Le visage hideux de la bourgeoisie en temps de crise

Par Mis en ligne le 03 janvier 2011

Fascisme, nazisme, iden­tité natio­nale, extrême droite etc. sont des mots qui dési­gnent, non­obs­tant leur capa­cité d’adaptation à de nou­velles situa­tions, une seule et même réa­lité : la dic­ta­ture du capi­tal. Brutalité, déma­go­gie, racisme, xéno­pho­bie, isla­mo­pho­bie sont les ingré­dients essen­tiels uti­li­sés ou plus pré­ci­sé­ment ins­tru­men­ta­li­sés par la classe domi­nante, en période de crise, pour main­te­nir, vaille que vaille, l’accumulation et la concen­tra­tion de la richesse entre les mêmes mains. La stig­ma­ti­sa­tion de l’Étranger, du Noir, du Musulman, du Rom etc. lui permet non seule­ment d’occulter sa res­pon­sa­bi­lité et celle du capi­ta­lisme dans la situa­tion éco­no­mique et sociale désas­treuse que connaît l’Europe aujourd’hui, mais aussi de détour­ner les tra­vailleurs et les masses popu­laires des vrais pro­blèmes qui les rongent au quo­ti­dien : chô­mage, pré­ca­rité, sup­pres­sion pro­gres­sive des pres­ta­tions sociales et régres­sion sociale généralisée.


Les bour­geoi­sies euro­péennes n’arrivent plus à sur­mon­ter les crises à répé­ti­tion du capi­ta­lisme. La crise actuelle dépasse lar­ge­ment le cadre ban­caire, immo­bi­lier ou bud­gé­taire. Il ne s’agit pas d’une crise conjonc­tu­relle et pas­sa­gère, mais bel et bien d’une crise struc­tu­relle dont les racines plongent jusqu’au cœur même du sys­tème. Les inter­ven­tions mas­sives des États, de l’Union Européenne, de la Banque cen­trale euro­péenne (BCE) et du Fonds moné­taire inter­na­tio­nal (FMI) res­tent, pour l’instant, impuis­santes face à l’ampleur du marasme éco­no­mique. Les classes domi­nantes res­semblent de plus en plus à ces magi­ciens qui ne maî­trisent plus les forces malé­fiques qu’ils ont eux mêmes créées !

Leur fuite en avant dans les poli­tiques ultra-libé­rales d’austérité ne fera qu’aggraver la situa­tion éco­no­mique et sociale d’ une Europe déjà rava­gée par le chô­mage et la pau­vreté. Ainsi, plus de 23 mil­lions d’hommes et de femmes sont tou­chés par le chô­mage dans l’Europe à 27, soit près de 10 % de la popu­la­tion active, selon Eurostat, l’office sta­tis­tique de l’Union européenne(1) et 116 mil­lions de per­sonnes étaient mena­cées de pau­vreté ou d’exclusion sociale en 2008 soit près de 24 % de la popu­la­tion totale (2).

Les plans de régres­sions sociales que les classes domi­nantes font adop­ter par des gou­ver­ne­ments qui gèrent leurs affaires sont de plus en plus contes­tés malgré une conjonc­ture défa­vo­rable aux luttes sociales. Les tra­vailleurs, à cause du chô­mage de masse, se livrent sur le marché du tra­vail une guerre fra­tri­cide qui brise leur unité face à leur ennemi de classe, la bour­geoi­sie. Mais même dans ces condi­tions dif­fi­ciles, des mou­ve­ments popu­laires for­mi­dables ont éclaté et éclatent tou­jours un peu par­tout en Europe. Le conflit social mené par la classe ouvrière en France en octobre/​novembre 2010 et sou­tenu par une large majo­rité de la popu­la­tion est un exemple vivant, parmi tant d’autres, de cette lutte de classes qui secoue l’Europe .

Pour détour­ner les ouvriers et les sala­riés en géné­ral de ce combat de classe contre classe et pour recon­qué­rir une « opi­nion publique » trau­ma­ti­sée par les dif­fé­rents plans d’austérité et dégou­tée par le com­por­te­ment d’une classe poli­tique cor­rom­pue et tota­le­ment sou­mise aux inté­rêts d’une mino­rité de très riches, les bour­geoi­sies euro­péennes inventent des enne­mis et montrent du doigt l’Immigré, le Musulman, le Noir, le Rom etc. comme res­pon­sables de tous les maux et de tous les mal­heurs de l’Europe. La fabri­ca­tion des boucs émis­saires permet de déchar­ger la colère popu­laire sur les vic­times de la crise tout en épar­gnant ses véri­tables responsables.

Ces cibles ainsi dési­gnées, repré­sentent pour une partie des classes popu­laires, élevée dans la haine de « l’Autre » par l’idéologie domi­nante, une concur­rence insup­por­table sur le marché du tra­vail. En période de crise, les tra­vailleurs étran­gers, ou sup­po­sés comme tels, sont pré­sen­tés comme les res­pon­sables du chô­mage de masse qui ronge l’ensemble des sala­riés. Le chô­mage n’est jamais pré­senté comme le pro­duit le plus authen­tique du capi­ta­lisme et de son sys­tème d’esclavage moderne, le sala­riat, qui lui est asso­cié, mais comme le refus des sala­riés, de pré­fé­rence étran­gers, de tra­vailler aux condi­tions du marché. Belle manière pour mas­quer la res­pon­sa­bi­lité des patrons dans la situa­tion dra­ma­tique des chômeurs !

En période de crois­sance éco­no­mique, la bour­geoi­sie allait cher­cher la main-d’œuvre là où elle était la moins chère pos­sible, en Afrique et au Maghreb par exemple. Aujourd’hui, les tra­vailleurs immi­grés Musulmans, Gitans, Noirs, avec ou sans papiers, avec ou sans natio­na­lité, et leurs enfants sont pré­sen­tés comme les cou­pables des crises du capitalisme.

Contre eux, les bour­geoi­sies euro­péennes mobi­lisent toutes leurs éner­gies. De la France au Danemark, des Pays-Bas à l’Autriche, de la Suède à la Suisse en pas­sant par l’Italie, l’Allemagne et la Belgique, la traque est orga­ni­sée et par­fois au plus haut sommet de l’État. En France par exemple, c’est le pré­sident de la République N. Sarkozy lui-même qui a ordonné à son ministre de l’intérieur Brice Hortefeux, condamné par ailleurs par la jus­tice pour injures racistes, d’organiser la chasse aux Roms « j’ai demandé au ministre de l’Intérieur de mettre un terme aux implan­ta­tions sau­vages de cam­pe­ments de Roms. Ce sont des zones de non-droit qu’on ne peut pas tolé­rer en France. La déci­sion d’évacuer les cam­pe­ments sera prise sous la seule res­pon­sa­bi­lité des pré­fets » (3). Des ordres précis et secrets sont donnés aux pré­fets pour « la réa­li­sa­tion mini­male d’une opé­ra­tion impor­tante par semaine (éva­cua­tion / déman­tè­le­ment / recon­duite) concer­nant prio­ri­tai­re­ment les Roms » (4). Ainsi une partie de la popu­la­tion est clai­re­ment dési­gnée à la vin­dicte popu­laire. Plus les classes domi­nantes s’enfoncent dans la crise, plus elles deviennent cyniques, bru­tales et méprisantes.

La France de Sarkozy a expulsé des mil­liers de Roms, comme l’Italie de Berlusconi, l’Allemagne de Merkel ou encore le Danemark d’Anders Fogh Rasmussen pour ne citer que ces pays. Mais les Roms ne sont pas les seuls à faire l’objet de stig­ma­ti­sa­tions dans toute l’Europe. Les tra­vailleurs immi­grés, notam­ment de confes­sion musul­mane, sont éga­le­ment vic­times de la xéno­pho­bie et de l’islamophobie : « La dis­cri­mi­na­tion envers les musul­mans per­siste dans les domaines de l’emploi, du main­tien de l’ordre, de l’urbanisme, de l’immigration et de l’éducation. Depuis peu, les musul­mans sont éga­le­ment visés par des res­tric­tions spé­ci­fiques d’ordre juri­dique », sou­ligne la Commission euro­péenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) dans son rap­port pour 2009 (5).

Un peu par­tout en Europe, les gou­ver­ne­ments, alliés aux partis d’extrême droite ou sous leur pres­sion, font voter par leur par­le­ment des lois inter­di­sant le port du voile dit isla­mique, de la burqa et autre niqab. La Suisse, elle, fait inter­dire la construc­tion des mina­rets ! L’hystérie col­lec­tive orga­ni­sée autour de la burqa par exemple res­semble quelque peu à ces Deux Minutes de la Haine décrites par Orwell dans 1984. Les bour­geoi­sies euro­péennes ins­tru­men­ta­lisent également,dans un conti­nent vieillis­sant, la peur de « l’Autre » en pro­pa­geant, en encou­ra­geant et en bana­li­sant un dis­cours poli­tique de plus en plus xéno­phobe et islamophobe.

La rhé­to­rique anti-isla­mique se sub­sti­tue lar­ge­ment au vide des pro­grammes des gou­ver­ne­ments et des partis poli­tiques. Même dans un pays comme la Finlande, qui compte pour­tant très peu de tra­vailleurs immi­grés musul­mans, l’islamophobie est deve­nue, dans le cadre de la cam­pagne élec­to­rale des légis­la­tives d’avril 2011, la ques­tion essen­tielle du débat poli­tique. Mais la Finlande est un pays en crise éco­no­mique pro­fonde : « La réces­sion mon­diale a frappé plus dure­ment la Finlande que la plu­part des autres pays de l’OCDE » (6).

Le gou­ver­ne­ment fran­çais a, lui aussi, orga­nisé « le grand débat sur l’identité natio­nale » à quelques mois des élec­tions régio­nales de mars 2010 qui a vite tourné à la stig­ma­ti­sa­tion, encore une fois, des tra­vailleurs immi­grés musul­mans. Il serait fas­ti­dieux d’énumérer ici tous les partis poli­tiques euro­péens dont les pro­grammes se réduisent à la stig­ma­ti­sa­tion et à la haine de l’Islam et des musulmans.

Les fon­de­ments maté­riels sur les­quels s’élèvent les valeurs dont se targue encore l’Europe s’effondrent len­te­ment sous la pres­sion des chan­ge­ments éco­no­miques et avec eux toute cette construc­tion idéo­lo­gique : droit de l’homme, laï­cité, démo­cra­tie, État de droit, éga­lité entre citoyens, liber­tés indi­vi­duelles etc. La dis­pa­ri­tion comme d’ailleurs la réap­pa­ri­tion de ces valeurs dépendent de leur base maté­rielle. Aujourd’hui comme hier, la crise du capi­ta­lisme pro­duit, toute pro­por­tion gardée, des « valeurs » de haine, de xéno­pho­bie, d’islamophobie etc.

Il faut donc s’attaquer au sys­tème lui-même et à la classe qui le porte, la bour­geoi­sie. Ce sont les patrons et non les tra­vailleurs immi­grés, quelque soit leur confes­sion, qui exploitent et jettent dans le chô­mage et la misère les sala­riés lorsqu’ils n’ont plus besoin de leur force de travail.

Prolétaires de toute l’Europe unis­sez vous contre votre véri­table ennemi, le capitalisme.

Mohamed Belaali
belaali​.over​-blog​.com

Notes

(1)http://​epp​.euro​stat​.ec​.europa​.eu/ca…

(2) http://​epp​.euro​stat​.ec​.europa​.eu/ca…

(3) Voir le dis­cours de Grenoble du 30 juillet 2010 http://​www​.elysee​.fr/​p​r​e​s​i​d​e​n​t​/les-…

(4) http://​www​.rue89​.com/​2​0​1​0​/​0​9​/​1​0/rom…

(5) http://​www​.coe​.int/​t​/​d​g​h​l​/​m​o​n​i​torin…

(6) http://​www​.oecd​.org/​d​o​c​u​m​e​n​t/3/0,3343,fr

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