La politique étrangère du NPD endosse la nouvelle Guerre froide

Yves Engler, extrait d'un texte paru dans Canadian Dimension, 8 septembre 2021.

Avant d’entrer dans ses lacunes, commençons par examiner les éléments les plus intéressants de la plate-forme. Il y a l’appel à « suspendre les ventes d’armes à Israël jusqu’à la fin de l’occupation illégale » et à une proposition pour exiger une dérogation sur les brevets pour les vaccins anti COVID, ainsi qu’un engagement en faveur du « désarmement nucléaire ». La promesse de veiller à ce que « les armes fabriquées au Canada n’alimentent pas les conflits et les violations des droits de la personne à l’étranger » sont également louables.

Mais la plate-forme des néo-démocrates est muette sur l’effondrement embarrassant du groupe anti-Venezuela dit de Lima parrainé par les Canadiens, l’annulation du coup d’État soutenu par les Canadiens en Bolivie et la défaite de la candidature du premier ministre Justin Trudeau pour remporter un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Elle ne mentionne pas non plus la promesse non tenue des libéraux de reprendre les relations diplomatiques avec l’Iran ou de mettre en place un ombudsman approprié pour freiner les abus des sociétés minières canadiennes dans les pays du Sud.

De plus, le NPD fait la promotion de la « nouvelle guerre froide » de Washington avec la Chine. « Un gouvernement néo-démocrate tiendra tête à la Chine avec une stratégie solide et cohérente pour défendre les intérêts canadiens au pays et à l’étranger ». “Nous travaillerons avec nos alliés pour mener une réponse internationale solide et coordonnée au mépris de la Chine pour l’état de droit.” La Chine est le seul pays mentionné dans la déclaration à l’exception d’Israël-Palestine.

La déclaration du NPD sur la « Défense au pays et à l’étranger » appuie l’achat de « nouveaux équipements militaires, y compris des navires et des avions de chasse ». Les nouveaux avions de combat devraient coûter 19 milliards de dollars au départ et 77 milliards de dollars sur leur cycle de vie . En juillet, de nombreuses personnalités canadiennes et internationales, dont des piliers du NPD comme Stephen Lewis, Svend Robinson et Libby Davies, ont critiqué le projet du gouvernement de « dépenser des dizaines de milliards de dollars en avions de combat inutiles, dangereux et destructeurs du climat ».

L’achat supplémentaire prévu pour 15 navires militaires devrait coûter 82 milliards de dollars en partant et 286 milliards de dollars au cours de leur cycle de vie. Les navires de guerre devraient être équipés de missiles de croisière Tomahawk capables de frapper des cibles terrestres jusqu’à 1 700 kilomètres de distance, et de systèmes radar qui permettront aux responsables militaires américains de lancer les armes. Les navires de guerre et les avions de chasse sont tous deux conçus pour combattre ou participer à des guerres dirigées par les États-Unis et l’OTAN .

En plus d’appuyer une augmentation massive de la capacité de l’armée canadienne à faire la guerre, la déclaration critique les prétendues « coupures » des dépenses militaires et célèbre le « dévouement, le service et le sacrifice » des soldats. Selon le NPD, “Malheureusement, après des décennies de compressions et de mauvaise gestion des libéraux et des conservateurs, nos militaires se sont retrouvés avec un équipement désuet, un soutien inadéquat et un mandat stratégique peu clair. Nous devons faire mieux pour les Canadiens en uniforme et pour la défense de notre pays. Un gouvernement néo-démocrate veillera à ce que nos troupes disposent de l’équipement, de la formation et du soutien dont elles ont besoin pour accomplir le travail difficile et dangereux que nous leur demandons d’entreprendre”.

Malgré l’affirmation du parti social-démocrate, les troupes canadiennes ne « défendent pas notre pays »—elles sont engagées sur des missions belligérantes en Lettonie, en Ukraine, en Irak et ailleurs. Les Forces canadiennes ont établi ou prévoient d’établir de petites bases dans une demi-douzaine de pays et des navires de guerre canadiens sont déployés dans les Caraïbes, la mer du Nord, le golfe Persique et la mer de Chine méridionale.

La plate-forme de politique étrangère du NPD omet également de mentionner que le ministère de la Défense nationale, responsable de 59 % des émissions de gaz à effet de serre du gouvernement, est exempté des objectifs de réduction de la pollution du gouvernement. Il ne dit rien non plus sur le plan du Parti libéral de dépenser des milliards de dollars pour des drones armés , l’expansion deNORAD ou la croissance du secret Commandement des Forces d’opérations spéciales du Canada (COMFOSCAN).

La politique étrangère et les déclarations militaires du NPD suggèrent que peu de choses changeraient si le parti formait le prochain gouvernement.