15-O, première protestation globale (Miradas al Sur)

Par Mis en ligne le 24 octobre 2011

La révolte trans­na­tio­nale est main­te­nant là. Le samedi s’est écouté son cri de l’Amérique à l’Asie et l’Océanie, de l’Europe à l’Afrique et au Moyen-Orient : ça suffit main­te­nant ! (Basta ya !). La révo­lu­tion éthique, la pro­tes­ta­tion des indi­gnés, la demande d’une démo­cra­tie réelle, ont pris corps et se sont fait sentir dans tout le monde.

A l’appel répon­dirent un total de 951 villes de 82 pays dis­tincts. Dans cer­tains cas ils furent seule­ment quelques cen­taines de per­sonnes, dans la majo­rité des mil­liers, des dizaines de mil­liers et jusqu’à des cen­taines de mil­liers dans quelques pays euro­péens. A cause des dif­fé­rents fuseaux horaires, les pre­mières mobi­li­sa­tions com­men­cèrent à Tokyo, Sidney et Hong Kong.

Quand l’Argentine se déses­pé­rait hier samedi, il y avait des dizaines de mil­liers de per­sonnes dans les rues de Berlin, Lisbonne, Amsterdam, Rome-où un groupe mino­ri­taire était au centre de quelques inci­dents vio­lents en ten­tant d’incendier le Ministère de la Défense-et de nom­breuses autres capi­tales et villes euro­péennes. Dans la cité lon­do­nienne Julian Assange, la face visible de Wikileaks, est apparu avec un masque d’Anonymous, le groupe connu de hackers.

Dans de nom­breux sites d’Europe, ainsi qu’aux Etats-Unis, beau­coup de mani­fes­tants cam­paient sur des places depuis la nuit pré­cé­dente. A la veille du 15-O, les indi­gnés de Occupy Wall Street réus­sirent à éviter que la police les expulsent du newyor­kais Zuccotti Park-rebap­tisé Place de la Liberté-après que plus de 300.000 per­sonnes eurent signé une péti­tion pour empê­cher l’expulsion. Hier ce sont des dizaines de mil­liers qui sor­tirent dans les rues de New York, Washington et beau­coup d’autres cités des Etats-Unis.

En Espagne, un des clous forts de la jour­née, avec des foules dans 60 de ses villes et des cen­taines de mil­liers de per­sonnes pro­tes­tant, six marches par­tirent le matin de vil­lages de la péri­phé­rie et de quar­tiers de Madrid, pour conver­ger dans l’après-midi sur la mythique place de Cibeles, en plein centre, et com­men­cer ensuite la mani­fes­ta­tion qui ter­mina, il ne pou­vait pas être autre­ment, sur la mythique Puerta del Sol, où com­mença tout ce mou­ve­ment il y a cinq mois exac­te­ment hier, le 15 mai, el 15-M.

Que criaient-ils, que repre­naient-ils en choeur, quels dra­peaux arbo­raient des per­sonnes de tant de natio­na­li­tés, races et âges dif­fé­rents dans cette pro­tes­ta­tion glo­bale ? “Spéculateurs en prison !”, “Nous ne sommes pas des mar­chan­dises aux mains des poli­tiques et ban­quiers !”, “Nous n’appelons pas à la porte, nous la fai­sons tomber !”, “Précaires du monde, nous n’avons rien à perdre sinon nos chaînes !”, “Je n’ai pas voté pour les mar­chés ni pour le FMI”, “Je recherche mes droits, quelqu’un les a vus ?”.

Les slo­gans, les refrains et pan­cartes qui se virent hier dans les cen­taines de mani­fes­ta­tions qui eurent lieu dans le monde entier, étaient aussi variés que les per­sonnes qui les por­taient ou criaient, mais toutes avaient quelque chose en commun : ils reflé­taient l’indignation de mil­lions de per­sonnes face aux injus­tices d’un sys­tème néo­li­bé­ral où les mar­chés finan­ciers, le FMI, la Banque Centrale Européenne, la Banque Mondiale, la grande banque, les grandes mul­ti­na­tio­nales, les grands spé­cu­la­teurs et les agences de qua­li­fi­ca­tion de risque, condi­tionnent à leur guise la vie des citoyens. Avec la com­pli­cité, bien sûr, de tant de gou­ver­ne­ments et diri­geants poli­tiques de ser­vice, qui s’agenouillent devant eux.

“Les pou­voirs éta­blis agissent au béné­fice de quelques-uns, n’écoutant pas la volonté de la grande majo­rité, sans que leur importent les coûts humains ou éco­lo­giques que nous devons payer. Il faut mettre fin à cette into­lé­rable situa­tion”. C’est l’un des pas­sages du mani­feste que grâce à la flui­dité des réseaux sociaux qu’ éla­bo­rèrent conjoin­te­ment pour la jour­née d’hier les dif­fé­rentes par­ties de ce grand réseau contes­ta­taire et poten­tiel­le­ment anticapitaliste.

Un des lieux où l’on tra­vailla sur ce docu­ment – tra­duit en 18 langues et acces­sible sur http://​15oc​to​ber​.net – fut Bruxelles. Durant une semaine conver­gèrent dans la capi­tale de Belgique et siège de l’Union Européenne et de l’OTAN, des cen­taines d’indignés, qui en dépit de souf­frir de la répres­sion poli­cière, arri­vèrent à pied depuis Madrid, Barcelone et Toulouse, par­cou­rant jusqu’à 1.200 kilomètres.

C’est un des phé­no­mènes de ce mou­ve­ment. Sans moyens, sans appuis ins­ti­tu­tion­nels-au contraire, har­ce­lés par les pou­voirs publics-des mil­liers de jeunes et de moins jeunes réus­sirent à se mobi­li­ser, à tra­ver­ser les fron­tières vir­tuelles et phy­siques pour se réunir, pour échan­ger des expé­riences, pour lancer des ini­tia­tives com­munes, d’une manière que jusqu’à main­te­nant n’ont pas même réussi les puis­santes confé­dé­ra­tions syn­di­cales, avec tant de res­sources à leur portée…mais si domes­ti­quées, si bureaucratisées.

La gauche tra­di­tion­nelle euro­péenne tra­di­tion­nelle elle-même s’est trou­vée débor­dée, et de fait, remise en ques­tion par tout ce cou­rant alter­na­tif, sans par­ve­nir à com­prendre com­ment un mou­ve­ment d’assemblée comme celui-là est capable de sup­pri­mer et sur­mon­ter les que­relles internes pour adop­ter des docu­ments et acti­vi­tés col­lec­tives, quelque chose qu’eux sont inca­pables de faire. Après la méfiance ini­tiale, de nom­breux partis ont tenté de capi­ta­li­ser poli­ti­que­ment toute cette pro­tes­ta­tion, mais tant le 15-M espa­gnol que les dif­fé­rents mou­ve­ments simi­laires sont conscients qu’un de ses capi­taux prin­ci­paux et dif­fé­ren­cia­teurs est pré­ci­sé­ment son indépendance.

Ne pas pou­voir, du moins main­te­nant, peser d’une manière plus déci­sive sur le scé­na­rio poli­tique, sur­tout en situa­tion pré­élec­to­rale comme c’est le cas en Espagne, repré­sente pour une part une limi­ta­tion, mais d’un autre côté lui permet de se soli­di­fier et de s’étendre.

Bien que le 15-M espa­gnol, comme d’autres mou­ve­ments simi­laires dans d’autres pays, n’est pas né de rien, mais est la conjonc­tion de luttes menées durant des années par des mil­liers d’activistes dans des fronts très variés, aux­quels se sont joints dans les der­niers mois de nom­breuses per­sonnes, il n’en est pas moins un phé­no­mène nou­veau, qui néces­site son temps pour mûrir.

Depuis qu’a éclaté en 2008 aux Etats-Unis l’actuelle crise du sys­tème finan­cier capi­ta­liste, se pro­pa­geant dans toutes les éco­no­mies euro­péennes liées-avec des réper­cus­sions mineures en Amérique latine et dans les autres zones du monde-les gou­ver­ne­ments de ces pays déve­lop­pés ont jus­ti­fié les très dures réduc­tions des droits sociaux et du tra­vail qu’ils ont imposé, par la néces­sité de “calmer les marchés”.

Les mar­chés finan­ciers, les grands inves­tis­seurs inter­na­tio­naux, les grands spé­cu­la­teurs, se sont trans­for­més tou­jours plus comme les maîtres de la situa­tion. Phénomènes que le citoyen n’a pas choisi, ont de fait condi­tionné la poli­tique éco­no­mique, du tra­vail et sociale de gou­ver­ne­ments sup­po­sés souverains.

La pro­tes­ta­tion du 15-O rejette fron­ta­le­ment cette logique, qui n’a amené que chô­mage et pau­vreté. C’est une remise en ques­tion du sys­tème éco­no­mique, du sys­tème poli­tique, des grands syn­di­cats ; il s’agit d’une autre manière de faire de la poli­tique, d’une autre forme de par­ti­ci­pa­tion citoyenne, d’un rejet du pou­voir mono­po­liste des moyens de com­mu­ni­ca­tion, d’une autre jus­tice, le germe de quelque chose de nou­veau. De là que le phé­no­mène des indi­gnés s’est trans­formé pour tant de per­sonnes en une espé­rance qu’il est bien pos­sible de chan­ger les choses, qu’un autre monde est possible.

Roberto Montoya

Source : http://​sur​.elar​gen​tino​.com/​n​o​t​a​s​/​1​5​-​o​-​p​r​i​m​e​r​a​-​p​r​o​t​e​s​t​a​-​globa…

Traduit de l’espagnol par GJ

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