C’est le temps du faire du syndicalisme autrement !

Par Mis en ligne le 16 mai 2012

Non seule­ment le gou­ver­ne­ment libé­ral n’a pas com­pris l’ampleur du rap­port de force dans la lutte étu­diante, mais les direc­tions syn­di­cales ne l’ont pas saisie non plus. Alors que nous étions plu­sieurs à nous deman­der pour­quoi le mou­ve­ment syn­di­cal était si dis­cret depuis le début de la grève étu­diante, voilà qu’il arrive en grande trombe le 5 mai der­nier pour jouer un rôle un peu confus : sup­port du mou­ve­ment étu­diant ?

Médiateur entre les dif­fé­rents acteurs du réseau de l’éducation supé­rieure ? Empêcheur de tour­ner en rond ? Disons que les résul­tats n’ont pas été pro­bants. Louis Roy disait, le 5 mai, à la télé­vi­sion que l’entente négo­ciée serait une grande nou­velle pour la popu­la­tion qué­bé­coise. Cette entente, en tout cas, n’a pas été une grande nou­velle pour le mou­ve­ment étu­diant. Par la suite, le pré­sident de la CSQ, Réjean Parent repro­chait au Premier Ministre et à la Ministre Beauchamp d’avoir tiré dans la cha­loupe et d’avoir tout fait pour faire avor­ter l’entente. Nous pour­rions pré­su­mer que cette entente n’avait pas besoin de l’aide du gou­ver­ne­ment libé­ral pour la faire avor­ter. Elle ne tenait tout sim­ple­ment pas la route. Cette entente n’avait pas le res­sort pour conclure une lutte his­to­rique de laquelle émerge le plus grand rap­port de force syn­di­cal depuis 1972.

Lorsque nous avons vu les diri­geants étu­diants pré­sen­ter l’entente en ques­tion lors de la soirée du 5 mai, on pou­vait obser­ver un cer­tain malaise. Personne ne recom­man­dait l’entente. Les lea­ders étaient en quelque sorte les pas­seurs entre le gou­ver­ne­ment libé­ral et la popu­la­tion étu­diante. Ensuite, on sen­tait une cer­taine rete­nue dans l’explication de l’entente. Les lea­ders étu­diants n’étaient pas aussi véhé­ments que les lea­ders syn­di­caux dans l’évaluation de cette entente. Une cer­taine confu­sion s’installait : on ne par­lait plus de ques­tion de frais de sco­la­rité mais plutôt de frais affé­rent. On par­lait de la mise en place d’un comité pro­vi­soire qui pour­rait se trans­for­mer en comité per­ma­nent. On par­lait de pos­si­bi­li­tés de faire des éco­no­mies impor­tantes. On sen­tait bien que les mots ne venaient pas de la bouche des lea­ders étu­diants. On connait bien leurs dis­cours et leurs styles main­te­nant qu’on les voit quo­ti­dien­ne­ment dans les médias.

Nous avons été plu­sieurs à com­prendre l’influence syn­di­cale qué­bé­coise dans cette entente. Nous avons été plu­sieurs à obser­ver une cer­taine parenté entre cette entente étu­diante et l’entente négo­ciée de 2010 dans le sec­teur public. Rappelons nous que l’entente avait été jugée valable par les direc­tions syn­di­cales en tenant compte du fait que qu’une aug­men­ta­tion sala­riale sub­stan­tielle était pos­sible à la fin de l’entente. Le mou­ve­ment syn­di­cal devait démon­trer qu’il y avait une crois­sance éco­no­mique suf­fi­sante au Québec pour pro­cé­der à cette aug­men­ta­tion sala­riale. L’entente négo­ciée sur la hausse des frais de sco­la­rité disait, elle, qu’il fal­lait démon­trer qu’il y aurait des éco­no­mies pos­sibles pour effec­tuer une dimi­nu­tion des frais affé­rents. Dans les deux cas, ces ententes recon­naissent que le cadre finan­cier n’est pas suf­fi­sant pour répondre à l’exigence des par­ties en cause. Comme le disait Éric Martin, la devise du gou­ver­ne­ment libé­ral aura été de dire aux étu­diants et étu­diantes : Payez ou aidez-nous à ratio­na­li­ser l’université : des deux côtés, c’est du win-win pour L’État entre­pre­neu­rial. On pour­rait dire la même chose sur le mou­ve­ment syn­di­cal dans le sec­teur public : « si vous voulez gagner davan­tage aidez-vous à réor­ga­ni­ser les finances publiques. »

Si on tient compte de plu­sieurs erra­tiques dans l’entente négo­ciée et si on tient compte du contexte dans lequel ni les porte-paroles étu­diants et ni vrai­ment les diri­geants syn­di­caux ont défendu cette entente, il aurait fallu un miracle pour faire vali­der cette entente. L’espace public a été occupé par le direc­teur de la CREPUQ qui a estimé qu’il n’y a aucune éco­no­mie à faire. Madame Beauchamp, quant à elle, ne pou­vait rien pro­mettre sur les chances de réduire les frais affé­rents. Il n’est donc pas sur­pre­nant que cette entente ait été diri­gée vers les bacs de recy­clage d’une manière aussi brusque.

Nous devons encore une fois repo­ser la ques­tion. Quel est le rôle du mou­ve­ment syn­di­cal dans cette lutte sociale menée par le mou­ve­ment étu­diant ? Nous ne sau­rons pas vrai­ment ce qui s’est passé dans les cou­lisses même si cer­tains jour­na­listes ont com­mencé à publier cer­tains faits inté­res­sants. Mais une chose est claire cepen­dant : il n’y a pas eu de dia­logue véri­table entre le mou­ve­ment étu­diant et le mou­ve­ment syn­di­cal depuis le début de cette grève sinon il n’y aurait pas eu cet épi­sode tragi comique. Pourtant, un dia­logue stra­té­gique aurait pu débu­ter il y a deux ans quand la Coalition contre la tari­fi­ca­tion et la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics avait com­mencé la bataille contre le budget Bachand. Ce dia­logue stra­té­gique aurait pu se pour­suivre avant que les cen­trales ne décident de créer l’Alliance sociale après la fin des négo­cia­tions dans le sec­teur public au lieu d’intégrer la coa­li­tion des Mains Rouges comme on l’appelle sou­vent.

Et ce dia­logue stra­té­gique aurait pu aussi avoir lieu après le congrès de la CSN au prin­temps der­nier. Rappelons alors qu’une membre du syn­di­cat du CHUM est venue défendre une pro­po­si­tion pour une grève sociale contre les mesures néo libé­rales du gou­ver­ne­ment Charest. Elle n’a même pas ter­miné son inter­ven­tion que la salle s’est levée. Ovation debout rien de moins ! Deux ou trois délé­gués de l’appareil CSN (conseil cen­tral et FNEEQ) sont venus défendre la posi­tion. Ensuite, Pierre Patry, membre de l’exécutif, est venu défendre cette posi­tion, en don­nant les indi­ca­tions sui­vantes : on sup­porte les étu­diants et ensuite on débat sur le mandat de la grève sociale. Le len­de­main, le nou­veau pré­sident, Louis Roy, lance le mot-d’ordre de dis­cu­ter dans les lieux de tra­vail de la néces­sité d’une grève sociale. Depuis, nous n’avons entendu aucun écho au mot-d’ordre de grève sociale.

Il n’est pas trop tard pour bien faire ! Le mou­ve­ment étu­diant n’a pas besoin de média­teurs ou faci­li­ta­teurs. Il a besoin de l’appui soli­daire de l’ensemble du mou­ve­ment syn­di­cal. Il serait peut-être temps de penser à faire du syn­di­ca­lisme autre­ment. C’est-à-dire de mener une lutte syn­di­cale qui serait bran­chée sur les luttes sociales et la vita­lité de la mobi­li­sa­tion et non sur les appa­reils sclé­ro­sés de l’État entre­pre­neu­rial.

Une réponse à “C’est le temps du faire du syndicalisme autrement !”

  1. Erwan Quélennec dit :

    Comme en France, avec le mou­ve­ment sur les Retraites de 2010 ; les dif­fé­rentes cen­trales syn­di­cales sala­riales n’étaient pas sur le même plan pour le départ à la retraite. Ajouter le coté Dr.Jekyll et Mr Hyde de la plus grande orga­ni­sa­tion de jeu­nesse étu­diante de France, l’UNEF qui dans la rue criait au méga­phone « pend pend pend ton patron » et dans la AG de la fac de lettres deman­daient tout sauf le blocus de la fac… et cer­tains s’étonnent que l’extrême droite obtient 17% au 1er tour de l’élection pré­si­den­tielle de 2012. Résistance !