­rale de Tony Blair expose un projet, celui de bâtir une Angleterre « sociale démo­crate dans laquelle on encou­rage les indi­vi­dus à se réa­li­ser ».A partir des années 1980 et de la cam­pagne de Neil Kinnock, la notion de jus­tice sociale devient le porte-éten­dard du parti. Le blai­risme ira plus loin : pour la pre­mière fois, la créa­tion de richesse devient une prio­rité et l’économie de marché est recon­nue comme para­digme indé­pas­sable. Mandelson prône un degré mini­mal mini­mal d’intervention sur les mar­chés. Le pro­gramme tra­vailliste aborde désor­mais les tabous des trappes à pau­vreté, du laxisme sécu­ri­taire…

La révi­sion de la Clause IV de la consti­tu­tion du parti défen­dant la pro­priété col­lec­tive des fac­teurs de pro­duc­tion, consacre l’abandon d’un monu­ment idéo­lo­gique. L’effritement du dogme tra­vailliste de la natio­na­li­sa­tion se confir­mera lors de la crise finan­cière : ce n’est qu’en der­nier res­sort que l’équipe de Gordon Brown décide d’augmente la par­ti­ci­pa­tion de l’Etat dans les ins­ti­tu­tions ban­caires qui risquent la faillite.

Le New Labour ancre sa vision de la sociale démo­cra­tie au centre de l’échiquier poli­tique : les trac­ta­tions récur­rentes les Libéraux Démocrates visant à explo­rer les pos­si­bi­li­tés d’une coa­li­tion, montrent l’étendue de l’éloignement avec la gauche radi­cale. Résolument pro-euro­péen, le gou­ver­ne­ment Blair endosse le cha­pitre social de Maastricht et, selon Peter Mandelson, aurait adopté l’Euro si la trau­ma­ti­sante crise du Système Monétaire Européen n’avait pas ins­tillé une peur panique des unions moné­taires chez le Chancellier Brown.

En ce sens, la mue des Travaillistes s’inscrit bien dans l’évolution amor­cée depuis une tren­taine d’années par la gauche, aux Etats-Unis comme en Europe : portés par des lea­ders cha­ris­ma­tiques, le PS mit­ter­ran­diste, le PSOE de Zapatero, le SDP de Schröder ont ainsi appri­voisé le libé­ra­lisme éco­no­mique et renoué avec les accents d’un parti de gou­ver­ne­ment.

Grandeur et déca­dence du New Labour : « it’s the eco­nomy, stupid »

Au Royaume Uni comme en France, en Allemagne, et bien­tôt peut être en Espagne, le nou­veau modèle socia­liste a finit par être désa­voué par les urnes. Au fil des scru­tins, et au cours de ses huit années de gou­ver­ne­ment, le parti tra­vailliste a enre­gis­tré la désaf­fec­tion de quatre mil­lions d’électeurs : le scan­dale des frais de bouche des par­le­men­taires qui a défi­ni­ti­ve­ment miné sa cote de popu­la­rité n’est donc que le symp­tôme d’une rela­tion dété­rio­rée depuis long­temps.

Le bilan de Tony Blair n’est pour­tant pas acca­blant sur le plan domes­tique : si toutes les pro­messes d’équité sociale n’ont pas été rem­plies, la situa­tion des popu­la­tions « expo­sées » (enfants, per­sonnes âgées, enclaves ter­ri­to­riales…) s’est amé­lio­rée. Côté pile, ce legs com­prend l’indépendance de la Banque cen­trale, la créa­tion du salaire mini­mum, une ébauche de recon­nais­sance des droits de la com­mu­nauté homo­sexuelle, l’une des poli­tiques cli­ma­tiques les plus ambi­tieuses d’Europe et le trans­fert de com­pé­tence aux par­le­ments écos­sais et gal­lois. Côté face, la réorien­ta­tion des inves­tis­se­ments de l’Etat dans les sec­teurs de la santé et d’éducation supé­rieure, les déci­sions de pri­va­ti­sa­tions et la créa­tion d’une pro­cé­dure pénale accé­lé­rée pour les jeunes délin­quants sont plus contro­ver­sées.

Mandelson rat­tache pour­tant l’échec du New Labour à la faillite de sa poli­tique éco­no­mique. Il estime en par­ti­cu­lier que le gou­ver­ne­ment Brown n’a pas eu le cou­rage poli­tique de dimi­nuer les dépenses de l’Etat et d’augmenter les pré­lè­ve­ments fis­caux pour amé­lio­rer la santé des finances publiques une fois l’essentiel de la réces­sion éco­no­mique passé. A tra­vers l’exacerbation des dis­sen­sions au sein du gou­ver­ne­ment Blair sur le niveau des pres­ta­tions sociales, la réforme de la Poste et du NHS, le réglage de l’impôt sur le revenu ou de la TVA, il diag­nos­tique une absence de doc­trine éco­no­mique solide et com­mune au parti.

Il est vrai que les résul­tats du second mandat sont moins brillants : la stag­na­tion des reve­nus et les faibles résul­tats de la poli­tique de lutte contre le chô­mage peuvent expli­quer le revi­re­ment d’une partie de l’électorat. D’autre part, si une poli­tique de déré­gu­la­tion lui a pré­cé­dem­ment assuré les faveurs de la City, Tony Blair s’attire les foudres du sec­teur privé en réfor­mant le sys­tème d’assurance mala­die.

Chronique d’une mort natu­relle

Plus encore qu’une stra­té­gie éco­no­mique défi­ciente, Peter Mandelson attri­bue la décon­nec­tion pro­gres­sive de l’électorat à l’essoufflement pro­gres­sif de l’élan de moder­nité ini­tial. La las­si­tude des hommes, en par­ti­cu­lier celle de Tony Blair, usé par l’exercice du pou­voir, n’est que le reflet de la lente dés­illu­sion qui s’installe quand les affaires cou­rantes prennent le pas sur la géné­ra­tion de pro­po­si­tions nova­trices. La machine du New Labour a donc finit par tour­ner à vide. La vic­toire d’Ed Miliband à la tête du parti marque un retour de l’aile gauche et ferme pour l’heure la paren­thèse blai­riste.

“Perhaps you should stop cal­ling them ‘the libe­rals’ and get their name right”

Le nou­veau leader tra­vailliste a adopté un dis­cours qui mêle concep­tion mar­xiste du modèle socio-éco­no­mique, retour à la régu­la­tion éco­no­mique et plé­bis­cite d’un déve­lop­pe­ment durable qui pour­rait s’avérer suf­fi­sam­ment aspi­ra­tion­nel pour redon­ner de la vigueur au parti. Les péri­pé­ties de la Gauche outre-Atlantique lui laissent de l’espoir : la suc­ces­sion indi­recte de Barack Obama à Bill Clinton montre qu’un revi­re­ment à gauche peut être salu­taire pour per­mettre au parti de repo­si­tion­ner auprès de l’électorat à l’issue d’une tra­ver­sée du désert.

Les chro­niques de Mandelson laissent cepen­dant entre­voir l’émergence pro­gres­sive d’une autre « Troisième voie », celle des Libéraux-Démocrates. Au vu de leur succès élec­to­ral crois­sant, Mandelson regrette qu’une alliance « pro­gres­siste » ne se soit fina­le­ment jamais concré­ti­sée, et que les Libs-Dems aient opté pour une coa­li­tion oppor­tu­niste avec les Conservateurs. Au-delà de la petite révo­lu­tion coper­ni­cienne opérée dans la galaxie du socia­lisme, il se pour­rait que les idées et les méthodes du New Labour aient déplacé le centre de gra­vité de la classe poli­tique bri­tan­nique toute entière et pré­paré la fin du bipar­ti­sa­nisme.

rédac­teur : Blandine BARREAU, Critique à non​fic​tion​.fr
Illustration : flickr

Notes :
1 – parues sous le titre ori­gi­nal The jour­ney, sep­tembre 2010, Ed. Hutchinson
2 – décrites in Bazin, O. (2009 ) Jacques Pilhan, « le sor­cier de l’Elysée », Editions Plon, le New Labour
3 – voir le décryp­tage des stra­té­gies de scé­na­ri­sa­tion in CITTON, Y. (2010) Mythocratie. Storytelling et ima­gi­naire de gauche, Éd.Amsterdam

Titre du livre : The third man life at the heart of New Labour
Auteur : Peter Mandelson
Éditeur : HarperCollins
Date de publi­ca­tion : 15/02/11
N° ISBN : 0007395280

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