Le fantôme de Karl Marx

Peut-on raconter Karl Marx et le marxisme aux enfants ?

Ronan de Calan, Donatien Mary

Par Mis en ligne le 25 novembre 2010
Yes, we can !

Dans une récente col­lec­tion qui s’est atta­quée à Kant, Ricœur, Socrate, et même à Lao-Tseu, on trouve ce char­mant livre consa­cré au phi­lo­sophe rhénan.

Il n’est pas simple d’expliquer des choses com­pli­quées aux enfants. Cela s’appelle faire de la péda­go­gie. Mais, me direz-vous, on frôle la pro­pa­gande ? Marx, c’est connoté, ce n’est pas neutre ! À peine moins que Ken et Barbie ou les Winx. La pro­pa­gande se situe, par exemple, ici : http://​www​.legrand​soir​.info/​P​a​rlons… parce qu’elle déverse des flots d’idéologie sans le dire. Mais quand on ne se cache pas der­rière son doigt, quand on appelle un chat un chat, quand on pré­cise clai­re­ment le lieu d’où l’on parle, quand on montre les tenants et les abou­tis­sants, bref quand on contex­tua­lise, on écrit l’histoire, on enri­chit la science, on sti­mule les cer­veaux.

Ce qu’a fait, il n’y a pas si long­temps, et pour choi­sir à des­sein un seul exemple, Maxime Vivas, avec Chicharra et les vau­tours (Le Griffon Bleu). Dans ce bref roman écrit pour les enfants des col­lèges, Vivas évoque avec vivas … ité le capi­ta­lisme meur­trier, le show busi­ness et ses mythes, l’exploitation des enfants, les pro­duits déri­vés, le com­merce équi­table.

Les auteurs du Fantôme de Karl Marx quant à eux, impulse leur récit en racon­tant l’histoire d’un drap fabri­qué en Silésie, là où, autre­fois vivaient des petits pay­sans qui s’en sor­taient en ven­dant leur blé à la ville. Il advint que le négo­ciant en grain leur annonça que leur blé était plus cher que celui des pay­sans de Westphalie qui uti­li­saient des machines agri­coles. Acculés à la misère, les pay­sans de Silésie en furent réduits à vendre leurs mai­sons. Plus chères que celles des pay­sans de Poméranie qui accep­taient qua­si­ment de donner les leurs. Les pay­sans furent contraints d’aller cher­cher du tra­vail à la ville, où ils se firent tis­se­rands à domi­cile. Pendant quelques années, en tra­vaillant nuit et jour, ils sur­vé­curent. Jusqu’au moment où le mar­chand dra­pier leur expli­qua que tout là-bas, en Franconie, des usines four­nis­saient des draps à plus bas prix. Il ne res­tait aux pay­sans qu’à aller se faire embau­cher en usine, car telles étaient les dures réa­li­tés du Marché. C’est ainsi que naquit le pro­lé­ta­riat, cette classe qui ne pos­sé­dait que la force de son tra­vail et qui n’était donc utile à l’État que par ses enfants, leur pro­gé­ni­ture (proles). Ces pro­lé­taires étant trop nom­breux, les patrons déci­dèrent de n’embaucher que ceux qui accep­te­raient de tra­vailler à plus bas prix. Révoltés, des tis­se­rands bri­sèrent des machines, mirent le feu à des stocks de draps. Le Roi inter­dit ce viol de la pro­priété, « socle de la société moderne », et envoya l’armée.

L’étudiant Karl Marx pas­sait par là.

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marx jeune

Il vit des dra­piers tomber sous les balles des sol­dats tandis que les sur­vi­vants étaient asser­vis et aban­don­nés de tous. Il jura d’œuvrer sa vie durant pour tous les humi­liés de la Terre. Il écri­vit beau­coup et orga­nisa les tra­vailleurs. Il élu­cida les mys­tères du Marché. Il expli­qua ce qu’était réel­le­ment l’argent, la valeur d’usage des objets. Il démon­tra que les inté­rêts des tra­vailleurs et ceux de das Kapital étaient abso­lu­ment incom­pa­tibles. Il expli­qua les rap­ports de pro­duc­tion, com­ment le tra­vailleur pou­vait être ravalé au rang de mar­chan­dise, pour­quoi, pour se libé­rer de ses chaînes, pour faire dis­pa­raître l’exploitation, il lui fau­drait abolir la pro­priété privée. La liberté, le bon­heur étaient à ce prix.

Bernard GENSANE

PS : Carla Bruni-Sarkozy a adoré ce livre. C’est dire… : http://​www​.car​la​bru​ni​sar​kozy​.org/fr…

Ronan de Calan est maître de confé­rences de phi­lo­so­phie à Paris 1 ; Donatien Mary est illus­tra­teur.

Paris, Les petits Platons, 2010.

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