Les États-Unis et l’ère post Bush : Continuité ou véritable changement ?

Par Mis en ligne le 02 décembre 2009

La vic­toire élec­to­rale d’Obama, façon­née sur la base d’un enthou­siasme géné­ral pour le chan­ge­ment et qui appa­rais­sait comme une néces­sité, par­ti­cu­liè­re­ment pour les plus dému­nis de la société amé­ri­caine, nous a fait croire en un avenir qui pour­rait être radi­ca­le­ment dif­fé­rent de celui des huit années de pou­voir de George W. Bush. Ce chan­ge­ment devait se tra­duire par des mesures sociales et une nou­velle approche sur la scène inter­na­tio­nale. Mais après neuf mois au pou­voir d’Obama, nous pou­vons consta­ter que les ques­tion­ne­ments et les inter­ro­ga­tions sur son action sèment le doute et com­mencent à effri­ter l’espoir. Plusieurs cri­tiques, venant de la gauche pro­gres­siste, s’interrogent sur la volonté réelle de l’administration Obama d’instaurer une véri­table cou­pure radi­cale avec les poli­tiques internes et externes de l’administration de George W. Bush.

Les États-unis, comme pays et empire hégé­mo­nique, sont l’incarnation de la société du spec­tacle, entrai­née par la loco­mo­tive du capi­ta­lisme et domi­née par une culture vouée au maté­ria­lisme. Les États-unis sont aujourd’hui à la croi­sée des che­mins. La crise éco­no­mique et finan­cière nous a dévoilé les failles du sys­tème, et avec la crise sociale à nos portes, nous ver­rons encore davan­tage la pro­fon­deur des fai­blesses du libé­ra­lisme éco­no­mique

Les der­niers chiffres nous disent que 60 mil­lion de per­sonnes n’ont plus d’assurance santé, que le tiers de la popu­la­tion (100 mil­lions approxi­ma­ti­ve­ment) est obèse, que plus de 40% d’individus dans cer­tains États ont perdu leur maison, que plus de 40 mil­lions d’autres ont perdu leurs fonds de pen­sion ; de plus le chô­mage offi­ciel se situe à 9.8 %. Parallèlement, en 2010, on pré­voit 700 mil­liards pour le budget du Pentagone, tandis la que réforme de la santé se dirige vers un com­pro­mis, sans conte­nir de véri­table option publique.

Il faut rap­pe­ler, sans pour autant faire l’apologie de l’administration Obama, que la réa­lité objec­tive au moment de la prise du pou­voir était que les États-unis bai­gnaient dans le conser­va­tisme de toutes ten­dances depuis 25 ans. L’arrivé au pou­voir de Ronald Reagan a signalé la renais­sance du conser­va­tisme social, cultu­rel et poli­tique au sein de la Maison blanche et dans toutes les classes de la société amé­ri­caine. Pour les ténors idéo­lo­giques du conser­va­tisme comme Richard Vigery, ce fut le moment de reprendre le haut du pavé, d’enterrer le libé­ra­lisme social issu du New Deal de FDR et de décla­rer la guerre cultu­relle afin de chan­ger les men­ta­li­tés dans toutes les sphères de la société amé­ri­caine. L’arrivée au pou­voir de George W. Bush fut l’aboutissement logique de la vic­toire des dis­ciples de Barry Goldwater, William F. Buckley Jr. et Irving Kristol, fon­da­teurs du nou­veau mou­ve­ment conser­va­teur après la deuxième guerre mon­diale.

Aux États-Unis il ne faut pas confondre la volonté pour le chan­ge­ment avec la réa­lité poli­tique et éco­no­mique qui contrôle les ins­ti­tu­tions poli­tique et déci­sion­nelles. Les bou­le­ver­se­ments socio-poli­tiques dont nous avons été témoins dans les années 1960 et 1970 ont leurs racines dans le New Deal de FDR. La fin de la deuxième Guerre mon­diale, le début de la Guerre Froide, la guerre de Corée, les mesures de répres­sion sous le McCarthyisme et la han­tise du com­mu­nisme inter­na­tio­nal (Vietnam etc.) ont mis fin au New Deal de Roosevelt et stoppé la mise en oeuvre du « Fair Deal » de Truman (une démarche s’inscrivant dans le pro­lon­ge­ment du New Deal) et détruit la « Great Society » de Lyndon Baines Johnson. En somme, vou­loir chan­ger la direc­tion du pays par une réforme du capi­ta­lisme, comme le veut Obama, exige une démarche sur une longue période de temps.

Cette période de conser­va­tisme social (la fin des années 1940, les années 1950 et le début des années 1960), sur­tout sous la pré­si­dence de Eisenhower (52-60), avait crée une effer­ves­cence dans les nou­velles géné­ra­tions de la classe moyenne. Le grand socio­logue amé­ri­cain C. Wright Mills avait prédit, dans son oeuvre le plus influente auprès de cette nou­velle géné­ra­tion émer­gente, The Power Elite, la nais­sance d’une nou­velle bour­geoi­sie amé­ri­caine formée d’administrateurs de grandes com­pa­gnies et de grandes mai­sons finan­cières capables de diri­ger une nou­velle ère du capi­ta­lisme amé­ri­cain.

Aujourd’hui, dans la société amé­ri­caine la gauche pro­gres­siste est en mino­rité et a peu d’influence. Il n’y a plus cette effer­ves­cence, créée jus­te­ment par l’impact de Mills dans la gauche pro­gres­siste des années soixante. Cette gauche est divi­sée sur l’appui ou non à accor­der à Obama, mor­ce­lée régio­na­le­ment et sans plan d’action natio­nal.

Déjà, durant la cam­pagne élec­to­rale, le dis­cours des démo­crates n’avait rien de radi­cal. L’intention de l’équipe d’Obama était de réfor­mer le sys­tème capi­ta­liste, pour réorien­ter ce sys­tème vers une société post-indus­trielle dans laquelle les États-Unis demeu­raient hégé­mo­niques. C’est une nou­velle géné­ra­tion, post baby boo­mers, qui incarne une nou­velle vision du capi­ta­lisme, basée sur la société du savoir. Le but de l’administration Obama est de faire des États-unis la pre­mière société capi­ta­liste ancrée dans une pro­duc­tion post indus­trielle et infor­ma­ti­sée.

Cela ne néces­site pas une bri­sure avec le passé mais plutôt un consen­sus sur cer­taines réformes, comme le sys­tème de santé, et une inter­ven­tion ponc­tuelle éta­tique pour soli­di­fier le sys­tème capi­ta­liste et l’hégémonie des États-unis. C’est cela la nou­velle ère que promet Barack Obama.

Cette carte rou­tière pour la réha­bi­li­ta­tion du sys­tème a été ava­li­sée par la nomi­na­tion de Timothy Geitner, enfant chéri de Wall Street et ancien direc­teur de la Réserve Fédérale à New York, qui avait sou­tenu, par sa géné­reuse poli­tique moné­taire, la course folle à la spé­cu­la­tion des ins­ti­tu­tions finan­cières comme Bear-Stearns et Lehmann Brothers etc. Cela était un mes­sage clair adressé aux spé­cu­la­teurs signi­fiant qu’Obama n’était pas anti Wall Street et que son admi­nis­tra­tion était prête à les sou­te­nir dans leur restruc­tu­ra­tion et leur entre­prise de moder­ni­sa­tion du capi­tal. L’État devait donc inter­ve­nir pour aider cette refonte du sys­tème et contri­buer à mieux domi­ner les mar­chés du 21ième siècle. La dif­fé­rence avec la période de George W. Bush, c’est que Obama et ses col­la­bo­ra­teurs ont com­pris que le sys­tème capi­ta­liste, à tra­vers la crise, lan­çait un appel à la restruc­tu­ra­tion, de la même façon que FDR avait com­pris les leçons de la crise de ’29.

En somme, sur le plan finan­cier et ban­caire, on ne note pas de rup­ture radi­cale avec l’administration Bush, mais plutôt une com­pré­hen­sion claire de l’envergure de la crise finan­cière, et le besoin, face à cette crise, de se pré­pa­rer pour les exi­gences de la mon­dia­li­sa­tion du 21ième siècle. Sous Bush, Henry Paulson avait déjà injecté des sommes pour col­ma­ter les brèches du sys­tème finan­cier. Mais cela s’est avéré trop peu, trop tard. Obama et Geitner, au contraire de Bush et Paulson, ont saisi la vraie nature de cette crise et ont recouru à une inter­ven­tion mas­sive de l’état avec l’intention de rééqui­li­brer le sys­tème. C’est la seule dif­fé­rence entre les deux admi­nis­tra­tions.

À ce sujet, il y a un paral­lèle à faire entre la poli­tique du Président Hubert Hoover (répu­bli­cain) face à la chute de la bourse en 1929 et celle du démo­crate Franklin Delano Roosevelt. Hoover, un dis­ciple du capi­ta­lisme de lais­ser faire, un oppo­sant féroce à l’interventionnisme éta­tique (c’était pour lui du socia­lisme), a néan­moins injecté 500 mil­lions dans les banques pour stop­per la chute de la bourse. Encore là, c’était trop peu, trop tard. Alors arrive FDR avec sa poli­tique key­né­sienne (inter­ven­tion­nisme éta­tique ponc­tuel), qui com­prend que le capi­ta­lisme, pour reprendre un nou­veau souffle, doit se restruc­tu­rer et ainsi sauver le sys­tème du fas­cisme et du com­mu­nisme qui se défi­nis­saient comme des alter­na­tives au capi­ta­lisme. Comme Obama plus tard, Roosevelt avait com­pris, contrai­re­ment à Hoover et Bush, que pour affron­ter les défis de l’avenir sur le plan mon­dial, il fal­lait redi­ri­ger le capi­ta­lisme vers une acti­vité plus tech­no­lo­gique (comme le nucléaire) et ainsi ancrer cette hégé­mo­nie amé­ri­caine nou­vel­le­ment acquise. Obama est sim­ple­ment un néo-key­né­sien.

Bush un néo­li­bé­ral : Obama un néo­li­bé­ral social.

La poli­tique sociale la plus impor­tante dans l’agenda de l’administration d’Obama est la réforme du sys­tème de santé. Depuis des années, même à l’époque de Reagan, les Américains deman­daient une réforme de la santé, une réforme du régime privé, qui coû­tait et qui coûte tou­jours trop cher pour l’Américain moyen. Une partie du régime de santé est déjà publique. Medicaire couvre en effet en grande partie les gens à la retraite. Ce régime garan­tit aussi aux plus dému­nis comme les sans abris, les sans tra­vail, les tra­vailleurs au salaire mini­mum de même qu’ à ceux qui n’ont pas de fonds de pen­sion, une cou­ver­ture mini­male assu­rée par des hôpi­taux dési­gnés pour rece­voir ces patients. Les vété­rans des forces armés dis­posent aussi d’un régime de santé public payé par l’État. Mais il y a un cin­quième de la popu­la­tion (aujourd’hui 60 mil­lions de per­sonnes) qui n’a aucun régime d’assurance santé. Le plan pro­posé par Obama vise ces 60 mil­lions à tra­vers une option publique garan­tie par l’état.

Mais le but ultime de la restruc­tu­ra­tion du régime public est de créer une sorte de ter­rain de com­pé­ti­tion entre le public et le privé. Cela pour forcer le privé à éven­tuel­le­ment bais­ser ses tarifs pour les assu­rances indi­vi­duelles et fami­liales. En somme, l’option publique est uti­li­sée comme un ins­tru­ment, non pas pour col­ma­ter une faille énorme dans la société, mais pour pro­vo­quer une com­pé­ti­tion et faire dimi­nuer les tarifs des riches. Cela res­semble à l’opposition entre le public et le privé, qui est évo­quée au Québec en faveur du privé qui serait la solu­tion aux pro­blèmes de notre sys­tème de santé public et uni­ver­sel. Ici, au Québec, on évoque cette oppo­si­tion pour faire place au privé. Aux États-Unis, c’est pour régle­men­ter les coups exor­bi­tants du sys­tème, au profit des riches. Même le pré­sident Nixon en 1972 avait éla­boré un plan simi­laire à celui d’Obama pour bais­ser les prix de l’assurance privée….

L’appui qu’il a obtenu de la American Medical Association (AMA) est basé sur la pos­si­bi­lité pour celle-ci d’avoir plus de 60 mil­lions de nou­veau clients. Bien sûr on ne peut qu’applaudir l’intention de vou­loir per­mettre à 60 mil­lions de citoyens d’avoir accès à une assu­rance mala­die. Mais les rai­sons pro­fondes ne sont pas que l’administration sou­haite une assu­rance mala­die uni­ver­selle et éta­tique, ce que vou­drait la gauche pro­gres­siste ; il s’agit plutôt de démon­trer, ce que les Républicains ne com­prennent pas, que le public et le privé sont com­plé­men­taires, et que la réforme se fera essen­tiel­le­ment au béné­fice du privé.

D’ailleurs la raison qu’évoque l’administration Obama pour sou­te­nir cette légis­la­tion est qu’elle est d’une impor­tance vitale pour la relance de l’économie. Avec une option publique, les éco­no­mies effec­tuées par les clients du privé les inci­te­raient à consom­mer davan­tage et par le fait même à sti­mu­ler la relance éco­no­mique.

Cette poli­tique de réforme du sys­tème de santé pro­po­sée par l’administration semble au pre­mier regard très pro­gres­siste et radi­cale. Mais une ana­lyse plus en appro­fon­die permet de consta­ter que la mise sur pied d’une option publique dans le sys­tème de santé repré­sente sur­tout une amé­lio­ra­tion pour le sys­tème privé. Idéologiquement cette approche concorde très bien avec la posi­tion de la troi­sième voie, rendue à la mode par Tony Blair, et adop­tée par Obama pour éviter toute forme de radi­ca­lisme de droite ou de gauche.

Obama gou­verne au centre, espé­rant créer un consen­sus autour de lui dans la nation amé­ri­caine. Son pro­gramme de réforme du sys­tème de santé ne puise ni à gauche (santé uni­ver­selle et éta­tique), ni à droite (le lais­ser faire dans la santé), mais au centre, repo­sant sur une com­pé­ti­tion loyale (sic), comme le veut en théo­rie l’idéologie amé­ri­caine. Finalement, Obama veut retour­ner au libé­ra­lisme social, comme ce fut le cas sous FDR, pour démon­trer que le libé­ra­lisme éco­no­mique et le libé­ra­lisme phi­lo­so­phique peuvent se fusion­ner et remé­dier aux pro­blèmes qui hantent la société amé­ri­caine.

Bush était trop radi­cal à droite sur le plan social, vou­lant que le privé se charge de tous les pro­grammes sociaux comme des fonds de pen­sion. Le modèle de la pri­va­ti­sa­tion des fonds de pen­sion, déve­loppé par Milton Friedman, tête d’affiche de l’école de Chicago en éco­no­mie, était à l’agenda de George W. Bush dans son pre­mier mandat. La révolte venue des retrai­tés, des forces pro­gres­sistes et de la gauche, a forcé les démo­crates à com­battre cette poli­tique avec succès. Ceci fut une leçon pour Barack Obama. Une poli­tique trop radi­cale, de droite ou de gauche, ne pou­vait réus­sir dans un pays qui avait subi 25 ans de combat entre la pensée libé­rale et la pensée conser­va­trice. Ce que le peuple amé­ri­cain vou­lait, selon Obama, était un consen­sus au centre, néces­saire pour que l’Amérique fonc­tionne.

Internationalisme hégé­mo­nique par le « soft power »

Pour l’administration Obama, il est urgent de chan­ger de cap dans la poli­tique inter­na­tio­nale pour main­te­nir l’hégémonie amé­ri­caine, face à la montée de la Chine. Mais de quel chan­ge­ment par­lons-nous ? Parlons-nous de la fer­me­ture de la prison de Guantanamo qui retarde tou­jours ? Parlons-nous du procès de la CIA concer­nant la pra­tique de la tor­ture qu’Obama a fait annu­ler ? Parlons-nous de la fer­me­ture des pri­sons de la CIA en Roumanie ? Non, il semble que le ter­ro­risme demeure tou­jours une cible prin­ci­pale pour les États-unis, sans que ce pays se demande pour­quoi ce ter­ro­risme conti­nue d’exister.

L’administration annonce un retrait de l’Irak parce que cette guerre coûte trop cher. Elle a besoin de cet argent pour le sau­ve­tage des banques. Et les son­dages ont démon­tré que les Américains ne voyaient plus l’utilité de cette guerre. Par contre elle ne pro­cède à aucun examen sur la jus­ti­fi­ca­tion de cette inva­sion, et elle annonce très tôt dans son mandat que l’Afghanistan consti­tue la véri­table cible de sa lutte contre le ter­ro­risme.

Maintenant Obama est confronté à la guerre en Afghanistan, où les pers­pec­tives de vic­toire contre les Talibans s’effritent à chaque jour. L’élection volée par Karzai, un pré­sident extrê­me­ment impo­pu­laire, a changé l’attitude de la popu­la­tion amé­ri­caine vis-à-vis de cette guerre. Des son­dages indiquent que 55% de la popu­la­tion veut un retrait immé­diat de l’Afghanistan. Mais le Général McChrystal, com­man­dant des forces sur le ter­rain, demande une aug­men­ta­tion de 40,000 hommes de troupe, avec l’espoir de gagner cette guerre. On peut voir là un retour au syn­drome du Vietnam : plus de troupes, de plus en plus de troupes ! Que fera le nou­veau réci­pien­daire du prix Nobel de la Paix ?

La pré­sence amé­ri­caine va conti­nuer en Afghanistan. L’Afghanistan est devenu pour l’empire une plaque tour­nante stra­té­gique en Asie. Avec la Chine à l’est, la Russie et les répu­bliques indé­pen­dantes comme le Kazakhstan au nord, l’Iran au sud-ouest, le Pakistan au sud avec son nou­veau port de mer construit par la Chine, et la han­tise que plu­sieurs pays en Asie (pos­si­ble­ment 8 avec Israël) pos­sèdent l’arme ato­mique, les États-unis ont besoin de cette base géos­tra­té­gique.

L’Irak, avec un gou­ver­ne­ment plus au moins légi­time et accepté par l’ensemble de la popu­la­tion, consti­tue un appui pour les États-Unis dans la région, en plus d’être devenu une source sûre pour leurs besoins pétro­liers. Mais une pré­sence conti­nue des États-Unis en Irak (base opé­ra­tion­nelle de sur­veillance de la CIA) consti­tue une menace de moins pour Israël, et fait de l’Irak un pays tampon contre l’Iran (rap­pe­lons-nous de la guerre meur­trière entre l’Irak et l’Iran). Cette rela­tive sta­bi­lité ajoute à la stra­té­gie amé­ri­caine un autre pays qui pour­rait jouer le rôle de chien de garde dans la région du golfe Persique, la corne de l’Afrique et dans une partie de l’Océan Indien. Pour les stra­tèges du Pentagone, l’Irak repré­sente une mis­sion accom­plie.

Pour l’administration Obama et la poli­tique étran­gère amé­ri­caine, l’Océan Indien est devenu l’endroit géos­tra­té­gique le plus impor­tant pour le 21iècle. Déjà, 70% des routes de trans­port mari­time passent par l’Océan Indien (Foreign Affaires, mai-juin, 2009). Avec l’émergence de l’Asie comme le conti­nent du 21ième siècle, 90% des mar­chan­dises (res­sources natu­relles, pro­duits finis et semi-finis) tran­si­ge­ront par l’Océan Indien. L’Océan Indien sera l’autoroute du 21ième siècle. Les Etats-Unis, pour main­te­nir leur hégé­mo­nie, doivent être là. D’où la néces­sité de sta­bi­li­ser l’Irak, de trou­ver une solu­tion mitoyenne pour l’Afghanistan et de s’assurer que Al Quaïda ne s’élargisse pas et ne désta­bi­lise pas la poli­tique amé­ri­caine au Pakistan.

Pour accom­plir tous cela, les États-Unis ont besoin de créer des syner­gies (des par­te­na­riats) avec des alliés. Déjà la com­mande est trop grande pour une seule nation, fut-ce pour les États-Unis. C’est ce qui explique le dis­cours mul­ti­la­té­ral d’Obama. Premièrement il faut réin­té­grer la Russie (via le retrait du bou­clier anti-mis­sile en Pologne et en République Tchèque) dans une pers­pec­tive stra­té­gique et se servir de son influence tra­di­tion­nelle dans l’arrière cour qu’est l’Asie. Il faut offrir aussi une main tendue aux Européens, par­ti­cu­liè­re­ment aux trois grandes puis­sances que sont la France, l’Angleterre et l’Allemagne, et conso­li­der, à tra­vers leur connais­sance his­to­rique et diplo­ma­tique de l’Asie, cette nou­velle approche.

L’hégémonie amé­ri­caine au 21ième siècle se réa­li­sera avec le sou­tien des autres pays avan­cés, ceux qui se dirigent éga­le­ment vers un type de société post indus­trielle et du savoir. Donc la France, l’Angleterre et l’Allemagne, appa­raissent comme des alliées natu­relles. La Russie, pour conti­nuer sa restruc­tu­ra­tion indus­trielle, a besoin des États-unis. Même si Poutine semble vou­loir faire cava­lier seul pour faire croire à la popu­la­tion Russe qu’il pré­pare le retour de la Grande Russie, il ne le peut pas. Les infra­struc­tures, qui pour­raient sou­te­nir un accès à la tech­no­lo­gie du 21ième et du 22ième siècles, demeurent très faibles pré­sen­te­ment en Russie.

Le dis­cours mul­ti­la­té­ral à la Woodrow Wilson fait donc partie d’une nou­velle approche, qua­li­fiée de « soft power ». Contrairement au « hard power » des néo conser­va­teurs qui contrô­laient la poli­tique étran­gère de l’administration de George W. Bush, la nou­velle approche de l’administration Obama vise les mêmes buts mais avec la pers­pec­tive du « soft power ».

Dans cette période de restruc­tu­ra­tion du capi­ta­lisme, qui va durer encore plu­sieurs années, la guerre devient contre pro­duc­tive. Les guerres coûtent très cher. La recherche et le déve­lop­pe­ment ne sont plus basés uni­que­ment sur le vieux com­plexe mili­taro-indus­triel, mais davan­tage sur le capi­ta­lisme envi­ron­ne­men­tal (l’Éco capi­ta­lisme), la com­mu­ni­ca­tion, la bio-techo­no­lo­gie, l’industrie bio­mé­di­cale, etc. inté­grées dans le contexte d’une société post indus­trielle. Sur le plan inter­na­tio­nal, pour réa­li­ser ses défis, il a besoin de par­te­naires. Ceci est le défi d’Obama et de son admi­nis­tra­tion. Transformer le capi­ta­lisme et demeu­rer hégé­mo­nique.

Ce projet est-il en conti­nuité avec celui de George W. Bush ? Non, il est beau­coup plus subtil que celui de Bush. Sous un dis­cours de chan­ge­ment, que la majo­rité des citoyens de notre pla­nète a accueilli avec enthou­siasme comme une ouver­ture radi­cale, les vraies objec­tifs d’Obama sont de soli­di­fier les inté­rêts hégé­mo­nique de l’Amérique, de répandre les idéaux capi­ta­listes de l’Amérique, de démon­trer que la démo­cra­tie amé­ri­caine demeure tou­jours la meilleure, mais cela avec une approche moins bru­tale, plus syner­gique et plus per­son­nelle que celle emprun­tée par son pré­dé­ces­seur.

Donald Cuccioletta

Université du Québec en Outaouais

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