Le gouvernement Harper, ennemi numéro mondial de l’environnement

Par Mis en ligne le 05 décembre 2009

Quand on pense au Canada dans le monde, des tas d’images nous viennent spon­ta­né­ment à la tête : le pays du main­tien de la paix, une nation ami­cale, un contre­poids libé­ral aux États-Unis, un pays décent, civi­lisé, juste, bien gou­verné. Et encore. Voilà que tout cela est en train de bas­cu­ler. Le gou­ver­ne­ment cana­dien agit ni plus ni moins comme un chim­panzé dans un salon de thé. C’est un spec­tacle incroyable de consta­ter que le Canada est en train de se trans­for­mer en un pétro-État cor­rompu. Son éco­no­mie est en train d’être restruc­tu­rée autour d’une seule richesse natu­relle, qui est en même temps la mar­chan­dise la plus sale dans l’histoire de l’humanité. Le prix de cette tran­si­tion : une bru­ta­li­sa­tion sans pré­cé­dent d’un pays, et une sau­vage cam­pagne contre le mul­ti­la­té­ra­lisme, à en faire rougir George W. Bush. Si on ne par­vient pas à blo­quer cela, les dom­mages vont anni­hi­ler les pro­grès réa­li­sés en une cen­taine d’années.

 En 2006 peu après son élection, Stephen Harper a annoncé que le Canada allait abandonner les cibles pour réduire les gaz à effet de serre, tel qu’établi par le protocole de Kyoto. Aucun autre pays qui avait précédemment ratifié le protocole n’a fait cela. Au lieu de réduire ses émissions de 6% entre 1990 et 2012, le Canada les a augmentées de 26%.

Par ailleurs, le Canada ne sera pas sanc­tionné pour autant. Le pro­to­cole de Kyoto est un accord volon­taire : ce sont les pays qui s’engagent à être péna­li­sés s’ils ne ren­contrent pas les objec­tifs enten­dus. Pour le moment, le Canada a accepté la plus petite réduc­tion de toutes les autres nations riches. Il refuse de par­ta­ger de manière égale avec les autres. Il cherche à détruire le pro­ces­sus inter­na­tio­nal. Il menace le pro­ces­sus qui pour­rait débou­cher à Copenhague.

Pire encore, le Canada s’active à faire pres­sion sur d’autres nations pour qu’ils renoncent à leurs enga­ge­ments. En 2007, c’est le Canada qui à lui seul a bloqué une réso­lu­tion du Commonwealth qui vou­lait impo­ser des réduc­tions obli­ga­toires aux nations indus­tria­li­sées. En Pologne en 2008, le Canada a reçu des groupes envi­ron­ne­men­taux du monde entier le « grand prix du fos­sile», accordé au pire pays dans le monde dans la matière. Sur le registre de la per­for­mance envi­ron­ne­men­tale des pays riches, le Canada est au 59e rang sur 60 (l’Arabie saou­dite est le der­nier). À Bangkok en octobre der­nier, les délé­gués de presque tous les pays du tiers monde sont sortis au moment de l’allocution du repré­sen­tant du Canada, tant ils étaient révol­tés par les pres­sions exer­cées contre eux pour renon­cer aux objec­tifs de Kyoto. Lors de la der­nière ren­contre du Commonwealth le mois passé, l’idée a été pro­po­sée par des ONG de deman­der l’expulsion du Canada. La semaine pro­chaine à Copenhague, le Canada sera au pre­mier rang d’une stra­té­gie de sabo­tage. Cela pour­rait faire la dif­fé­rence, car un pays riche, membre du G8, du Commonwealth et du groupe de Kyoto, tel le Canada, a une influence non-négligeable.

Comment expli­quer tout cela ? Le Canada est main­te­nant le deuxième plus impor­tant pays dans le monde en termes de réserves de pétrole. Mais atten­tion, de quel pétrole parle-t-on ? C’est en réa­lité une sub­stance hor­rible mêlée de bitume, de sable, de métaux lourds et de pro­duits chi­miques toxiques. Les sables bitu­mi­neux en Alberta sont main­te­nant le site des plus grandes mines à ciel ouvert dans le monde. Une région qui est grande comme l’Angleterre, pleine de forêts et de marais, est éven­trée. Déjà, le pay­sage res­semble à la vision de la fin du monde qu’on voit dans les films de Hollywood.

Le pétrole qu’on extrait de ce gâchis doit être chauffé et lavé. Trois barils d’eau sont néces­saires pour chaque baril de pétrole. Par après, l’eau conta­mi­née est déver­sée dans de vastes réser­voirs tel­le­ment toxiques que les entre­prises pétro­lières paient des gens seule­ment pour reti­rer les corps morts des oiseaux mal­chan­ceux qui viennent d’y poser. Ces éten­dues d’eau conta­minent les sols et les rivières avec des poi­sons orga­niques, de l’arsenic et du mer­cure. Les Premières nations qui vivent en aval ont déve­loppé un éven­tail de can­cers exo­tiques et de mala­dies diverses. Pour raf­fi­ner les sables bitu­mi­neux, il faut trois fois plus d’énergie que pour le pétrole extrait du sol. Les entre­prises qui opèrent en Alberta consomment assez de gaz natu­rel pour réchauf­fer six mil­lions de foyers. En fin de compte, l’exploitation des sables bitu­mi­neux en Alberta repré­sente la plus grande source d’émission de car­bones au monde. En 2020, au rythme actuel de crois­sance, l’Alberta pro­duira plus de gaz à effets de serre que l’Irlande et le Danemark. Per capita, le Canada est déjà le pire pol­lueur au monde.

Certes, le gou­ver­ne­ment cana­dien n’est pas le seul res­pon­sable. Shell et BP, qui se targuent dans leur publi­cité de pro­té­ger l’environnement sont parmi les prin­ci­paux inves­tis­seurs. Ces inves­tis­se­ments par ailleurs sont rendus pos­sible par d’énormes cré­dits consen­tis par les banques com­mer­ciales, en Angleterre comme ailleurs.

L’assaut contre le projet d’accord inter­na­tio­nal est jus­ti­fié par le gou­ver­ne­ment Harper comme un moyen de pro­té­ger l’économie cana­dienne. Mais le Canada n’est pas pauvre. Les res­sources en ques­tion, à part les quelques méga entre­pre­neurs qui en pro­fitent, ne sont pas indis­pen­sables à la survie de la nation. Il est vrai que pré­sen­te­ment, ce sont ces réseaux de mil­lion­naires alber­tains qui contrôlent actuel­le­ment le gou­ver­ne­ment canadien.

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