Les migrations : enjeu et site des luttes sociales et politiques

Par Mis en ligne le 17 mars 2011

À l’origine

Depuis la fin du ving­tième siècle, le capi­ta­lisme se restruc­ture à tra­vers le néo­li­bé­ra­lisme. D’emblée, on observe un immense flux migra­toire (après une « pause » entre 1920 et 1960). Au début du nou­veau mil­lé­naire, près de 200 mil­lions de per­sonnes (3 % de la popu­la­tion mon­diale) sont des immi­grants.

À un pre­mier niveau, le cycle actuel d’accumulation du capi­tal requiert une abon­dante main d’œuvre peu qua­li­fiée, dans l’agriculture, l’industrie, la construc­tion et les ser­vices privés et per­son­nels. En Amérique latine, en Afrique et en Asie, de gigan­tesques « sur­plus » de popu­la­tion pro­ve­nant de la des­truc­tion de la pay­san­ne­rie pauvre s’accumulent dans la « pla­nète des bidon­villes ». De l’autre côté dans les pays capi­ta­listes, il faut beau­coup de bras pour des emplois peu payés, peu gra­ti­fiants, sou­vent dan­ge­reux. Ces emplois contrai­re­ment à ce qui s’offrait pour la vague pré­cé­dente d’immigration ne sont pas dans l’industrie manu­fac­tu­rière, ne sont pas stables, ne sont pas syn­di­qués et très dif­fi­ci­le­ment syn­di­cables. La main d’œuvre en ques­tion doit être mobile, pré­caire, dans une situa­tion où les droits du tra­vail et les droits sociaux en géné­ral sont rame­nés à la baisse. À un deuxième niveau, le capi­ta­lisme a besoin de main d’œuvre qua­li­fiée et même très qua­li­fiée. Il est alors ren­table d’« écré­mer » la main d’œuvre hau­te­ment qui a été formée aux frais d’autres pays : c’est un phé­no­mène qui ne date pas d’hier, le « brain-drain ».

Devant ces immenses trans­for­ma­tions, les mou­ve­ments popu­laires sont inter­pel­lés. Certes, le capi­ta­lisme « glo­ba­lisé » réus­sit à frag­men­ter encore davan­tage la « force de tra­vail » pro­lé­ta­rienne par le déman­tè­le­ment du sec­teur public (pri­va­ti­sa­tions), l’éclatement du tra­vail sala­rié à tra­vers l’espace, la dis­lo­ca­tion des sys­tèmes de pro­tec­tion sociale. Également, la « ges­tion des flux » permet de seg­men­ter les classes popu­laires entre ceux et celles qui ont encore des droits et ceux et celles qui n’en ont pas. S’ajoutent à cela les légis­la­tions liber­ti­cides, la remon­tée des idéo­lo­gies racistes et anti-immi­grantes, qu’on constate un peu par­tout. Néanmoins, on assiste dans plu­sieurs pays à de nou­velles arti­cu­la­tions poli­tiques et sociales. Les coa­li­tions sociales et poli­tiques sont inter­pel­lées au sens où il ne s’agit plus, comme c’était le cas dans le passé, de se battre avec et pour des « mino­ri­tés » : les migrants sont de plus en plus une quasi majo­rité, du moins dans cer­tains sec­teurs éco­no­miques, voire dans des grandes villes. Au-delà de cer­tains droits appa­raît alors la ques­tion de la citoyen­neté : qui est citoyen ? Qui ne l’est pas ? Ne devrait-on pas donner aux migrants le même statut (ou l’équivalent) que les autres caté­go­ries de la popu­la­tion, y com­pris les droits poli­tiques ?

(Extrait d’un texte paru dans le numéro 5 des NCS : Migrations : Stratégies, acteurs et résis­tances)

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