2012-2017 : quel avenir pour l’enseignement supérieur et la recherche ?

Par Mis en ligne le 18 mai 2012

La France peine à acti­ver les leviers de la com­pé­ti­ti­vité que sont l’enseignement supé­rieur, la recherche et l’innovation. Michel Destot pro­pose dix mesures pour y remé­dier et redy­na­mi­ser ainsi les ter­ri­toires.

Synthèse

Télécharger la syn­thèse : syn­these (pdf – 174,09 ko)

Comme cela a déjà été affirmé dans l’ouvrage ETI et PME : pour une inno­va­tion com­pé­ti­tive paru en août 2011 à la Fondation Jean-Jaurès (et dont cet essai consti­tue la suite logique), l’enseignement supé­rieur et la recherche appa­raissent, en amont de l’innovation, comme des domaines pri­mor­diaux dans la décou­verte de nou­veaux gise­ments de crois­sance. Cette posi­tion stra­té­gique pour l’économie fran­çaise nous conduit à affir­mer avec force la néces­sité d’une réflexion de gauche convain­cue mais prag­ma­tique sur notre sys­tème d’enseignement supé­rieur, ses forces, ses fai­blesses, et les pro­grès que nous pour­rions le voir accom­plir. Ces amé­lio­ra­tions, Michel Destot affirme qu’elles sont pos­sibles, à condi­tion que l’on place comme le fait François Hollande la jeu­nesse au pre­mier plan des pré­oc­cu­pa­tions natio­nales et que l’on soit convaincu comme lui de l’importance de la pro­messe que porte son édu­ca­tion.

Aujourd’hui règnent l’éclatement et la dis­per­sion dans l’éducation supé­rieure et la recherche : écla­te­ment des struc­tures, des filières, des moda­li­tés de la recherche, dis­per­sion des finan­ce­ments, des pro­jets, bref, des moyens. Après des années de réformes timo­rées, de pro­cla­ma­tions de dévo­lu­tion de res­pon­sa­bi­li­tés aux uni­ver­si­tés non sui­vies des moyens néces­saires à leur exer­cice, il revient à la gauche de porter un projet de dia­logue, de réuni­fi­ca­tion du monde uni­ver­si­taire, sus­cep­tible d’y réin­tro­duire lisi­bi­lité et cohé­rence et de lutter contre l’obsolescence qui le menace.

Si la gauche emporte la confiance des Français le 6 mai 2012, des actions déci­sives, ini­tiées dès les cent pre­miers jours de la nou­velle man­da­ture, devront démon­trer que la poli­tique pro­gres­siste menée par la gauche fixe un autre hori­zon pour l’enseignement supé­rieur et la recherche fran­çaise. Quatre mesures sym­bo­liques, mais fortes, seront immé­dia­te­ment pro­po­sées :

– éta­blir un contrat d’autonomie entre l’Etat, l’université et les ter­ri­toires ;
– rééqui­li­brer la gou­ver­nance et res­tau­rer la col­lé­gia­lité au sein de l’université ;
– modi­fier le dis­po­si­tif d’évaluation des cher­cheurs, tel qu’il est pra­ti­qué aujourd’hui, en res­tau­rant l’évaluation de la recherche par les pairs ;
– sta­bi­li­ser et sécu­ri­ser les finan­ce­ments de la recherche en com­bi­nant et en opti­mi­sant les finan­ce­ments par pro­jets et les cré­dits récur­rents.

Notre réflexion doit donc être guidée par le constat des dys­fonc­tion­ne­ments actuels, qu’il convient de pal­lier, et être animée d’une volonté de pro­fond renou­veau afin de libé­rer notre poten­tiel d’innovation. L’organisation du sys­tème devra faire l’objet d’un débat de fond, trop long­temps repoussé, mais indis­pen­sable tant celle-ci demeure illi­sible. Par ailleurs, les inéga­li­tés géné­rées ou entre­te­nues devront être fer­me­ment com­bat­tues. Celles-ci sont en effet aujourd’hui mani­festes, qu’il s’agisse des coûts enga­gés par étu­diant selon la voie d’enseignement choi­sie, du manque de diver­sité sociale ou de la médiocre per­for­mance de cer­taines filières en termes d’intégration pro­fes­sion­nelle. Il nous faudra en outre nous orien­ter vers la créa­tion d’un conti­nuum ensei­gne­ment supé­rieur-recherche-indus­trie pour sou­te­nir la créa­tion indus­trielle et l’innovation en matière de for­ma­tion.

Ainsi, pour per­mettre à notre pays de réa­li­ser son for­mi­dable poten­tiel d’innovation et de crois­sance, dix mesures qui doivent être mises en œuvre par la gauche au pou­voir sont ici déve­lop­pés ; cer­taines sont déjà por­tées par François Hollande, d’autres vont dans le sens qu’il a tracé :

1. Développer la pro­fes­sion­na­li­sa­tion de l’enseignement en reva­lo­ri­sant les filières courtes.
2. Adopter une loi d’orientation de l’enseignement supé­rieur fai­sant de la lutte contre l’échec uni­ver­si­taire une prio­rité.
3. Améliorer la condi­tion étu­diante, notam­ment par des aides finan­cières plus impor­tantes sur cri­tères sociaux.
4. Engager notre pays dans la défi­ni­tion d’une véri­table stra­té­gie euro­péenne de recherche.
5. Instituer un minis­tère de l’Enseignement supé­rieur, de la Recherche et de l’Innovation indus­trielle (MESRII) chargé de mener à bien la nou­velle stra­té­gie natio­nale et régio­nale de la recherche et de l’innovation.
6. Mieux répar­tir et sécu­ri­ser les res­sources des uni­ver­si­tés par des plans quin­quen­naux avec l’Etat et les régions.
7. Dynamiser et ratio­na­li­ser la carte de la recherche afin de ren­for­cer l’attractivité de notre pays et de ses ter­ri­toires.


Une réponse à “2012-2017 : quel avenir pour l’enseignement supérieur et la recherche ?”

  1. R dit :

    Pourquoi faire de la publi­cité pour ce rap­port sur le site de NCS ? Il s’agit d’un rap­port rédigé par un indus­triel du nucléaire, dont les choix envi­ron­ne­men­taux sont contro­ver­sés. C’est un choix sur­pre­nant de repro­duire ce rap­port sur le site des Cahiers du Socialisme.

    De plus, ce rap­port reste dans la doc­trine libé­rale qui guide l’orientation des réformes de l’enseignement supé­rieur en Europe. Il sou­tient le « pro­ces­sus de Bologne », que le PS fran­çais a lar­ge­ment contri­bué à mettre en place dès 1999. Ce rap­port ne rompt pas non plus avec la loi rela­tive aux liber­tés et res­pon­sa­bi­li­tés des uni­ver­si­tés (LRU), mise en oeuvre par le gou­ver­ne­ment Sarkozy, qui a ren­forcé une gou­ver­nance anti­dé­mo­cra­tique dans les uni­ver­si­tés fran­çaises et consacre des logiques de désen­ga­ge­ment finan­cier de l’Etat.

    Voir une ana­lyse de ce rap­port : http://www.contretemps.eu/fr/interventions/jaur%C3%A8s-assassin%C3%A9-seconde-fois-4