L’appel à « changer le système, pas le climat » réunit un mouvement mondial

Par Mis en ligne le 04 janvier 2010

L’accord pourri de Copenhague révèle un gouffre entre les reven­di­ca­tions des peuples et les inté­rêts des élites.

Déclaration du réseau Climate Justice Now ! sur les résul­tats de la COP15.


La très atten­due Conférence des Nations Unies sur le Changement Climatique de Copenhague a débou­ché sur un accord de dupes, mani­gancé par les USA et mis sur la table au der­nier moment. « L’accord » n’a pas été adopté, mais a été « pris en note », une inven­tion absurde conçue pour conve­nir aux USA et per­mettre à Ban Ki-moon de pro­non­cer la ridi­cule décla­ra­tion « nous avons un accord ».

La confé­rence des Nations Unies a été inca­pable d’apporter des solu­tions à la crise cli­ma­tique, pas même de des­si­ner des avan­cées mini­males vers ces solu­tions. Au contraire, les négo­cia­tions ont com­plè­te­ment trahi les nations appau­vries et les états insu­laires, et ont jeté les Nations unies et le gou­ver­ne­ment danois dans la plus grande confu­sion. Au cours d’une confé­rence dont un objec­tif cen­tral était de limi­ter les émis­sions de gaz à effet de serre, il a en fina­le­ment été très peu ques­tion. Les pays riches et déve­lop­pés ont à l’inverse conti­nué à entra­ver toute négo­cia­tion sur des réduc­tions dras­tiques et contrai­gnantes, pré­fé­rant plutôt repor­ter le far­deau sur les pays les moins déve­lop­pés, et ne mon­trant aucune volonté de répa­rer les dégâts dont ils sont responsables.

La coa­li­tion Climate Justice Now !, aux côtés d’autres réseaux, s’est réunie à la COP15 der­rière l’appel pour « chan­ger le sys­tème, pas le climat ». La confé­rence de Copenhague sur le climat a quant à elle montré que les solu­tions réelles, par oppo­si­tions aux fausses solu­tions basées sur le marché, ne pour­ront être adop­tées tant que nous n’aurons pas vaincu un sys­tème éco­no­mique et poli­tique injuste.

À Copenhague, les res­pon­sables de gou­ver­ne­ment comme ceux du busi­ness n’ont pas essayé de satis­faire les attentes du monde. Les fausses solu­tions et les mul­ti­na­tio­nales ont com­plè­te­ment pha­go­cyté le pro­ces­sus des Nations Unies. Les élites mon­diales vou­draient pou­voir pri­va­ti­ser l’atmosphère au tra­vers des mar­chés car­bone ; dépe­cer les forêts, brousses et prai­ries du monde entier en vio­lant les droits des peuples indi­gènes et en s’accaparant les terres ; pro­mou­voir des tech­no­lo­gies à haut-risque pour « répa­rer » le climat ; rem­pla­cer les forêts véri­tables par des plan­ta­tions arbo­rées d’essence unique ; trans­for­mer les sur­faces agri­coles en puits de car­bone, et, enfin, par­ache­ver la res­tric­tion et la pri­va­ti­sa­tion des biens com­muns. En pra­tique, chaque pro­po­si­tion dis­cu­tée à Copenhague était basée sur le désir de créer des nou­velles oppor­tu­ni­tés de profit plutôt que sur la volonté de réduire les émis­sions, jusqu’aux modestes finan­ce­ments qui risquent fina­le­ment de servir à payer les trans­ferts de tech­no­lo­gie à risque.

À Copenhague, les seules dis­cus­sions sur des solu­tions réelles ont eu lieu dans les mou­ve­ments sociaux. Climate Justice Now !, Climate Justice Action et le Klimaforum 09 ont permis d’articuler des idées nova­trices et tenté de dif­fu­ser ces idées dans la Conférence des Nations Unies par le biais de la « décla­ra­tion des peuples » du Klimaforum 09 et l’assemblée des Peuples « Reclaim Power » (ndt : « reprendre le pou­voir », mais aussi « reprendre l’énergie »). Parmi les états, les pays de l’ALBA, de nom­breux états afri­cains et les membres de l’AOSIS ont sou­vent fait écho aux mes­sages du mou­ve­ment pour la jus­tice cli­ma­tique, lorsqu’ils ont mis en avant la néces­sité de payer pour la dette cli­ma­tique, de créer des fonds pour l’adaptation et la réduc­tion des émis­sions hors de la logique des ins­ti­tu­tions néo­li­bé­rales comme la Banque Mondiale et le FMI, ou encore de main­te­nir l’augmentation glo­bale de la tem­pé­ra­ture sous 1,5 degré.

Les Nations Unies et le gou­ver­ne­ment danois ont servi les inté­rêts des pays riches et indus­tria­li­sés, excluant nos voix et celles des moins puis­sants à tra­vers la pla­nète ; ils ont tenté de taire nos demandes de négo­cier sur des solu­tions réelles. Néanmoins, nos voix se sont ren­for­cées, et se sont uni­fiées jours après jours pen­dant les deux semaines de la confé­rence. Au fur et à mesure que nous nous ren­for­cions, les méca­nismes mise en œuvre par les Nations unies et les auto­ri­tés danoises pour per­mettre la par­ti­ci­pa­tion de la société civile se sont révé­lés de plus en plus dys­fonc­tion­nels, répres­sifs et non-démo­cra­tiques, à l’instant de ce qui se passe à l’OMC ou à Davos.

La par­ti­ci­pa­tion des mou­ve­ments sociaux a été limi­tée tout au long de la confé­rence, dras­ti­que­ment res­treinte durant la deuxième semaine, au milieu de laquelle de nom­breuses orga­ni­sa­tions de la société civile se sont vues reti­rer leurs accré­di­ta­tions. Dans le même temps, les mul­ti­na­tio­nales pour­sui­vaient leur lob­bying à l’intérieur du Bella Center.

À l’extérieur de la confé­rence, la police Danoise a déployé un sys­tème répres­sif, menant de vastes opé­ra­tions contre le droit à la libre expres­sion, arrê­tant et bat­tant des mil­liers de per­sonnes, dont des délé­gués de la société civile auprès de la confé­rence des Nations Unies. Notre mou­ve­ment a sur­monté cette répres­sion, nous sommes par­ve­nus à porter nos voix et nos pro­tes­ta­tions encore plus fort. Nos mani­fes­ta­tions ont ras­sem­blé plus de 100 000 per­sonnes au Danemark, pour exiger la jus­tice cli­ma­tique, pen­dant que les mou­ve­ments sociaux du monde entier ont mobi­lisé des cen­taines de mil­liers d’autres per­sonnes au cours de mani­fes­ta­tions locales pour la jus­tice cli­ma­tique. Malgré la répres­sion menée par le gou­ver­ne­ment danois et les exclu­sions pilo­tées par les Nations unies, le mou­ve­ment pour « chan­ger le sys­tème, pas le climat » est désor­mais plus fort que lorsque nous sommes arri­vés au Danemark.

Bien que Copenhague ait été un désastre pour les solu­tions justes et équi­tables au chan­ge­ment cli­ma­tique, il marque un tour­nant gal­va­ni­sant du combat pour la jus­tice cli­ma­tique. Les gou­ver­ne­ments défen­dant l’intérêt des domi­nants n’ont aucune solu­tion à offrir, mais le mou­ve­ment pour la jus­tice cli­ma­tique a pro­posé une vision forte et des alter­na­tives claires. Copenhague res­tera un évé­ne­ment his­to­rique pour les mou­ve­ments sociaux mon­diaux, et, à l’instar de Seattle et de Cancun, comme un moment cru­cial où les divers agen­das de nom­breux mou­ve­ments sociaux se sont unis et ren­for­cés, pour deman­der d’une même voix de chan­ger le sys­tème, pas le climat.

La coa­li­tion Climate Justice Now ! appelle les mou­ve­ments sociaux du monde entier à se mobi­li­ser pour sou­te­nir la jus­tice climatique.

Nous ne mène­rons pas notre lutte lors des négo­cia­tions sur le climat seule­ment, mais sur le ter­rain et dans les rues, pour pro­mou­voir de véri­tables solu­tions, qui incluent :

De lais­ser les com­bus­tibles fos­siles dans le sous-sol et inves­tir dans l’énergie renou­ve­lable, appro­priée, effi­cace, sûre, propre et contrô­lée par les communautés ;

La réduc­tion dras­tique du gas­pillage, avant tout et sur­tout dans le Nord, mais aussi par les élites du Sud ;

D’énormes trans­ferts finan­ciers du Nord vers le Sud, basés sur le rem­bour­se­ment de la dette cli­ma­tique, et soumis à un contrôle démo­cra­tique. Les coûts d’adaptation et d’atténuation doivent être finan­cés par la réorien­ta­tion des bud­gets mili­taires, par des taxes inno­vantes et par l’annulation de la dette ;

La conser­va­tion des res­sources fondée sur les droits, qui ren­force les droits des peuples indi­gènes à la terre et pro­meuve la sou­ve­rai­neté des peuples sur l’énergie, les forêts, la terre et l’eau ;

Une agri­cul­ture et une pêche fami­liales et durables, et la sou­ve­rai­neté ali­men­taire des peuples.

Nous réaf­fir­mons notre enga­ge­ment dans la construc­tion d’un mou­ve­ment vaste et divers, loca­le­ment et mon­dia­le­ment – pour un monde meilleur.

Climate Justice Now !

Copenhague,

Le 19 Décembre 2009

www​.cli​mate​-jus​tice​-now​.org

Les commentaires sont fermés.