Sortir de l’économie du désastre austérité, inégalités, résistances

L´état de notre économie n’est pas très reluisant. Les inégalités ne cessent de croître, ce qu’a d’ailleurs reconnu, entre autres sources, un rapport récent de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et des études de Statistique Canada. La crise économique, amorcée en 2007, a des répercussions à la chaîne : les États endettés, après avoir renfloué les banques qui ont spéculé de façon irresponsable, n’arrivent plus à relancer l’économie. Les plans d’austérité qui en découlent bloquent toute reprise et limitent l’accès aux services essentiels. Le taux de chômage est élevé. On ne semble plus voir le moment où nous aurons la certitude que les choses s’amélioreront.

Notre environnement ne se porte guère mieux. Les pays n’arrivent pas à prendre des mesures efficaces pour s’attaquer au problème du réchauffement climatique.

La biodiversité est dramatiquement menacée. L’exploitation sans restriction des ressources naturelles se fait sans qu’en soient envisagées les conséquences sur les populations, l’environnement, les générations à venir. Le virage vers une consommation plus responsable de l’énergie et vers des sources d’énergie renouvelable se prend avec une lenteur désespérante.

Ainsi, osons-nous franchement parler de désastre. Les choix des gouvernements, tant au Québec et au Canada qu’ailleurs dans le monde, ne profitent pas à l’ensemble des populations, mais ne font que perpétuer et approfondir les crises – économique, sociale, environnementale.

Malgré ces constats accablants, rien n’est sérieusement envisagé pour changer la situation. Les mêmes politiques inefficaces sont relancées. Elles sont encouragées par de nombreuses instances : les investisseurs qui ne voient que les profits à court terme ; les agences de notation, qui souvent favorisent l’austérité budgétaire, continuent à s’imposer malgré leurs fautes, même si elles restent liées à d’importants groupes d’intérêts ; et surtout les grands médias qui rabâchent sans recul et sans véritable esprit critique les diktats de l’économie néolibérale qui nous ont menés à la catastrophe.

Le mouvement des indignés a pourtant bien révélé à quel point notre système économique favorise une très petite minorité, toujours plus réduite, toujours plus puissante, peu importe les inconvénients qu’en subissent tous les autres.

Le Québec ne fait pas exception. La combativité et les valeurs du peuple québécois ont fait que nous vivons dans la société la moins inégalitaire d’Amérique du Nord. Ce qui agace nombre d’experts, de journalistes et de politiciens. Pour eux, le modèle suprême reste les États-Unis ou, dans la mesure où il imite son grand voisin, le reste du Canada. Ils n’évaluent le bien-être qu’en terme de richesse absolue et osent faire croire que le Québec est pauvre. Le modèle états-unien a pourtant de nombreuses failles : l’ascenseur social y est presque inexistant ; le système de santé coûte très cher et les soins de qualité sont surtout accessibles aux riches ; son système d’édu¬cation publique est dans un état pitoyable ; les bons emplois se font plus rares, ce qui correspond à un recul majeur de la syndicalisation ; la consommation d’énergie par habitant y est beaucoup trop élevée ; les inégalités n’ont jamais été aussi grandes et le taux de pauvreté atteint des niveaux record. Est-ce vraiment le type de société dans laquelle nous aimerions vivre ?

La charge de la droite au Québec est forte et organisée. De nombreux chroniqueurs populistes occupent les ondes et sévissent dans les journaux, profitant d’une concentration des médias sans pareille, sous le contrôle de deux groupes financiers. Des think tanks, largement soutenus par de riches individus et entreprises, tels l’Institut Fraser, l’Institut économique de Montréal, le Réseau liberté, influencent l’opinion. Les partis politiques sont généreusement financés par l’entreprise et agissent en fonction de ses intérêts. Un jeu de porte tournante entre la grande entreprise et la classe politique fait que l’on retrouve les mêmes individus tantôt comme ministres, tantôt comme lobbyistes.

Il devient alors pertinent de se poser quelques questions fondamentales : combien de temps nos élus pourront-ils tenir à force d’adopter des mesures qui ne profitent pas à la majorité ? Faudra-t-il attendre une crise pire que les précédentes avant d’entreprendre le redressement nécessaire ? Comment faire pour que d’autres idées soient entendues et mises en application ?

Il est donc nécessaire, comme toujours, de développer et d’entretenir une forte opposition aux idées reçues. Au Québec, les résistants ne manquent pas, même si on ne leur accorde pas un grand espace médiatique. Les syndicats occupent une place importante – trop importante, selon les idéologues de droite – et alimentent leurs membres d’une réflexion à plusieurs facettes sur la conjoncture, tout en proposant des solutions pour améliorer la condition des travailleurs et des travailleuses. De nombreux médias indépendants et alternatifs réussissent à combler le vide d’information provoqué par la concentration des grands médias. Des organisations communautaires variées, des associations de citoyens et de citoyennes, des groupes écologistes avancent des idées nouvelles qui, tranquillement, commencent à imprégner les mentalités.

Mais la résistance aux idées reçues est toujours à reprendre et à entretenir. Voilà pourquoi le Réseau pour un discours alternatif sur l’économie entend à son tour participer aux débats pour stimuler les échanges d’idées nouvelles et répondre aux recettes économiques inefficaces prônées par les économistes libéraux et relayées dans les médias.

Nous avons cherché à présenter des textes qui sont à la fois une réponse aux politiques néolibérales et qui avancent des propositions contribuant à améliorer la situation économique au profit de tous et toutes. Les critiques et les propositions sont souvent reliées : la soumission de notre système aux marchés libéralisés appelle, par exemple, nécessairement une plus grande réglementation et un meilleur contrôle des capitaux ; déplorer les salaires inférieurs des femmes suppose une demande d’équité salariale. C’est pourquoi nous n’avons pas souhaité détacher ces aspects.

Nous avons aussi voulu présenter des explications claires, courtes, accessibles, loin des discours hermétiques dans lesquels on enferme souvent l’économie, ce qui a pour effet d’empêcher les gens de la comprendre. Après une consultation auprès de certains de nos membres, nous nous sommes concentrés sur dix sujets qui paraissaient primordiaux : le rôle de l’État néolibéral, le libre-échange, les marchés financiers, la tarification des services publics, la dette souveraine des États, les baisses d’impôts, l’équité salariale entre les hommes et les femmes, les retraites, la gestion du territoire et celle des ressources naturelles. Dans tous les cas, il nous fallait expliquer ce que prône le discours officiel néolibéral et présenter nos solutions de rechange.

Nous avons demandé à des personnes reconnues comme expertes de traiter les différents sujets retenus. D’autres sujets tout aussi importants feront l’objet d’analyses dans une suite que nous envisageons de publier.

Nous espérons que ce livre donne à ses lectrices et lecteurs des arguments pour répliquer efficacement aux idées reçues véhiculées par les grands médias et constitue une mine de renseignements utiles sur des sujets d’actualité, une ressource qui alimente les discussions dans notre recherche de solutions pour bâtir un monde meilleur.

Bernard Élie et Claude Vaillancourt

Extrait de Sortir de l’économie du désastreAustérité, inégalités, résistances, Un livre du Réseau pour un discours alternatif sur l’économie, publié chez M Éditeur.