Indécence ou démocratie

Par Mis en ligne le 18 janvier 2012

Les récents trans­fuges poli­tiques nous posent la ques­tion, encore une fois, de la néces­sité d’une révi­sion en pro­fon­deur de nos normes démo­cra­tiques par­le­men­taires.

Dans le sys­tème élec­to­ral uni­no­mi­nal que nous connais­sons, la pré­pon­dé­rance du vote des élec­teurs et élec­trices se fait d’abord et avant tout en fonc­tion du parti. Il n’y a pas ou peu de place pour le choix d’une can­di­da­ture en fonc­tion de l’individu. Dans ce contexte le chan­ge­ment d’allégeance poli­tique de François Rebello du PQ tout autant que de Lise St-Denis du NPD est anti­dé­mo­cra­tique voire même indé­cent.

Le parti de François Legault nou­vel­le­ment fondé, se retrouve déjà avec neuf dépu­tés ; Éric Caire et Marc Picard qui avaient déserté l’ADQ aux­quels s’ajoutent main­te­nant Gérard Deltell, Sylvie Roy, François Bonnardel et Janvier Grondin, plus les deux ex péquistes Daniel Ratthé et Benoît Charrette aux­quels s’ajoute main­te­nant François Rebello.

Pourtant per­sonne au Québec n’a jamais voté pour ça. Ces neuf dépu­tés vont prendre posi­tion à l’assemblée natio­nale en fonc­tion d’un pro­gramme pour lequel per­sonne n’a voté. Et dire que les dif­fé­rents gou­ver­ne­ments ont jusqu’à ce jour été oppo­sés à l’intégration de la repré­sen­ta­tion pro­por­tion­nelle. On est bien loin du compte avec nos trans­fuges qui ne repré­sentent main­te­nant qu’eux-mêmes. S’ils avaient un peu d’intégrité, ils devraient démis­sion­ner et se repré­sen­ter sous leur nou­velle ban­nière.

Le cas de François Rebello est par­ti­cu­liè­re­ment révé­la­teur. Élu sur un pro­gramme sou­ve­rai­niste, il rejoint un parti qui pré­tend que la ques­tion natio­nale est sans fon­de­ment. Le cas des dépu­tés adé­quistes est tout aussi par­ti­cu­lier. Leur parti s’est sabordé et a fusionné avec la CAQ sans même tenir de congrès. Belle concep­tion de la démo­cra­tie ! Ce sont ces gens, qui refusent le droit élé­men­taire à la popu­la­tion du Québec à une réelle repré­sen­ta­tion démo­cra­tique à l’assemblée natio­nale, qui s’arrogent le droit confor­table de chan­ger de bateau quand bon leur semble, ce sont eux qui pré­tendent nous repré­sen­ter et gou­ver­ner en notre nom.

La col­lu­sion d’anciens ministres avec des com­pa­gnies qui œuvrent dans le domaine où ils avaient juri­dic­tions est éga­le­ment symp­to­ma­tique. Nathalie Normandeau vient d’être nommée vice-pré­si­dente au déve­lop­pe­ment stra­té­gique de Raymond Chabot Grant Thornton. À ce titre elle pour­rait, sous cer­taines réserves, conseiller des minières inté­res­sées par le Plan Nord. Avant elle l’ex ministre de la santé Philippe Couillard, joi­gnait le fonds d’actions Persistance Capital Partners pro­prié­taire des cli­niques Medisys dans le but avoué d’accroitre l’offre de soins médi­caux privés au Canada, à peine deux mois après avoir quitté ses fonc­tions de ministre. Il n’y a qu’un pas à faire pour com­prendre que le lien des entre­prises pri­vées avec le gou­ver­ne­ment va beau­coup plus loin que le simple lob­bying. Comment ne pas com­prendre que ces liens exis­taient déjà alors que ces ministres étaient au gou­ver­ne­ment. Ajoutons le com­por­te­ment non moins scan­da­leux du député Tony Tomassi, et de ses liens fami­liaux avec les entre­prises pri­vées de ser­vice de garde et le tableau est com­plet.

Il y a quelque-chose de pourri dans le royaume du sys­tème gou­ver­ne­men­tal et par­le­men­taire. Une trans­for­ma­tion en pro­fon­deur s’impose avec urgence afin qu’une réelle démo­cra­tie puisse s’exercer. Un Québec sou­ve­rain, où la popu­la­tion aura le plein contrôle de ses ins­ti­tu­tions, ne pourra se réa­li­ser qu’à ce prix.

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