Luttes urbaines et contre-pouvoir !

Par Mis en ligne le 07 août 2013

«(…) les mouvements urbains sauront-ils contribuer à la nécessaire repolitisation des enjeux urbains et ainsi redevenir les bâtisseurs de la cité. Seulement alors, il sera possible d’expérimenter la ville que nous voulons, (…) une ville porteuse d’émancipation individuelle et collective…»

Anne Latendresse

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Occupons nos villes !

Partout d’importantes mobi­li­sa­tions sont en cours : squatts et occu­pa­tions de ter­rains, reven­di­ca­tions liées au loge­ment social, comi­tés de citoyenNEs qui réclament des comptes aux éluEs de leur muni­ci­pa­lité, comi­tés popu­laires qui s’opposent à la tenue de méga évé­ne­ments spor­tifs, expé­riences d’agriculture urbaine, forums social local, som­mets citoyens et opé­ra­tions popu­laires d’aménagement, etc. Certains de ces mou­ve­ments dont les agen­das convergent autour de pré­oc­cu­pa­tions com­munes s’organisent au sein de réseaux trans­na­tio­naux : cam­pagne Zéro évic­tion menée par l’Alliance inter­na­tio­nale des habi­tants, Network of Global Cities for All, regrou­pe­ment pour la pro­mo­tion de la démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive, Forum social des villes, etc. Et plus récem­ment, les quar­tiers cen­traux de Madrid, Washington ou Athènes sont deve­nus les lieux de vastes mobi­li­sa­tions popu­laires. Qu’il s’agisse des cam­pe­ments des Indignados, des mou­ve­ments Occupy ou des foules qui ont déferlé vers les places Tahrir au Caire et Taksim à Istanbul, les sites occu­pés repré­sentent, sym­bo­li­que­ment du moins, des espaces d’accumulation du capi­tal mon­dial acca­paré par les élites locales. Ces métro­poles, lieux de la finance et du grand capi­tal, des centres de recherche et de déve­lop­pe­ment, des sièges sociaux des grandes agences inter­na­tio­nales et des cor­po­ra­tions trans­na­tio­nales, sont désor­mais consi­dé­rées comme les nœuds de la mon­dia­li­sa­tion. Elles concentrent non seule­ment des popu­la­tions immenses, mais aussi de vastes pou­voirs éco­no­miques, finan­ciers et poli­tiques. Les Indignés en Europe, les Piqueteros en Argentine et les Carrés rouges au Québec l’ont bien com­pris, d’où les cam­pe­ments, occu­pa­tions et stra­té­gies de per­tur­ba­tions éco­no­miques (blo­cage de ponts, de ports, encer­cle­ment des minis­tères et des lieux de ras­sem­ble­ment des élites), qui se déploient dans le ventre du dragon ! Au son des tam­tams, des trom­pettes et de slo­gans comme « À qui la rue, à nous la rue », les manifestantEs font entendre leurs voix et sur­tout leur refus d’un modèle d’organisation du monde qui se maté­ria­lise dans l’espace urbain et exclut le plus grand nombre, les 99 % en ques­tion.

La construction des alternatives

Entre-temps, l’effritement et l’évidement des espaces poli­tiques autre­fois asso­ciés au dis­po­si­tif éta­tique et l’imposition de la gou­ver­nance comme mode de pla­ni­fi­ca­tion et de ges­tion de la ville qui, pri­vi­lé­giant une approche mana­gé­riale, a pour effet d’évacuer la nature poli­tique des enjeux urbains. Il faut donc se deman­der si les mou­ve­ments urbains sont en mesure de se renou­ve­ler, de faire des alliances avec de nou­veaux acteurs visant ainsi la construc­tion d’un espace contre-hégé­mo­nique à partir duquel pour­rait émer­ger une cité, au sens de lieu de débats, de déli­bé­ra­tions et de conflits pou­vant per­mettre aux citoyenNEs de se réap­pro­prier la ville. En d’autres mots, les mou­ve­ments urbains sau­ront-ils contri­buer à la néces­saire repo­li­ti­sa­tion des enjeux urbains et ainsi rede­ve­nir les bâtis­seurs de la cité. Seulement alors, il sera pos­sible d’expérimenter la ville que nous vou­lons, soit un ter­ri­toire aux dimen­sions humaines, arti­cu­lée à partir de valeurs et de prin­cipes asso­ciés à l’écosocialisme (par oppo­si­tion au déve­lop­pe­ment durable urbain), bref une ville por­teuse d’émancipation indi­vi­duelle et col­lec­tive…

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