PQ et QS : Avant l’alliance

Le blogue de Jean-François Lisée

Par Mis en ligne le 19 janvier 2012

Nous assis­tons ces jours-ci au sein du mou­ve­ment sou­ve­rai­niste à un inté­res­sant retour de balan­cier. L’année 2011 fut celle de la divi­sion. Démissions, récri­mi­na­tions, créa­tion de mou­ve­ments et de partis dis­si­dents.

Du début de 2012 surgit un tout autre réflexe : ras­sem­ble­ment, coa­li­tion, regrou­pe­ment !

Personnellement, je pré­fère la nou­velle chan­son que l’ancienne. Depuis quelques jours, des dépu­tés péquistes, des mili­tants de QS poussent ouver­te­ment leurs direc­tions res­pec­tives à envi­sa­ger des alliances.

Mais au delà des enthou­siasmes, les deux partis doivent, il me semble, se poser quelques ques­tions de fond. Et puisque je suis un indé­pen­dan­tiste indé­pen­dant (je n’ai de carte d’aucun parti), que je connais les prin­ci­paux acteurs et que j’ai par­fois l’occasion de leur parler, j’ai pro­posé, en décembre, de rendre un petit ser­vice en trans­met­tant, aux uns et aux autres, de l’information sur l’état de ce débat au sein des for­ma­tions pers­pec­tives. Il me sem­blait essen­tiel que chacun ait l’heure juste sur ce que pen­sait l’autre. Chacun des partis a émis ce mer­credi un com­mu­ni­qué qui reflète très exac­te­ment ma com­pré­hen­sion des choses (QS ici et PQ ici).

J’ai évi­dem­ment — on ne peut m’en empê­cher — ma propre opi­nion sur ce sujet, que j’ai par­tagé avec chacun et que je suis content de par­ta­ger avec vous. Elle n’engage évi­dem­ment que moi.

Québec Solidaire : un choix stra­té­gique majeur

Les mili­tants et les cadres de Québec soli­daire doivent prendre une déci­sion de fond. Jusqu’ici, la pro­gres­sion élec­to­rale de QS s’est faite en débau­chant des voix péquistes et en les addi­tion­nant de voix d’électeurs autre­ment abs­ten­tion­nistes. Une stra­té­gie Solidaire serait d’espérer le nau­frage du PQ — et d’y contri­buer acti­ve­ment — puis d’en récol­ter plu­sieurs lam­beaux.

L’inconvénient de cette approche (pré­sente dans les rangs Solidaires) est qu’elle assure pour le moyen terme la vic­toire élec­to­rale de la droite : soit de la CAQ, soit du PLQ. Donc la vic­toire de poli­tiques dia­mé­tra­le­ment oppo­sées à celles que prône QS.

L’autre approche est de s’inspirer plutôt de l’expérience de la gauche plu­rielle fran­çaise. Les Verts fran­çais ont connu leur pre­mière pro­gres­sion en allant chas­ser sur les terres socia­listes, c’est cer­tain, et en addi­tion­nant des voix autre­ment abs­ten­tion­nistes.

Forts de ces pre­miers gains, les éco­lo­gistes ont ensuite pesé sur les socia­listes pour 1) s’assurer que cer­taines de leurs reven­di­ca­tions soient inté­grées par le PS ou, lorsqu’elles étaient déjà pré­sentes, deviennent des prio­ri­tés et 2) que cette entente sur des objec­tifs précis s’incarne ensuite, sur le ter­rain, par des ententes élec­to­rales dans des cir­cons­crip­tions ciblées.

Si QS appli­quait ce prin­cipe, il pour­rait aspi­rer (car rien n’est jamais cer­tain) à un gain pro­gram­ma­tique et élec­to­ral puis, en cas d’élection du PQ, tirer le crédit de l’adoption de cer­taines réformes qui lui tiennent à coeur. Il n’aurait pas l’odieux d’avoir pavé la voix à une longue période de domi­na­tion de la droite.

Au PQ, c’est encore plus com­pli­qué

La ques­tion qu’a à résoudre le Parti qué­bé­cois est plus dif­fi­cile. Car il doit déter­mi­ner si une alliance avec QS l’aide ou lui nuit. Car s’il est vrai qu’une alliance tac­tique avec QS pour­rait, dans plu­sieurs cir­cons­crip­tions, faire la dif­fé­rence entre une vic­toire ou une défaite, il faut savoir que le report des voix n’est pas sys­té­ma­tique.

Les son­dage Léger de cette semaine indi­quait que le PQ était le second choix de 33% des élec­teurs Solidaires. Puisque l’intention de vote QS est de 9%, cela signi­fie un report pos­sible de 3 points, inéga­le­ment répar­tis. Cela, avant que les élec­teurs aient entendu une consigne de vote de leurs chefs. Dans une lutte à trois, ce n’est pas négli­geable.

Mais il faut d’autre part cal­cu­ler aussi com­bien d’électeurs seraient repous­sés par une telle alliance. Une partie du tra­vail du PQ est de retrou­ver cer­tains de ses élec­teurs qui sont atti­rés par François Legault. Un lent dégon­fle­ment de Legault (dont les gazettes rap­portent qu’il veut recru­ter d’autres tru­deauistes) ferait une partie de ce tra­vail, sur­tout chez les plus sou­ve­rai­nistes d’entre eux.

Et on peut penser que le genre d’électeurs atti­rés par la figure de Legault sont plutôt réfrac­taires à la figure d’Amir Khadir. On n’est pas dans le même registre. Ce serait vrai à la case départ d’une alliance et ce serait vrai pen­dant la cam­pagne.

On voit faci­le­ment Jean Charest et François Legault récla­mer de Pauline Marois de réagir à chaque décla­ra­tion un peu épicée d’Amir, son “allié”. Cela mettra du sable dans l’engrenage de com­mu­ni­ca­tion péquiste et pourra contri­buer à effrayer des élec­teurs cen­tristes.

Il faut être conscient de ces variables, sans être assom­mées par elles.

Un effet d’entrainement ?

Le PQ affirme être en train de faire cette ana­lyse. Très bien. Cela lui don­nera une idée de la dis­po­si­tion des forces élec­to­rales et de leur réamé­na­ge­ment pos­sible.

Mais ce serait une erreur de fonder la déci­sion de contac­ter, ou non, Québec Solidaire sur cette seule base. Mme Marois et son équipe doivent consi­dé­rer la dyna­mique qui pour­rait être créée et dont les résul­tats sont, à pro­pre­ment parler, incal­cu­lables.

1. Transcender le calcul élec­to­ral

S’il doit y avoir des dis­cus­sions avec QS elle ne peuvent pas, à mon avis, se limi­ter à des cal­culs élec­to­raux. Elles doivent être fon­dées sur le désir par­tagé de faire bouger le Québec dans le bon sens.

Les deux partis devraient s’entendre sur un petit nombre de pro­po­si­tions com­munes — notam­ment sur la reprise de contrôle des res­sources natu­relles — qui ont du mérite, en soi, et qui ont le mérite sup­plé­men­taire d’être appuyées par une large por­tion de la popu­la­tion, y com­pris dans l’électorat Caquiste. Pas ques­tion, évi­dem­ment, de fusion ou de vaste pro­gramme commun, ce qu’Amir Khadir a très cor­rec­te­ment affirmé lundi.

Mais avec une entente très ciblée, sur quatre ou cinq reven­di­ca­tions phares, les deux partis pour­raient ainsi s’approprier ces reven­di­ca­tions et les incar­ner. Fait intel­li­gem­ment, cela per­met­trait d’attirer vers les can­di­dats des deux partis et vers ces reven­di­ca­tions consen­suelles davan­tage d’électeurs que le nombre de ceux qui sont, par ailleurs, aller­giques à Amir ou à Pauline. C’est le pari. Il n’y a pas de garan­tie.

C’est sur la base de cette entente pour le bien commun et pour en assu­rer l’application que les deux partis décident de maxi­mi­ser le nombre de leurs can­di­dats qui peuvent être élus, donc de faire des alliances dans un cer­tain nombre de cir­cons­crip­tions. Et comme ils sont sou­ve­rai­nistes, un de leurs objec­tifs est de maxi­mi­ser le nombre d’élus sou­ve­rai­nistes à l’Assemblée natio­nale. C’est une entente ponc­tuelle, pour l’élection à venir.

Et parce que l’objectif est le bien commun — pas l’élection — il est plus facile d’expliquer aux membres des partis et aux can­di­dats poten­tiels qui se voyaient déjà en cam­pagne de mettre leur ambi­tion per­son­nelle en veilleuse au nom d’une alliance de prin­cipe. (Il n’est évi­dem­ment pas ques­tion de deman­der à des dépu­tés élus de céder leur place, d’une part ou d’Amir.)

On fait grand cas de la déci­sion de Françoise David d’avoir tenu son assem­blée d’investiture dans Gouin, comté de l’excellent député et assu­ré­ment futur ministre, si le PQ est élu, Nicolas Girard. Mais que devait-elle faire ? Attendre sage­ment un appel du PQ qui n’est jamais venu ?

Voyons si des dis­cus­sions peuvent se tenir et lais­sons les partis envi­sa­ger des solu­tions pour ce cas par­ti­cu­lier en bout de piste, plutôt qu’en début. Le pire qui pour­rait arri­ver est qu’il reste, au final, quelques cir­cons­crip­tions où des can­di­dats des deux partis s’affronteront. On n’en mourra pas.

2. Voir plus large

La simple tenue de dis­cus­sion avec QS atti­se­rait aussi la volonté de ras­sem­ble­ment ailleurs. On voit mal un Pierre Curzi ou une Louise Beaudoin rester à l’écart, lorsque d’autres sou­ve­rai­nistes se ras­semblent.

Un climat de conver­gence serait créé qui per­met­trait — sous une forme à déter­mi­ner — un ras­sem­ble­ment. Ces jours der­niers, dans Le Devoir, Louise Beaudoin disait tout le bien qu’elle pen­sait du statut de “député appa­renté” qui existe en France, où on peut être “appa­renté socia­liste”. Elle envoyait ainsi un excellent signal.

Que ferait Jean-Martin Aussant dans une pareille conjonc­ture ? Bonne ques­tion. Et Gilles Duceppe ? Voudront-ils rester à l’écart, nuire, ou appor­ter leur pierre à une irrup­tion des bonnes volon­tés ? La ques­tion est ouverte, mais l’important est qu’elle se pose.

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