Entretien avec Leonardo Boff

Développer une nouvelle relation avec la Terre

Par Mis en ligne le 03 janvier 2011

Entretien avec le théo­lo­gien Leonardo Boff, un des fon­da­teurs de la théo­lo­gie de la libé­ra­tion au Brésil. Leonardo Boff a sou­tenu Marina Silva (éco­lo­giste) au pre­mier tour et fait cam­pagne pour Dilma Russeff au second tour.

Vous avez soutenu la candidature de Marina Silva, vous avez une vision holistique du développement. Dites-nous comment les propositions faites par le mouvement écologistes peuvent influencer le nouveau gouvernement ?

Je crois que Dilma doit faire un appren­tis­sage rapide et pro­fond, car elle n’a pas beau­coup d’expérience en ce qui concerne les ques­tions éco­lo­giques. Elle a déclaré qu’elle allait prendre en compte les sug­ges­tions de base de Marina Silva. Fondamentalement, il s’agit de sur­mon­ter la notion clas­sique de déve­lop­pe­ment, syno­nyme de crois­sance éco­no­mique.

Le déve­lop­pe­ment devrait être consi­déré comme un nou­veau para­digme, à savoir, une nou­velle rela­tion avec la Terre. La concep­tion de la crois­sance illi­mi­tée, propre à la moder­nité, ne peut pas être sup­por­tée par une pla­nète aux res­sources limi­tées. Le déve­lop­pe­ment implique, en pre­mier lieu, de mettre en avant les capa­ci­tés de l’être humain à se déve­lop­per à partir d’une nou­velle rela­tion avec la nature, en res­pec­tant ses limites, en syner­gie avec ses rythmes, afin de decou­vrir, comme être humain, la dimen­sion spi­ri­tuelle au tra­vers de la coopé­ra­tion, la soli­da­rité, la tolé­rance, la com­pas­sion pour l’humanité et la nature souf­frante, l’amour incon­di­tion­nel et l’ouverture à un être supé­rieur.

Un déve­lop­pe­ment qui permet à la terre de se repo­ser, se régé­né­rer et conser­ver sa vita­lité. Cela implique un rythme plus lent, équi­li­bré, où tous peuvent co-évo­luer et être inclus dans la com­mu­nauté de vie (tous les êtres qui uti­lisent la bio­sphère ter­restre et en ont besoin). Il s’agit d’une orien­ta­tion dif­fé­rente. J’estime que Dilma a la capa­cité d’apprendre. Mais cela dépend des groupes de pres­sion qui ont déjà inté­gré cette vision de la société –qui se rend compte que cela ne peut plus conti­nuer ainsi, sinon nous cou­rons vers le pire.

Pour vous, quelle serait la principale priorité du gouvernement Dilma ?

Dilma l’a déclaré, et, je pense que ce doit être la pre­mière prio­rité : éli­mi­ner l’extrême pau­vreté et les consé­quences qui en découlent comme la faim, la mala­die, la destruc­tu­ra­tion per­son­nelle et fami­liale, entre autres. La pre­mière mis­sion de l’Etat est de prendre soin de la vie de ses citoyens. Sur cela, Dilma a été très claire et je crois que ce sera la carac­té­ris­tique de son admi­nis­tra­tion : l’éradication de la faim. Seule une femme a, par sa nature, un sens natu­rel de cette urgence. Par consé­quent, j’estime qu’elle fera tout pour atteindre cet objec­tif que Lula a initié et qu’elle va mener à sa fin.

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