Le gouvernement canadien supplétif de l’impérialisme états-uniens en Amérique latine

Mis en ligne le 20 mars 2010

Par Tood Gordon et Jeffrey R. Webber

Lors de son retour de mis­sion au Honduras, le ministre d’état pour les Amériques Peter Kent affi­chait sa joie. Le ren­ver­se­ment du Président Manuel Zelaya a été, estime-t-il, « net­toyé » par les « élec­tions » frau­du­leuses de novembre der­nier. Ces élec­tions par ailleurs ont été boy­cot­tées par le mou­ve­ment démo­cra­tique. Tant l’Union euro­péenne que l’Organisation des États Américains (OEA) ont refusé d’y envoyer des obser­va­teurs tant elles esti­maient que la situa­tion dans le pays ne per­met­tait pas un réel exer­cice démo­cra­tique.

Depuis ce coup, le Canada et les États-Unis n’ont pas ménagé leurs efforts pour per­mettre aux put­schistes de conso­li­der leur pou­voir. La grande majo­rité des États d’Amérique latine refusent de recon­naître le nou­veau gou­ver­ne­ment Lobo, sauf les alliés des États-Unis comme la Colombie et le Pérou. Présentement, Kent fait cam­pagne pour que l’OEA réin­tègre le Honduras dans son giron (il avait été expulsé après le coup d’état). Fait à noter, les inves­tis­seurs cana­diens sont très pré­sents dans le sec­teur minier au Honduras.

Selon Kent, le Président Lobo doit être appuyé parce qu’il s’est engagé dans l’œuvre de « récon­ci­lia­tion natio­nale ». À part le Président Lobo, le ministre a ren­con­tré quelques ministres dont le ministre du plan, Arturo Corrales. Corrales, un fervent sup­por­teur du pré­sident put­schiste Micheletti et qui avait refuse l’accord pour­tant signé avec le pré­sident légi­time Zelaya. Un autre ami de Peter Kent est le ministre des affaires exté­rieures, Mario Canahuati. Canahuati, fils d’un des plus gros entre­pre­neurs du pays et ex-pré­sident du Conseil des hommes d’affaires, qui avait appuyé le putsch.

Entre-temps au Honduras, la répres­sion conti­nue. Certes, Kent affirme igno­rer cette situa­tion d’autant plus que, lors de son séjour, il a refusé de ren­con­trer le Comité des familles de dis­pa­rus (COFADEH), une des prin­ci­pales orga­ni­sa­tions de défense des droits au pays. Selon cet orga­nisme, les assas­si­nats et les dis­pa­ri­tions conti­nuent. Le 30 jan­vier, un ensei­gnant, Blas López, membre de l’opposition démo­cra­tique est assas­siné devant chez lui. Le 2 février, Vanessa Zepeda, une syn­di­ca­liste de 22 ans, est tuée en plein cœur de la capi­tale Tegucigalpa. Le 15 février, Julio Fúnez Benítez, un autre syn­di­ca­liste, est assas­siné. Quelques jours plus tard, Claudia Larisa Brizuela Rodríguez, une jour­na­liste, est tuée dans sa maison devant ses enfants. Depuis le coup d’état du 28 juin, la CODAEH a recensé 43 assas­si­nats poli­tiques. Selon le Frente Nacional de Resistencia Popular (orga­nisme-para­pluie regrou­pant les partis et les mou­ve­ments démo­cra­tiques), au moins 130 per­sonnes ont été tuées par les sup­por­teurs du gou­ver­ne­ment.

Fait à noter, la secré­taire d’état Hillary Clinton a éga­le­ment visité le « pré­sident » Lobo quelques temps après Peter Kent pour lui mani­fes­ter son appui « dans le réta­blis­se­ment de la démo­cra­tie ».

Avant le Honduras, Peter Kent a laissé sa trace au Venezuela où pen­dant quelques jours, il a fait une visite « non-offi­cielle», essen­tiel­le­ment pour visi­ter les groupes de l’opposition de droite. À son retour au Canada, il a pré­tendu que le gou­ver­ne­ment d’Hugo Chavez « limi­tait la liberté d’expression ». Selon l’ambassadeur du Venezuela auprès de l’OEA, Roy Chaderton Matos, le gou­ver­ne­ment cana­dien appuie les forces qui vou­draient pré­pa­rer un nou­veau coup d’état dans son pays.

Au début de mars, le gou­ver­ne­ment Harper, par la voix du ministre du com­merce inter­na­tio­nal Peter Van Loan, a pro­posé au Parlement un accord de libre-échange avec la Colombie où se per­pé­tuent sous le Président Urib de très graves vio­la­tions de droits.

Todd Gordon est pro­fes­seur de sciences poli­tiques à l’Université York (Toronto). Jeffrey R. Webber est pro­fes­seur de sciences poli­tiques à l’Université de Regina.

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