Le gouvernement Harper, ennemi numéro mondial de l’environnement

Quand on pense au Canada dans le monde, des tas d’images nous viennent spontanément à la tête : le pays du maintien de la paix, une nation amicale, un contrepoids libéral aux États-Unis, un pays décent, civilisé, juste, bien gouverné. Et encore. Voilà que tout cela est en train de basculer. Le gouvernement canadien agit ni plus ni moins comme un chimpanzé dans un salon de thé. C’est un spectacle incroyable de constater que le Canada est en train de se transformer en un pétro-État corrompu. Son économie est en train d’être restructurée autour d’une seule richesse naturelle, qui est en même temps la marchandise la plus sale dans l’histoire de l’humanité. Le prix de cette transition : une brutalisation sans précédent d’un pays, et une sauvage campagne contre le multilatéralisme, à en faire rougir George W. Bush. Si on ne parvient pas à bloquer cela, les dommages vont annihiler les progrès réalisés en une centaine d’années.

 En 2006 peu après son élection, Stephen Harper a annoncé que le Canada allait abandonner les cibles pour réduire les gaz à effet de serre, tel qu’établi par le protocole de Kyoto. Aucun autre pays qui avait précédemment ratifié le protocole n’a fait cela. Au lieu de réduire ses émissions de 6% entre 1990 et 2012, le Canada les a augmentées de 26%.

Par ailleurs, le Canada ne sera pas sanctionné pour autant. Le protocole de Kyoto est un accord volontaire : ce sont les pays qui s’engagent à être pénalisés s’ils ne rencontrent pas les objectifs entendus. Pour le moment, le Canada a accepté la plus petite réduction de toutes les autres nations riches. Il refuse de partager de manière égale avec les autres. Il cherche à détruire le processus international. Il menace le processus qui pourrait déboucher à Copenhague.

Pire encore, le Canada s’active à faire pression sur d’autres nations pour qu’ils renoncent à leurs engagements. En 2007, c’est le Canada qui à lui seul a bloqué une résolution du Commonwealth qui voulait imposer des réductions obligatoires aux nations industrialisées. En Pologne en 2008, le Canada a reçu des groupes environnementaux du monde entier le « grand prix du fossile», accordé au pire pays dans le monde dans la matière. Sur le registre de la performance environnementale des pays riches, le Canada est au 59e rang sur 60 (l’Arabie saoudite est le dernier). À Bangkok en octobre dernier, les délégués de presque tous les pays du tiers monde sont sortis au moment de l’allocution du représentant du Canada, tant ils étaient révoltés par les pressions exercées contre eux pour renoncer aux objectifs de Kyoto. Lors de la dernière rencontre du Commonwealth le mois passé, l’idée a été proposée par des ONG de demander l’expulsion du Canada. La semaine prochaine à Copenhague, le Canada sera au premier rang d’une stratégie de sabotage. Cela pourrait faire la différence, car un pays riche, membre du G8, du Commonwealth et du groupe de Kyoto, tel le Canada, a une influence non-négligeable.

Comment expliquer tout cela ? Le Canada est maintenant le deuxième plus important pays dans le monde en termes de réserves de pétrole. Mais attention, de quel pétrole parle-t-on ? C’est en réalité une substance horrible mêlée de bitume, de sable, de métaux lourds et de produits chimiques toxiques. Les sables bitumineux en Alberta sont maintenant le site des plus grandes mines à ciel ouvert dans le monde. Une région qui est grande comme l’Angleterre, pleine de forêts et de marais, est éventrée. Déjà, le paysage ressemble à la vision de la fin du monde qu’on voit dans les films de Hollywood.

Le pétrole qu’on extrait de ce gâchis doit être chauffé et lavé. Trois barils d’eau sont nécessaires pour chaque baril de pétrole. Par après, l’eau contaminée est déversée dans de vastes réservoirs tellement toxiques que les entreprises pétrolières paient des gens seulement pour retirer les corps morts des oiseaux malchanceux qui viennent d’y poser. Ces étendues d’eau contaminent les sols et les rivières avec des poisons organiques, de l’arsenic et du mercure. Les Premières nations qui vivent en aval ont développé un éventail de cancers exotiques et de maladies diverses. Pour raffiner les sables bitumineux, il faut trois fois plus d’énergie que pour le pétrole extrait du sol. Les entreprises qui opèrent en Alberta consomment assez de gaz naturel pour réchauffer six millions de foyers. En fin de compte, l’exploitation des sables bitumineux en Alberta représente la plus grande source d’émission de carbones au monde. En 2020, au rythme actuel de croissance, l’Alberta produira plus de gaz à effets de serre que l’Irlande et le Danemark. Per capita, le Canada est déjà le pire pollueur au monde.

Certes, le gouvernement canadien n’est pas le seul responsable. Shell et BP, qui se targuent dans leur publicité de protéger l’environnement sont parmi les principaux investisseurs. Ces investissements par ailleurs sont rendus possible par d’énormes crédits consentis par les banques commerciales, en Angleterre comme ailleurs.

L’assaut contre le projet d’accord international est justifié par le gouvernement Harper comme un moyen de protéger l’économie canadienne. Mais le Canada n’est pas pauvre. Les ressources en question, à part les quelques méga entrepreneurs qui en profitent, ne sont pas indispensables à la survie de la nation. Il est vrai que présentement, ce sont ces réseaux de millionnaires albertains qui contrôlent actuellement le gouvernement canadien.