Le NPD peut-il changer ?

Christian Favreau, militant de COURAGE et président de l’association de circonscription néo-démocrate Laurier – Sainte-Marie du NPD

Lors du congrès national du NPD les 9-11 avril dernier, il y a eu des débats sur l’orientation du parti au moment où une campagne électorale fédérale sera bientôt déclenchée pour l’automne prochain. Les membres de COURAGE sont intervenus pour suggérer une perspective socialiste, ce à quoi l’establishment du parti s’oppose. Il est difficile de mesurer précisément ce que veulent les membres de cet establishment.

 

Qu’est-ce que COURAGE ?

Nous avons des membres à l’intérieur et à l’extérieur du NPD. Un de nos objectifs est de nouer le dialogue avec la NPD et la politique électorale de manière constructive. Nous) sommes tou.te.s d’accord que les élections à elles seules ne suffiront pas à entrainer la profondeur du changement que nous voulons. Cependant, les élections et les politiques électorales jouent un rôle. On aimerait que le NPD soit plus démocratique, plus ouvert aux militant.e.s des mouvements sociaux et plus courageux quand il s’agit de mettre de l’avant des politiques progressistes et transformatrices.

COURAGE : http://www.couragecoalition.ca/fr/2021/04/

 

L’hypothèse d’un virage à gauche

Il appert que la majorité des membres du NPD veulent se démarquer de l’image qui prévaut dans l‘opinion à l’effet que le NPD est une version « de gauche » du Parti libéral (PLC). C’est ce qui est apparu dans plusieurs résolutions débattues au dernier congrès, dont plusieurs ont été proposées par les membres COURAGE, en partenariat avec plusieurs alliés. Ces résolutions incluaient :

  • La création d’un système national de télécommunications public.
  • Le transport gratuit pour tous.
  • L’annulation complète de la dette étudiante.
  • Le dé-financement de la GRC avec l’objectif final de son abolition à terme.
  • Le retour des terres de la Couronne et le rétablissement de la compétence autochtone aux nations autochtones.
  • La fin de toute coopération commerciale et économique avec les colonies illégales en Israël-Palestine.
  • Et une taxation à 100% des revenus nets supérieurs à 1 milliard de dollars.

Les obstacles

Par incompétence ou par opposition à ces résolutions, la multitude des difficultés techniques a étouffé la discussion et le manque de temps alloué au débat politique. Selon les membres de Courage, il y a une tendance de la part de l’establishment à « gérer » le parti. En concret lors du congrès, deux résolutions par section ont été discutées à travers 280 minutes de débat. D’où le fait que des résolutions importantes n’ont jamais été débattues, telle l’opposition à la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste qui est venue de plus de 30 associations de circonscription. De manière générale, la transparence faisait défaut. Les responsables étaient inexplicablement les premiers au micro lors des débats, ce qui laissait peu de temps aux membres de la base. L’impression qui se dégage est que l’objectif de ces manœuvres est d’éviter une démocratisation du parti.

Les succès

Malgré tout, quelques excellentes résolutions ont été débattues et adoptées, notamment la résolution sur la fin de toute coopération commerciale et économique avec les colonies illégales en Israël-Palestine. Ce débat a illustré la disparité flagrante entre ce que veulent les dirigeants du parti et ses membres. Une autre résolution réclamant un salaire minimum de 15 $ de l’heure a été amendée à 20 $, un taux qui reflète plus justement les gains de productivité depuis les années 1960. Bien que le débat sur les télécommunications publiques n’ait pas eu lieu, une résolution sur le déploiement d’Internet à haut débit dans les zones rurales a été adopté. La résolution pour l’adoption et la mise en œuvre du rapport de l’enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a été adoptée. Des organisations comme Courage ont réussi à contester le statu quo au sein du NPD et énergisé la base du parti en reconstruisant des réseaux trop souvent négligés.

Une bataille de longue haleine

Certains médias grand public ont dénoncé la « menace » des positions socialistes au sein du NPD. En réalité, la gauche a été bloquée à chaque étape du congrès. Mais nous avons résisté. Nous avons utilisé des résolutions audacieuses pour mettre en évidence les aspirations réelles des membres, et d’autre part, pour exposer la nature conservatrice et antidémocratique de l’establishment du parti. De cette façon, on peut dire que COURAGE a à la fois réussi et échoué. Sur la question de la démocratie et la transparence, la direction a fait adopter un amendement à la constitution qui donne aux affiliés syndicaux beaucoup plus de délégués que les associations de circonscription électorale. Ce changement va rendre plus difficile pour les groupes de gauche d’adopter des résolutions ou d’élire des candidats aux futurs congrès.

COURAGE entend bien poursuivre le travail, notamment en encourageant les militants et les militantes de continuer d’être actifs dans leurs associations et à faire pression pour le changement au niveau local. Dans les prochaines étapes, l’incapacité de la direction de développer un programme alternatif pourrait s’avérer une impasse. Cela serait une erreur de ne pas combattre le Parti libéral qui va préconiser un retour à l’« austérité ». Plus fondamentalement, le NPD risque de perdre l’appui d’une ou même de deux générations de jeunes électeurs et électrices qui ne se sentent pas attachées à un système qui est clairement truqué, brisé, et qui ne parvient pas à livrer ce qu’on leur a promis en échange d’une éducation et de leur participation au monde du travail.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le NPD peut-il changer ?

Christian Favreau, militant de COURAGE et président de l’association de circonscription néo-démocrate Laurier – Sainte-Marie du NPD

 

 

Lors du congrès national du NPD les 9-11 avril dernier, il y a eu des débats sur l’orientation du parti au moment où une campagne électorale fédéral sera bientôt déclenchée pour l’automne prochain. Les membres de COURAGE sont intervenus pour suggérer une perspective socialiste, ce à quoi l’establishment du parti s’oppose. Il est difficile de mesurer précisément ce que veulent les membres de cet establishment.

 

 

Qu’est-ce que COURAGE ?

 

Nous avons des membres à l’intérieur et à l’extérieur du NPD. Un de nos objectifs est de nouer le dialogue avec la NPD et la politique électorale de manière constructive. Nous) sommes tou.te.s d’accord que les élections à elles seules ne suffiront pas à entrainer la profondeur du changement que nous voulons. Cependant, les élections et les politiques électorales jouent un rôle. On aimerait que le NPD soit plus démocratique, plus ouvert aux militant.e.s des mouvements sociaux et plus courageux quand il s’agit de mettre de l’avant des politiques progressistes et transformatrices.

 

COURAGE : http://www.couragecoalition.ca/fr/2021/04/

 

 

 

L’hypothèse d’un virage à gauche

 

Il appert que la majorité des membres du NPD veulent se démarquer de l’image qui prévaut dans l‘opinion à l’effet que le NPD est une version « de gauche » du Parti libéral (PLC). C’est ce qui est apparu dans plusieurs résolutions débattues au dernier congrès, dont plusieurs ont été proposées par les membres COURAGE, en partenariat avec plusieurs alliés. Ces résolutions incluaient :

  • La création d’un système national de télécommunications public.
  • Le transport gratuit pour tous.
  • L’annulation complète de la dette étudiante.
  • Le dé-financement de la GRC avec l’objectif final de son abolition à terme.
  • Le retour des terres de la Couronne et le rétablissement de la compétence autochtone aux nations autochtones.
  • La fin de toute coopération commerciale et économique avec les colonies illégales en Israël-Palestine.
  • Et une taxation à 100% des revenus nets supérieurs à 1 milliard de dollars.

 

Les obstacles

 

Par incompétence ou par opposition à ces résolutions, la multitude des difficultés techniques a étouffé la discussion et le manque de temps alloué au débat politique. Selon les membres de Courage, il y a une tendance de la part de l’establishment à « gérer » le parti. En concret lors du congrès, deux résolutions par section ont été discutées à travers 280 minutes de débat. D’où le fait que des résolutions importantes n’ont jamais été débattues, telle l’opposition à la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste qui est venue de plus de 30 associations de circonscription. De manière générale, la transparence faisait défaut. Les responsables étaient inexplicablement les premiers au micro lors des débats, ce qui laissait peu de temps aux membres de la base. L’impression qui se dégage est que l’objectif de ces manœuvres est d’éviter une démocratisation du parti.

 

Les succès

 

Malgré tout, quelques excellentes résolutions ont été débattues et adoptées, notamment la résolution sur la fin de toute coopération commerciale et économique avec les colonies illégales en Israël-Palestine. Ce débat a illustré la disparité flagrante entre ce que veulent les dirigeants du parti et ses membres. Une autre résolution réclamant un salaire minimum de 15 $ de l’heure a été amendée à 20 $, un taux qui reflète plus justement les gains de productivité depuis les années 1960. Bien que le débat sur les télécommunications publiques n’ait pas eu lieu, une résolution sur le déploiement d’Internet à haut débit dans les zones rurales a été adopté. La résolution pour l’adoption et la mise en œuvre du rapport de l’enquête nationale sur les femmes, les filles autochtones disparues et assassinées a été adoptée. Des organisations comme Courage ont réussi à contester le statu quo au sein du NPD et énergisé la base du parti en reconstruisant des réseaux trop souvent négligés.

 

Une bataille de longue haleine

 

Certains médias grand public ont dénoncé la « menace » des positions socialistes au sein du NPD. En réalité, la gauche a été bloquée à chaque étape du congrès. Mais nous avons résisté. Nous avons utilisé des résolutions audacieuses pour mettre en évidence les aspirations réelles des membres, et d’autre part, pour exposer la nature conservatrice et antidémocratique de l’establishment du parti. De cette façon, on peut dire que COURAGE a à la fois réussi et échoué. Sur la question de la démocratie et la transparence, la direction a fait adopter un amendement à la constitution qui donne aux affiliés syndicaux beaucoup plus de délégués que les associations de circonscription électorale. Ce changement va rendre plus difficile pour les groupes de gauche d’adopter des résolutions ou d’élire des candidats aux futurs congrès.

 

COURAGE entend bien poursuivre le travail, notamment en encourageant les militants et les militantes de continuer d’être actifs dans leurs associations et à faire pression pour le changement au niveau local. Dans les prochaines étapes, l’incapacité de la direction de développer un programme alternatif pourrait s’avérer une impasse. Cela serait une erreur de ne pas combattre le Parti libéral qui va préconiser un retour à l’« austérité ». Plus fondamentalement, le NPD risque de perdre l’appui d’une ou même de deux générations de jeunes électeurs et électrices qui ne se sentent pas attachées à un système qui est clairement truqué, brisé, et qui ne parvient pas à livrer ce qu’on leur a promis en échange d’une éducation et de leur participation au monde du travail.