La crise du NPA et les défis de la gauche en France

Par Mis en ligne le 31 mai 2011

Ça va mal pour nos cama­rades du Nouveau parti anti­ca­pi­ta­liste (NPA) en France. Lors du congrès de février der­nier, le débat sur l’avenir du nou­veau parti a mal tourné. Diverses pers­pec­tives se sont déga­gées sans enthou­siasme sur la ques­tion des alliances, notam­ment avec le Front de gauche, une for­ma­tion qui regroupe des social-démo­crates (ancien­ne­ment membres du PS) et le Parti communiste.

S’allier ou ne pas s’allier

Une faible majo­rité a fina­le­ment opté pour ne pas faire alliance, puisque selon ces mili­tants, le Front de gauche est « trop proche » du PS et pour­rait entraî­ner la « gauche de la gauche » à une ins­tru­men­ta­li­sa­tion par le social-libé­ra­lisme. Mais les objec­tions à cette option demeurent. On observe par exemple que le vote pour le NPA régresse (autour de 3%), alors celui du front de gauche pro­gresse (+ 5%). On est loin des scores réa­li­sés par Olivier Besancenot (porte-parole du NPA) lors des élec­tions pré­si­den­tielles de 2007, où il avait obtenu 1,5 mil­lion de votes ! (Besancenot était alors le can­di­dat de la Ligue com­mu­niste révo­lu­tion­naire –LCR-). Cette dégrin­go­lade fait d’autant plus mal que divers son­dages indiquent qu’une can­di­da­ture uni­taire éven­tuelle de la gauche, qui regrou­pe­rait et le NPA et le Front de gauche pour­rait aller cher­cher jusqu’à 12-15% du vote. Faut-il rap­pe­ler qu’on est à un an de la pro­chaine élec­tion pré­si­den­tielle en France.

Ciao Olivier

Autre coup dur pour le NPA, Besancenot, une per­son­na­lité poli­tique extrê­me­ment popu­laire (plus que son parti) a décidé de ne pas être le can­di­dat du NPA. Le jeune pos­tier de 27 ans, qui a su défier habi­le­ment les crou­lants des autres partis à la télé­vi­sion, est lassé. Il craint l’hypermédiatisation dont il se dit vic­time et estime qu’un parti de gauche ne peut pas se per­mettre de dépendre d’une per­sonne, aussi sym­pa­thique soit-elle. En bon mili­tant, Olivier affirme que le déclin du NPA n’est pas la raison qui explique son retrait, et qu’il va conti­nuer à mili­ter, mais son départ laisse un grand vide. Depuis, le NPA a nommé deux jeunes mili­tantes comme co-porte-paroles, Myrian Martin et Christine Poupin. On ne sait pas encore cepen­dant qui sera can­di­daté pour repré­sen­ter le parti aux élec­tions de 2012.

Essor et déclin

Parti sur les cha­peaux de roue en février 2009, le NPA était essen­tiel­le­ment l’initiative de la LCR, le plus grand parti se récla­mant de la Quatrième Internationale en France. Les lea­ders his­to­riques de la LCR, Alain Krivine de même que le regretté Daniel Bensaid, esti­maient alors que le moment était venu de « réin­ven­ter » la gauche radi­cale en France, compte tenu des avan­cées du mou­ve­ment popu­laire qui avait porté de grands coups à la droite. La dis­pa­ri­tion de la LCR, et sa refon­da­tion dans un parti plus uni­taire, allait per­mettre, espé­rait-on, de tra­duire en termes poli­tiques les capa­ci­tés sociales du mou­ve­ment popu­laire et de consti­tuer un nou­veau pôle de gauche. Gonflé par 9000 adhé­sions (trois fois plus que la LCR), le NPA put ainsi espé­rer confron­ter à la fois la droite dure et le social-libé­ra­lisme incarné par le PS. Mais rapi­de­ment, le vent a tourné. En réa­lité, l’amalgamation des forces de gauche autour du noyau ini­tial de la LCR ne s’est pas pro­duite. En partie par la domi­na­tion de la LCR et de sa culture poli­tique encore for­te­ment mar­quée par l’idée de la révo­lu­tion radi­cale (dans la lignée de la Troisième et de la Quatrième Internationales). En partie parce que le pro­ces­sus de cette amal­ga­ma­tion a été fait très rapi­de­ment, sans véri­table effort pour ral­lier d’autres partis de gauche. On pour­rait ajou­ter à cela l’hésitation de nom­breux sec­teurs mili­tants, sur­tout de la nou­vele géné­ra­tion, de réel­le­ment embar­quer dans un pro­ces­sus par­ti­daire appa­rais­sant un peu vieillot et inca­pable d’un véri­table renou­vel­le­ment. Aujourd’hui, une grande partie des 9000 adhé­rents s’est éva­nouie. Le NPA pour ses détrac­teurs en tout cas est réduite à une ver­sion « reloo­kée » de la LCR.

Faire du neuf avec de l’ancien ?

Le pari ini­tial, de regrou­per une partie signi­fi­ca­tive de l’« ancienne » gauche (prin­ci­pa­le­ment ancrée sur les mou­ve­ments syn­di­caux et les intel­lec­tuels) avec la « nou­velle » gauche éco­lo­giste et alter­mon­dia­liste, ne s’est pas concré­tisé. Le fait de la trop grande impor­tance de la per­son­na­lité d’Olivier a été à la fois un plus et un moins. Certes Olivier « pas­sait bien », mais son dis­cours est resté au niveau de la pro­tes­ta­tion plus que de la pro­po­si­tion. En face avec le Front de gauche, on a eu un adver­saire redou­table. Les socia­listes de gauche menés par Jean-Luc Mélenchon ont été rela­ti­ve­ment en mesure de se pré­sen­ter comme une gauche « cré­dible », à la fois fidèle aux prin­cipes de la social-démo­cra­tie « his­to­rique », et apte à gou­ver­ner. Dans plu­sieurs muni­ci­pa­li­tés et régions, les élus du Front de gauche par­ti­cipent du mieux qu’ils le peuvent à la gou­ver­nance locale. Ils le font sou­vent avec l’appui du PCF qui, bien que ter­ri­ble­ment dimi­nué en termes de mem­ber­ship et d’influence, dis­pose encore d’un for­mi­dable appa­reil basé sur un carré dur » d’élus et de per­ma­nents (asso­cia­tifs, syn­di­caux, politiques).

Construire un parti ou un groupe de pression ?

Certes, pour le NPA, la pers­pec­tive n’a jamais été de par­ti­ci­per à la « gou­ver­nance », mais de « prôner une orien­ta­tion révo­lu­tion­naire visant le ren­ver­se­ment de l’État, consi­dé­rant qu’il n’est pas pos­sible de mettre l’État et les ins­ti­tu­tions actuelles au ser­vice d’une trans­for­ma­tion poli­tique et sociale » (Fondements idéo­lo­giques du socia­lisme du ving­tième siècle, sur le site du NPA). Si cette « loyauté » du NPA à une vision révo­lu­tion­naire reste valable pour un grand nombre de mili­tants et de mili­tantes, elle est ambigüe pour une partie impor­tante du « peuple de gauche » qui estime qu’un parti poli­tique, même très marqué idéo­lo­gi­que­ment, ne peut pas être uni­que­ment un grand groupe de pres­sion, mais une force capable d’influer sur le ter­rain poli­tique « réel­le­ment exis­tant », et donc, de faire des pro­po­si­tions qui peuvent amé­lio­rer la vie des gens, pas seule­ment dans 10 ou dans 20 ans.

« Le » et « la » politique

Les dif­fi­cul­tés du NPA ne sont pas excep­tion­nelles en Europe. En Italie, la gauche radi­cale a éga­le­ment échoué son pari. Le Parti de la Refondation com­mu­niste (Rifondazione) a éclaté entre les par­ti­sans d’une alliance avec la social-démo­cra­tie et ceux d’une ligne plus à gauche. Alors qu’en Espagne, l’échec a été encore plus grand, il y a eu tout de même des avan­cées, notam­ment en Allemagne (avec la pous­sée de Die Linke) et au Portugal (le Bloc de gauche) où la « gauche de la gauche » se main­tient, sans néces­sai­re­ment consti­tuer un pôle contre-hégé­mo­nique pour autant. Fait à noter, cette situa­tion coïn­cide avec une for­mi­dable montée des luttes sociales, ce qui inter­pelle les mili­tants. Selon Christophe Aguitton, un ancien mili­tant de la LCR et ani­ma­teur de plu­sieurs conver­gences syn­di­cales, il y a une dis­jonc­tion crois­sante entre les résis­tances et le ter­rain poli­tique, comme si ces résis­tances, aussi fortes soient-elles, n’étaient pas (encore) capables de pro­duire de nou­velles stra­té­gies et d’établir de nou­veaux modes orga­ni­sa­tion­nels. La volonté de faire une « nou­velle poli­tique » ne se concré­tise pas.

L’offensive de la droite

Actuellement en Europe, les gou­ver­ne­ments de droite agres­sifs, à la fois sou­te­nus et contes­tés par une extrême droite en montée (qui dépasse des scores his­to­riques de 15-20%), pressent le pas pour accé­lé­rer les « réformes » néo­li­bé­rales. Ils le font avec l’appui impli­cite ou même expli­cite des sociaux-libé­raux sans foi ni gène, à l’image de Dominique Strauss-Kahn (DSK), l’ancien patron du FMI qui rêvait de deve­nir le pro­chain pré­sident de la répu­blique sous le dra­peau du PS. Cet oli­garque bien connu pour ses pra­tiques sexistes n’avait aucune honte à mas­sa­crer les acquis sociaux des tra­vailleurs grecs et por­tu­gais (les plans de « restruc­tu­ra­tion » impo­sés par le FMI pour « sauver » l’économie capi­ta­liste), tout en se fai­sant le can­di­dat du « chan­ge­ment » en France. Aujourd’hui, près de 25% des jeunes sont sans emploi. La pré­ca­rité et la dimi­nu­tion des acquis sociaux frappe tout le monde, y com­pris les retrai­tés, dont un mil­lion se retrouve sous le seuil de la pau­vreté en France (900 euros par mois). La réponse de la droite est d’aggraver les cli­vages au sein des classes popu­laires, en maniant la carte du racisme, de l’islamophobie et de la « guerre des civi­li­sa­tions » contre les « bar­bares » du tiers-monde.

Le « fac­teur vert »

Une autre réa­lité permet à la droite de domi­ner. Une partie impor­tante de l’électorat est main­te­nant captée par les Verts, des Verts « assa­gis » qui ont su rompre avec leurs tra­di­tions radi­cales et qui pré­co­nisent un « capi­ta­lisme vert », coupé des réformes sociales deman­dées par les classes popu­laires, mais qui ont l’avantage d’attirer cer­taines couches moyennes. En réa­lité, les votes pour les Verts sont majo­ri­tai­re­ment des votes arra­chés à la gauche et aux partis social-libé­raux et per­mettent à la droite de conti­nuer ses poli­tiques anti-popu­laires. Il y a certes des excep­tions. Une partie des Verts en France et dans d’autres pays de l’Union euro­péenne résistent à cette ins­tru­men­ta­li­sa­tion qui est la plus visible en Allemagne.

Révoltes popu­laires

Si pour DSK, l’histoire a tourné autre­ment, le PS, comme ses équi­va­lents en Espagne, en Grande-Bretagne, en Allemagne et ailleurs, espère être élu en 2012 « par défaut », par le sen­ti­ment de rejet que la popu­la­tion exprime face à la voyou­cra­tie incar­née par les Sarkozy, Berlusconi et cie. Entre-temps, des mil­lions de per­sonnes disent basta et plus encore, s’engagent dans des pra­tiques inédites de résis­tance, qui vont des occu­pa­tions des lieux publics (comme en Espagne actuel­le­ment) aux blo­cages de che­mins, aux occu­pa­tions d’usines, voire aux séques­tra­tions de patrons, comme on l’a vu il y a quelques mois lors de la grande bataille pour les retraites à l’automne der­nier en France.

Espérances et anxiété

Dans quelques semaines, le NPA ten­tera de recol­ler les mor­ceaux lors d’une confé­rence natio­nale. Mais déjà, cela s’annonce mal. Les par­ti­sans d’un renou­vel­le­ment votent avec leurs pieds, déses­pé­rés devant un cer­tain retour du sec­ta­risme et du « je-sais-tout-isme », qui est obser­vable au niveau de cer­tains nos­tal­giques de la LCR et de jeunes radi­caux venant de grou­pus­cules d’extrême gauche rêvant encore de construire la « vraie avant-garde révo­lu­tion­naire ». Les par­ti­sans d’une autre pers­pec­tive cherchent à se regrou­per, les uns pour éviter l’implosion du NPA, les autres pour pro­po­ser une nou­velle alliance, y com­pris avec cer­taines ten­dances du Front de gauche qui n’aiment pas la direc­tion actuelle qu’elles accusent de culti­ver l’ambigüité face au PS.

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