La crise du NPA et les défis de la gauche en France

Ça va mal pour nos camarades du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) en France. Lors du congrès de février dernier, le débat sur l’avenir du nouveau parti a mal tourné. Diverses perspectives se sont dégagées sans enthousiasme sur la question des alliances, notamment avec le Front de gauche, une formation qui regroupe des social-démocrates (anciennement membres du PS) et le Parti communiste.

 

S’allier ou ne pas s’allier

 

Une faible majorité a finalement opté pour ne pas faire alliance, puisque selon ces militants, le Front de gauche est « trop proche » du PS et pourrait entraîner la « gauche de la gauche » à une instrumentalisation par le social-libéralisme. Mais les objections à cette option demeurent. On observe par exemple que le vote pour le NPA régresse (autour de 3%), alors celui du front de gauche progresse (+ 5%). On est loin des scores réalisés par Olivier Besancenot (porte-parole du NPA) lors des élections présidentielles de 2007, où il avait obtenu 1,5 million de votes ! (Besancenot était alors le candidat de la Ligue communiste révolutionnaire –LCR-). Cette dégringolade fait d’autant plus mal que divers sondages indiquent qu’une candidature unitaire éventuelle de la gauche, qui regrouperait et le NPA et le Front de gauche pourrait aller chercher jusqu’à 12-15% du vote. Faut-il rappeler qu’on est à un an de la prochaine élection présidentielle en France.

 

Ciao Olivier

 

Autre coup dur pour le NPA, Besancenot, une personnalité politique extrêmement populaire (plus que son parti) a décidé de ne pas être le candidat du NPA. Le jeune postier de 27 ans, qui a su défier habilement les croulants des autres partis à la télévision, est lassé. Il craint l’hypermédiatisation dont il se dit victime et estime qu’un parti de gauche ne peut pas se permettre de dépendre d’une personne, aussi sympathique soit-elle. En bon militant, Olivier affirme que le déclin du NPA n’est pas la raison qui explique son retrait, et qu’il va continuer à militer, mais son départ laisse un grand vide. Depuis, le NPA a nommé deux jeunes militantes comme co-porte-paroles, Myrian Martin et Christine Poupin. On ne sait pas encore cependant qui sera candidaté pour représenter le parti aux élections de 2012.

 

Essor et déclin

 

Parti sur les chapeaux de roue en février 2009, le NPA était essentiellement l’initiative de la LCR, le plus grand parti se réclamant de la Quatrième Internationale en France. Les leaders historiques de la LCR, Alain Krivine de même que le regretté Daniel Bensaid, estimaient alors que le moment était venu de « réinventer » la gauche radicale en France, compte tenu des avancées du mouvement populaire qui avait porté de grands coups à la droite. La disparition de la LCR, et sa refondation dans un parti plus unitaire, allait permettre, espérait-on, de traduire en termes politiques les capacités sociales du mouvement populaire et de constituer un nouveau pôle de gauche. Gonflé par 9000 adhésions (trois fois plus que la LCR), le NPA put ainsi espérer confronter à la fois la droite dure et le social-libéralisme incarné par le PS. Mais rapidement, le vent a tourné. En réalité, l’amalgamation des forces de gauche autour du noyau initial de la LCR ne s’est pas produite. En partie par la domination de la LCR et de sa culture politique encore fortement marquée par l’idée de la révolution radicale (dans la lignée de la Troisième et de la Quatrième Internationales). En partie parce que le processus de cette amalgamation a été fait très rapidement, sans véritable effort pour rallier d’autres partis de gauche. On pourrait ajouter à cela l’hésitation de nombreux secteurs militants, surtout de la nouvele génération, de réellement embarquer dans un processus partidaire apparaissant un peu vieillot et incapable d’un véritable renouvellement. Aujourd’hui, une grande partie des 9000 adhérents s’est évanouie. Le NPA pour ses détracteurs en tout cas est réduite à une version « relookée » de la LCR.

 

Faire du neuf avec de l’ancien ?

 

Le pari initial, de regrouper une partie significative de l’« ancienne »  gauche (principalement ancrée sur les mouvements syndicaux et les intellectuels) avec la « nouvelle » gauche écologiste et altermondialiste, ne s’est pas concrétisé. Le fait de la trop grande importance de la personnalité d’Olivier a été à la fois un plus et un moins. Certes Olivier « passait bien », mais son discours est resté au niveau de la protestation plus que de la proposition. En face avec le Front de gauche, on a eu un adversaire redoutable. Les socialistes de gauche menés par Jean-Luc Mélenchon ont été relativement en mesure de se présenter comme une gauche « crédible », à la fois fidèle aux principes de la social-démocratie « historique », et apte à gouverner. Dans plusieurs municipalités et régions, les élus du Front de gauche participent du mieux qu’ils le peuvent à la gouvernance locale. Ils le font souvent avec l’appui du PCF qui, bien que terriblement diminué en termes de membership et d’influence, dispose encore d’un formidable appareil basé sur un carré dur » d’élus et de permanents (associatifs, syndicaux, politiques).

 

Construire un parti ou un groupe de pression ?

 

Certes, pour le NPA, la perspective n’a jamais été de participer à la « gouvernance », mais de « prôner une orientation révolutionnaire visant le renversement de l’État, considérant qu’il  n’est pas possible de mettre l’État et les institutions actuelles au service d’une transformation politique et sociale » (Fondements idéologiques du socialisme du vingtième siècle, sur le site du NPA). Si cette « loyauté » du NPA à une vision révolutionnaire reste valable pour un grand nombre de militants et de militantes, elle est ambigüe pour une partie importante du « peuple de gauche » qui estime qu’un parti politique, même très marqué idéologiquement, ne peut pas être uniquement un grand groupe de pression, mais une force capable d’influer sur le terrain politique « réellement existant », et donc, de faire des propositions qui peuvent améliorer la vie des gens, pas seulement dans 10 ou dans 20 ans.

 

« Le » et « la » politique

 

Les difficultés du NPA ne sont pas exceptionnelles en Europe. En Italie, la gauche radicale a également échoué son pari. Le Parti de la Refondation communiste (Rifondazione) a éclaté entre les partisans d’une alliance avec la social-démocratie et ceux d’une ligne plus à gauche. Alors qu’en Espagne, l’échec a été encore plus grand, il y a eu tout de même des avancées, notamment en Allemagne (avec la poussée de Die Linke) et au Portugal (le Bloc de gauche) où la « gauche de la gauche » se maintient, sans nécessairement constituer un pôle contre-hégémonique pour autant. Fait à noter, cette situation coïncide avec une formidable montée des luttes sociales, ce qui interpelle les militants. Selon Christophe Aguitton, un ancien militant de la LCR et animateur de plusieurs convergences syndicales, il y a une disjonction croissante entre les résistances et le terrain politique, comme si ces résistances, aussi fortes soient-elles, n’étaient pas (encore) capables de produire de nouvelles stratégies et d’établir de nouveaux modes organisationnels. La volonté de faire une « nouvelle politique » ne se concrétise pas.

 

L’offensive de la droite

 

Actuellement en Europe, les gouvernements de droite agressifs, à la fois soutenus et contestés par une extrême droite en montée (qui dépasse des scores historiques de 15-20%), pressent le pas pour accélérer les « réformes » néolibérales. Ils le font avec l’appui implicite ou même explicite des sociaux-libéraux sans foi ni gène, à l’image de Dominique Strauss-Kahn (DSK), l’ancien patron du FMI qui rêvait de devenir le prochain président de la république sous le drapeau du PS. Cet oligarque bien connu pour ses pratiques sexistes n’avait aucune honte à massacrer les acquis sociaux des travailleurs grecs et portugais (les plans de « restructuration » imposés par le FMI pour « sauver » l’économie capitaliste), tout en se faisant le candidat du « changement » en France. Aujourd’hui, près de 25% des jeunes sont sans emploi. La précarité et la diminution des acquis sociaux frappe tout le monde, y compris les retraités, dont un million se retrouve sous le seuil de la pauvreté en France (900 euros par mois). La réponse de la droite est d’aggraver les clivages au sein des classes populaires, en maniant la carte du racisme, de l’islamophobie et de la « guerre des civilisations » contre les « barbares » du tiers-monde.

 

Le « facteur vert »

 

Une autre réalité permet à la droite de dominer. Une partie importante de l’électorat est maintenant captée par les Verts, des Verts « assagis » qui ont su rompre avec leurs traditions radicales et qui préconisent un « capitalisme vert », coupé des réformes sociales demandées par les classes populaires, mais qui ont l’avantage d’attirer certaines couches moyennes. En réalité, les votes pour les Verts sont majoritairement des votes arrachés à la gauche et aux partis social-libéraux et permettent à la droite de continuer ses politiques anti-populaires. Il y a certes des exceptions. Une partie des Verts en France et dans d’autres pays de l’Union européenne résistent à cette instrumentalisation qui est la plus visible en Allemagne.

 

Révoltes populaires

 

Si pour DSK, l’histoire a tourné autrement, le PS, comme ses équivalents en Espagne, en Grande-Bretagne, en Allemagne et ailleurs, espère être élu en 2012 « par défaut », par le sentiment de rejet que la population exprime face à la voyoucratie incarnée par les Sarkozy, Berlusconi et cie. Entre-temps, des millions de personnes disent basta et plus encore, s’engagent dans des pratiques inédites de résistance, qui vont des occupations des lieux publics (comme en Espagne actuellement) aux blocages de chemins, aux occupations d’usines, voire aux séquestrations de patrons, comme on l’a vu il y a quelques mois lors de la grande bataille pour les retraites à l’automne dernier en France.

 

Espérances et anxiété

 

Dans quelques semaines, le NPA tentera de recoller les morceaux lors d’une conférence nationale. Mais déjà, cela s’annonce mal. Les partisans d’un renouvellement votent avec leurs pieds, désespérés devant un certain retour du sectarisme et du « je-sais-tout-isme », qui est observable au niveau de certains nostalgiques de la LCR et de jeunes radicaux venant de groupuscules d’extrême gauche rêvant encore de construire la « vraie avant-garde révolutionnaire ». Les partisans d’une autre perspective cherchent à se regrouper, les uns pour éviter l’implosion du NPA, les autres pour proposer une nouvelle alliance, y compris avec certaines tendances du Front de gauche qui n’aiment pas la direction actuelle qu’elles accusent de cultiver l’ambigüité face au PS.