La Loi sur les mesures de guerre

Une bavure antidémocratique indélébile

Par Mis en ligne le 24 septembre 2010

Dans un livre qui vient d’être tra­duit en fran­çais, William Tetley, ministre des Institutions finan­cières dans le cabi­net Bourassa, sou­tient que la demande du pre­mier ministre qué­bé­cois, poussé par le maire Drapeau, faite au pre­mier ministre Trudeau de pro­mul­guer la Loi sur les mesures de guerre pen­dant la Crise d’octobre n’a pas été faite de façon pré­ci­pi­tée. Selon lui, elle était jus­ti­fiée parce que le Québec se trou­vait alors « en état d’insurrection appré­hen­dée ».

Cette affir­ma­tion éton­nante sur­vient 40 ans après que quelque 500 citoyens et citoyennes aient été empri­son­nés arbi­trai­re­ment et se soient vus privés de tous leurs droits civiques pen­dant plu­sieurs jours voire des semaines et même des mois sans qu’aucune accu­sa­tion ne soit portée contre eux. Faisant fi de la répro­ba­tion qu’a sus­ci­tée cette mesure répres­sive à l’échelle inter­na­tio­nale et igno­rant le juge­ment de l’Histoire, M. Tetley pousse l’aberration jusqu’à trai­ter de « révi­sion­nistes » ceux qui ne par­tagent pas son point de vue.

En réa­lité, le trium­vi­rat Trudeau-Bourassa-Drapeau a tel­le­ment pani­qué un moment donné que la rumeur a cir­culé que le direc­teur du Devoir et futur chef libé­ral, Claude Ryan, pour­rait prendre la tête d’un gou­ver­ne­ment pro­vi­soire qui aurait chassé celui de Bourassa. Cet épou­van­tail d’un com­plot appré­hendé était tel­le­ment ridi­cule que la rumeur a vite fait long feu.

J’ai été moi-même, en 1970, un modeste acteur de la Crise d’octobre en tant que pré­sident et can­di­dat du seul parti d’opposition au régime Drapeau, le Front d’action poli­tique (FRAP) nommé en l’honneur de la coa­li­tion qui avait permis à Allende de prendre le pou­voir au Chili. L’enlèvement du diplo­mate Cross est sur­venu au début de la cam­pagne élec­to­rale muni­ci­pale quelques jours après qu’un son­dage du quo­ti­dien Montreal Star eut accordé 35% des inten­tions de votes à notre parti ; ce qui aurait signi­fié l’élection de 15 à 20 conseillers/​for­mant une solide oppo­si­tion à l’hôtel de ville.

Deux de nos can­di­dats ont été empri­son­nés en vertu de la Loi sur les mesures de guerre et relâ­chés seule­ment quelques heures avant le vote.

Il ne s’est pas passé une jour­née durant la cam­pagne sans que nos adver­saires, Drapeau en tête, n’accusent notre parti d’être le « bras élec­to­ral du FLQ ». Pourtant notre posi­tion, défi­nie dès le début de la crise était claire : Nous appuyions les reven­di­ca­tions sociales du FLQ, mais nous nous dis­so­cions de la vio­lence qu’il uti­li­sait.

Le soir de l’élection, Drapeau a obtenu ce qu’il vou­lait. Le FRAP n’a fait élire aucun can­di­dat même s’il a obtenu 18% du vote en moyenne dans les dis­tricts où il a pré­senté des can­di­dats. Ainsi, le poten­tat mont­réa­lais a pu conti­nuer à régner sans avoir à rendre compte de ses gestes. Il a pu aussi, comme l’a démon­tré plus tard l’épisode de la construc­tion du stade olym­pique qui s’annonçait d’ores et déjà comme un gouffre sans fond. conti­nuer à obte­nir ce qu’il dési­rait d’un Robert Bourassa fai­blard.

Paul Cliche, pré­sident du Front d’action poli­tique (FRAP) et can­di­dat dans Rosemont en 1970

Montréal, 22 sep­tembre 2010

Les commentaires sont fermés.