L’Europe et ses crises

Mis en ligne le 19 février 2010

Publié sur Contretemps (http://​www​.contre​temps​.eu)

La crise de légi­ti­mité que tra­verse la construc­tion euro­péenne trouve en partie ses ori­gines dans les contra­dic­tions inhé­rentes aux classes domi­nantes conti­nen­tales. Un ouvrage ins­piré des concepts de Gramsci cherche à appré­hen­der les limites de la gou­ver­nance néo-libé­rale de l’Europe.

Les néo-gram­sciens, l’intégration euro­péenne et le néolibéralisme.A propos de Contradictions and Limits of Neoliberal European Governance, édité par Bastiaan van Apeldoorn, Jan Drahokoupil et Laura Horn (Palgrave MacMillan, 2008)

Crise de légi­ti­mité, étude du projet d’intégration euro­péenne et néo-gram­scisme

La décen­nie qui vient de se ter­mi­ner a été mar­quée en Europe par une montée de l’euroscepticisme. En 2002, les diri­geants euro­péens étaient pleins d’optimisme quant à l’avenir du pro­ces­sus d’intégration euro­péenne, et pour cause. L’euro venait de rem­pla­cer défi­ni­ti­ve­ment les mon­naies natio­nales des pays de l’eurozone malgré de sombres pro­nos­tiques durant les années 90s sur les pos­si­bi­li­tés de réus­site d’un tel projet. En 2003, la France et l’Allemagne avait mené la fronde contre l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis et leurs alliés au conseil de sécu­rité de l’ONU, et malgré l’alignement pro-amé­ri­cain d’importants par­te­naires euro­péens (la Grande Bretagne, l’Italie, l’Espagne mais aussi la Pologne) et la divi­sion poli­tique mani­feste entre les membres de l’UE, ces pays pou­vaient se pré­sen­ter comme les cham­pions du droit inter­na­tio­nal et les par­ti­sans d’un impé­ria­lisme bien­veillant (même si deux ans aupa­ra­vant ils avaient par­ti­cipé à l’invasion de l’Afghanistan et que quelques mois après l’invasion de l’Irak ils ont mani­festé leur sou­tien à l’occupation de ce pays).

Mais en 2005, les élec­to­rats fran­çais et néer­lan­dais ont mas­si­ve­ment rejeté le projet de consti­tu­tion euro­péenne, dans un scru­tin où les prin­ci­pales forces poli­tiques de ces deux pays se sont trou­vées dans le camp des vain­cus. Et puis, en juin 2008, le texte qui a rem­placé le projet de consti­tu­tion – désor­mais un simple traité, une manœuvre visant à rendre pos­sible sa rati­fi­ca­tion par les par­le­ments fran­çais et néer­lan­dais sans sou­mettre à nou­veau le projet à réfé­ren­dum – a été rejeté par l’électorat irlan­dais. Les Irlandais ont dû revo­ter un an plus tard pour que le texte soi rati­fié chez eux, mais toute cette affaire est gro­tesque au point que per­sonne ne peut sérieu­se­ment affir­mer que la rati­fi­ca­tion du traité est la volonté de la majo­rité de l’électorat irlan­dais. Et paral­lè­le­ment à ces résul­tats réfé­ren­daires, la par­ti­ci­pa­tion aux élec­tions pour le par­le­ment euro­péen, seule ins­ti­tu­tion euro­péenne élue, a conti­nué sa ten­dance à la baisse : 45,5% en 2004 et 43% en 2009, le chiffre le plus bas de l’histoire de ce scru­tin.

Ces résul­tats élec­to­raux, com­bi­nés à la montée de dis­cours et de forces poli­tiques euros­cep­tiques, tra­duisent une crise de légi­ti­mité du projet euro­péen. Cette crise de légi­ti­mité remonte à plus loin, comme le montre Bastiaan van Apeldoorn dans sa prin­ci­pale contri­bu­tion à ce volume[1] [1]. C’est depuis le traité de Maastricht et sa consé­cra­tion des poli­tiques de rigueur qu’une méfiance vis-à-vis du projet d’intégration euro­péenne va s’accentuant. Cette méfiance s’est déve­lop­pée et se déve­loppe à des rythmes inégaux en Europe. Mais depuis le rejet du projet de consti­tu­tion, même une orga­ni­sa­tion comme la Confédération Européenne des Syndicats (CES) s’est sentie obli­gée de cri­ti­quer ver­ba­le­ment l’Europe néo­li­bé­rale.

La crise de légi­ti­mité du pro­ces­sus d’intégration euro­péenne a trans­formé cette ques­tion en un enjeu poli­tique majeur de la période que nous tra­ver­sons. Il existe de nom­breuses ana­lyses de ce qui dans le projet euro­péen pose pro­blème, de ce qui doit chan­ger et de com­ment s’y prendre. Mais dans une pers­pec­tive mar­xiste, il y a peu de tra­vaux qui portent sur la ques­tion et encore moins qui se soient pen­chés sur le pro­blème de manière sys­té­ma­tique. Une excep­tion est le cou­rant de pensée mar­xiste néo-gram­scien, et notam­ment les néo-gram­sciens euro­péens.

Le néo-gram­scisme est un cou­rant de pensée mar­xiste qui émerge vers le début des années 80s, après la décou­verte des tra­vaux de Gramsci par les mar­xistes anglo­phones, grâce à la tra­duc­tion des œuvres de celui-ci en anglais durant la pré­cé­dente décennie[2] [2]. Deux écoles se déve­loppent, paral­lè­le­ment et en lien l’une à l’autre. D’un côté, les néo-gram­sciens nord-amé­ri­cains, autour de Robert Cox et un peu plus tard Stephen Gill[3] [3] et de l’autre, les néo-gram­sciens de l’école d’Amsterdam, prin­ci­pa­le­ment autour des tra­vaux de Kees van der Pijl[4] [4].

Leur prin­ci­pale pré­oc­cu­pa­tion est de déve­lop­per un mar­xisme qui rompe avec ce qu’ils conçoivent comme un éco­no­misme sté­rile. D’où leur inté­rêt pour Gramsci et son concept d’hégémonie, ce régime de domi­na­tion poli­tique où la bour­geoi­sie assied sa domi­na­tion plus sur le consen­te­ment des classes domi­nées et moins sur sa capa­cité de coer­ci­tion. Les néo-gram­sciens voient dans ces tra­vaux la pos­si­bi­lité de déve­lop­per une théo­rie du poli­tique qui traite sérieu­se­ment les aspects idéo­lo­giques de la lutte des classes, en leur recon­nais­sant une cer­taine auto­no­mie et un rôle plus impor­tant dans le déve­lop­pe­ment his­to­rique.

Ce sont les néo-gram­sciens de l’école d’Amsterdam qui ont mené un tra­vail sys­té­ma­tique sur l’évolution des capi­ta­lismes euro­péens et par consé­quent du pro­ces­sus d’intégration euro­péenne. Leurs tra­vaux ont été publiés sous forme d’articles dans des revues aca­dé­miques tout au long des années 90s et ensuite dans une série d’ouvrages consa­crés spé­ci­fi­que­ment à la question[5] [5].

L’Europe du grand capi­tal

C’est Bastiaan van Apeldoorn qui a écrit le livre de réfé­rence néo-gram­scien sur l’intégration euro­péenne. Dans un ouvrage de 2002[6] [6], qui pour une bonne part est une étude consa­crée au lobby patro­nal dénommé « Table Ronde des Industriels Européens » (« European Round Table of Industrialists » – ERT) regrou­pant les diri­geants d’une cin­quan­taine de grandes mul­ti­na­tio­nales euro­péennes, il montre com­ment dès 1983, date de créa­tion de l’ERT, les frac­tions les plus inter­na­tio­na­li­sées du grand capi­tal euro­péen se sont orga­ni­sées pour relan­cer et façon­ner le pro­ces­sus d’intégration euro­péenne. Par le biais des acti­vi­tés de l’ERT et de chacun de ses membres, les mul­ti­na­tio­nales euro­péennes ont mis en avant un projet qui a abouti dans un pre­mier temps à l’Acte Unique de 1986, dont l’objectif prin­ci­pal était d’avancer vers l’achèvement du marché inté­rieur en éli­mi­nant toutes les bar­rières non-tari­faires, et ensuite au traité de Maastricht et l’Union Economique et Monétaire.

La partie la plus inté­res­sante du livre est la docu­men­ta­tion d’un conflit qui a divisé les grandes mul­ti­na­tio­nales de l’ERT durant les années 1980 entre une frac­tion que van Apeldoorn appelle ‘‘euro­péa­niste’’ et une autre qu’il appelle ‘‘glo­ba­liste’’. La frac­tion ‘‘euro­péa­niste’’ por­tait un projet néo-mer­can­ti­liste qui avait pour objec­tif la créa­tion d’un grand marché domes­tique pour les firmes euro­péennes avec si néces­saire la mise en place d’une poli­tique indus­trielle euro­péenne et de tarifs exté­rieurs pro­tec­tion­nistes, le tout visant à per­mettre aux mul­ti­na­tio­nales euro­péennes de faire face à la concur­rence amé­ri­caine et japo­naise. La frac­tion ‘‘glo­ba­liste’’ por­tait au contraire un projet néo­li­bé­ral, dans lequel le marché unique serait une grande zone de libre échange ouverte sur le marché mon­dial. Durant les années 1980, c’est la frac­tion ‘‘euro­péa­niste’’ qui a pré­va­lut dans l’ERT, mais à partir de la fin de la décen­nie elle a cédé du ter­rain à la frac­tion ‘‘glo­ba­liste’’, se conver­tis­sant en grande partie au projet de celle-ci. C’est donc le projet néo­li­bé­ral qui a façonné le traité de Maastricht.

Malgré leurs diver­gences, les deux frac­tions étaient unies pour deman­der une offen­sive contre les acquis du mou­ve­ment ouvrier, et donc la flexi­bi­li­sa­tion du marché du tra­vail et le déman­tè­le­ment de l’état pro­vi­dence. Significativement, le capi­tal fran­çais était la force domi­nante dans la frac­tion ‘‘euro­péa­niste’’, dans laquelle les ita­liens par­ti­ci­paient aussi, alors que le capi­tal bri­tan­nique struc­tu­rait le pôle ‘‘glo­ba­liste’’, avec la par­ti­ci­pa­tion plus timo­rée des alle­mands.

La frac­tion ‘‘euro­péa­niste’’ a aussi mis en place en 1987 l’ « Association for the Monetary Union of Europe » (AMUE) parce que le consen­sus dans l’ERT en faveur de l’UEM n’était pas suf­fi­sam­ment fort. Mais à partir de la fin des années 1980 le conflit entre les deux frac­tions s’atténue, ce qui permet aux grandes mul­ti­na­tio­nales bri­tan­niques de réin­té­grer le lobby, et les ‘‘euro­péa­nistes’’ s’alignent sur les ‘‘glo­ba­listes’’. Du projet néo-mer­can­ti­liste, il ne sera retenu que les aspects qui cor­res­pon­daient aux pré­oc­cu­pa­tions du projet néo­li­bé­ral, à savoir l’offensive contre les acquis du mou­ve­ment ouvrier. Ni une poli­tique indus­trielle euro­péenne, ni une vraie poli­tique euro­péenne de recherche et déve­lop­pe­ment, ni des mesures pro­tec­tion­nistes ne figu­re­ront dans le projet euro­péen tel qu’il se déve­loppe durant les années 1990.

Van Apeldoorn finit le livre en concluant que le modèle de capi­ta­lisme qui a émergé en Europe après les restruc­tu­ra­tions des années 1980 et 1990 n’est pas entiè­re­ment néo­li­bé­ral. Il uti­lise le terme ‘‘néo­li­bé­ra­lisme enchâssé’ (embedded)’[7] [7] pour dési­gner un modèle où des élé­ments de pro­tec­tion sociale per­sistent.

Les limites du ‘‘néo­li­bé­ra­lisme enchâssé’’

Le livre part de ce concept, conçu comme un projet hégé­mo­nique arti­culé autour des inté­rêts prin­ci­pa­le­ment du capi­tal finan­cier trans­na­tio­nal mais incor­po­rant aussi, au moins ver­ba­le­ment, les inté­rêts du capi­tal indus­triel et d’une partie du mou­ve­ment ouvrier. Ces trois forces sociales forment le bloc his­to­rique qui porte le projet de ‘‘néo­li­bé­ra­lisme enchâssé’’. Celui-ci est un projet hégé­mo­nique trans­na­tio­nal, c’est-à-dire éla­boré par des forces sociales qui dépassent les limites étroites de l’Etat-nation, et il trouve son expres­sion idéo­lo­gique dans la stra­té­gie de Lisbonne qui cherche à com­bi­ner les réfé­rences aux objec­tifs de com­pé­ti­ti­vité et la cohé­sion sociale. Mais la gou­ver­nance euro­péenne qui en résulte est ‘‘asy­mé­trique’’. Au niveau supra­na­tio­nal – c’est-à-dire la Commission – domine le néo­li­bé­ra­lisme alors qu’au niveau natio­nal des élé­ments de pro­tec­tion sociale per­sistent. Mais dans ce projet hégé­mo­nique, il est donné prio­rité à tout ce qui relève de la réor­ga­ni­sa­tion néo­li­bé­rale du capi­ta­lisme euro­péen, et donc pro­gres­si­ve­ment les élé­ments de pro­tec­tion sociale au niveau natio­nal sont sapés. C’est ce qui fait que pro­gres­si­ve­ment le mou­ve­ment ouvrier se détache de la stra­té­gie de Lisbonne.

Bien sûr, comme le montre Andreas Bieler dans le der­nier cha­pitre du livre[8] [8], le mou­ve­ment ouvrier n’est pas homo­gène dans son atti­tude envers le ‘‘néo­li­bé­ra­lisme enchâssé’’. En même temps que les confé­dé­ra­tions prin­ci­pales – regrou­pées dans la CES – com­mencent petit à petit à chan­ger de dis­cours sur le projet euro­péen, il y a une aile radi­cale dans le mou­ve­ment ouvrier euro­péen qui s’oppose clai­re­ment à la restruc­tu­ra­tion néo­li­bé­rale des capi­ta­lismes euro­péens, le syn­di­cat fran­çais Solidaires en étant l’exemple le plus impor­tant. Cette divi­sion s’est clai­re­ment affir­mée par rap­port au projet de consti­tu­tion euro­péenne. Alors que plu­sieurs syn­di­cats en France ont fait cam­pagne contre la consti­tu­tion (Solidaires, FO et après une révolte interne, la CGT), les confé­dé­ra­tions syn­di­cales en Grande Bretagne et en Allemagne ont sou­tenu le projet.

Cette hété­ro­gé­néité dans le mou­ve­ment ouvrier concerne aussi les pra­tiques visant à défendre les inté­rêts des tra­vailleurs. Alors que contre la direc­tive Bolkestein par exemple, la Fédération Européenne des Syndicats des Services Publics (European Federation of Public Service Unions – EPSU) a par­ti­cipé à plu­sieurs mani­fes­ta­tions et a noué des alliances avec d’autres mou­ve­ments sociaux dans le Forum Social Européen, la CES et en par­ti­cu­lier les confé­dé­ra­tions syn­di­cales alle­mande et autri­chienne ont exigé que pen­dant une période allant jusqu’à sept ans, des res­tric­tions à la libre cir­cu­la­tion des tra­vailleurs venant des pays de l’Europe Centrale et Orientale (ECO) seraient mises en place, optant pour le pro­tec­tion­nisme contre la soli­da­rité inter­na­tio­nale des tra­vailleurs.

Pour van Apeldoorn, il n’y a pas que le mou­ve­ment ouvrier qui com­mence à grin­cer des dents. L’auteur consi­dère que les repré­sen­tants du capi­tal indus­triel com­mencent à se déso­li­da­ri­ser de la ten­ta­tive de la Commission d’unifier les mar­chés finan­ciers euro­péens et de favo­ri­ser le pro­ces­sus de fusions et acquisitions[9] [9]. Pour les néo-gram­sciens, il existe deux pers­pec­tives dis­tinctes au sein de la classe capi­ta­liste. D’un côté, la pers­pec­tive du capi­tal pro­duc­tif (indus­triel), plus atta­chée à la néces­sité de régu­la­tion du capi­ta­lisme et à la for­ma­tion d’une main d’œuvre pro­duc­tive, et donc sen­sible à la néces­sité de mesures de pro­tec­tion sociale, et de l’autre la pers­pec­tive du capi­tal-argent (finan­cier), dont la mobi­lité le rend indif­fé­rent à la régu­la­tion du capi­ta­lisme et clai­re­ment hos­tile à toute ten­ta­tive d’entraver le libre fonc­tion­ne­ment du marché capi­ta­liste et donc au prin­cipe de pro­tec­tion sociale. Alors que la période d’avant l’Acte Unique était une période fondée sur un com­pro­mis entre ces deux pers­pec­tives (et aussi sur un com­pro­mis de classe entre le capi­tal indus­triel et le mou­ve­ment ouvrier), la période du ‘‘néo­li­bé­ra­lisme enchâssé’’ voit la rup­ture de ces com­pro­mis et le retour à la pré­émi­nence du capi­tal finan­cier (et du capi­tal dans son ensemble sur le tra­vail). Mais plus cette ten­dance se réa­lise, plus elle sape les bases du nou­veau bloc his­to­rique arti­culé autour du capi­tal finan­cier.

De manière géné­rale, les contri­bu­teurs à ce livre rap­prochent le concept de modèle capi­ta­liste néo­li­bé­ral à l’idée d’un modèle anglo-saxon, où les élé­ments de pro­tec­tion sociale seraient inexis­tants, où domi­ne­raient le capi­tal finan­cier et la dis­tri­bu­tion des divi­dendes aux action­naires plutôt que la pla­ni­fi­ca­tion de long-terme des acti­vi­tés des entre­prises (la sha­re­hold value et le court-ter­misme plutôt que la réten­tion et le réin­ves­tis­se­ment des pro­fits). Vu l’évolution des capi­ta­lismes euro­péens vers des modèles régu­lés selon ces prin­cipes-là, les auteurs tirent comme conclu­sion que les anta­go­nismes atlan­tiques sont en train de s’atténuer puisque l’autonomie de l’Europe vis-à-vis des Etats-Unis s’effrite. Alan Cafruny par exemple, dans sa contri­bu­tion sur les aspects géo­po­li­tiques de la rela­tion entre Europe et Amérique[10] [10], affirme que l’ « on peut sou­te­nir que les puis­sances euro­péennes ont atteint la plus grande – bien que limi­tée – auto­no­mie vis-à-vis des Etats-Unis durant l’époque éta­tiste et du libé­ra­lisme enchâssé[11] [11], bien avant l’avènement du supra­na­tio­na­lisme, de la gou­ver­nance à plu­sieurs niveaux et de l’euro. »[12] [12]

Cette ana­lyse est plus ou moins nuan­cée selon les auteurs. Vliegenthart et Overbeek[13] [13] ana­lysent l’élargissement à l’Est comme un évé­ne­ment qui ren­force la dyna­mique néo­li­bé­rale et du coup le camp néo­li­bé­ral et pro-amé­ri­cain (Grande Bretagne et Irlande par exemple). Mais ils voient aussi les signes d’une réac­tion à cette dyna­mique au sein des pays de l’ECO, tout comme ils iden­ti­fient les contours d’une nou­velle confi­gu­ra­tion émer­gente, que nous avons appe­lée – faute de mieux – le bloc ‘Euro-libé­ral’. Soutenues par un ensemble de grands groupes indus­triels (dont plu­sieurs membres de l’ERT) qui sont inter­na­tio­na­le­ment com­pé­ti­tifs (mais dont la base est l’Europe). Avec comme fers de lance poli­tique la Commission euro­péenne et les nou­veaux gou­ver­ne­ments alle­mands et fran­çais, ces forces cherchent à uti­li­ser l’espace éco­no­mique euro­péen élargi pour défendre et déve­lop­per un com­plexe tech­no­lo­gico-indus­triel euro­péen lequel devrait à terme pou­voir concur­ren­cer les Etats-Unis (ainsi que les grandes puis­sances indus­trielles d’Asie).[14] [14]

Forces et fai­blesses de l’approche néo-gram­scienne

La force de l’approche néo-gram­scienne est d’avoir mis en relief le degré auquel le projet euro­péen a été et conti­nue d’être struc­turé autour des besoins et des stra­té­gies du grand capi­tal euro­péen. Cette ques­tion est assez impor­tante et a déjà fait débat en France. Yves Salesse, par exemple, a sou­tenu que le grand capi­tal est resté indif­fé­rent à la construc­tion euro­péenne et qu’il cherche à limi­ter cette construc­tion à une zone de libre échange[15] [15]. Et même s’il recon­naît que le pro­ces­sus fait l’objet d’une lutte et qu’il existe des visions concur­rentes de ce que doit deve­nir l’Europe (essen­tiel­le­ment entre la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne), il affirme que le capi­tal n’est pas la force sociale qui pro­pulse le projet euro­péen.

Or, les tra­vaux de van Apeldoorn en par­ti­cu­lier montrent que le grand capi­tal dans son ensemble vou­lait l’Europe telle qu’elle s’est construite jusqu’ici et qu’en plus cer­taines frac­tions du capi­tal euro­péen inter­na­tio­na­lisé auraient bien voulu voir un pro­ces­sus de construc­tion de l’Europe poli­tique beau­coup plus poussé. Salesse concède que l’UEM et la Banque Centrale Européenne (BCE) sont des élé­ments qui vont dans le sens de la construc­tion de l’Europe politique[16] [16] mais néglige le sou­tien actif qu’a reçu l’euro de la part de la frac­tion ‘‘euro­péa­niste’’ dans l’ERT, sans que cela signi­fie de sur­croît que la frac­tion ‘‘glo­ba­liste’’ ait été oppo­sée à l’euro

.

La deuxième grande force de cette approche est de docu­men­ter la crise de légi­ti­mité du projet euro­péen telle qu’elle se déve­loppe ces quinze der­nières années. Cette crise de légi­ti­mité se déve­loppe sur la base d’une pola­ri­sa­tion sociale qui va s’approfondissant, ce que les néo-gram­sciens conçoivent à tra­vers le prisme du ‘‘néo­li­bé­ra­lisme enchâssé’’ et de l’érosion conti­nue des élé­ments de pro­tec­tion sociale dans les capi­ta­lismes euro­péens. Ce fai­sant, ils montrent que l’hégémonie du groupe qui domine le projet euro­péen actuel s’affaiblit de plus en plus. Cela crée des espaces pour l’émergence de ce qu’ils appellent un bloc ‘‘contre-hégé­mo­nique’’ por­tant un projet alter­na­tif.

Mais il y a un aspect qui me paraît pro­blé­ma­tique dans l’approche néo-gram­scienne. Alors qu’elle met en relief le rôle du grand capi­tal, elle n’explique pas très clai­re­ment les rai­sons qui ont poussé celui-ci à cher­cher la solu­tion à ses pro­blèmes à l’échelle euro­péenne, par l’achèvement du marché inté­rieur, et non plus à l’échelle natio­nale. Ce pro­blème a en partie à voir avec l’utilisation du concept de ‘‘classes trans­na­tio­nales’’. L’idée der­rière ce concept est qu’il peut se consti­tuer des classes sociales par delà les fron­tières natio­nales et qui peuvent éla­bo­rer col­lec­ti­ve­ment des stra­té­gies pour défendre et pro­mou­voir leurs inté­rêts. Les néo-gram­sciens ont depuis long­temps porté leur atten­tion à l’étude de forums comme la Trilateral Commission ou le Bilderberg Group dans les­quels des repré­sen­tants des classes diri­geantes occi­den­tales se réunissent régu­liè­re­ment. L’un des pre­miers livres de Kees van der Pijl s’intitule La créa­tion d’une classe diri­geante atlantique[17] [17].

Mais que des capi­ta­listes, des bureau­crates ou autres membres des classes diri­geantes occi­den­tales se réunissent pour dis­cu­ter ne signi­fie pas qu’ils par­tagent les mêmes inté­rêts, ou ont les mêmes liens avec les dif­fé­rents Etats natio­naux qui com­posent le monde occi­den­tal. Ainsi, tant que les grands groupes capi­ta­listes pou­vaient se satis­faire des appuis qu’ils pou­vaient trou­ver dans leurs états natio­naux, il n’y avait pas besoin de cher­cher des solu­tions à leurs pro­blèmes qui dépassent ce cadre. Or, l’objectif de l’ERT dans les années 1980 était non seule­ment d’impulser une offen­sive contre les acquis du mou­ve­ment ouvrier, mais aussi et de manière tout aussi impor­tante, de relan­cer la construc­tion euro­péenne et le marché inté­rieur. D’ailleurs, van Apeldoorn men­tionne que la relance de la construc­tion euro­péenne a suivi l’échec des ten­ta­tives d’apporter des solu­tions natio­nales aux pro­blèmes géné­rés par la crise des années 1970[18] [18].

La ques­tion qui se pose donc est pour­quoi à partir des années 1970 il fal­lait que le grand capi­tal euro­péen se mette à rai­son­ner à l’échelle euro­péenne. Comme Ernest Mandel et Chris Harman l’ont montré dès le début des années 70s[19] [19], la pres­sion concur­ren­tielle exer­cée par le capi­tal amé­ri­cain sur le capi­tal euro­péen obli­geait ce der­nier à se regrou­per afin de pou­voir mobi­li­ser les res­sources néces­saires pour pou­voir rester com­pé­ti­tif. La construc­tion du marché inté­rieur était une mesure qui per­met­trait aux groupes euro­péens les plus inter­na­tio­na­li­sés à avoir accès à un marché désor­mais de taille conti­nen­tale, com­pa­rable au marché inté­rieur amé­ri­cain. Mais aussi, abattre les bar­rières pro­tec­tion­nistes ren­force l’intensité de la concur­rence intra-euro­péenne et accé­lère le pro­ces­sus de restruc­tu­ra­tion et de cen­tra­li­sa­tion du capi­tal euro­péen, chose qui est effec­ti­ve­ment arri­vée. A l’échelle des mille plus grandes entre­prises euro­péennes, il y a eu 117 fusions ou acqui­si­tions en 1982/3. Ce chiffre était de 303 en 1986/7, année de l’Acte Unique, et de 662 en 1988/9. En 1983/4 la pro­por­tion d’opérations natio­nales était de 65.2% et d’opérations intra-euro­péennes de 18.7%. En 1988/9, les pour­cen­tages res­pec­tifs étaient de 47.4% et de 40%[20] [20]. Une étude des réseaux finan­ciers euro­péens conclut que « tout se passe comme si pen­dant cette période les entre­prises cher­chaient à atteindre la taille cri­tique d’abord à l’intérieur des fron­tières natio­nales, ou à défaut ensuite, à l’échelle com­mu­nau­taire. »[21] [21]

Naturellement, ceux qui vou­laient que ces mesures soient prises étaient ceux qui sor­ti­raient vain­queurs de ce pro­ces­sus, les groupes les plus com­pé­ti­tifs et les plus inter­na­tio­na­li­sés.

Cette obser­va­tion en amène une autre. L’idée néo-gram­scienne selon laquelle le capi­tal indus­triel et le capi­tal finan­cier auraient des pers­pec­tives dif­fé­rentes en raison de leur nature (capi­tal pro­duc­tif et capi­tal-argent, chacun cor­res­pon­dant à un moment dif­fé­rent dans le pro­ces­sus de repro­duc­tion du capi­tal) paraît injus­ti­fiée. Pour les néo-gram­sciens, c’est la domi­na­tion du capi­tal finan­cier sur le capi­tal indus­triel qui expli­que­rait la volonté de la Commission d’aller vers un marché finan­cier euro­péen unifié. Or, et comme d’ailleurs le montrent Bieling et Jäger dans leur contribution[22] [22], les mesures favo­ri­sant la restruc­tu­ra­tion du sec­teur ban­caire et finan­cier en Europe, dans le sens de l’unification des mar­chés natio­naux qui de fait aurait les mêmes effets que ceux décrits dans le pré­cé­dent para­graphe à propos de la construc­tion du marché inté­rieur, ont divisé les banques euro­péennes. Celles de taille moyenne – essen­tiel­le­ment les banques alle­mandes – étaient réti­centes alors que les grandes banques inter­na­tio­na­li­sées, notam­ment bri­tan­niques, y étaient favo­rables.

La volonté de la Commission d’aller vers un marché finan­cier euro­péen unifié relève de la même dyna­mique décrite par Mandel et Harman. La frag­men­ta­tion des mar­chés finan­ciers euro­péens confère un avan­tage aux mar­chés finan­ciers amé­ri­cains. Puisque ceux-ci sont uni­fiés, ils sont plus pro­fonds (un plus grand nombre d’actifs finan­ciers y cir­cule), plus liquides (un actif finan­cier peut faci­le­ment s’y échan­ger à sa valeur de marché) et plus cen­tra­li­sés (un plus petit nombre d’institutions finan­cières y opère). Tout cela veut dire qu’ils sont beau­coup plus attrac­tifs pour les inves­tis­seurs finan­ciers et que les ins­ti­tu­tions finan­cières amé­ri­caines opèrent à des coûts plus bas. L’objectif de la Commission est de pal­lier à cela en accé­lé­rant la restruc­tu­ra­tion du sec­teur finan­cier euro­péen et ren­for­cer le degré de cen­tra­li­sa­tion dans le sec­teur. Ce qui se fait aujourd’hui au niveau euro­péen s’est déjà fait au niveau natio­nal dans les années 1980. En France par exemple, à partir de 1984 le gou­ver­ne­ment socia­liste a pris une série de mesures visant à unifié les mar­chés finan­ciers et à pro­mou­voir la cen­tra­li­sa­tion du sec­teur (avec comme résul­tat l’émergence de trois grandes banques uni­ver­selles dès la fin des années 1980).

De manière géné­rale donc, on peut dire que la réa­li­sa­tion du grand marché inté­rieur (depuis l’Acte Unique de 1986 aux ten­ta­tives toutes récentes de créa­tion d’un marché unique des acqui­si­tions publiques d’armements en pas­sant par la créa­tion d’un marché finan­cier unique) était une stra­té­gie dont le but prin­ci­pal était et reste de pro­mou­voir la conso­li­da­tion régio­nale du capi­tal euro­péen, une néces­sité qui découle de la concur­rence avec le capi­tal amé­ri­cain. Le prin­ci­pal cli­vage donc n’est pas entre le capi­tal finan­cier et le capi­tal indus­triel mais entre le grand capi­tal inter­na­tio­na­lisé et les capi­taux d’une plus petite taille qui ont besoin de la pro­tec­tion que leur four­nit leur état natio­nal contre les effets de la concur­rence inter­na­tio­nale.

S’il n’existe pas de cli­vage entre le capi­tal finan­cier et le capi­tal indus­triel, et que ce der­nier peut aussi sou­te­nir le néo­li­bé­ra­lisme assumé de la Commission (le niveau supra­na­tio­nal de la gou­ver­nance euro­péenne ‘‘à plu­sieurs niveaux’’), l’offensive contre le mou­ve­ment ouvrier ne peut pas non plus s’expliquer par un sup­posé retour de la pré­émi­nence du capi­tal finan­cier. Il serait donc erroné de sou­te­nir que la période du ‘‘libé­ra­lisme enchâssé’’ était fondée sur un double com­pro­mis, entre le capi­tal finan­cier et le capi­tal indus­triel et entre le capi­tal indus­triel et le mou­ve­ment ouvrier. Ce qui explique l’offensive néo­li­bé­rale se trouve ailleurs, essen­tiel­le­ment dans la baisse du taux de profit des années 1970 et la ten­ta­tive de le res­tau­rer en aug­men­tant le taux d’exploitation.

Un troi­sième aspect qui me semble pro­blé­ma­tique dans cet ouvrage est le trai­te­ment de la rela­tion atlan­tique. Comme j’ai essayé de le mon­trer plus haut, on ne peut com­prendre le pro­ces­sus de construc­tion euro­péenne qu’en se réfé­rant aux impé­ra­tifs impo­sés aux capi­ta­lismes euro­péens par la concur­rence atlan­tique. Cela devrait en soi suf­fire pour com­prendre la rela­tion atlan­tique comme étant d’abord et avant tout anta­go­nique, malgré le regrou­pe­ment des occi­den­taux dans l’Otan. Et bien sûr, les néo-gram­sciens recon­naissent cet aspect des choses, même s’ils ne lui accordent pas la place qu’il mérite dans leur ana­lyse. Mais ils tendent à inter­pré­ter l’approfondissement du néo­li­bé­ra­lisme en Europe comme le signe d’un ali­gne­ment atlan­tiste, notam­ment Cafruny.

Cet avis n’est pas par­tagé par Guglielmo Carchedi, un éco­no­miste mar­xiste qui lui aussi tra­vaille sys­té­ma­ti­que­ment sur la ‘‘ques­tion euro­péenne’’ depuis quelques années maintenant[23] [23]. Il voit dans l’euro un ins­tru­ment forgé par les capi­ta­listes euro­péens dans la pers­pec­tive de pou­voir un jour défier la pré­émi­nence du dollar comme mon­naie de réserve inter­na­tio­nale et les avan­tages que cela confère aux Etats-Unis. Ainsi, la poli­tique de l’euro fort vise à prou­ver aux inves­tis­seurs inter­na­tio­naux la supé­rio­rité de cette mon­naie comme réserve de valeur. La dégrin­go­lade du dollar des der­nières années et les craintes quant à la pos­si­bi­lité d’un effon­dre­ment de cette mon­naie ren­force l’euro. Plusieurs banques cen­trales diver­si­fient leurs réserves de devises inter­na­tio­nales et se tournent vers l’euro. Il ne fait pas de doute pour Carchedi que l’euro est un défi sérieux pour le dollar.

Mais là où les choses deviennent encore plus sérieuses, c’est que depuis trois ou quatre ans, une force mili­taire euro­péenne auto­nome, s’appuyant sur une indus­trie euro­péenne de l’armement, est en voie de consti­tu­tion. Cafruny recon­naît que la créa­tion de l’Agence de Défense Européenne (European Defence Agency – EDA) en 2006 était un pas en avant consi­dé­rable dans cette direc­tion. Mais il consi­dère que la créa­tion de la Force de Réaction Rapide (FRR)[24] [24] ou des Battle Groups[25] [25] ne va pas dans le sens d’une auto­no­mi­sa­tion des capa­ci­tés mili­taires des pays euro­péens. Pourtant, ces deux struc­tures sont indé­pen­dantes de l’Otan et leur quar­tier géné­ral est séparé de celui de l’Otan, ce à quoi les Etats-Unis ont été farou­che­ment oppo­sés. Ce qui amène Carchedi à conclure que « la FRR et les Battle Groups sont la pre­mière véri­table mani­fes­ta­tion d’une armée euro­péenne, bien que quan­ti­ta­ti­ve­ment faible. »[26] [26]

Si l’on suit Carchedi, l’émergence de l’euro, l’achèvement du marché inté­rieur et depuis peu l’émergence d’une capa­cité mili­taro-indus­trielle auto­nome en Europe (même à l’état embryon­naire) sont des jalons dans une longue tra­jec­toire de consti­tu­tion d’un bloc impé­ria­liste auto­nome des Etats-Unis. Ce bloc reste encore insuf­fi­sam­ment unifié au niveau poli­tique et tra­versé par des contra­dic­tions. Mais si depuis une tren­taine d’années (disons depuis la mise en place du pré­cur­seur de l’euro, l’écu, en 1978) la ten­dance est celle-ci, il semble dif­fi­cile d’affirmer, en sui­vant Cafruny, que l’Europe a atteint le plus grand degré d’autonomie vis-à-vis l’Amérique durant les trente années pré­cé­dentes.

Problèmes poli­tiques du néo-gram­scisme

L’analyse qu’on peut faire du pro­ces­sus d’intégration euro­péenne a son impor­tance poli­tique. Selon qu’on iden­ti­fie des fai­blesses ou non dans le pro­ces­sus, on met en place les stra­té­gies appro­priées pour déve­lop­per un projet euro­péen alter­na­tif.

De ce point de vue, le néo-gram­scisme nous four­nit un bon point de départ puisqu’il part du constat que le bloc hégé­mo­nique qui porte le projet euro­péen actuel est en perte de vitesse. Même si les contri­bu­teurs à ce livre sont rela­ti­ve­ment pes­si­mistes par rap­port au poten­tiel d’émergence d’un bloc ‘‘contre-hégé­mo­nique’’ (à plu­sieurs reprises ils affirment qu’il n’en existe pas encore un), leurs ana­lyses pointent les pos­si­bi­li­tés offertes par la situa­tion.

Mais leur ana­lyse du bloc hégé­mo­nique actuel pose pro­blème. Dans leur concep­tion, il exis­te­rait la pos­si­bi­lité d’un retour en arrière en quelque sorte, un retour à l’époque du ‘‘libé­ra­lisme enchâssé’’ mais qui pour­rait voir le jour à l’échelle euro­péenne cette fois-ci. Ce qui rend pos­sible ce scé­na­rio est l’idée que le capi­tal indus­triel consti­tue une force sociale dont les inté­rêts ne sont que par­tiel­le­ment pris en compte dans le projet hégé­mo­nique du capi­tal finan­cier euro­péen. Cela laisse entre­voir la pos­si­bi­lité que le capi­tal indus­triel s’en détache et récrée une alliance de classe avec le mou­ve­ment ouvrier.

J’ai essayé de mon­trer que la dis­tinc­tion entre capi­tal finan­cier et capi­tal indus­triel n’était pas opé­ra­tion­nelle à ce niveau-là et que la prin­ci­pale divi­sion au sein du capi­tal euro­péen aujourd’hui est celle qui sépare les frac­tions les plus inter­na­tio­na­li­sées, forces motrices du pro­ces­sus, et les frac­tions qui dépendent encore de la pro­tec­tion que peut leur four­nir leur atta­che­ment à un état natio­nal. Mais l’âpreté de la concur­rence inter­na­tio­nale signi­fie que tôt ou tard ces frac­tions dis­pa­raî­tront, lais­sant la place à ceux qui peuvent sur­vivre sur le marché mon­dial. Entretemps, le capi­tal euro­péen dans son ensemble a inté­rêt à pour­suivre le seul aspect du projet néo­li­bé­ral qui unisse toutes ses frac­tions, à savoir l’offensive contre le niveau de vie et les acquis des tra­vailleurs euro­péens.

La crise éco­no­mique actuelle pousse les états euro­péens à aller encore plus loin dans l’érosion des aspects de pro­tec­tion sociale. L’accumulation des défi­cits publics due aux sau­ve­tages des banques et aux gigan­tesques plans de relance inquiète les inves­tis­seurs inter­na­tio­naux et fait monter la pres­sion sur les gou­ver­ne­ments euro­péens pour qu’ils réduisent ces défi­cits au plus vite. Les défi­cits font aussi planer le doute sur la soli­dité de l’euro ; l’impact qu’aurait la faillite d’un état comme la Grèce sur le cours de l’euro ne peut lais­ser indif­fé­rents ni les bureau­crates bruxel­lois, ni les res­pon­sables de la BCE, ni les diri­geants des grands groupes capi­ta­listes.

C’est pour­quoi construire un projet ‘‘contre-hégé­mo­nique’’ com­mence par le ren­for­ce­ment de la résis­tance aux mesures d’austérité qui soit tombent déjà soit ne vont pas tarder à tomber. La crise de légi­ti­mité du projet euro­péen et l’émergence d’une série de forces de gauche radi­cale comme le NPA en France ou Die Linke en Allemagne sont les élé­ments à partir des­quels une contre-hégé­mo­nie à l’Europe néo­li­bé­rale pourra se construire.

[1] [27] ‘The Contradictions of ‘Embedded Neoliberalism’ and Europe’s Multi-level Legitimacy Crisis : The European Project and its Limits’, pp. 21-43. [2] [28] Pour une intro­duc­tion à la pensée de Gramsci, voir l’article en deux par­ties de Sarah Bénichou ‘Antonio Gramsci, penser la révo­lu­tion au pré­sent’ et ‘Antonio Gramsci, l’hégémonie comme stra­té­gie’, dis­po­nibles res­pec­ti­ve­ment en ligne : http://​que​faire​.lautre​.net/​q​u​e​-​f​a​i​r​e​/​q​u​e​-​f​a​i​r​e​-​l​c​r​-​n​o​0​8​-​m​a​i​-​j​u​i​l​l​e​t​/​A​n​t​o​n​i​o​-​G​r​a​m​s​c​i​-​p​e​n​s​er-la [29] et http://​que​faire​.lautre​.net/​q​u​e​-​f​a​i​r​e​/​q​u​e​-​f​a​i​r​e​-​l​c​r​-​n​o​0​9​-​a​o​u​t​-​o​c​t​o​b​r​e​/​a​r​t​i​c​l​e​/​a​n​t​o​n​i​o​-​g​r​a​m​s​c​i​-​l​-​h​e​g​e​m​o​n​i​e​-​comme [30]. [3] [31] Leur texte fon­da­teur est l’article de Robert Cox, datant de 1983, ‘Gramsci, Hegemony and International Relations : An Essay in Method’ Millennium Journal of International Studies, 1983, 12 : 162-175. [4] [32] Voir son Transnational Classes and International Relations, London, Routledge, 1998, pour une intro­duc­tion à sa ver­sion du néo-gram­scisme. [5] [33] Voir notam­ment Bieler, A. and Morton, A. D. (eds) Social Forces in the Making of the New Europe. The Restructuring of European Social Relations in the Global Political Economy, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2001 et Cafruny, A. and Ryner, M. (eds) A Ruined Fortress ? Neoliberal Hegemony and Transformation in Europe, Lanham, MD : Rowman and Littlefield, 2003. [6] [34] Transnational Capitalism and the Struggle over European Integration, London, Routledge, 2002. [7] [35] ‘‘Embedded neo­li­be­ra­lism’’. La tra­duc­tion ne rend pas très bien compte du sens du mot ‘‘embed­ded’’. Le terme est ins­piré par les tra­vaux de Karl Polanyi, sur­tout son livre La Grande Transformation, Paris, Gallimard, 1983. [8] [36] ‘Globalization and Regional Integration : The Possibilities and Problems for Trade Unions to Resist Neoliberal Restructuring in Europe’, pp. 232-249. [9] [37] Voir la sec­tion ‘Limits to the Incorporation of Industrial Capital’, pp. 33-35. La créa­tion d’un marché finan­cier unique en Europe avait une place d’honneur dans la stra­té­gie de Lisbonne. En 1999 la Commission a mis en place le Financial Services Action Plan et par la suite a tenté de favo­ri­ser les OPAs par le biais de direc­tives. [10] [38] ‘Geopolitics and Neoliberalism : US Power and the Limits of European Autonomy’, pp. 64-83. [11] [39] Il s’agit de la période entre la fin de la deuxième guerre mon­diale et la fin des années 70s. [12] [40] p. 82. La deuxième période est celle qui com­mence avec l’Acte Unique en 1986 et qui voit le ren­for­ce­ment des aspects supra­na­tio­naux de la construc­tion euro­péenne : exten­sion des déci­sions prises à la majo­rité qua­li­fiée au sein du Conseil et ren­for­ce­ment du rôle de la Commission. [13] [41] ‘Corporate Tax Reform in Neoliberal Europe : Central and Eastern Europe as a Template for Deepening the Neoliberal European Integration Project?’, pp. 143-162 ? [14] [42] p. 158. [15] [43] Voir son article ‘Le point sur le débat euro­péen’, Contretemps (ancienne for­mule), numéro 9, février 2004. [16] [44] Ibid, p.77. [17] [45] Kees van der Pijl The Making of an Atlantic Ruling Class, London, Verso, 1984, dis­po­nible en ligne ici http://​www​.the​glo​bal​site​.ac​.uk/​a​t​l​a​n​t​i​c​r​u​l​i​n​g​c​lass/ [46]. [18] [47] Transnational Capitalism, p.69. [19] [48] Ernest Mandel Europe versus America : Contradictions of Imperialism, New York, Monthly Review Press, 1970 et Chris Harman ‘The Common market’, International Socialism, 1/48, pp. 6-16. [20] [49] Chiffres tires de Cox, Andrew and Glyn Watson (1995) ‘The European Community and the Restructuring of Europe’s National Champions’, in J. Hayward (ed) Industrial Enterprise and European Integration : From National to International Champions in Europe (Oxford : Oxford UP), pp304-333. [21] [50] Dupuy, Claude et Morin, François Le Cœur Financier Européen, Paris, Economica, 1993. [22] [51] ‘Global Finance and the European Economy : The Struggle over Banking Regulation’, pp. 87-105. [23] [52] Voir notam­ment son livre For Another Europe : A Class Analysis of European Economic Integration, London, Verso, 2001, mais aussi l’article ‘The Military Arm of the European Union’, Rethinking Marxism, vol. 18, no. 2, 2006. [24] [53] Une force mili­taire capable de déployer en un mois et pen­dant un an une force de 60000 troupes, indé­pen­dam­ment de l’Otan et donc des Etats-Unis. [25] [54] Groupements tac­tiques du volume d’une bri­gade (envi­ron 1500 hommes), déployables en dix jours. Leur impor­tance réside dans le fait qu’ils peuvent être com­po­sés et déployés par les pays qui le sou­haitent, ce qui permet à la France et à l’Allemagne de contour­ner les réti­cences des pays pro-amé­ri­cains, notam­ment de la Grande Bretagne. [26] [55] ‘The Military Arm of the European Union’, pp. 329-330.

Lectures

URL source : http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​rises

Liens :

[1] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_ftn1 [2] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_ftn2 [3] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_ftn3 [4] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_ftn4 [5] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_ftn5 [6] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_ftn6 [7] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_ftn7 [8] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_ftn8 [9] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_ftn9 [10] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​ftn10 [11] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​ftn11 [12] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​ftn12 [13] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​ftn13 [14] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​ftn14 [15] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​ftn15 [16] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​ftn16 [17] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​ftn17 [18] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​ftn18 [19] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​ftn19 [20] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​ftn20 [21] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​ftn21 [22] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​ftn22 [23] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​ftn23 [24] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​ftn24 [25] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​ftn25 [26] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​ftn26 [27] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​nref1 [28] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​nref2 [29] http://​que​faire​.lautre​.net/​q​u​e​-​f​a​i​r​e​/​q​u​e​-​f​a​i​r​e​-​l​c​r​-​n​o​0​8​-​m​a​i​-​j​u​i​l​l​e​t​/​A​n​t​o​n​i​o​-​G​r​a​m​s​c​i​-​p​e​n​s​er-la [30] http://​que​faire​.lautre​.net/​q​u​e​-​f​a​i​r​e​/​q​u​e​-​f​a​i​r​e​-​l​c​r​-​n​o​0​9​-​a​o​u​t​-​o​c​t​o​b​r​e​/​a​r​t​i​c​l​e​/​a​n​t​o​n​i​o​-​g​r​a​m​s​c​i​-​l​-​h​e​g​e​m​o​n​i​e​-​comme [31] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​nref3 [32] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​nref4 [33] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​nref5 [34] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​nref6 [35] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​nref7 [36] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​nref8 [37] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​nref9 [38] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​n​ref10 [39] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​n​ref11 [40] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​n​ref12 [41] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​n​ref13 [42] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​n​ref14 [43] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​n​ref15 [44] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​n​ref16 [45] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​n​ref17 [46] http://​www​.the​glo​bal​site​.ac​.uk/​a​t​l​a​n​t​i​c​r​u​l​i​n​g​c​lass/ [47] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​n​ref18 [48] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​n​ref19 [49] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​n​ref20 [50] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​n​ref21 [51] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​n​ref22 [52] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​n​ref23 [53] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​n​ref24 [54] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​n​ref25 [55] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​l​e​u​r​o​p​e​-​s​e​s​-​c​r​i​s​e​s​#​_​f​t​n​ref26

Les commentaires sont fermés.