Le trafic des migrantEs

La paupérisation de régions entières du globe ainsi que la croissance des inégalités sociales dans les pays et entre les pays ont créé les conditions propices à toutes les formes de trafic et de traite des êtres humains. Les plus touchéEs proviennent principalement des pays du Sud et de l’Est. À l’échelle de ces régions, le bouleversement des structures sociales dû au triomphe de l’économie capitaliste néolibérale favorise l’économie informelle et les déstructurations sociales. De même, l’extension de l’économie de marché et la croissance des inégalités sociales, renforcées par les plans d’ajustement structurel, les endettements des États ainsi que la financiarisation de l’économie sont loin d’exclure ou de marginaliser ses victimes.

La mondialisation capitaliste tire même avantage à « les produire » pour son plus grand profit. Les laissés-pour-compte sont en réalité « la source des rentes les plus fortes de l’économie mondialisée ». Le régime actuel d’accumulation du capital, étroitement lié aux dérégulations de la mondialisation néolibérale, réduit les femmes et les filles à une marchandise susceptible d’être achetée, vendue, louée, appropriée ou échangée. Il renforce l’équation archaïque entre femme et sexe, réduisant les femmes à une humanité moindre et contribuant à les maintenir dans un statut inférieur. Paradoxalement, beaucoup dans nos sociétés s’opposent à la marchandisation des biens et des services lorsque cela concerne le système hospitalier, l’éducation, l’eau, etc., tout en acceptant sinon en promouvant la monétarisation des relations humaines, ce qu’est par essence la prostitution, qualifiée libéralement de « travail comme un autre » ou de « travail du sexe ».

La victoire du néolibéralisme dans les années 1980 a permis une accélération de la soumission à la monétarisation des rapports sociaux ce qui s’est traduit par un essor considérable des industries du sexe ; les femmes et les filles du monde entier en paient un lourd tribut.

(Extrait d’un texte paru dans le numéro 5 des NCS, Migrations : Stratégies, acteurs et résistances)