Copenhague 2009 vu du Brésil : En Amazonie, prenez de la graine !

Par Mis en ligne le 05 décembre 2009

Murici, oïti do campo, alapà, jatoba da mata : ce sont des mots sonores qui font rêver, le nom des grands arbres d’Amazonie. Dimanche 29 novembre, (35 degrés sur les plages de Rio mais ciel cou­vert), les lec­teurs bré­si­liens ont pu décou­vrir dans leur quo­ti­dien natio­nal Folha de Sao Paulo, une très bonne nou­velle.

Bien loin de chez eux, à 2000 km au Nord en direc­tion de l’Amazonie, le grand fleuve Xingu a soif et il demande de l’eau. Un projet pion­nier vise à garan­tir sa survie grâce au reboi­se­ment. Mieux : il asso­cie des éle­veurs de bétail, des pay­sans sans-terre et des Indiens qui tra­vaillent main dans la main à revi­ta­li­ser ses berges et ses sources.

Le Rio Xingu est l’un des grands affluents de l’Amazone. Deux fois plus long que la Loire, il tra­verse deux Etats par­ti­cu­liè­re­ment atta­qués par la défo­res­ta­tion, le Mato Grosso et le Para. Les cartes qui accom­pagnent les quatre pages de repor­tage sym­bo­lisent ce déboi­se­ment en rouge.

Elles montrent com­ment en 13 ans, les pâtu­rages ont dévoré la quasi tota­lité du bassin sur une sur­face à peu près égale à celle de la France. Si le cours prin­ci­pal du Xingu est en ter­ri­toire indien, pro­tégé par l’immense Parc Indigène du Xingu, (les ini­tiés l’appellent PIX), les sources des affluents en revanche, sont à l’extérieur du Parc. Touchées par la défo­res­ta­tion et la séche­resse, elles menacent la péren­nité d’un fleuve déjà capri­cieux et irré­gu­lier.

La solu­tion ? Des graines de forêt ramas­sées par les Indiens au cœur du Parc et replan­tées par les petits pay­sans et les grands pro­prié­taires, là où naissent les rivières, aux limites sud du bassin., dans la grande savane her­beuse. Ce sont, titre le quo­ti­dien, « Les graines de l’entente cor­diale ».

Dans le projet I Ykatu Xingu mené depuis 2004 par l’ISA (Institut Socioambiental) l’une des prin­ci­pales ong bré­si­lienne en faveur de l’Amazonie (1000 ha de sources replan­tées), on trouve ainsi un pro­mo­teur immo­bi­lier de Sao Paulo, pro­prié­taire de 13 000 hec­tares et 10 000 têtes de bétail. A Sao José do Xingu., sa pro­priété s’appelle Bang Bang. Il est pour­tant selon l’ISA, le plus grand plan­teur de forêt de l’Amazonie.

Il sème aujourd’hui les arbres au lancer à partir d’un trac­teur et vient de s’engager à revi­ta­li­ser 342 hec­tares de cette « forêt ciliaire » qui pro­tège les sources et les berges, comme les cils pro­tègent nos yeux. On trouve aussi les femmes de vil­lage indien Moigu. Ce sont elles qui récoltent les graines au sol . Parfois elles se font aider par des jeunes qui esca­ladent les arbres en rappel.

On trouve encore un petit agri­cul­teur fami­lial qui plan­tait du soja sur 75 hec­tares. Les deux hec­tares qu’il replante aujourd’hui en forêt ont permis de com­pen­ser les émis­sions car­bone du méga show « Rock in Rio Lisbonne ». On trouve même un ex-poli­cier devenu col­lec­teur pro­fes­sion­nel de graines, l’un des 40 chefs de familles blancs qui four­nissent le réseau I Ykatu Xingu.

En cama­raïura, la langue d’une des 19 eth­nies indiennes du Parc, I Ykatu Xingu, ça veut dire « Eau bonne et propre du rio Xingu » . Les rivières qui ali­men­tant le Xingu au sud découlent du cer­rado (la savane tro­pi­cale) mais, plus on monte vers le nord, plus le pay­sage devient fores­tier. Arrivé au confluent de l’Amazone, le Xingu est déjà un immense laby­rinthe de canaux natu­rels.

Ainsi, d’ici deux décades dit Marcelo Leite de Folha de Sao Paulo, « quand les graines ramas­sées par les indiennes Ikpeng auront été ven­dues aux agri­cul­teurs, quand elles auront été replan­tées et auront poussé, les berges du vil­lage indien Moigu conti­nue­ront de bruir des eaux du Xingu comme elles le font aujourd’hui, à deux pas des cases de troncs et de paille ».

Le repor­ter cal­cule encore qu’il faut 17 000 graines d’alapà pour faire un kilo, soit 10 jours de tra­vail. Les graines ont par­fois la taille de len­tilles et des ailes pour que le vent les sème. Désormais, il faudra couper les ailes unes à unes, pour que les arbres naissent « dans le temps des hommes ».

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