Richard Bergeron et le budget montréalais : Expérience novatrice ou schizophrénie politique ?

Mis en ligne le 31 janvier 2010

Après l’avoir sévè­re­ment cri­ti­qué, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a fina­le­ment voté en faveur de l’adoption du budget de l’administration Tremblay pour se mon­trer « soli­daire » des autres membres du comité exé­cu­tif dont il a accepté de faire partie même s’il siège dans l’opposition. Mais les autres conseillers qu’il dirige à l’hôtel de ville s’y sont oppo­sés pace qu’il ne satis­fait pas aux condi­tions mini­males posées par leur parti.

Interviewé à la radio sur ce qui appa­raît de prime abord comme de la schi­zo­phré­nie poli­tique, M. Bergeron a expli­qué que son com­por­te­ment était dicté par son désir de réfor­mer la gou­ver­nance muni­ci­pale. Il a dit avoir l’appui du caucus de ses conseillers à ce sujet. Prié par un chro­ni­queur muni­ci­pal d’expliquer les contra­dic­tions entre ses viru­lentes dénon­cia­tions du maire Tremblay durant la der­nière cam­pagne élec­to­rale et l’appui qu’il lui accorde main­te­nant, M. Bergeron a répondu que son opi­nion avait changé parce que ce der­nier avait changé. Sa nomi­na­tion au comité exé­cu­tif n’aurait rien à voir avec sa nou­velle atti­tude, Le chef de Projet Montréal veut oublier le passé et penser au futur. Il admet que sa posi­tion a aussi un côté prag­ma­tique, car il estime qu’on est plus effi­cace en agis­sant à l’intérieur des cercles du pou­voir qu’en bras­sant les portes pour tenter d’y péné­trer.

Que penser de cette situa­tion pour le moins tara­bis­co­tée ? Sans mettre en cause la bonne foi de M. Bergeron, je pense qu ’il fait preuve de naï­veté ou d’inconscience s’il pense qu’un seul indi­vidu, fut-il chef d’un parti, peut deve­nir l’élément déclen­cheur d’une réforme réelle de la gou­ver­nance muni­ci­pale. Le rôle qu’il joue au comité exé­cu­tif lui per­met­tra pro­ba­ble­ment de faire adop­ter quelques mesures inté­res­santes en matière d’urbanisme ou d’aménagement. Mais com­bien de cou­leuvres, comme le budget, devra-t-il avaler en contre­par­tie ? Sans comp­ter que la cau­tion qu’il four­nit à l’administration Tremblay vaut son pen­sant d’or pour cette der­nière.

M. Bergeron pré­tend que le maire Tremblay a changé. Pour nous convaincre, qu’il le mette à l’épreuve immé­dia­te­ment en lui deman­dant, par exemple, de rendre publiques les réunions du comité exé­cu­tif puisque ce der­nier reste un des rares qui siège encore à huis clos parmi les grandes villes cana­diennes et amé­ri­caines. Qu’il lui demande aussi d’entreprendre une démarche en vue de l’instauration d’un scru­tin pro­por­tion­nel per­met­tant à chaque vote de comp­ter. À noter que ces deux réformes font partie du pro­gramme de Projet Montréal et que ce der­nier a été la prin­ci­pale vic­time du mode de scru­tin majo­ri­taire actuel aux élec­tions de novembre.

Je crains pour ma part que l’expérience de M. Bergeron ne tourne en une folle équi­pée per­son­nelle dont Projet Montréal et ses idées pro­gres­sistes feraient les frais. Des dizaines de mil­liers de Montréalais ont fait confiance à ce jeune parti réfor­miste lors de l’élection de novembre der­nier. Il ne fau­drait sur­tout pas que cet espoir col­lec­tif soit déçu. Suis-je trop pes­si­miste ? L’avenir le dira.

Paul Cliche, membre fon­da­teur de Projet Montréal

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