Peut-on raconter Karl Marx et le marxisme aux enfants ?

Yes, we can !

Dans une récente collection qui s’est attaquée à Kant, Ricœur, Socrate, et même à Lao-Tseu, on trouve ce charmant livre consacré au philosophe rhénan.

Il n’est pas simple d’expliquer des choses compliquées aux enfants. Cela s’appelle faire de la pédagogie. Mais, me direz-vous, on frôle la propagande ? Marx, c’est connoté, ce n’est pas neutre ! À peine moins que Ken et Barbie ou les Winx. La propagande se situe, par exemple, ici : http://www.legrandsoir.info/Parlons… parce qu’elle déverse des flots d’idéologie sans le dire. Mais quand on ne se cache pas derrière son doigt, quand on appelle un chat un chat, quand on précise clairement le lieu d’où l’on parle, quand on montre les tenants et les aboutissants, bref quand on contextualise, on écrit l’histoire, on enrichit la science, on stimule les cerveaux.

Ce qu’a fait, il n’y a pas si longtemps, et pour choisir à dessein un seul exemple, Maxime Vivas, avec Chicharra et les vautours (Le Griffon Bleu). Dans ce bref roman écrit pour les enfants des collèges, Vivas évoque avec vivas … ité le capitalisme meurtrier, le show business et ses mythes, l’exploitation des enfants, les produits dérivés, le commerce équitable.

Les auteurs du Fantôme de Karl Marx quant à eux, impulse leur récit en racontant l’histoire d’un drap fabriqué en Silésie, là où, autrefois vivaient des petits paysans qui s’en sortaient en vendant leur blé à la ville. Il advint que le négociant en grain leur annonça que leur blé était plus cher que celui des paysans de Westphalie qui utilisaient des machines agricoles. Acculés à la misère, les paysans de Silésie en furent réduits à vendre leurs maisons. Plus chères que celles des paysans de Poméranie qui acceptaient quasiment de donner les leurs. Les paysans furent contraints d’aller chercher du travail à la ville, où ils se firent tisserands à domicile. Pendant quelques années, en travaillant nuit et jour, ils survécurent. Jusqu’au moment où le marchand drapier leur expliqua que tout là-bas, en Franconie, des usines fournissaient des draps à plus bas prix. Il ne restait aux paysans qu’à aller se faire embaucher en usine, car telles étaient les dures réalités du Marché. C’est ainsi que naquit le prolétariat, cette classe qui ne possédait que la force de son travail et qui n’était donc utile à l’État que par ses enfants, leur progéniture (proles). Ces prolétaires étant trop nombreux, les patrons décidèrent de n’embaucher que ceux qui accepteraient de travailler à plus bas prix. Révoltés, des tisserands brisèrent des machines, mirent le feu à des stocks de draps. Le Roi interdit ce viol de la propriété, « socle de la société moderne », et envoya l’armée.

L’étudiant Karl Marx passait par là.

JPEG - 35 ko
marx jeune

Il vit des drapiers tomber sous les balles des soldats tandis que les survivants étaient asservis et abandonnés de tous. Il jura d’œuvrer sa vie durant pour tous les humiliés de la Terre. Il écrivit beaucoup et organisa les travailleurs. Il élucida les mystères du Marché. Il expliqua ce qu’était réellement l’argent, la valeur d’usage des objets. Il démontra que les intérêts des travailleurs et ceux de das Kapital étaient absolument incompatibles. Il expliqua les rapports de production, comment le travailleur pouvait être ravalé au rang de marchandise, pourquoi, pour se libérer de ses chaînes, pour faire disparaître l’exploitation, il lui faudrait abolir la propriété privée. La liberté, le bonheur étaient à ce prix.

Bernard GENSANE

PS : Carla Bruni-Sarkozy a adoré ce livre. C’est dire… : http://www.carlabrunisarkozy.org/fr…

Ronan de Calan est maître de conférences de philosophie à Paris 1 ; Donatien Mary est illustrateur.

Paris, Les petits Platons, 2010.