Bouchard nommé président du lobby de l’industrie gazière

Le chef des lucides à la rescousse des gaz de schiste

Par Mis en ligne le 28 janvier 2011

Coup de théâtre dans la saga des gaz de schiste : Lucien Bouchard, ancien pre­mier ministre péquiste, est nommé pré­sident du lobby de l’industrie et se char­gera de « vendre » cette très impo­pu­laire exploi­ta­tion gazière à un public qué­bé­cois scep­tique, pour ne pas dire hos­tile. Cette nomi­na­tion est accueillie à bras ouvert par un gou­ver­ne­ment libé­ral tota­le­ment dis­cré­dité par ces accoin­tances sus­pectes avec cette indus­trie, et qui voit là un moyen de s’en sortir en sur­fant sur la sup­po­sée « cré­di­bi­lité » de Bouchard.

Mais les pre­mières réac­tions des groupes éco­lo­gistes et citoyens mobi­li­sés depuis des mois sur ce dos­sier sont néga­tives. Ils ne voient dans l’arrivée de Bouchard qu’une autre ten­ta­tive cynique d’une indus­trie peu cré­dible pour impo­ser le déve­lop­pe­ment d’une filière éner­gé­tique dan­ge­reuse pour l’environnement. Le chef auto-pro­clamé des lucides, rede­venu avocat d’affaires dans la pres­ti­gieuse firme mont­réa­laise Davies Ward Philips & Vineberg, risque de tomber de son pié­des­tal. Difficile de faire la morale au peuple, de prôner la dis­ci­pline au tra­vail et la réduc­tion des dépenses publiques, quand on n’est plus qu’un vul­gaire lob­byiste payé gras­se­ment par des pol­lueurs paten­tés.

Ainsi les posi­tions pour la pro­chaine manche dans la bataille des gaz de schiste sont bien cam­pées.

Loin de lancer la ser­viette, le gou­ver­ne­ment et l’industrie des gaz de schiste ten­te­ront de reprendre l’initiative avec un dis­cours moins triom­pha­liste, plus axé sur les sup­po­sés bien­faits sociaux et éco­no­miques pour le Québec d’une exploi­ta­tion « pru­dente » des gaz de schiste. Les consi­dé­ra­tions poli­ti­ciennes, pour ne pas dire pure­ment élec­to­ra­listes du gou­ver­ne­ment Charest, sont plus qu’apparentes. Avec Bouchard dans le giron des défen­seurs des gaz de schiste, il cher­chera à muse­ler le PQ et Pauline Marois, empê­trer l’opposition offi­cielle dans ses sem­pi­ter­nelles que­relles intes­tines puisque plu­sieurs anciens chefs péquistes (Landry, Boisclair) militent aussi contre tout mora­toire sur l’exploitation gazière. Changement de tac­tique de la part du gou­ver­ne­ment et de l’industrie, mais l’objectif reste le même : passer outre à l’opposition citoyenne et enclen­cher une dyna­mique irré­ver­sible menant au déve­lop­pe­ment de cette filière éner­gé­tique.

Du côté de l’opposition sociale et envi­ron­ne­men­tale, le scé­na­rio est tout aussi clair. Elle a rem­porté haut la main la pre­mière manche en misant sur la mobi­li­sa­tion citoyenne et la confron­ta­tion directe avec le gou­ver­ne­ment et l’industrie des gaz de schiste. Se tenant loin des jeux de cou­lisses par­le­men­taires du PQ, elle a mis en marche une remar­quable cam­pagne d’éducation popu­laire qui lui a permis de gagner la bataille de l’opinion publique. Dès le début jan­vier, les oppo­sants aux gaz de schiste ont formé une large front commun de plus de 80 orga­nismes et annoncé une cam­pagne de mobi­li­sa­tion à tra­vers le Québec qui pren­drait son élan dès la publi­ca­tion du rap­port du BAPE le 22 février. La coa­li­tion des orga­nismes et citoyennes oppo­sées au gaz de schiste pré­voit en outre orga­ni­ser une mani­fes­ta­tion natio­nale à Montréal vers le milieu du mois d’avril.

Loin de se lais­ser obnu­bi­ler par les manœuvres gou­ver­ne­men­tales, l’opposition envi­ron­ne­men­tale et poli­tique est sti­mu­lée par les der­nières tuiles qui frappent les défen­seurs des gaz de schiste. Ainsi, une enquête du minis­tère de l’environnement nous révèle que 19 des 31 puits en acti­vité au Québec ont des fuites. Au même moment, l’Institut de la santé publique du Québec fai­sait part de ses inquié­tudes quant aux impacts sur la pol­lu­tion atmo­sphé­rique et la conta­mi­na­tion de l’eau de cette exploi­ta­tion gazière.

La nomi­na­tion de Bouchard et les raf­fi­ne­ments tac­tiques du gou­ver­ne­ment Charest ne semblent pas avoir eues les effets escomp­tés. Tant mieux. Il est à sou­hai­ter que l’opposition aux gaz de schiste ainsi que celle qui se mani­feste aux poli­tiques bud­gé­taires de Charest (une jour­née natio­nale de pro­tes­ta­tion prévue a cet effet le 12 mars) s’appuient mutuel­le­ment pour faire recu­ler ce gou­ver­ne­ment et ses poli­tiques ban­cales.

Montréal, le 27 jan­vier 2011

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