Haïti Le cri « nous avons faim, à bas Préval » retentit à Port-au-Prince

Mis en ligne le 07 février 2010

par Daniel Lozano *

Nous publions ci-des­sous un article d’information, par­tiel. Cela dans l’attente d’une contri­bu­tion d’un auteur Haïtien, Franck Seguy. Divers thèmes d’importance – tels que la poli­tique de la Minustah, de celle des Etats-Unis, des rela­tions entre le type de pré­sence mili­taire en Haïti et autour d’Haïti ainsi que le redé­ploie­ment des forces mili­taires dans la Caraïbe et l’Amérique du Sud, ou encore la « mar­gi­na­li­sa­tion » his­to­rique d’Haïti, la pre­mière République noire issue d’une révo­lu­tion d’esclaves – seront abor­dés par la suite. (Réd.)

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Häiti a échappé au contrôle de René Préval [pré­sident, élu en février 2006] le jour du trem­ble­ment de terre. Un pré­sident auquel l’effondrement de l’Etat a de même enlevé toute auto­rité. Aujourd’hui, 24 jours après le trem­ble­ment de terre (le 12 jan­vier 2010), le diri­geant, qui n’en est pas un, fait face aux pro­tes­ta­tions qui se mul­ti­plient à Port-au-Prince, inca­pable de maî­tri­ser un cheval qui semble s’être emballé.

Plus de mille per­sonnes, déses­pé­rées, affa­mées récla­maient hier de la nour­ri­ture sur la place de Saint Pierre, la place prin­ci­pale de Pétionville. Une marée d’être humains qui se ser­raient les uns contre les autres sur un espace réduit, se volant l’oxygène, face à la maison muni­ci­pale.

Jean-Roger Leriche, de 54 ans, parle fort, il n’a rien à perdre car il n’a plus rien. « Le maire nous a trom­pés. Pour cette raison, nous sommes ici, parce que nous avons faim. Ni Préval, ni le maire nous servent à quelque chose. Ce sont des inca­pables. »

Les pro­tes­ta­tions des uns sti­mulent celles des autres. On s’agglutine autour du jour­na­liste avec tous ses mal­heurs. La mani­fes­ta­tion s’échauffe parce quelqu’un (le jour­na­liste) est à l’écoute. « Le maire séquestre de la nour­ri­ture et aujourd’hui il n’est pas venu jusqu’ici. Pendant ce temps, nous conti­nuons à dormir ici (on nous montre un cam­pe­ment de per­sonnes dépla­cées construit au milieu de la place), sans lumière, sans futur » insiste Leriche, face à des cen­taines de per­sonnes qui souffrent comme lui. « Hier un camion est venu, avec une citerne d’eau et il a dû repar­tir car le maire n’était pas pré­sent. »

Critiques aux troupes état­su­niennes

John Peter prend la relève de Jean-Roger Leriche et donne une colo­ra­tion poli­tique à la pro­tes­ta­tion : « Aristide [Jean-Bertrand Aristide, prêtre, pré­sident en 1991, entre 1994-1996, puis de 2001 à 2004] peut nous aider. Il doit reve­nir pour nous sauver. ». Peter est un membre de Lavalas [du créole : l’averse], le mou­ve­ment poli­tique de l’ex-président Aristide, débou­lonné par les forces mili­taires des Etats-Unis en 2004 et actuel­le­ment en exil en Afrique du Sud, mais qui veut reve­nir au pays. Lavalas, très fort dans cer­tains quar­tiers hyper­pau­pé­ri­sés de Port au Prince – comme Cité Soleil ou Bel Air – s’oppose à la pré­sence des marines des Etats-Unis et de l’ONU en Haïti.

La jour­née d’hier a été pré­cé­dée d’autres mani­fes­ta­tions. Mardi 2 février 2010 des dizaines de fonc­tion­naires récla­maient leur salaire qui tar­dait à leur par­ve­nir. Le pré­sident d’Haïti a dû faire face à une mani­fes­ta­tion qui le visait et qui avait pour slogan : « A bas Préval ; vive Obama !», cela face à son « quar­tier géné­ral», très proche de l’aéroport.

La prin­ci­pale oppo­si­tion, la ten­dance social-démo­crate, exi­geait le 4 février 2010 que Préval mette de l’ordre et face quelque chose, selon les mots de Rony Smarth, un de ses diri­geants.

Mais Préval résiste. Malgré les dimen­sions apo­ca­lyp­tiques de la tra­gé­die, il compte sur l’aide de la com­mu­nauté inter­na­tio­nale pour récu­pé­rer son pou­voir. Hier, on a appri que le Programme ali­men­taire mon­dial de l’ONU allait conti­nuer, durant toute l’année, la dis­tri­bu­tion d’aliments, cela pour une valeur de 800 mil­lions de dol­lars.

Le temps est l’autre grand allié de Préval. Les élec­tions légis­la­tives ren­dues impos­sibles – elles devaient se tenir le 28 jan­vier 2010 – ont été repous­sées sine die. Il aurait été fort mal pré­paré pour y faire face. Les élec­tions par­tielles de 2009 don­nèrent au parti offi­ciel, L’Espoir, une légère avance et de nom­breux doutes décou­laient à cause de l’important taux d’abstention. Aristide s’opposait fron­ta­le­ment aux élec­tions dont il avait été exclu. Le bloc de l’opposition ins­ti­tu­tion­nelle a pris posi­tion pour que Préval ter­mine son mandat avec un gou­ver­ne­ment plu­riel. (Traduction A l’Encontre)

* Daniel Lozano a publié cet article dans le quo­ti­dien espa­gnol Publico, le 5 février 2010.

(7 février 2010)

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