Pour sauver la planète, sortez du capitalisme

Pour sauver la planète, sortez du capitalisme
Hervé Kampf
Seuil

Ce livre est à lire. Déjà par la masse des informations qu’il contient, ensuite par la dénonciation (à partir d’éléments particulièrement probants et démonstratifs)  de la logique mortifère du capitalisme. Enfin par les pistes d’actions- de haute teneur civilisationnelle – qu’il suggère. Même si l’on peut en contester certaines. Une critique prenant certainement sa source dans une appréciation différente non pas des dégâts provoqués à la nature et aux hommes mais de la logique propre du capitalisme.

Parlons de ce que l’on apprend. En vrac.

  • Que la mesure de l’évolution des performances des microprocesseurs est le coût de traitement d’un million d’opérations : il était d’un dollar en 1970, il est maintenant de 0,000 000 01, soit cent millions de fois moins.
  • Que l’informatisation des chaînes techniques n’a pas projeté l’économie dans l’immatériel. Elle a bien plutôt augmenté la quantité de matières transformées par l’activité humaine.
  • Que la production annuelle de lait par une vache en France est passée de 4700 litre en 1980 à 7700 en 2006 !
  • Que le PIB (produit intérieur brut) est constitué des biens et services fournis. En 2002 ce PIB mondial était de 32000 milliards de dollars ; le total des transactions monétaire atteignait lui plus de 1 000 000 de milliards de dollars.
  • Que la dette extérieure des pays en développement est passée de 50 milliards de dollars en 1968 à 2450 milliards en 2001.
  • Que suite à la décision politique du directeur de la Réserve Fédérale US d’augmenter fortement les taux d’intérêts pour rendre très profitable le placement de capitaux aux Etats-Unis en 15 ans un on doublait son placement.
  • Que deux Nobel dirigeaient avec des amis le fonds spéculatif LTCM…ce dernier à fait faillite en 1998 à cause de la négociation de produits dérivés.
  • Que les riches n’ont jamais été, dans l’histoire contemporaine, plus éloignés des pauvres, tandis que les inégalités de niveau de vie moyens entre les nations riches et pauvres n’ont pas d’exemple dans l’histoire humaine.
  • Que nous sommes entré dans l’ère de l’anthropocène.( l’humanité devenant un agent géologique apte à transformer la structure de la biosphère ( contrairement  au cambrien, au crétacé, de l’holocène…)
  • Que le marché des films pornographiques pesait en 2000 10 milliards de dollars (1000 fois plus que 30 ans auparavant).
  • Que pour atteindre les « objectifs du millénaire », visant à réduire la pauvreté et la faim dans le monde, on estimait en 2005 qu’il faudrait 195 milliards de dollars par an d’ici à 2015. Un prélèvement de 5% sur le patrimoine des 10 millions de millionnaires fournirait la somme idoine.

Et bien d’autres choses.

Mais l’essentiel de l’intérêt de cet ouvrage réside dans certaines logiques du capitalisme qu’il met à jour. Au delà de la condamnation de sa logique accumulative assez connu il dévoile d’autres aspects plus méconnus.

Nous recommandons particulièrement la lecture des passages consacrés à la corruption ( et son marché : pornographie, trafic d’enfants, mafias, drogues…) au cœur même du nouveau capitalisme, sur la psychologisation des comportements par les forces du capital.

C’est ainsi que Hervé Kampf journaliste au Monde explique comment le capitalisme a changé de régime depuis les années 1980 et a réussi à imposer son modèle individualiste de comportement, marginalisant les logiques collectives.

Sa critique de ce qu’il nomme la « croissance verte » c’est-à-dire le moyen pour le capitalisme de trouver d’autres sources de profits est vivifiante.

Le dernier quart  du livre met l’accent sur la nécessité pour s’en sortir de suivre d’autres règles que le capitalisme : qui veuille le bien commun plutôt que le profit, la coopération plutôt que la compétition, l’écologie plutôt que l’économie.

Deux ou trois thèse de l’auteur nécessiteraient discussion voir confrontation.

Ainsi son affirmation de l’incapacité de la science et des technologies de réduire l’impact de la croissance sur la vie de la planète. Même si l’on veut bien admettre que la mainmise du capitalisme sur ces outils rend la solution ardue.

De même de réduire la hausse (certes criminelle) des prélèvements sur la nature en vue d’une consommation effrénée justifiée par le désir de montrer une possession supérieure à celle du voisin risque d’amoindrir la critique de la logique interne propre du capitalisme.

Car contrairement à ce que dit l’auteur cette logique n’est pas «  un état social dans lequel  les individus sont censées n’être motivés que par la recherche du profit et consentent à laisser régler par le mécanisme du marché toutes les activités qui les mettent en relation ». Cette définition laisse trop dans l’ombre ce qui se cache derrière le terme « individus » en masquant la question de l’appropriation de la plus value par certains au détriment d’autres ( et de la planète) . Elle laisse dans l’ombre la question des rapports sociaux de domination.

Mais ne chipotons pas notre intérêt résultant de la lecture de ces 250 pages.

La dénonciation des ravages dus au mode de développement engendré par le capitalisme est sévère et érudite. Elle nous interpelle quand à l’urgence des solutions à inventer (pas toutes, le livre démontrant que certaines se cherchent, existent en germe dans les résistances actuelles). Il est lucide sur le danger de solutions autoritaires que ce système pourrait initier pour conserver sa domination.

Comme le stipule Hervé Kampf « notre génération doit relever le plus grand défi qu’ait eu à connaître l’histoire humaine : empêcher que la crise écologique, qui est la rencontre de l’espèce avec les limites de la biosphère, s’aggrave et conduise l’humanité au chaos ; sauver la liberté, contre la tentation de l’autorité ; inventer une économie en harmonie avec la planète ; semer les plants de l’avenir pour que les générations prochaines fassent fleurir à leur façon les sociétés du troisième millénaire. Ce n’est pas la fin de l’histoire, c’est le début d’une nouvelle histoire. »

Note de lecture par Patrick Coulon
Espaces Marx