Nous nous mobilisons ensemble en route vers RIO+20 et au-delà

Pour nos droits et les droits de la nature, contre la marchandisation de la vie et le reverdissement du capitalisme

Mis en ligne le 03 mai 2012

Nous, orga­ni­sa­tions, réseaux et mou­ve­ments sociaux, qui sommes impli­qués dans la construc­tion du Sommet des Peuples pour la jus­tice sociale et envi­ron­ne­men­tale, contre la mar­chan­di­sa­tion de la vie et de la nature, et pour la défense des biens com­muns qui se tien­dra à Río de Janeiro, Brésil, du 15 au 23 juin 2012, face au dérou­le­ment simul­tané dans cette même ville de la Conférence des Nations Unies sur le déve­lop­pe­ment durable (Río+20), lan­çons un appel à la mobi­li­sa­tion et à la coor­di­na­tion des luttes en tous points de la pla­nète. Pour garan­tir que tous les peuples, en par­ti­cu­lier les plus vul­né­rables, auront le droit d’accéder à l’eau, aux ali­ments, à l’énergie, à la terre, aux semences et aux ter­ri­toires et à des moyens de vie dignes, et pour reven­di­quer les droits de la Terre Mère, nous sommes en train d’édifier ensemble, comme acti­vité de ce pro­ces­sus d’articulation, l’Assemblée per­ma­nente des Peuples, qui se tien­dra à Rio.

Cette assem­blée aura pour défi de faire entendre la voix des femmes et des hommes, jeunes et âgés, qui résistent jour après jour à l’avancée d’un modèle de déve­lop­pe­ment par défi­ni­tion non durable, dont le carac­tère dépré­da­teur et inhu­main cherche à sou­mettre chaque aspect de la vie à l’action du marché, fai­sant tou­jours passer les béné­fices de quelques-uns avant le bien-vivre de tous, alors qu’il essaie de pré­sen­ter un visage tou­jours plus « vert » der­rière lequel il peut se dis­si­mu­ler.

Ce fut pen­dant la Conférence sur l’environnement et le déve­lop­pe­ment de Río en 1992– dénom­mée Sommet de la Terre, ou Río 92 –, qu’une mobi­li­sa­tion sociale presque sans pré­cé­dent face à un rendez-vous des États vit naître, entre autres choses, la Convention sur la diver­sité bio­lo­gique et la Convention-cadre des Nations Unies sur le chan­ge­ment cli­ma­tique.

Or, les prin­cipes fon­da­teurs de cette Convention sur le chan­ge­ment cli­ma­tique – la res­pon­sa­bi­lité his­to­rique des pays indus­tria­li­sés dans le chan­ge­ment cli­ma­tique, la dette éco­lo­gique et cli­ma­tique, et par consé­quent les res­pon­sa­bi­li­tés com­munes mais au trai­te­ment dif­fé­ren­cié – souffrent aujourd’hui les attaques du capi­tal le plus concen­tré, dans sa ten­ta­tive de trans­for­mer la vie en une mar­chan­dise asser­vie à ses buts lucra­tifs. Après les reculs obser­vés lors des négo­cia­tions de Copenhague (2009) et de Cancún (2010), rien ne laisse espé­rer des résul­tats moins déce­vants de la CdP 17 à Durban (du 28 novembre au 9 décembre 2011). De même, à partir de la CdP 10 de la Convention sur la diver­sité bio­lo­gique qui eut lieu à Nagoya en 2010, la mar­chan­di­sa­tion de la nature prit le devant de la scène grâce à la pro­po­si­tion de « méca­nismes finan­ciers inno­vant », qui reprennent la même logique erro­née des mar­chés du car­bone.

Mais ce fut aussi à Río 92 déjà, que le monde des grandes entre­prises com­mença à bran­dir le dra­peau du « déve­lop­pe­ment durable », car il était pos­sible d’en faire une bonne affaire. Ce même concept, com­plété lors de Río+10 par celui de « res­pon­sa­bi­lité sociale des entre­prises » et pourri jusqu’à la moelle par l’ouverture et la déré­gle­men­ta­tion néo­li­bé­rale, et par la mon­dia­li­sa­tion de l’économie capi­ta­liste hégé­mo­nique, cause aujourd’hui des ravages dans la vie des peuples et de la pla­nète, et menace d’en pro­duire encore davan­tage. Et cette ten­dance s’amplifie par le biais des méca­nismes et des poli­tiques d’ajustement struc­tu­rel de ce qu’on appelle l’« éco­no­mie verte ». Tout comme le calen­drier néo­li­bé­ral de pri­va­ti­sa­tions des ser­vices publics dans les années 90, elle libé­ra­lise la Nature et la met à la dis­po­si­tion des mar­chés, en la divi­sant en com­po­sants – comme le car­bone, la bio­di­ver­sité ou les ser­vices envi­ron­ne­men­taux – pour faci­li­ter en même temps la spé­cu­la­tion finan­cière, la main­mise des entre­prises, la perte de la sou­ve­rai­neté ali­men­taire et le dépeu­ple­ment des ter­ri­toires.

Face à cette réa­lité, il faut que nous fas­sions de Río+20 un pro­ces­sus mon­dial de forte mobi­li­sa­tion, afin de lutter contre un sys­tème meur­trier qui cherche à se per­pé­tuer à tout prix, et pour ren­for­cer les luttes et les résis­tances néces­saires à notre survie grâce à l’élaboration d’alternatives non capi­ta­listes comme la sou­ve­rai­neté ali­men­taire. La conti­nuité et la pro­fon­deur des crises actuelles, leur carac­tère sys­té­mique et chaque fois plus mili­ta­risé et violent, le manque de réponses adé­quates de la part de la majo­rité des gou­ver­ne­ments, et le détour­ne­ment des ins­tances de négo­cia­tion mul­ti­la­té­rales au profit des inté­rêts géo­po­li­tiques et com­mer­ciaux, mettent en évi­dence la néces­sité urgente de construire un espace propre, plu­riel, démo­cra­tique et auto­nome, por­teur d’un mes­sage fort et avec des réus­sites concrètes, capable de s’instituer non seule­ment en caisse de réso­nance de nos dénon­cia­tions et de nos reven­di­ca­tions, mais aussi en mul­ti­pli­ca­teur de notre créa­ti­vité et de nos points forts, de notre soli­da­rité et de notre espoir.

Face à l’énorme ker­messe des fausses solu­tions que pré­parent pour Río+20 les grandes entre­prises, les banques et ins­ti­tu­tions finan­cières inter­na­tio­nales et les gou­ver­ne­ments com­plices, dans le but de conso­li­der un capi­ta­lisme reverdi comme unique réponse aux mul­tiples crises déclen­chées par eux – crises éco­no­mique, éco­lo­gique, ali­men­taire, éner­gé­tique, démo­cra­tique, cli­ma­tique, de droits, de genre, crise de civi­li­sa­tion pour tout dire -, le Sommet des Peuples devra répondre au défi de tisser et de rendre visibles les vraies solu­tions qui sont en voie d’élaboration par les peuples, à la cam­pagne, dans les forêts, dans les usines, dans les com­mu­nau­tés, les quar­tiers, les écoles et autres lieux de tra­vail et de ren­contre.

Nous invi­tons donc à nous impli­quer dans ce pro­ces­sus et à nous mobi­li­ser par­tout en vue de Río+20, en lan­çant des cam­pagnes et des ini­tia­tives de débat et de for­ma­tion, d’élargissement de plates-formes de stra­té­gie et d’action conjointe, de coor­di­na­tion et d’appui soli­daire entre les luttes concrètes et les reven­di­ca­tions ras­sem­bleuses.

Nous appe­lons les peuples et les mou­ve­ments qui luttent contre toutes les formes de dépré­da­tion et de domi­na­tion, à s’unir à nous en une Assemblée per­ma­nente des Peuples où, face à la mar­chan­di­sa­tion de la vie et au « rever­dis­se­ment » du capi­ta­lisme, nous affir­me­rons nos droits et ceux de la Nature par-dessus la rhé­to­rique de « l’économie verte ».

Au moyen de témoi­gnages et d’analyses, d’échanges et de soli­da­rité, de mobi­li­sa­tion et d’actions concrètes, cette Assemblée devra rele­ver le défi de ren­for­cer les luttes pré­sentes et de convo­quer à de nou­velles actions et à de nou­velles ini­tia­tives, qui crée­ront de nou­velles plates-formes d’unité. En ce sens, dans l’Assemblée per­ma­nente des Peuples, les lésés hommes et femmes, les vrais créan­ciers des dettes sociales et finan­cières, éco­lo­giques et cli­ma­tiques, démo­cra­tiques et de genre – que le capi­ta­lisme, le patriar­cat, l’impérialisme, le racisme et l’anthropocentrisme accu­mulent – auront pour gageure de contri­buer de façon signi­fi­ca­tive à la coor­di­na­tion de nos efforts divers pour construire des éco­no­mies et des socié­tés non capi­ta­listes, justes et équi­tables, en har­mo­nie avec toutes et tous et avec la Nature, pour sur­mon­ter la faim, la pau­pé­ri­sa­tion, l’exploitation et l’oppression, en pre­nant appui sur les nom­breuses luttes en cours, et en nous aidant à nous pré­pa­rer pour affron­ter les défis stra­té­giques des temps pro­chains.

Nous réa­li­se­rons en outre des acti­vi­tés d’autogestion autour des aspects vitaux du pro­ces­sus de trans­for­ma­tion sys­té­mique et civi­li­sa­trice, nous cher­che­rons à connaître et à appuyer direc­te­ment les luttes des habi­tants de Río de Janeiro et de toutes parts, dans leurs efforts de survie face à la pous­sée du capi­ta­lisme et de son visage reverdi, en incluant les méga-évé­ne­ments, l’accaparement des terres, les méga­pro­jets, les méca­nismes dits de déve­lop­pe­ment propre et tout le fatras de sigles et de noms trom­peurs comme REDD, REDD+ ou bio­com­bus­tibles. Nous dénon­ce­rons les res­pon­sables, nous orga­ni­se­rons des actions directes et aussi, comme il convient, nous célè­bre­rons la vie et l’espoir qui naissent et se nour­rissent de nos com­bats et de nos conquêtes.

Nous appe­lons à nous mobi­li­ser pour construire le Sommet des Peuples pour la jus­tice sociale et envi­ron­ne­men­tale contre la mar­chan­di­sa­tion de la vie et pour la défense des biens com­muns, et l’Assemblée per­ma­nente des Peuples, sur la base des mul­tiples luttes en cours, pour défendre la vie, la sou­ve­rai­neté – ali­men­taire, éner­gé­tique, finan­cière, ter­ri­to­riale, poli­tique -, l’autodétermination, l’égalité et les droits de l’homme et de la nature, en ana­ly­sant les ori­gines de la crise actuelle et les nou­velles moda­li­tés d’accumulation capi­ta­liste, de colo­ni­sa­tion et d’esclavage. Unissons-nous en tant que mou­ve­ments, orga­ni­sa­tions et réseaux sociaux pour que Rio+20 devienne une grande mobi­li­sa­tion popu­laire qui affer­misse les bases locales, régio­nales et mon­diales néces­saires pour repous­ser la charge du capi­ta­lisme « vert ». Rio+20 devrait être un point de départ pour un monde plus juste et plus soli­daire. 4 décembre 2011.

Nous vous atten­dons pour construire ensemble ! On ne vend pas la vie, on la défend ! C’est nous, les peuples, qui sommes les créan­ciers ! Mondialisons la lutte, mon­dia­li­sons l’espoir ! Nous mar­che­rons jusqu’à ce que nous soyons tous libres !

Alianza de Pueblos del Sur Acreedores de la Deuda Ecológica et al.

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