Note de lecture

Pour sauver la planète, sortez du capitalisme

Par Mis en ligne le 14 mai 2012

Pour sauver la pla­nète, sortez du capi­ta­lisme
Hervé Kampf
Seuil

Ce livre est à lire. Déjà par la masse des infor­ma­tions qu’il contient, ensuite par la dénon­cia­tion (à partir d’éléments par­ti­cu­liè­re­ment pro­bants et démons­tra­tifs) de la logique mor­ti­fère du capi­ta­lisme. Enfin par les pistes d’actions- de haute teneur civi­li­sa­tion­nelle – qu’il sug­gère. Même si l’on peut en contes­ter cer­taines. Une cri­tique pre­nant cer­tai­ne­ment sa source dans une appré­cia­tion dif­fé­rente non pas des dégâts pro­vo­qués à la nature et aux hommes mais de la logique propre du capi­ta­lisme.

Parlons de ce que l’on apprend. En vrac.

  • Que la mesure de l’évolution des per­for­mances des micro­pro­ces­seurs est le coût de trai­te­ment d’un mil­lion d’opérations : il était d’un dollar en 1970, il est main­te­nant de 0,000 000 01, soit cent mil­lions de fois moins.
  • Que l’informatisation des chaînes tech­niques n’a pas pro­jeté l’économie dans l’immatériel. Elle a bien plutôt aug­menté la quan­tité de matières trans­for­mées par l’activité humaine.
  • Que la pro­duc­tion annuelle de lait par une vache en France est passée de 4700 litre en 1980 à 7700 en 2006 !
  • Que le PIB (pro­duit inté­rieur brut) est consti­tué des biens et ser­vices four­nis. En 2002 ce PIB mon­dial était de 32000 mil­liards de dol­lars ; le total des tran­sac­tions moné­taire attei­gnait lui plus de 1 000 000 de mil­liards de dol­lars.
  • Que la dette exté­rieure des pays en déve­lop­pe­ment est passée de 50 mil­liards de dol­lars en 1968 à 2450 mil­liards en 2001.
  • Que suite à la déci­sion poli­tique du direc­teur de la Réserve Fédérale US d’augmenter for­te­ment les taux d’intérêts pour rendre très pro­fi­table le pla­ce­ment de capi­taux aux Etats-Unis en 15 ans un on dou­blait son pla­ce­ment.
  • Que deux Nobel diri­geaient avec des amis le fonds spé­cu­la­tif LTCM…ce der­nier à fait faillite en 1998 à cause de la négo­cia­tion de pro­duits déri­vés.
  • Que les riches n’ont jamais été, dans l’histoire contem­po­raine, plus éloi­gnés des pauvres, tandis que les inéga­li­tés de niveau de vie moyens entre les nations riches et pauvres n’ont pas d’exemple dans l’histoire humaine.
  • Que nous sommes entré dans l’ère de l’anthropocène.( l’humanité deve­nant un agent géo­lo­gique apte à trans­for­mer la struc­ture de la bio­sphère ( contrai­re­ment au cam­brien, au cré­tacé, de l’holocène…)
  • Que le marché des films por­no­gra­phiques pesait en 2000 10 mil­liards de dol­lars (1000 fois plus que 30 ans aupa­ra­vant).
  • Que pour atteindre les « objec­tifs du mil­lé­naire », visant à réduire la pau­vreté et la faim dans le monde, on esti­mait en 2005 qu’il fau­drait 195 mil­liards de dol­lars par an d’ici à 2015. Un pré­lè­ve­ment de 5% sur le patri­moine des 10 mil­lions de mil­lion­naires four­ni­rait la somme idoine.

Et bien d’autres choses.

Mais l’essentiel de l’intérêt de cet ouvrage réside dans cer­taines logiques du capi­ta­lisme qu’il met à jour. Au delà de la condam­na­tion de sa logique accu­mu­la­tive assez connu il dévoile d’autres aspects plus mécon­nus.

Nous recom­man­dons par­ti­cu­liè­re­ment la lec­ture des pas­sages consa­crés à la cor­rup­tion ( et son marché : por­no­gra­phie, trafic d’enfants, mafias, drogues…) au cœur même du nou­veau capi­ta­lisme, sur la psy­cho­lo­gi­sa­tion des com­por­te­ments par les forces du capi­tal.

C’est ainsi que Hervé Kampf jour­na­liste au Monde explique com­ment le capi­ta­lisme a changé de régime depuis les années 1980 et a réussi à impo­ser son modèle indi­vi­dua­liste de com­por­te­ment, mar­gi­na­li­sant les logiques col­lec­tives.

Sa cri­tique de ce qu’il nomme la « crois­sance verte » c’est-à-dire le moyen pour le capi­ta­lisme de trou­ver d’autres sources de pro­fits est vivi­fiante.

Le der­nier quart du livre met l’accent sur la néces­sité pour s’en sortir de suivre d’autres règles que le capi­ta­lisme : qui veuille le bien commun plutôt que le profit, la coopé­ra­tion plutôt que la com­pé­ti­tion, l’écologie plutôt que l’économie.

Deux ou trois thèse de l’auteur nécessiteraient discussion voir confrontation.

Ainsi son affir­ma­tion de l’incapacité de la science et des tech­no­lo­gies de réduire l’impact de la crois­sance sur la vie de la pla­nète. Même si l’on veut bien admettre que la main­mise du capi­ta­lisme sur ces outils rend la solu­tion ardue.

De même de réduire la hausse (certes cri­mi­nelle) des pré­lè­ve­ments sur la nature en vue d’une consom­ma­tion effré­née jus­ti­fiée par le désir de mon­trer une pos­ses­sion supé­rieure à celle du voisin risque d’amoindrir la cri­tique de la logique interne propre du capi­ta­lisme.

Car contrai­re­ment à ce que dit l’auteur cette logique n’est pas « un état social dans lequel les indi­vi­dus sont cen­sées n’être moti­vés que par la recherche du profit et consentent à lais­ser régler par le méca­nisme du marché toutes les acti­vi­tés qui les mettent en rela­tion ». Cette défi­ni­tion laisse trop dans l’ombre ce qui se cache der­rière le terme « indi­vi­dus » en mas­quant la ques­tion de l’appropriation de la plus value par cer­tains au détri­ment d’autres ( et de la pla­nète) . Elle laisse dans l’ombre la ques­tion des rap­ports sociaux de domi­na­tion.

Mais ne chipotons pas notre intérêt résultant de la lecture de ces 250 pages.

La dénon­cia­tion des ravages dus au mode de déve­lop­pe­ment engen­dré par le capi­ta­lisme est sévère et éru­dite. Elle nous inter­pelle quand à l’urgence des solu­tions à inven­ter (pas toutes, le livre démon­trant que cer­taines se cherchent, existent en germe dans les résis­tances actuelles). Il est lucide sur le danger de solu­tions auto­ri­taires que ce sys­tème pour­rait ini­tier pour conser­ver sa domi­na­tion.

Comme le sti­pule Hervé Kampf « notre géné­ra­tion doit rele­ver le plus grand défi qu’ait eu à connaître l’histoire humaine : empê­cher que la crise éco­lo­gique, qui est la ren­contre de l’espèce avec les limites de la bio­sphère, s’aggrave et conduise l’humanité au chaos ; sauver la liberté, contre la ten­ta­tion de l’autorité ; inven­ter une éco­no­mie en har­mo­nie avec la pla­nète ; semer les plants de l’avenir pour que les géné­ra­tions pro­chaines fassent fleu­rir à leur façon les socié­tés du troi­sième mil­lé­naire. Ce n’est pas la fin de l’histoire, c’est le début d’une nou­velle his­toire. »

Note de lec­ture par Patrick Coulon
Espaces Marx

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