On avance, on recule pas

Par Mis en ligne le 06 septembre 2012

Les évè­ne­ments très mal­heu­reux au Métropolis hier ont appor­tés leur lot d’émotions confuses en plus de jeter une voile sombre sur ce qui devait tout de même être un dénoue­ment heu­reux suite à la double annonce des défaites de Jean Charest. Tout en réaf­fir­mant notre sou­tien aux familles des vic­times, il convient de redire qu’une fusillade à Montréal pose une fois de plus la ques­tion de la dis­po­ni­bi­lité des armes à feu et rend encore plus néces­saire le rapa­trie­ment des infor­ma­tions qué­bé­coises conte­nues dans le défunt Registre cana­dien des armes à feu que Stephen Harper cherche déses­pé­ré­ment à détruire. Pauline Marois devra faire une prio­rité de cette ques­tion.

Pour reve­nir plus direc­te­ment aux résul­tats élec­to­raux, il convient sur­tout de rap­pe­ler que les plus impor­tantes vic­toires à célé­brer ici sont celles des mou­ve­ments étu­diant et social qui ont clai­re­ment indi­qué la porte au projet conser­va­teur de Jean Charest.

Victoire étu­diante

En juin der­nier, je signais un article inti­tulé « La rebelle pro­vince » où j’insistais sur cette pre­mière vic­toire du mou­ve­ment étu­diant qui, au prix d’une lutte his­to­rique et magni­fique, a repoussé la stra­té­gie élec­to­rale libé­rale dans les cor­dages. Faut-il le rap­pe­ler, Jean Charest, cynique et machia­vé­lique, visait une élec­tion au prin­temps sur le thème de la loi et l’ordre à l’encontre d’une jeu­nesse « irres­pon­sable » refu­sant de payer sa « juste part ». La téna­cité étu­diante l’aura forcé à repor­ter la cam­pagne élec­to­rale à la limite accep­table pour lui (tout juste avant le début de la Commission Charbonneau). Au final, la « peur de la rue » n’aura pas été un élé­ment déter­mi­nant dans cette manœuvre de la der­nière chance.

La défaire libé­rale d’hier s’inscrit donc en conti­nuité avec la grève étu­diante et le Parti qué­bé­cois devra réa­li­ser sa pro­messe d’abroger la hausse et d’intégrer les étu­diants dans la mise en œuvre d’une nou­velle vision de l’éducation. Certains diront que l’histoire n’est pas ter­mi­née ; mais en termes simples, le mou­ve­ment étu­diant ins­crit ici une vic­toire his­to­rique ! Il faudra le dire et le redire !


Victoire du mou­ve­ment social

Depuis mars, d’un 22 du mois à l’autre, ce prin­temps érable aura déployé ses ailes pour inté­grer des enjeux sociaux et socié­taux beau­coup plus vastes que la ques­tion ori­gi­nale des droits de sco­la­rité. Avec notam­ment les ques­tions envi­ron­ne­men­tales et de la ges­tion du bien commun (22 avril) ou encore avec la plus grande déso­béis­sance civile de l’histoire du pays (le 22 mai contre la loi 78 deve­nue 12), il est mani­feste que notre prin­temps érable expri­mait une requête inédite, celle d’un nou­veau contrat social.

Pour nier ce fait, cer­tains allè­gue­ront qu’une partie non négli­geable des qué­bé­cois ont tout de même choisi le PLQ ou encore les réfor­mistes conser­va­teurs de François Legault. L’intoxication média­tique y est sûre­ment pour beau­coup. Mais quoi que la pro­pa­gande de Québécor et Gesca inven­tera, per­sonne de pourra nier que pour la toute pre­mière fois dans l’histoire du Québec, les mou­ve­ments sociaux ont lar­ge­ment contri­bué à « faire tomber » un gou­ver­ne­ment parce qu’il refu­sait d’écouter sa popu­la­tion. Point ! Il faut le crier très fort. Il faut le célé­brer !

Car dans les pro­chains mois ou années, d’autres gou­ver­ne­ments domes­ti­qués aux dic­tats des Paul Desmarais de ce monde seront tentés de fermer les yeux devant des requêtes popu­laires.., mais il est fort à parier qu’ils y repen­se­ront deux fois plutôt qu’une.

Les vic­toires de demain

Malgré ce que cer­tains ont qua­li­fiés à tord d’accalmie du mou­ve­ment, le Québec de demain n’est plus celui qu’il était avant 2012. Nous sommes bien loin d’avoir recueillis tout ce qui fut semé dans les der­niers mois. En plus de suivre les faits et gestes des nou­veaux élus, toute cette jeu­nesse mar­quée au fer d’une lutte opi­niâtre et vic­to­rieuse ambi­tion­nera d’investir d’autres lieux de chan­ge­ments. Le mou­ve­ment social ouvrira grande ses portes de même que plu­sieurs for­ma­tions poli­tiques. Mais il est clair que ces der­nières devront aussi ouvrir leurs esprits et leurs pro­grammes.

Et de par sa constance à défendre les mou­ve­ments et les luttes sociales, de tous les partis, Québec soli­daire pour­rait bien être celui qui répon­dra la plus aux attentes de cette jeu­nesse. Déjà QS a vu grim­per signi­fi­ca­ti­ve­ment le nombre de votes (avec en plus une plus grande pro­por­tion de votant-es) et dou­bler sa dépu­ta­tion. Avec un tel sou­tien et un tel apport, quels espoirs ne sont pas permis pour Québec soli­daire aux pro­chaines élec­tions ?

De Québec à Ottawa !

Malgré tout, il faut aussi dire que notre achar­ne­ment contre les poli­tiques de Jean Charest nous aura aussi coûté le prix fort. Pendant les der­niers mois, le gou­ver­ne­ment réfor­miste et conser­va­teur de Stephen Harper a mis de l’avant des poli­tiques inac­cep­tables sur des ques­tions qui nous sont pour­tant chères. Nous n’avons qu’à penser à la loi 38 est ses attaques claires contre les groupes envi­ron­ne­men­taux ou encore les droits des réfu­giés. La liste ici mérite à celle seule plu­sieurs textes !!

Mais comme Jean Charest, Stephen Harper ne doit son poste qu’à une mino­rité d’électeurs. Et comme lui aussi, ses poli­tiques cyniques ne sont mises en œuvre que parce que la majo­rité de la popu­la­tion laisse faire. Mais nous l’avons vu, la mobi­li­sa­tion popu­laire est pos­sible et avec elle, des gou­ver­ne­ments tombent ! Après la vic­toire du Québec, nous avons rendez-vous avec Ottawa.

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