Sortir de l’économie du désastre austérité, inégalités, résistances

Par , Mis en ligne le 03 juin 2012

L´état de notre éco­no­mie n’est pas très relui­sant. Les inéga­li­tés ne cessent de croître, ce qu’a d’ailleurs reconnu, entre autres sources, un rap­port récent de l’Organisation de coopé­ra­tion et de déve­lop­pe­ment éco­no­miques (OCDE) et des études de Statistique Canada. La crise éco­no­mique, amor­cée en 2007, a des réper­cus­sions à la chaîne : les États endet­tés, après avoir ren­floué les banques qui ont spé­culé de façon irres­pon­sable, n’arrivent plus à relan­cer l’économie. Les plans d’austérité qui en découlent bloquent toute reprise et limitent l’accès aux ser­vices essen­tiels. Le taux de chô­mage est élevé. On ne semble plus voir le moment où nous aurons la cer­ti­tude que les choses s’amélioreront.

Notre envi­ron­ne­ment ne se porte guère mieux. Les pays n’arrivent pas à prendre des mesures effi­caces pour s’attaquer au pro­blème du réchauf­fe­ment cli­ma­tique.

La bio­di­ver­sité est dra­ma­ti­que­ment mena­cée. L’exploitation sans res­tric­tion des res­sources natu­relles se fait sans qu’en soient envi­sa­gées les consé­quences sur les popu­la­tions, l’environnement, les géné­ra­tions à venir. Le virage vers une consom­ma­tion plus res­pon­sable de l’énergie et vers des sources d’énergie renou­ve­lable se prend avec une len­teur déses­pé­rante.

Ainsi, osons-nous fran­che­ment parler de désastre. Les choix des gou­ver­ne­ments, tant au Québec et au Canada qu’ailleurs dans le monde, ne pro­fitent pas à l’ensemble des popu­la­tions, mais ne font que per­pé­tuer et appro­fon­dir les crises – éco­no­mique, sociale, envi­ron­ne­men­tale.

Malgré ces constats acca­blants, rien n’est sérieu­se­ment envi­sagé pour chan­ger la situa­tion. Les mêmes poli­tiques inef­fi­caces sont relan­cées. Elles sont encou­ra­gées par de nom­breuses ins­tances : les inves­tis­seurs qui ne voient que les pro­fits à court terme ; les agences de nota­tion, qui sou­vent favo­risent l’austérité bud­gé­taire, conti­nuent à s’imposer malgré leurs fautes, même si elles res­tent liées à d’importants groupes d’intérêts ; et sur­tout les grands médias qui rabâchent sans recul et sans véri­table esprit cri­tique les dik­tats de l’économie néo­li­bé­rale qui nous ont menés à la catas­trophe.

Le mou­ve­ment des indi­gnés a pour­tant bien révélé à quel point notre sys­tème éco­no­mique favo­rise une très petite mino­rité, tou­jours plus réduite, tou­jours plus puis­sante, peu importe les incon­vé­nients qu’en subissent tous les autres.

Le Québec ne fait pas excep­tion. La com­ba­ti­vité et les valeurs du peuple qué­bé­cois ont fait que nous vivons dans la société la moins inéga­li­taire d’Amérique du Nord. Ce qui agace nombre d’experts, de jour­na­listes et de poli­ti­ciens. Pour eux, le modèle suprême reste les États-Unis ou, dans la mesure où il imite son grand voisin, le reste du Canada. Ils n’évaluent le bien-être qu’en terme de richesse abso­lue et osent faire croire que le Québec est pauvre. Le modèle états-unien a pour­tant de nom­breuses failles : l’ascenseur social y est presque inexis­tant ; le sys­tème de santé coûte très cher et les soins de qua­lité sont sur­tout acces­sibles aux riches ; son sys­tème d’édu¬cation publique est dans un état pitoyable ; les bons emplois se font plus rares, ce qui cor­res­pond à un recul majeur de la syn­di­ca­li­sa­tion ; la consom­ma­tion d’énergie par habi­tant y est beau­coup trop élevée ; les inéga­li­tés n’ont jamais été aussi grandes et le taux de pau­vreté atteint des niveaux record. Est-ce vrai­ment le type de société dans laquelle nous aime­rions vivre ?

La charge de la droite au Québec est forte et orga­ni­sée. De nom­breux chro­ni­queurs popu­listes occupent les ondes et sévissent dans les jour­naux, pro­fi­tant d’une concen­tra­tion des médias sans pareille, sous le contrôle de deux groupes finan­ciers. Des think tanks, lar­ge­ment sou­te­nus par de riches indi­vi­dus et entre­prises, tels l’Institut Fraser, l’Institut éco­no­mique de Montréal, le Réseau liberté, influencent l’opinion. Les partis poli­tiques sont géné­reu­se­ment finan­cés par l’entreprise et agissent en fonc­tion de ses inté­rêts. Un jeu de porte tour­nante entre la grande entre­prise et la classe poli­tique fait que l’on retrouve les mêmes indi­vi­dus tantôt comme ministres, tantôt comme lob­byistes.

Il devient alors per­ti­nent de se poser quelques ques­tions fon­da­men­tales : com­bien de temps nos élus pour­ront-ils tenir à force d’adopter des mesures qui ne pro­fitent pas à la majo­rité ? Faudra-t-il attendre une crise pire que les pré­cé­dentes avant d’entreprendre le redres­se­ment néces­saire ? Comment faire pour que d’autres idées soient enten­dues et mises en appli­ca­tion ?

Il est donc néces­saire, comme tou­jours, de déve­lop­per et d’entretenir une forte oppo­si­tion aux idées reçues. Au Québec, les résis­tants ne manquent pas, même si on ne leur accorde pas un grand espace média­tique. Les syn­di­cats occupent une place impor­tante – trop impor­tante, selon les idéo­logues de droite – et ali­mentent leurs membres d’une réflexion à plu­sieurs facettes sur la conjonc­ture, tout en pro­po­sant des solu­tions pour amé­lio­rer la condi­tion des tra­vailleurs et des tra­vailleuses. De nom­breux médias indé­pen­dants et alter­na­tifs réus­sissent à com­bler le vide d’information pro­vo­qué par la concen­tra­tion des grands médias. Des orga­ni­sa­tions com­mu­nau­taires variées, des asso­cia­tions de citoyens et de citoyennes, des groupes éco­lo­gistes avancent des idées nou­velles qui, tran­quille­ment, com­mencent à impré­gner les men­ta­li­tés.

Mais la résis­tance aux idées reçues est tou­jours à reprendre et à entre­te­nir. Voilà pour­quoi le Réseau pour un dis­cours alter­na­tif sur l’économie entend à son tour par­ti­ci­per aux débats pour sti­mu­ler les échanges d’idées nou­velles et répondre aux recettes éco­no­miques inef­fi­caces prô­nées par les éco­no­mistes libé­raux et relayées dans les médias.

Nous avons cher­ché à pré­sen­ter des textes qui sont à la fois une réponse aux poli­tiques néo­li­bé­rales et qui avancent des pro­po­si­tions contri­buant à amé­lio­rer la situa­tion éco­no­mique au profit de tous et toutes. Les cri­tiques et les pro­po­si­tions sont sou­vent reliées : la sou­mis­sion de notre sys­tème aux mar­chés libé­ra­li­sés appelle, par exemple, néces­sai­re­ment une plus grande régle­men­ta­tion et un meilleur contrôle des capi­taux ; déplo­rer les salaires infé­rieurs des femmes sup­pose une demande d’équité sala­riale. C’est pour­quoi nous n’avons pas sou­haité déta­cher ces aspects.

Nous avons aussi voulu pré­sen­ter des expli­ca­tions claires, courtes, acces­sibles, loin des dis­cours her­mé­tiques dans les­quels on enferme sou­vent l’économie, ce qui a pour effet d’empêcher les gens de la com­prendre. Après une consul­ta­tion auprès de cer­tains de nos membres, nous nous sommes concen­trés sur dix sujets qui parais­saient pri­mor­diaux : le rôle de l’État néo­li­bé­ral, le libre-échange, les mar­chés finan­ciers, la tari­fi­ca­tion des ser­vices publics, la dette sou­ve­raine des États, les baisses d’impôts, l’équité sala­riale entre les hommes et les femmes, les retraites, la ges­tion du ter­ri­toire et celle des res­sources natu­relles. Dans tous les cas, il nous fal­lait expli­quer ce que prône le dis­cours offi­ciel néo­li­bé­ral et pré­sen­ter nos solu­tions de rechange.

Nous avons demandé à des per­sonnes recon­nues comme expertes de trai­ter les dif­fé­rents sujets rete­nus. D’autres sujets tout aussi impor­tants feront l’objet d’analyses dans une suite que nous envi­sa­geons de publier.

Nous espé­rons que ce livre donne à ses lec­trices et lec­teurs des argu­ments pour répli­quer effi­ca­ce­ment aux idées reçues véhi­cu­lées par les grands médias et consti­tue une mine de ren­sei­gne­ments utiles sur des sujets d’actualité, une res­source qui ali­mente les dis­cus­sions dans notre recherche de solu­tions pour bâtir un monde meilleur.

Bernard Élie et Claude Vaillancourt

Extrait de Sortir de l’économie du désastreAustérité, inéga­li­tés, résis­tances, Un livre du Réseau pour un dis­cours alter­na­tif sur l’économie, publié chez M Éditeur.

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