Antonio Gramsci, l’hégémonie comme stratégie

Par Mis en ligne le 09 janvier 2010

Dans le lan­gage cou­rant, lorsque l’on parle d’hégémonie, on entend sou­vent une domi­na­tion abso­lue et sans limite. Chez Gramsci, la « phase hégé­mo­nique » du capi­ta­lisme [1] cor­res­pond à un moment his­to­rique où la bour­geoi­sie ne domine pas sim­ple­ment grâce à ses moyens de répres­sion mais main­tient sa posi­tion domi­nante car elle est deve­nue la direc­tion poli­tique (qui s’exprime par « une col­la­bo­ra­tion pure, c’est-à-dire un consen­te­ment actif et volon­taire (libre) » [2]) de ceux qu’elle domine.

Cela ne signi­fie abso­lu­ment pas, pour Gramsci, que cette domi­na­tion soit abso­lue, sans limite ni faille, et que la pers­pec­tive de la révo­lu­tion soit deve­nue uto­pique comme l’ont pré­tendu cer­tains [3]. Par contre, ce saut qua­li­ta­tif effec­tué par la classe domi­nante en « Occident » a fait naître la néces­sité d’un nou­veau tra­vail d’élaboration afin d’identifier pré­ci­sé­ment tant les fai­blesses de la bour­geoi­sie que les points d’appui des domi­nés. Comprendre les nou­veaux méca­nismes du sys­tème était la condi­tion préa­lable à l’établissement d’un plan de bataille adapté. Lénine sem­blait avoir « senti » ce besoin, comme le montre la conclu­sion d’un des der­niers dis­cours qu’il a pro­noncé dans le cadre de la IIIème Internationale en 1922 : « Je suis per­suadé que nous devons dire […] non seule­ment aux russes, mais aussi aux cama­rades étran­gers, que le plus impor­tant, dans la période qui vient, c ’est l’étude. Nous [les russes] nous étu­dions dans le sens géné­ral du ternie. Ils doivent, eux, étu­dier dans un sens par­ti­cu­lier, pour com­prendre réel­le­ment l’organisation, la struc­ture, la méthode et le contenu de l’action révo­lu­tion­naire » [4].


Contraint par le fas­cisme à l’isolement car­cé­ral, Gramsci s’est par­ti­cu­liè­re­ment consa­cré à ce tra­vail théo­rique. C’est ce qui l’a amené à for­mu­ler le concept d’hégémonie. Élaboré dans une pers­pec­tive révo­lu­tion­naire, ce concept contient une dimen­sion stra­té­gique fon­da­men­tale. En effet, Gramsci rap­pelle « qu’on ne peut pas choi­sir la forme de guerre qu’on veut, à moins d’avoir d’emblée une supé­rio­rité écra­sante sur l’ennemi » [5]. La « guerre de posi­tion » impo­sée par la bour­geoi­sie, main­te­nant « hégé­mo­nique », pousse donc à ré-inven­ter une stra­té­gie pour per­mettre l’auto-émancipation des exploi­tés et des oppri­més. L’enjeu est de « détruire une hégé­mo­nie et en créer une nou­velle » [6] dans le cadre d’une guerre dont l’issue est déter­mi­née par les « posi­tions » acquises avant l’assaut. Au cœur de cette stra­té­gie se trouve la rela­tion qui se construit entre le parti et la classe.


1. L’instabilité struc­tu­relle de l’hégémonie bour­geoise

Les crises sont inévi­tables

Rares sont les ana­lystes de Gramsci qui mettent en avant les pas­sages sur l’économie, pour­tant pré­sents en nombre dans les Cahiers de prison. S’il est vrai que Gramsci n’y pro­duit pas de théo­rie éco­no­mique nou­velle, il y marque sans ambi­guïté sa filia­tion pro­fon­dé­ment mar­xiste. En effet, il y affirme notam­ment son accord avec la théo­rie de Marx sur « la baisse ten­dan­cielle du taux de profit » à l’origine de crises géné­rées struc­tu­rel­le­ment par le capi­ta­lisme.


Pour Gramsci comme pour Marx, le sys­tème capi­ta­liste ne pourra jamais trou­ver une quel­conque sta­bi­lité éco­no­mique, poli­tique ou idéo­lo­gique : il est en mou­ve­ment per­ma­nent pour se pré­ser­ver. C’est sa force et sa fai­blesse. Sa force car il ne se sclé­rose pas et oblige ces adver­saires à étu­dier, sans cesse, son fonc­tion­ne­ment pour pou­voir construire de nou­veaux outils de lutte. Sa fai­blesse car les recon­fi­gu­ra­tions qui lui sont néces­saires impliquent des crises inévi­tables au niveau social, éco­no­mique, poli­tique et/​ou idéo­lo­gique.


Celles-ci sont essen­tielles pour Gramsci car elles portent en germe la « crise d’hégémonie » : « Dans chaque pays, le pro­ces­sus est dif­fé­rent, bien que le contenu soit le même. Et le contenu est la crise d’hégémonie de la classe diri­geante, qui se pro­duit, ou bien parce que la classe diri­geante a échoué dans une de ses grandes entre­prises poli­tiques pour laquelle elle a demandé ou exigé par la force le consen­te­ment des grandes masses (la guerre par exemple) ou bien parce que de larges masses (sur­tout de pay­sans et d’intellectuels petit-bour­geois) sont sou­dain pas­sées de la pas­si­vité poli­tique à une cer­taine acti­vité et qu ’elles posent des reven­di­ca­tions qui, dans leur ensemble inor­ga­nique, consti­tuent une révo­lu­tion. On parle de « crise d’autorité » et c est pré­ci­sé­ment cela la crise d’hégémonie, ou crise de l’État dans son ensemble » [7].


Cette crise d’hégémonie que Gramsci envi­sage est une crise de direc­tion de l’ensemble de la société : un moment où la révo­lu­tion se pose dans une actua­lité immé­diate. Lénine le for­mu­lait d’une autre manière lorsqu’il défi­nis­sait une situa­tion révo­lu­tion­naire comme étant le moment où ceux d’en bas ne veulent plus, que ceux d’en haut ne peuvent plus conti­nuer de vivre et gou­ver­ner à l’ancienne manière et que ceux du milieu bas­culent dans le camp de ceux d’en bas. [8]


Pour Gramsci, malgré la force nou­velle que la bour­geoi­sie a acquise en gagnant l’hégémonie sur les classes qu’elle, domine, elle ne peut pas éviter ces crises. L’enjeu, pour Gramsci comme pour tout révo­lu­tion­naire, est de les pré­pa­rer [9] car leur issue est loin d’être spon­ta­né­ment en faveur des exploi­tés et des oppri­més : « La crise crée des situa­tions immé­diates dan­ge­reuses, parce que les dif­fé­rentes couches de la popu­la­tion ne pos­sèdent pas la même capa­cité de s’orienter rapi­de­ment et de se réor­ga­ni­ser avec le même rythme. La classe diri­geante tra­di­tion­nelle, qui a un per­son­nel nom­breux et entraîné, change d’hommes et de pro­grammes et récu­père le contrôle qui était en train de lui échap­per avec plus de célé­rité que ne peuvent le faire les classes subal­ternes ; elle fera s’il le faut des sacri­fices, elle s’exposera à un avenir obscur chargé de pro­messes déma­go­giques, mais elle main­tient le pou­voir, le ren­force pour le moment et s’en sert pour écra­ser l’adversaire » [10].


Conscience contra­dic­toire

Si comme le dit Gramsci, il est pos­sible que la majo­rité des tra­vailleurs se place sous la direc­tion poli­tique de la bour­geoi­sie, cela révèle une contra­dic­tion fon­da­men­tale au niveau idéo­lo­gique [11]. En effet, l’hégémonie bour­geoise s’appuie sur la subor­di­na­tion idéo­lo­gique des tra­vailleurs. A partir de la phrase, « les idées domi­nantes d’une époque n’ont jamais été que les idées de la classe domi­nante » [12], Gramsci appro­fon­dit le tra­vail de Marx sur l’origine et la nature des idées pour com­prendre com­ment résoudre cette contra­dic­tion.


Pour Gramsci, « tous les hommes sont « phi­lo­sophes » » [13] dans la mesure où « la phi­lo­so­phie [est une] concep­tion du monde » [14] c’est-à-dire, un rai­son­ne­ment avec une cohé­rence propre qui leur permet de com­prendre le monde dans lequel ils évo­luent. Cependant, si ce rai­son­ne­ment est cohé­rent, il est, la plu­part du temps, en contra­dic­tion avec l’expérience des tra­vailleurs.


En effet, selon Gramsci, « L’homme de masse actif [le tra­vailleur] […] [pos­sède une] conscience théo­rique conte­nue […] impli­ci­te­ment dans son action et qui l’unit réel­le­ment à tous ses col­la­bo­ra­teurs dans la trans­for­ma­tion pra­tique de la réa­lité [le tra­vail] » [15]. C’est ce que Gramsci appelle le « bon sens », c’est-à-dire une com­pré­hen­sion du monde issue de l’activité pro­duc­tive, sociale, et qui exprime, même de manière « embryon­naire » [16], les inté­rêts réels des pro­duc­teurs. Le carac­tère social et pro­duc­tif de l’exploitation sala­riée pousse ainsi le tra­vailleur à remettre en cause, au moins par­tiel­le­ment, le sys­tème.


Pourtant, le « bon sens » n’est pas celui qui se mani­feste, la plu­part du temps, au sein de la classe ouvrière. Gramsci explique cette contra­dic­tion : « un groupe social (alors qu’il pos­sède en propre une concep­tion du monde […]) a, pour des rai­sons de sou­mis­sion et de subor­di­na­tion intel­lec­tuelles, emprunté à un autre groupe une concep­tion qui ne lui appar­tient pas, qu ’il affirme en paroles, et qu ’il croit suivre, parce qu’il la suit en temps normal, autre­ment dit lorsque la conduite n ’est pas indé­pen­dante ni auto­nome, mais jus­te­ment sou­mise et subor­don­née. […] On peut dire qu’il a deux consciences théo­riques (ou une conscience contra­dic­toire) : l’une qui est conte­nue impli­ci­te­ment dans son action […], l’autre super­fi­ciel­le­ment expli­cite ou ver­bale, qu’il a héri­tée du passé et accueillie sans cri­tique. [Celle-ci] n ’est […] pas sans consé­quence : elle [influe] sur l’orientation de la volonté, d’une façon plus ou moins éner­gique, qui peut atteindre un point où les contra­dic­tions de la conscience ne per­mettent aucune action, aucune déci­sion, aucun choix, et engendrent un état de pas­si­vité morale et poli­tique » [17]. Ainsi, selon Gramsci, en « temps normal » (c’est-à-dire en dehors des périodes de mobi­li­sa­tion), la conscience des tra­vailleurs est domi­née par la pres­sion de la concur­rence capi­ta­liste à laquelle ils sont soumis en per­ma­nence, par les idées de la classe diri­geante, héri­tées du passé et de l’habitude de les côtoyer : c’est ce qu’il appelle « le sens commun ».


La cohé­rence de leur pensée, leur « concep­tion du monde », se construit à partir de ces idées toutes faites qui s’articulent entre elles pour former une logique per­met­tant de four­nir des réponses à la majo­rité des ques­tions qu’ils se posent. Ce « sens commun » se construit à partir de convic­tions comme l’existence d’éléments sur­na­tu­rels (Dieu, la magie, etc…), d’une nature humaine ou d’inégalités natu­relles entre les indi­vi­dus. Ainsi, ils ne divisent pas la société en classes mais, géné­ra­le­ment, en groupes en concur­rence (noirs/​blancs, homos/​hétéros, croyants/­non-croyants, etc.)…


Ainsi, la conscience des tra­vailleurs est domi­née mais jamais com­plè­te­ment acquise à la classe domi­nante car elle contient deux élé­ments : l’un néga­tif domi­nant et, l’autre, posi­tif en dor­mance. Ceux-ci se syn­thé­tisent en une seule conscience, mais qui est « contra­dic­toire ».


En situant l’origine de l’élément posi­tif dans l’expérience, Gramsci pointe ici une fai­blesse fon­da­men­tale de la posi­tion hégé­mo­nique de la bour­geoi­sie : malgré les appa­rences, celle-ci est irré­duc­ti­ble­ment instable car la classe diri­geante ne peut priver les tra­vailleurs de leur pra­tique du tra­vail sans condam­ner l’ensemble de la pro­duc­tion de richesses.


Gramsci four­nit ici une théo­rie d’importance : il explique l’existence d’un réfor­misme « natu­rel » chez les tra­vailleurs, tra­duc­tion poli­tique spon­ta­née de la « conscience contra­dic­toire ». En effet, alors que le « sens commun » repose sur l’idée que le capi­ta­lisme est l’ordre natu­rel des choses [18] et ne leur permet pas de se voir comme le moteur du chan­ge­ment [19], le carac­tère social de l’exploitation les pousse struc­tu­rel­le­ment à remettre en cause le sys­tème (au moins par­tiel­le­ment).


Gramsci met éga­le­ment à nu un élé­ment essen­tiel en terme stra­té­gique car il désigne le ter­rain sur lequel se joue la bataille contre l’hégémonie bour­geoise : la pra­tique. En effet, alors que le pro­blème est dans la tête, la solu­tion se trouve dans l’action : logi­que­ment, le « bon sens » généré par l’expérience pra­tique du tra­vailleur, « se mani­feste dans l’action et donc par moments, occa­sion­nel­le­ment, c’est-à-dire dans les moments où ce groupe bouge comme un ensemble orga­nique » [20]. C’est donc à tra­vers l’activité que le « bon sens » des tra­vailleurs peut se déve­lop­per pour prendre le pas sur le « sens commun » et pro­duire une concep­tion du monde cohé­rente avec son expé­rience (ce que Marx appelle la « conscience de classe ») lui per­met­tant de se libé­rer de son sen­ti­ment d’impuissance à chan­ger les choses.


2. « Détruire une hégé­mo­nie et en créer une nou­velle »

L’hégémonie bour­geoise que Gramsci défi­nit est carac­té­ri­sée par deux élé­ments fon­da­men­taux qui se com­binent : un fort niveau de struc­tu­ra­tion de la société civile et la construc­tion de liens poli­tiques inédits entre la bour­geoi­sie et la classe ouvrière dans l’État par­le­men­taire à tra­vers ses corol­laires « démo­cra­tiques » (asso­cia­tions, presse, partis, syn­di­cats). Un des aspects majeurs de cette forme du capi­ta­lisme est la perte d’explosivité des confron­ta­tions de classe, résul­tant d’une perte rela­tive des repères de classe à une échelle de masse. C’est ce que Gramsci exprime en com­pa­rant la lutte des classes en « Occident » à une « guerre de posi­tion ». Le saut qua­li­ta­tif qu’a réa­lisé la bour­geoi­sie en deve­nant hégé­mo­nique impose à tous ceux qu’elle domine de fran­chir éga­le­ment un saut qua­li­ta­tif dans leur lutte contre le capi­ta­lisme. Pour Gramsci, l’enjeu est de « détruire une hégé­mo­nie et en créer une nou­velle » [21].


L’importance des idées

Cependant, la domi­na­tion idéo­lo­gique de la bour­geoi­sie s’ancre fon­da­men­ta­le­ment sur la struc­tu­ra­tion éco­no­mique et poli­tique de la société qu’elle a façon­née en tant que classe diri­geante. La classe ouvrière est divi­sée tant socia­le­ment (« cols blancs » / « cols bleus », profs/​élèves, etc.), que poli­ti­que­ment (la variété de partis dans les­quels les tra­vailleurs s’organisent en est une expres­sion) ou idéo­lo­gi­que­ment (cer­tains tra­vailleurs sont racistes mais tous ne le sont pas). Ces divi­sions pèsent sur la conscience que la classe a (ou plutôt, n’a pas) d’elle-même et impliquent, pour Gramsci, que les révo­lu­tion­naires soient les arti­sans de son uni­fi­ca­tion, tant au niveau théo­rique que pra­tique : « Le Prince moderne [le Parti] doit, et ne peut pas ne pas être le cham­pion et l’organisateur d’une réforme intel­lec­tuelle et morale ; ce qui signi­fie créer le ter­rain pour un déve­lop­pe­ment supé­rieur de la volonté col­lec­tive » [22].


Cette conscience néces­saire n’est pas spon­ta­née, elle doit s’appuyer sur une ana­lyse et une com­pré­hen­sion scien­ti­fique du monde et de l’histoire qui ne peut pas être pré­sente dans le « bon sens » : « Il ne suffit pas de connaître l’ensemble des rap­ports en tant qu’ils existent à un moment donné comme un sys­tème donné, mais […] il importe de les connaître géné­ti­que­ment, c’est-à-dire, dans leur mou­ve­ment défor­ma­tion, puisque tout indi­vidu est, non seule­ment la syn­thèse des rap­ports exis­tants, mais aussi l’histoire de ces rap­ports, c’est-à-dire le résumé de tout le passé » [23]. Le capi­ta­lisme repose sur l’exploitation d’une majo­rité de la popu­la­tion par une mino­rité orga­ni­sée en per­ma­nence pour défendre et déve­lop­per sa posi­tion domi­nante. Ainsi, le monde change tout le temps mais la contra­dic­tion entre domi­nés et domi­nants est per­ma­nente. Une des tâches fon­da­men­tales du parti révo­lu­tion­naire est de per­mettre à la classe ouvrière de com­prendre tant les chan­ge­ments que les « lois » du sys­tème : « La phi­lo­so­phie de la praxis [la théo­rie mar­xiste] ne pré­tend pas résoudre de manière paci­fique les contra­dic­tions qui existent dans l’histoire et dans la société, bien plus : elle est la théo­rie même de ces contra­dic­tions » [24]. Ainsi, pour Gramsci, le mar­xisme est l’outil théo­rique de la classe ouvrière en lutte pour son éman­ci­pa­tion. Une des tâches fon­da­men­tale du Parti est donc de mettre cet outil à sa dis­po­si­tion.


Son objec­tif, dans la conti­nuité de Marx et de Lénine, est de défi­nir pré­ci­sé­ment ce que le Parti doit faire pour être un outil effi­cace et abou­tir à une situa­tion où : « la classe ouvrière [est par­ve­nue] à acqué­rir une per­son­na­lité poli­tique propre, une ferme conscience, de classe, et l’indépendance vis-à-vis de toutes les autres classes ; dans la mesure où elle [est par­ve­nue] à orga­ni­ser ses forces, c’est-à-dire à jouer effec­ti­ve­ment un rôle de direc­tion à l’égard des autres agents his­to­riques » [25]. C’est par son action poli­tique consciente et auto­nome que la classe ouvrière peut détruire le capi­ta­lisme : com­prendre le monde dans sa glo­ba­lité est une condi­tion pour le trans­for­mer.


Le réfor­misme, une réfrac­tion de l’hégémonie bour­geoise

Un des han­di­caps de la classe ouvrière lorsque la bour­geoi­sie exerce sur elle son hégé­mo­nie, c’est le poids poli­tique que les orga­ni­sa­tions réfor­mistes exercent en son sein. L’hégémonie bour­geoise se tra­duit par une hégé­mo­nie des direc­tions [26] réfor­mistes au sein du mou­ve­ment ouvrier. En 1923, Gramsci écri­vait à un cama­rade ita­lien : « Trois ans d’expérience nous ont appris com­bien (et je ne veux pas seule­ment parler de l’Italie) sont enra­ci­nées les tra­di­tions social-démo­crates [réfor­mistes], et com­bien il est dif­fi­cile de détruire par la simple polé­mique idéo­lo­gique les séquelles du passé. Il est néces­saire de mener une action poli­tique, vaste et minu­tieuse, qui désa­grège jour après jour, cette tra­di­tion, et déman­tèle l’organisme qui l’incarne » [27].


Lorsque Gramsci parle de « tra­di­tions », il désigne tout un ensemble de com­por­te­ments, théo­riques et pra­tiques, qui dépassent lar­ge­ment le cadre des partis poli­tiques. En effet, le réfor­misme « orga­nisé » s’appuie, pour se déve­lop­per sur la forme « natu­relle » du réfor­misme. Cette der­nière pèse posi­ti­ve­ment dans la classe, en expri­mant l’opposition à l’ordre établi. Le réfor­misme orga­nisé, quant à lui, pèse néga­ti­ve­ment car, en incar­nant la contra­dic­tion entre « bon sens » et « sens commun », il encou­rage l’ancrage de ce der­nier au sein de la classe.


En effet, lorsqu’ils pro­posent comme pers­pec­tive d’accéder à la direc­tion de l’État (et donc de le pré­ser­ver plutôt que le détruire), les diri­geants réfor­mistes, s’appuyant sur le sen­ti­ment spon­tané d’impuissance poli­tique des tra­vailleurs, gagnent en audience tout en encou­ra­geant la pas­si­vité. Acceptant, comme le sou­haite la bour­geoi­sie, le cadre par­le­men­taire comme l’espace prin­ci­pal de la bataille poli­tique, les diri­geants réfor­mistes acceptent éga­le­ment que la bataille poli­tique soit menée par des spé­cia­listes, des intel­lec­tuels, des gens que le « sens commun » consi­dère comme « plus capables » que l’ouvrier lambda.


Évidemment, cela ne déve­loppe pas la confiance des domi­nés dans leurs propres forces pour chan­ger les choses. Ainsi, les diri­geants réfor­mistes par­ti­cipent acti­ve­ment au déve­lop­pe­ment de la pas­si­vité et au « brouillage » des repères de classe à l’échelle de la classe : à cause des contra­dic­tions sur les­quelles il repose, le projet réfor­miste est une « réfrac­tion » de l’hégémonie bour­geoise au sein du mou­ve­ment ouvrier.


Gramsci apprend du mou­ve­ment

Gramsci a été pro­fon­dé­ment influencé comme mili­tant révo­lu­tion­naire par le mou­ve­ment des conseils d’usine ita­lien. Ce mou­ve­ment tirait, pour lui, son impor­tance poli­tique dans le fait que les conseils « réalis[aient] l’unité de la classe labo­rieuse, il[s] donn[aient] aux masses une cohé­sion et une forme qui sont de même nature que la cohé­sion et la forme que prend la masse dans l’organisation géné­rale de la société » [28]. Sa par­ti­ci­pa­tion à ce mou­ve­ment, à tra­vers la rédac­tion et la dif­fu­sion de L’Ordine Nuovo [29], est sans aucun doute au fon­de­ment des posi­tion­ne­ments presque « ins­tinc­tifs » en faveur de l’unité ouvrière qu’il a eu dans les années sui­vantes. C’est en les défen­dant d’une manière de plus en plus cohé­rente qu’il est devenu, entre 1924 et 1926, le fer de lance d’une bataille poli­tique au sein du jeune Parti Communiste d’Italie (PC d’I) contre son diri­geant his­to­rique, Amadeo Bordiga [30].


En effet, face à l’offensive de la droite et des fas­cistes [31], contrai­re­ment à Bordiga, Gramsci a encou­ragé des ini­tia­tives telles que les Arditi del Popolo (« les sol­dats du peuple ») ou l’Alleanza del Lavoro (« l’Alliance du tra­vail »). Le pre­mier était un mou­ve­ment qui avait pour objec­tif de repous­ser les attaques fas­cistes contre les ouvriers. Constitués de groupes locaux qui avaient émergé dans des usines ou des quar­tiers, ils étaient consti­tués d’ouvriers [32] socia­listes, répu­bli­cains, anar­chistes, syn­di­ca­listes révo­lu­tion­naires ou encore mili­tants catho­liques. En 1921, ils ont réussi à rem­por­ter quelques vic­toires, comme lorsqu’ils ont empê­ché la tenue d’une ren­contre natio­nale des fas­cistes à Rome en novembre 1921 [33]. L’Alleanza del Lavoro, quant à elle, s’était consti­tuée en 1922 à l’initiative du syn­di­cat des che­mi­nots avec l’objectif de s’opposer aux attaques contre les liber­tés démo­cra­tiques en même temps qu’aux régres­sions éco­no­miques et sociales (salaires, licen­cie­ments, etc.). Elle regrou­pait la CGL (syn­di­cat majo­ri­taire chez les ouvriers d’usine, un mil­lion de membres) et des branches syn­di­cales comme la fédé­ra­tion des tra­vailleurs des ports ainsi que de petits syn­di­cats et groupes anar­chistes. Voici ce que Gramsci écrit à son propos en mai 1922 : « C’est […] la réa­lité qui a entraîné l’adhésion du pro­lé­ta­riat à la lutte géné­rale. [….] Cette même force féconde de l’unité a donné nais­sance en Italie à l’organisme de l’Alleanza del lavoro dans les laquelle les ouvriers placent aujourd’hui toutes leurs espé­rances de lutte. […] Pour cette raison même, grande est la tâche de l’Alleanza del Lavoro en ce moment déci­sif pour le pro­lé­ta­riat ita­lien. […] Ne pas com­prendre cela, s’opposer aujourd’hui encore à l’unité des forces ouvrières, empê­cher sa réa­li­sa­tion par de vains com­pro­mis, c’est se salir d’un crime » [34]. Ces ini­tia­tives ont rapi­de­ment péri­clité : cir­cons­cri­vant leur inter­ven­tion à un combat phy­sique entre indi­vi­dus, les Arditi n’ont pas réussi à entraî­ner l’ensemble des oppo­sants au fas­cisme et sont vite deve­nus des petits groupes armés pen­sant pou­voir se sub­sti­tuer, du fait de leur radi­ca­lité, à la construc­tion d’un rap­port de force poli­tique. L’Alleanza del Lavoro, elle, n’a existé que quelques mois car la CGL n’a jamais réussi à dépas­ser ses désac­cords internes pour s’engager dans la struc­tu­ra­tion d’un front anti-fas­ciste.


De cette période, Gramsci com­prend l’incapacité tant des réfor­mistes que des radi­caux à construire des fronts durables per­met­tant d’unifier les tra­vailleurs pour gagner. Il com­prend que les révo­lu­tion­naires ont la res­pon­sa­bi­lité de construire le mou­ve­ment avec l’objectif de dépas­ser ces limites : construire l’unité tout en menant les com­bats stra­té­giques néces­saires au déve­lop­pe­ment du mou­ve­ment.


Spontanéité et direc­tion consciente

Tant que la struc­tu­ra­tion de la société ne s’articule pas autour des inté­rêts éco­no­miques et poli­tiques des domi­nés (société socia­liste), celle-ci reste orga­ni­sée à partir de ceux de la classe diri­geante. Le dépas­se­ment du « sens commun », en pers­pec­tive de ce ren­ver­se­ment, ne peut donc se faire que dans ce que Gramsci appelle l’« unité de la « spon­ta­néité » et de la « direc­tion consciente » » [35], c’est à dire du mou­ve­ment et du Parti. La classe se ren­force ainsi, elle même, à tra­vers l’activité du Parti : « [le mou­ve­ment des conseils d’usine à Turin] fut éduqué, orienté, puri­fié de tous les corps étran­gers qui pou­vaient le souiller, afin de le rendre homo­gène, mais de façon vivante, his­to­ri­que­ment effi­cace, grâce à la théo­rie moderne [le mar­xisme] » [36]. Dans le même temps, le Parti ne peut se ren­for­cer, assi­mi­ler les expé­riences de la classe, qu’en déve­lop­pant le mou­ve­ment. Pour que se déve­loppe cette rela­tion d’éducation réci­proque et de liai­son étroite entre le Parti et la classe, le Parti doit mettre en œuvre une véri­table stra­té­gie ancrée dans le mou­ve­ment des masses : « Le prin­cipe selon lequel le Parti dirige la classe ouvrière ne doit pas être inter­prété de façon méca­nique. Il ne faut pas croire que le Parti puisse diri­ger la classe ouvrière en s’imposant à elle de l’extérieur et de façon auto­ri­taire […] ces dévia­tions conduisent à une sur­éva­lua­tion arbi­traire et for­melle du rôle diri­geant du Parti : […] la capa­cité de diri­ger la classe ne tient pas au fait que le parti se « pro­clame » son organe révo­lu­tion­naire, mais au fait qu ’il par­vient « effec­ti­ve­ment », en tant que parti de la classe ouvrière, à rester en liai­son avec toutes les couches de cette même classe, à impul­ser les masses dans la direc­tion sou­hai­tée et la plus favo­rable, compte tenu des condi­tions objec­tives. Le fait d’être reconnu par les masses comme « leur » parti (conquête de la majo­rité) n’est que comme consé­quence de l’action menée parmi elles, et c’est à cette condi­tion seule­ment que le Parti peut se pré­va­loir d’être suivi par la classe ouvrière. Cette action dans les masses est un impé­ra­tif qui l’emporte sur tout « patrio­tisme » de parti » [37].


Marquer la « ligne de front » et « creu­ser les tran­chées »

Pour Gramsci, le « bon sens » ne peut se déve­lop­per que dans les mobi­li­sa­tions, c’est-à-dire au moment où les domi­nés s’engagent dans une bataille contre leur domi­na­tion. Le rôle des révo­lu­tion­naires est donc d’encourager et de favo­ri­ser toute rébel­lion spon­ta­née avec cet objec­tif d’entraînement dans l’action de l’ensemble des domi­nés. « Les com­mu­nistes […] doivent savoir tout mettre en œuvre pour atteindre cet objec­tif, et sur­tout se mon­trer capables de se rap­pro­cher des ouvriers d’autres partis ou sans parti, en venant à bout de leur hos­ti­lité et de leur incom­pré­hen­sion dépla­cées, en se pré­sen­tant en toute cir­cons­tance comme les arti­sans de l’unité de classe dans la lutte pour la défense de la classe et sa libé­ra­tion » [38]. L’enjeu, pour Gramsci, est de créer ainsi les condi­tions du dépas­se­ment du « sens commun » à l’échelle de toute la classe. Pour cela, il s’agit de créer les condi­tions pour entraî­ner des couches tou­jours plus larges de tra­vailleurs à tester leurs idées dans l’action. Parce que la confron­ta­tion prend la forme d’une guerre de posi­tion, « l’élément déci­sif de toute situa­tion est la force orga­ni­sée en per­ma­nence et pré­pa­rée depuis long­temps, […] aussi la tâche essen­tielle est-elle de veiller sys­té­ma­ti­que­ment et patiem­ment à former, à déve­lop­per, à rendre tou­jours plus homo­gène, com­pacte, consciente d’elle-même cette force [la classe ouvrière] » [39]. Les expé­riences des tra­vailleurs, les avan­cées et les reculs, la mémoire des luttes et les tra­di­tions mili­tantes doivent prendre corps dans des orga­ni­sa­tions. Institutionnaliser toutes les avan­cées qu’une mobi­li­sa­tion pro­duit dans la bataille entre le « sens commun » et le « bon sens », sous une forme orga­ni­sa­tion­nelle per­ma­nente, est ce qui permet, dans le cadre de la guerre de posi­tion, d’isoler le « bon sens » et de créer les condi­tions de son déve­lop­pe­ment per­ma­nent.


Le front unique est l’élément fon­da­men­tal de cette stra­té­gie : « Le « front unique » […] que les com­mu­nistes s’efforcent de consti­tuer doit cher­cher à se pré­sen­ter comme un front unique orga­nisé, autre­ment dit ayant pour base les orga­nismes autour des­quels les masses dans leur ensemble se restruc­turent et se regroupent […]. Il faut consi­dé­rer la ques­tion sans pri­vi­lé­gier de façon féti­chiste une forme déter­mi­née d’organisation, en se rap­pe­lant que notre objec­tif fon­da­men­tal est de par­ve­nir à une mobi­li­sa­tion et une unité orga­nique de plus en plus vastes des forces. Pour y arri­ver, il faut savoir s’adapter à tous les ter­rains qui s’offrent selon les situa­tions, exploi­ter tous les motifs d’agitation, mettre l’accent sur telle ou telle forme d’organisation selon les néces­si­tés et les pos­si­bi­li­tés de déve­lop­pe­ment de cha­cune d’elles » [40]. Quelles que soient les formes qu’ils peuvent prendre, la-construc­tion de mul­tiples cadres de front unique pour­suit un objec­tif cen­tral : orga­ni­ser la classe, res­ser­rer ses liens et per­mettre aux tra­vailleurs de tester leurs idées spon­ta­nées et mul­tiples dans l’action. C’est seule­ment à cette condi­tion que les révo­lu­tion­naires peuvent être en mesure de pro­po­ser une direc­tion que les tra­vailleurs puissent recon­naître comme la leur. Constitués dans l’objectif de construc­tion des batailles de toute la classe, les fronts uniques doivent ainsi per­mettre de former une sorte de réseau d’« ins­ti­tu­tions » alter­na­tives à celles de la classe diri­geante, recons­trui­sant des « repères de classe » à une échelle dépas­sant les pans de la classe déjà enga­gés dans la confron­ta­tion.


Cette struc­tu­ra­tion propre, s’ancrant sur les expé­riences des domi­nés, est une condi­tion pour construire le rap­port de force idéo­lo­gique néces­saire avec la bour­geoi­sie. Mais une telle struc­tu­ra­tion indé­pen­dante de la classe ne se fait pas spon­ta­né­ment. Elle dépend de la capa­cité des révo­lu­tion­naires à orien­ter sa construc­tion en ce sens. Parce que seuls les révo­lu­tion­naires veulent « rendre les gou­ver­nés intel­lec­tuel­le­ment indé­pen­dants des gou­ver­nants » [41], cette struc­tu­ra­tion, pour Gramsci, est une bataille poli­tique en elle-même, condi­tion pour la construc­tion de l’hégémonie ouvrière, c’est-à-dire de la direc­tion poli­tique de la classe ouvrière sur l’ensemble de la société.


Notes


[1] Voir la pre­mière partie de l’article Gramsci, penser la révo­lu­tion au pré­sent, Que faire ? n°8.


[2] Gramsci, Cahiers de prison, 1, 2, 3, 4, 5, Gallimard, 1996, p. 328.


[3] Les écrits de Gramsci, et notam­ment le concept d’hégémonie, ont été ins­tru­men­ta­li­sés par de nom­breux intel­lec­tuels réfor­mistes pour jus­ti­fier théo­ri­que­ment l’abandon de la pers­pec­tive de ren­ver­se­ment du sys­tème et de construc­tion d’un 1Etat ouvrier.


[4] Lénine, Cinq ans de révo­lu­tion russe et les pers­pec­tives de la révo­lu­tion mon­diale, Rapport pré­senté au IVe Congrès de l’IC le 13 novembre 1922, in Discours aux congrès de l’Internationale Communiste, Éditions Sociales, 1973, p. 233.


[5] Gramsci, Cahiers de prison, 10, 11, 12, 13, Gallimard, 1978, p. 410. Également in Gramsci dans le texte.


[6] Idem. p. 119.


[7] Idem. p. 119.


[8] Lénine, La mala­die infan­tile du com­mu­nisme (le « gau­chisme »). Éditions sociales, 1968, p. 80.


[9] « Dans une situa­tion déter­mi­née, on peut recou­rir uti­le­ment au concept qui, dans la science mili­taire, est appelé la « conjonc­ture stra­té­gique », ou bien, avec plus de pré­ci­sion, du degré de pré­pa­ra­tion stra­té­gique du théâtre de la lutte […]. Le degré de pré­pa­ra­tion stra­té­gique peut donner la vic­toire à des forces « appa­rem­ment » (c ’est-à-dire quan­ti­ta­ti­ve­ment) infé­rieures à celles de l’adversaire- On peut dire que la pré­pa­ra­tion stra­té­gique tend à réduire à zéro ce qu’on appelle « fac­teurs impon­dé­rables », c’est-à-dire les réac­tions immé­diates de sur­prise, venant, à un moment donné, des forces tra­di­ton­nel­le­ment inertes et pas­sives », « Cahier 13 », in Gramsci, Cahiers de prison, 10, 11, 12, 13, Gallimard, 1978. Également Observations sur quelques aspects de la struc­ture des partis poli­tiques dans les périodes de crise orga­nique.


[10] « Cahier 13 », in Gramsci, Cahiers de prison, 10, 11, 12, 13, Gallimard, 1978.


[11] C’est à dire que ce qui est pensé est contra­dic­toire avec les inté­rêts de celui qui pense.


[12] Marx, Engels, Le mani­feste du parti com­mu­niste, Éditions sociales, 1983, p. 59.


[13] « Cahier 28 », in Gramsci, Cahiers de prison, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, Gallimard, 1992.


[14] Idem.


[15] Gramsci, Cahiers de prison, 10, 11, 12, 13, Gallimard, 1978, p. 184-185. Également http://​www​.mar​xists​.org/​f​r​a​n​c​a​is/gr…


[16] Ibidem, p. 179.


[17] Idem.


[18] Le chan­ge­ment ne peut donc se faire que par des réformes.


[19] Sentiment d’impuissance qui se tra­duit par le choix de s’en remettre à d’autres qu’eux-mêmes, en géné­ral des gens qu’ils estiment être des spé­cia­listes, pour défendre leurs inté­rêts.


[20] Gramsci, Cahiers de prison, 10, 11, 12, 13, Gallimard, 1978, p. 179. http://​www​.mar​xists​.org/​f​r​a​n​c​a​is/gr…


[21] Ibid., p. 119.


[22] Ibid., p.358.


[23] « Cahier 28 », in Gramsci, Cahiers de prison, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, Gallimard, 1992. 1Egalement http://​www​.mar​xists​.org/​f​r​a​n​c​a​is/gr…


[24] Gramsci, Cahiers de prison, 10, 11, 12, 13, Gallimard, 1978, pp. 119-120.


[25] Gramsci, La situa­tion ita­lienne et les tâches du PC d’I. in M.A Macciocchi, Pour Gramsci, Seuil, 1974, p. 365.


[26] C’est à dire des orien­ta­tions poli­tiques défen­dues par les partis.


[27] Gramsci, « Lettre à Palmiro Togliatti », 18 mai 1923, in Écrits poli­tiques II, Gallimard, p. 224.


[28] Gramsci, Syndicats et conseils, Écrits poli­tiques l (1914-1920), Gallimard, p. 280.


[29] Revue qui s’était consti­tuée à partir d’un groupe de mili­tants du PSI, à Turin, autour de Gramsci en mai 1919. L’Ordine Nuovo avait gagné une audience au sein des ouvriers turi­nois en défen­dant que les conseils d’usine étaient les élé­ments embryon­naires d’un futur État ouvrier en Italie. Le contenu de la revue, vendue et dis­cu­tée auprès des ouvriers, était déter­miné par les débats qui avaient lieu dans le mou­ve­ment. Elle rela­tait les évé­ne­ments tout en pro­po­sant des pers­pec­tives aux tra­vailleurs (les articles se fai­saient même par­fois sous forme d’adresse aux tra­vailleurs de telle ou telle usine), notam­ment la géné­ra­li­sa­tion des meilleures expé­riences de Turin à toute l’Italie, posant la ques­tion du pou­voir ouvrier comme l’objectif à atteindre pour le mou­ve­ment.


[30] Gramsci a été incar­céré seule­ment dix mois après avoir réussi à convaincre plus de 90 % des mili­tants de défendre une poli­tique de front unique (votes du IIIème congrès du PC d’I, jan­vier 1926), met­tant un terme à l’orientation sec­taire du PC d’I, défen­due par Bordiga depuis sa fon­da­tion en 1921.


[31] Moins d’un an après la fin du mou­ve­ment d’occupation des usines, la direc­tion de Fiat a licen­cié 1 500 ouvriers sur 13 000. Cela a donné lieu à trois semaines de grève avec occu­pa­tion. Des des­centes ponc­tuelles de milices fas­cistes contre les piquets de grèves ont eu lieu dès le début du mou­ve­ment. La fin de cette grève fut mar­quée par la pre­mière action signi­fi­ca­tive des fas­cistes à Turin : une expé­di­tion puni­tive consis­tant à brûler inté­gra­le­ment la casa del popolo (équi­valent d’une bourse du tra­vail).


[32] À Rome, le groupe des « Arditi » rece­vait des dons de la part de tra­vailleurs du rail, du bâti­ment ou encore des pos­tiers.


[33] Après plu­sieurs jours de combat et au prix de morts et de bles­sés dans leurs propres rangs.


[34] Gramsci, L’expérience des métal­lur­gistes en faveur d’une action géné­ra­li­sée, l’Ordine Nuovo le 23 mai 1922, in Écrits poli­tiques II, Gallimard, 1975, p. 201.


[35] Gramsci, Cahiers de prison, 1, 2, 3,4, 5, Gallimard, 1996, pp. 294-295. Également http://​www​.mar​xists​.org/​f​r​a​n​c​a​is/gr…


[36] Idem.


[37] Gramsci, La situa­tion ita­lienne et les tâches du PC d’I, in M.A Macciocchi, Pour Gramsci, Seuil, 1974, pp. 363-364.


[38] Idem.


[39] Gramsci, Cahiers de prison, 10, 11, 12,13, Gallimard, 1978, p. 385. Également http://​www​.mar​xists​.org/​f​r​a​n​c​a​is/gr….


[40] Gramsci, La situa­tion ita­lienne et les tâches du PC d’I in M.A Macciocchi, Pour Gramsci, Seuil, 1974, p. 367.


[41] Gramsci, Cahiers de prison, 10,11,12,13, Gallimard, 1978, pp. 119-120.

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