RIO+20 : les droits fondamentaux en danger

Par , , Mis en ligne le 14 mai 2012

Jusqu’au ven­dredi 4 mai, New-York accueille un second round de négo­cia­tions en pré­pa­ra­tion de la pro­chaine Conférence des Nations-Unies pour un Développement Durable (CNUDD) qui se tien­dra à Rio de Janeiro du 20 au 22 juin 2012. Les délé­gués des dif­fé­rents pays sont sup­po­sés avan­cer sur la rédac­tion d’un projet de décla­ra­tion finale qui, en l’état, nous éloigne des voies pour atteindre des socié­tés sou­te­nables, démo­cra­tiques et éga­li­taires.

Un « draft zéro » de cette décla­ra­tion a été publiée en jan­vier der­nier par le secré­ta­riat géné­ral de l’ONU. Ce projet de décla­ra­tion, inti­tulé « Le futur que nous vou­lons », refuse d’établir un bilan cri­tique de plus de vingt ans de négo­cia­tions qui n’ont pas permis d’enrayer les dif­fé­rentes crises éco­lo­giques, sociales et éco­no­miques dont les consé­quences sur les popu­la­tions et les éco­sys­tèmes ne cessent de s’amplifier : dérè­gle­ments cli­ma­tiques, pertes de bio­di­ver­sité, faim, pau­vreté et pré­ca­ri­tés, accrois­se­ment des inéga­li­tés, chô­mage, guerres, etc.

Incapable de prendre la mesure de la gra­vité de ces crises, ce projet de décla­ra­tion a été l’objet en mars der­nier d’une pre­mière attaque en règle, orches­trée par les pays riches, contre toute réfé­rence expli­cite aux droits des popu­la­tions. Ainsi, des pays comme le Canada, les Etats-Unis, Israël mais aussi le Danemark au nom l’Union Européenne qu’il pré­side, ont par exemple exigé que toute réfé­rence au droit à l’eau et à l’assainissement, pour­tant reconnu par une réso­lu­tion de l’Assemblée Générale des Nations-Unies en juillet 2010, soit sup­pri­mée. Ce que nous refu­sons avec force[1].

D’une manière géné­rale, les gou­ver­ne­ments de ces pays s’opposent à tout lan­gage pres­crip­tif, toute réfé­rence nor­ma­tive qui pour­rait les enga­ger devant leur opi­nion publique et devant les ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales. Pourtant adop­tés lors de la Conférence de 1992, les prin­cipes tels que les prin­cipes de pré­cau­tion, de pol­lueur-payeur, ou de res­pon­sa­bi­li­tés com­munes mais dif­fé­ren­ciées, sont ainsi aujourd’hui com­bat­tus par ces Etats et rare­ment défen­dus avec achar­ne­ment par les autres. Soutenus en cela par les lob­bies indus­triels et éco­no­miques, ces Etats du Nord défendent l’idée selon laquelle la confé­rence de Rio est une oppor­tu­nité pour pro­mou­voir « l’économie verte », sujet offi­ciel de la confé­rence, les inves­tis­se­ments et la valo­ri­sa­tions du capi­tal natu­rel. Pas pour débattre ou men­tion­ner les droits des popu­la­tions.

Plutôt qu’une approche par les droits des popu­la­tions, l’Union Européenne et ses par­te­naires pro­meuvent donc l’inclusion dans le cycle du capi­tal des pro­ces­sus bio­lo­giques qui sous des formes diverses assurent les grands cycles éco­lo­giques et la repro­duc­tion de la vie. La conser­va­tion de la bio­di­ver­sité, la puri­fi­ca­tion de l’eau, la pol­li­ni­sa­tion des plantes, la pro­tec­tion des forêts, la régu­la­tion du climat et le sto­ckage du car­bone etc, sont perçus comme des ser­vices éco­sys­té­miques qu’il faut inté­grer aux mar­chés, en leur attri­buant un prix, pour les faire per­du­rer… et les rendre pro­fi­tables. A la mar­chan­di­sa­tion de la nature, déjà ancienne, s’ajoute sa finan­cia­ri­sa­tion.

Alors que les crises finan­cières et éco­no­miques font des ravages, étendre l’emprise de la finance sur les élé­ments essen­tiels à la vie est cri­mi­nel. Attac France, avec es par­te­naires fran­çais, euro­péens et inter­na­tio­naux s’y oppo­sera avec une grande déter­mi­na­tion.

Attac France,

Paris, le 2 mai 2012

Publications d’Attac France sur le sujet :



[1]400 orga­ni­sa­tions ont signé une lettre exi­geant le main­tien du droit à l’eau et à l’assainissement

Notre impératif catégorique : gérer, en même temps, le court et le long terme

Publié le 6 mai 2012 – 22 h 12 min , par Évariste

Dégager Nicolas Sarkozy, le peuple fran­çais vient d’y par­ve­nir. Nous ne pou­vons que nous réjouir de ce choix sou­ve­rain tant la souf­france des citoyens, et en par­ti­cu­lier des sala­riés ainsi que de leurs familles, a été forte dans la période de ce règne monar­chique. Mais nous ne pou­vons pas rester l’arme au pied. Une nou­velle bataille nous attend dès le lundi 7 mai au matin. Une bataille com­plexe qui ne se sim­pli­fie pas hâti­ve­ment.

Après ce déga­ge­ment tant sou­haité, nous devons tra­vailler aux condi­tions néces­saires et suf­fi­santes de la trans­for­ma­tion sociale et poli­tique sans laquelle tout enthou­siasme finit dans la décep­tion voire la fata­lité. Et pour cela, il nous faut démar­rer en même temps la poli­tique de temps court et celle du temps long. Faire l’un sans l’autre revien­drait à croire qu’il suffit de boire sans manger ou de manger sans boire pour assu­rer l’avenir.

Impératifs de temps court

Bien que nous menions une cri­tique radi­cale de la Ve République en tant que monar­chie élec­tive (qui d’ailleurs a très bien servi la contre-révo­lu­tion néo­li­bé­rale depuis la fin des années 70 pour le monde et depuis le tour­nant libé­ral de 1983 pour la France), notre bataille de fin de prin­temps doit s’effectuer dans le cadre de ce carcan. Il n’est un secret pour per­sonne qu’un pré­sident de la République ne peut rien faire de nou­veau dans ce cadre s’il n’a pas une majo­rité franche au Parlement et prin­ci­pa­le­ment à l’Assemblée natio­nale.

Il faut donc une majo­rité de dépu­tés de gauche au soir du 17 juin. Ne pas y tra­vailler ren­drait incon­sé­quent le renvoi à ses chères études du monarque sor­tant. Mais nous savons aussi que la solu­tion aux pro­blèmes de notre temps réside dans la capa­cité du peuple et de ses élus à enga­ger les rup­tures néces­saires avec le modèle poli­tique néo­li­bé­ral. Plus il y aura de dépu­tés Front de Gauche à l’Assemblée natio­nale, plus grande sera la capa­cité du légis­la­tif de porter les rup­tures néces­saires à l’ordre établi.

Décrétons donc la mobi­li­sa­tion géné­rale pour le vote Front de Gauche le 10 juin, date du pre­mier tour des légis­la­tives, et conti­nuer le tra­vail le 17 juin autour du can­di­dat de gauche le mieux placé au soir du pre­mier tour. Rien ne doit nous dépar­tir de cette ligne. Laisser les ran­cœurs aux ves­tiaires, car on n’avance dans l’histoire comme dans la vie qu’en met­tant un pied devant l’autre. Toute volonté de vou­loir atteindre le bout du chemin sans mar­cher sur le chemin lui-même est contre-pro­duc­tive et fait à court terme le jeu de nos enne­mis et adver­saires.
Au sein du mou­ve­ment ouvrier, nous avons trop souf­fert de ceux qui ont sou­haité aller direc­te­ment à la der­nière marche du podium sans les monter une à une avec déter­mi­na­tion.

Doit-on rajou­ter qu’il serait incom­pré­hen­sible qu’un res­pon­sable du Front de Gauche par­ti­cipe à un gouvernement?désigné sur des bases qui pré­sentent des diver­gences pro­gram­ma­tiques aussi impor­tantes ?

Plusieurs impé­ra­tifs de temps long

D’abord, uti­li­sons nos connais­sances du mou­ve­ment social et poli­tique fran­çais. Est-ce que la semaine de 40 heures et les quinze jours de congés payés étaient pré­sents dans la cam­pagne élec­to­rale du Front popu­laire en 1936?? La réponse est non?! Est-ce que l’augmentation du SMIC de 30 % et les droits syn­di­caux étaient pré­sents dans les débats élec­to­raux de 1967?? La réponse est non?! Et pour­tant l’articulation de la vic­toire poli­tique de juin 1936 et de la grève géné­rale a permis un acquis non prévu et qui n’existe tou­jours pas dans de nom­breux pays du monde. Dans le deuxième cas, la plus grande grève de l’histoire de France a permis une avan­cée qui a sur­pris jusqu’aux élus les plus radi­caux.

1/ S’il n’y a pas une mobi­li­sa­tion sociale autour du mou­ve­ment syn­di­cal dès la ren­trée, aucune avan­cée ne se fera, car les pro­messes déjà très insuf­fi­santes n’engagent que ceux qui y croient. La vic­toire élec­to­rale n’est qu’un pas­sage néces­saire, mais jamais suf­fi­sant. Il n’y a jamais d’avancée que dans l’unité et la mobi­li­sa­tion autour du mou­ve­ment syn­di­cal. Le mou­ve­ment social des retraites de 2010 autour de l’Intersyndicale unie a montré la voie. Reportez-vous à notre ana­lyse de l’époque qui mon­trait que, bien que le but du mou­ve­ment social n’ait pas été obtenu, ce mou­ve­ment qui n’a pas été vaincu, qui a été sou­tenu par plus de 60 % des Français, n’est pas pour rien dans la vic­toire du 6 mai 2012. C’est dans la lutte conti­nuée que se construisent les vic­toires. Aux sala­riés, aux tra­vailleurs, de s’appuyer sur cette der­nière mobi­li­sa­tion pour cette fois-ci sortir vain­queurs et voir les reven­di­ca­tions sala­riales et popu­laires satis­faites. La mobi­li­sa­tion excep­tion­nelle du 1er mai 2012 doit nous conduire vers une mobi­li­sa­tion encore plus forte autour du mou­ve­ment syn­di­cal dès la ren­trée.

2/ Les quatre points du der­nier édito de ReSPUBLICA res­tent per­ti­nents : la néces­saire conti­nua­tion de la péné­tra­tion des idées du Front de Gauche dans les couches popu­laires — ouvriers et employés —, la ques­tion de la forme parti, la ques­tion des alliances et le néces­saire déve­lop­pe­ment de l’éducation popu­laire tourné vers l’action.

Ce fai­sant, nous devons nous poser la ques­tion du com­ment sortir du cycle « enthou­siasme poli­tique, décep­tion, défai­tisme » qui carac­té­rise la pensée de gauche depuis quelques décen­nies. N’y a-t-il pas néces­sité de tra­vailler à un réa­lisme révo­lu­tion­naire comme anti­dote??

Drôle d’époque. Les acteurs sociaux et poli­tiques passent très vite de l’état d’enthousiasme à celui de la décep­tion. Les gauches mit­ter­ran­dienne et jos­pi­nienne avaient déjà ali­menté dans toute la gauche le pas­sage entre ces deux états. Le gou­ver­ne­ment Jospin a même ali­menté en plus le défai­tisme de gauche. Une cure de réa­lisme a donc été néces­saire. La recru­des­cence des luttes sociales a lar­ge­ment aidé à cette cure. La gauche social-libé­rale et la gauche de gauche ont donc vécu une relance. Mais si cette relance de la gauche de gauche ne s’accompagne pas d’un nou­veau tra­vail cultu­rel pour une trans­for­ma­tion sociale et poli­tique ou dit autre­ment, si cela ne s’accompagne pas d’un déve­lop­pe­ment sans pré­cé­dent de l’éducation popu­laire tour­née vers l’action, le cycle « enthou­siasme, décep­tion, défai­tisme » peut reve­nir d’actualité.1

3/ Nous avons déjà suf­fi­sam­ment dit dans ces colonnes qu’il serait sou­hai­table de rompre avec l’idée de sur­plom­bance qui pousse des res­pon­sables et des mili­tants à faire croire au peuple qu’une seule idée peut régler tous les pro­blèmes de la pla­nète et se suffit à elle-même pour entraî­ner les peuples vers le para­dis. C’est à un ensemble glo­ba­lisé de poli­tiques qu’il faut s’atteler et donc à la pro­po­si­tion d’un nou­veau modèle poli­tique alter­na­tif sans lequel toute volonté de sortir de la crise n’est qu’une simple décla­ra­tion d’intention sans suite. C’est bien à une révo­lu­tion citoyenne vers une République sociale que nous sommes conviés et non à une bataille de slo­gans autour d’une seule pro­po­si­tion qui se suf­fi­rait à elle-même pour entraî­ner toutes les autres.

Si le non au traité de Lisbonne, le mou­ve­ment des retraites ou la percée du Front de Gauche ont eu lieu, c’est bien parce que leur lien avec la glo­ba­li­sa­tion des com­bats a été acté. C’est la condi­tion pour que les couches popu­laires — ouvriers et employés — engagent leurs mobi­li­sa­tions. Rappelons que ces couches sociales (que d’aucuns appellent déjà la nou­velle classe ouvrière et popu­laire) repré­sentent 53 % de la popu­la­tion qui tra­vaille ou qui a déjà tra­vaillé. Ou dit autre­ment, la sur­plom­bance n’intéresse elle qu’une partie des couches moyennes (couches moyennes qui ne repré­sentent que 24 % pour les inter­mé­diaires et 15 % pour les supé­rieurs d’après les études de l’INSEE).

Avec des idées erro­nées ou avec une idée sur­plom­bante, ou avec le refus de consi­dé­rer la dia­lec­tique du temps court et du temps long, ou en s’appuyant sur des couches sociales en voie de dis­pa­ri­tion, on obtient Éva Joly, Dupont-Aignan, Poutou, Cheminade et Artaud.
À gauche, deux dyna­miques glo­ba­li­santes ont eu lieu, celle du “mieux que la droite dans le même modèle poli­tique” (François Hollande) et celle de la rup­ture vers la République sociale (Jean-Luc Mélenchon).

Comment passer de la den­sité des mee­tings à la den­sité mili­tante pour aller vers la den­sité élec­to­rale??

Cette cam­pagne a montré la capa­cité de mobi­li­sa­tion des mee­tings et ras­sem­ble­ments du Front de Gauche. À cet égard, le Front de Gauche est le n°1 avec Jean-Luc Mélenchon. Mais cette den­sité en mee­tings et ras­sem­ble­ments n’a pas pour coro­laire une den­sité mili­tante de même niveau et le ratio entre la den­sité élec­to­rale rap­por­tée à la den­sité des mee­tings et ras­sem­ble­ments est plus faible que pour les autres grandes orga­ni­sa­tions. C’est d’ailleurs la fai­blesse de ce der­nier ratio qui a conduit les mili­tants du Front de Gauche à une légère décep­tion, peu jus­ti­fiée. Réunir plus de monde dans les mee­tings et ras­sem­ble­ments que tous les can­di­dats ayant obtenu plus de voix a sur­pris les mili­tants du Front de Gauche eux-mêmes.

Pour que le ratio de la den­sité mili­tante rap­por­tée à la den­sité des mee­tings et ras­sem­ble­ments soit fort, il aurait fallu per­mettre l’adhésion directe au Front de Gauche. À la demande d’adhésions directes au Front de Gauche for­mu­lée dans de nom­breuses réunions publiques du Front de Gauche, les propos bal­bu­tiants des diri­geants locaux du PCF et du Parti de gauche pro­po­sant d’intégrer une des orga­ni­sa­tions du cartel ont peu convaincu. Certains le feront, mais la plu­part n’adhéreront pas.

Pour que le ratio de la den­sité élec­to­rale rap­porté à la den­sité des mee­tings et ras­sem­ble­ments soit à la hau­teur des grandes orga­ni­sa­tions, il faut d’abord com­prendre que c’est plus dur pour le Front de Gauche, car il faut expli­quer les rup­tures néces­saires aux citoyens et aux sala­riés et cela ne se fait pas par les médias. L’utilisation quasi exclu­sive des médias par les trois pre­miers du scru­tin du pre­mier tour est com­pré­hen­sible, car les deux pre­miers ne sou­haitent pas de rup­ture et la troi­sième s’appuie sur les ins­tincts pri­maires sans argu­men­ta­tion rai­son­née.

Pour ceux qui sou­haitent une rup­ture, cela ne peut se faire que par une édu­ca­tion popu­laire de proxi­mité au mini­mum dans tous les can­tons, dans toutes les grandes entre­prises sans excep­tion. Même la réunion de type « Tupperware » peut avoir son uti­lité, mais il faut des mili­tants de ter­rain formés. Tant que le Front de Gauche n’aura pas com­pris la néces­sité d’engager la for­ma­tion interne de qua­lité et l’éducation popu­laire de proxi­mité, ce ratio res­tera faible. Voilà la réponse aux mili­tants qui se posent la ques­tion juste sui­vante : com­ment après une cam­pagne exem­plaire de Jean-Luc Mélenchon, peut-on faire pour être la pre­mière force de gauche?? Eh bien oui, il faut vaincre la timi­dité et la peur des mili­tants de déve­lop­per des thèses poli­tiques au sein du peuple. Mais pour cela, il faut enga­ger une muta­tion en termes d’éducation popu­laire et de for­ma­tion.

Il ne vous reste qu’à en dis­cu­ter entre vous, avec ou sans nous.

À bien­tôt si vous le voulez bien?!

Pour ceux que cela inté­resse, contac­ter le Réseau Education Populaire

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