La crise et le mouvement communautaire

Mis en ligne le 21 avril 2010

Jean-Paul Faniel

En 2008, la crise ali­men­taire frappe de plein fouet les popu­la­tions des pays du Tiers Monde, mais éga­le­ment la frange la plus pauvre des pays indus­tria­li­sés. Résultant d’une spé­cu­la­tion éhon­tée des den­rées de base comme les céréales, elle entraîne dans sa vague défer­lante les autres pro­duits ali­men­taires. On assiste ainsi, en un an seule­ment, à une aug­men­ta­tion de 57% du prix des ali­ments à tra­vers le monde. Sans sur­prise, des émeutes éclatent un peu par­tout dans les pays les plus pauvres. On affame les gens et ceux-ci réagissent avec l’énergie du déses­poir.

Chez nous, de 2008 à 2009, on observe une hausse glo­bale de 10% des prix ali­men­taires, avec une hausse mar­quée des pro­duits du panier de base : 54.9 % sur les pommes de terre, 27% sur les légumes et 20% sur les fruits frais. Or, ces hausses s’additionnent à celles pré­cé­dentes, de 2006 à 2008, notam­ment en ce qui concerne les pâtes (72%), la farine (63%), le riz (28%) et le pain (20%).

Ces hausses ver­ti­gi­neuses de den­rées essen­tielles sur­viennent dans un contexte où, par exemple à Montréal, on compte plus d’un demi mil­lion de per­sonnes vivant sous le seuil de faible revenu, soit près du tiers de la popu­la­tion. Cette frange impor­tante est certes com­po­sée d’assistés sociaux, soit 21% de la popu­la­tion, mais éga­le­ment de très nom­breux tra­vailleurs à emploi pré­caires, soit 43% de la popu­la­tion labo­rieuse. 43%, c’est effa­rant !

C’est donc dire l’impact dra­ma­tique de ces hausses de pro­duits de pre­mière néces­sité sur le budget de ces gens. Quand on ne gagne que 575.$ par mois, comme les pres­ta­taires de la sécu­rité du revenu, et qu’on sous­trait les dépenses incom­pres­sibles du loyer, du chauf­fage, de l’électricité et du télé­phone, il ne reste aucune marge de manœuvre pour absor­ber ces hausses de prix. Pas éton­nant que les files d’attente pour les dons ali­men­taires se soient alors allon­gées.

Un an après, en 2009, c’est la crise finan­cière mon­diale, créée de toute pièce par l’appât du gain rapide sur des prêts hypo­thé­caires non sol­vables, la spé­cu­la­tion de tout le sec­teur finan­cier sur cette bulle gon­flée arti­fi­ciel­le­ment et l’irresponsabilité de nos ges­tion­naires de fonds col­lec­tifs qui plombent les éco­no­mies des socié­tés de par­tout dans le monde.

La crise éco­no­mique suit aus­si­tôt. Les banques n’ayant plus les liqui­di­tés pour finan­cer le déve­lop­pe­ment éco­no­mique, des cen­taines d’entreprises ferment et des mil­liers de tra­vailleurs se retrouvent à la rue. Les États, pour sauver leur éco­no­mie en péril, empruntent des cen­taines de mil­liards de dol­lars qu’ils inves­tissent mas­si­ve­ment dans le sec­teur finan­cier et indus­triel. Ils aug­mentent ainsi de façon hima­layenne leur dette publique et alour­dissent d’autant le far­deau fiscal de leur popu­la­tion.

Au Québec, la Caisse de dépôt, notre bas de laine col­lec­tif, perd ainsi 40 mil­liards, gre­vant de la sorte les finances de l’État déjà déles­tées de sommes fara­mi­neuses décou­lant des baisses d’impôt suc­ces­sives et de la cor­rup­tion dans l’octroi de contrats.

Cependant, ce qu’on nous pré­sente dans tous les médias comme une catas­trophe col­lec­tive, devient pour nos diri­geants une occa­sion de donner un coup d’accélérateur à leur plan de dimi­nu­tion de l’appareil d’État, de reprise par le privé des ser­vices poten­tiel­le­ment ren­tables et de déles­tage des ser­vices non ren­tables au com­mu­nau­taire.

La décons­truc­tion de l’État de droit

Cette crise éco­no­mique actuelle four­nit en effet au gou­ver­ne­ment l’argument vou­lant que, pour réduire son défi­cit, encore le même argu­ment, il faut main­te­nant, non pas haus­ser les impôts à nou­veau pour faire payer ceux qui sont res­pon­sables de cette situa­tion, qui en pro­fitent et qui ont le plus les moyens de payer, mais plutôt tari­fer les ser­vices publics et à nou­veau dimi­nuer les dépenses en cou­pant dans ces ser­vices. Ces chan­ge­ments, on le sait, plom­be­ront encore plus la qua­lité de ces ser­vices et la situa­tion de ceux qui y ont le plus recours, les plus pauvres.

N’ayant cessé dans tous les médias leur pro­pa­gande van­tant l’efficacité du sec­teur privé au détri­ment de ses propres employés, le gou­ver­ne­ment de Jean Charest n’en a que pour le par­te­na­riat public privé (PPP), non seule­ment dans le sec­teur de la construc­tion ou de l’entretien des infra­struc­tures, des ser­vices de santé et de l’éducation, mais éga­le­ment dans ceux du déve­lop­pe­ment éner­gé­tique. Avec la tari­fi­ca­tion des ser­vices publics, la table est ainsi mise pour la pri­va­ti­sa­tion de nou­veaux sec­teurs de ces ser­vices, ceux-ci deve­nant bien­tôt plus ren­tables pour un sec­teur privé allé­ché par des gains assu­rés et impor­tants.

Cette entre­prise de démo­li­tion de l’appareil d’État, on le voit, a un sens et une direc­tion, pla­ni­fiée de longues dates. Il s’agit pour les diri­geants éco­no­miques et poli­tiques d’obédience conser­va­trice de décons­truire l’État re-dis­tri­bu­teur de la richesse col­lec­tive qui répon­dait aux droits recon­nus des citoyens, pour en faire, d’abord, un État ven­dant des ser­vices à des consom­ma­teurs, avant de deve­nir fina­le­ment un État faci­li­tant la dis­tri­bu­tion des ser­vices les plus payants par des firmes pri­vées et se gar­dant la por­tion congrue des inter­ven­tions d’urgence.

Au bout du compte, les ser­vices offerts par l’État à partir de nos impôts dimi­nue­ront tel­le­ment qu’on se rap­pro­chera de plus en plus du modèle amé­ri­cain où les citoyens sont obli­gés de payer pour leurs soins de santé et d’éducation, et où les plus pauvres n’y ont plus accès faute de pou­voir se les payer. On pas­se­rait alors d’une société de droits à une société de pri­vi­lèges, selon notre revenu.

Dans ce scé­na­rio, l’État et ses par­te­naires privés comme la Fondation Chagnon, cherchent éga­le­ment à modi­fier le finan­ce­ment et le contrôle du com­mu­nau­taire et, de la sorte, à lui faire jouer un nou­veau rôle. Ainsi, pour cer­tains ser­vices moins ren­tables, car s’adressant aux citoyens les plus pauvres, on ten­tera de plus en plus de les confier au com­mu­nau­taire, qu’on pous­sera ensuite à se trans­for­mer en entre­prise d’économie sociale, his­toire de les rendre encore plus auto­nomes.

Le posi­tion­ne­ment du mou­ve­ment popu­laire

Face à cette défer­lante, que faire, pour nous, du mou­ve­ment popu­laire ? Une pre­mière réponse pour­rait nous venir en se réfé­rant aux droits fon­da­men­taux recon­nus par les Nations Unies et par nos deux paliers de gou­ver­ne­ments dans toutes les tri­bunes inter­na­tio­nales : le droit à la santé, à l’éducation, à un loge­ment décent, à un revenu suf­fi­sant pour se nour­rir et nour­rir sa famille, au droit à vivre dans la dignité, etc.

En la matière, la ligne de démar­ca­tion entre les res­pon­sa­bi­li­tés de l’État et les nôtres n’est cepen­dant pas facile à situer. À mon avis, l’État doit assu­mer ses res­pon­sa­bi­li­tés afin que ses citoyens puissent jouir de tous ces droits et assu­rer direc­te­ment tous les ser­vices qui les rendent effec­tifs.

Au niveau du com­mu­nau­taire, nous devrions nous concen­trer sur ce qui nous dis­tingue de l’appareil d’État et qui a tou­jours fait notre force : le sou­tien à l’organisation citoyenne afin d’aider les gens à reprendre du pou­voir sur leur vie. Dans la mesure où, dans les ser­vices que nous offrons, nous pou­vons iden­ti­fier un espace où cette approche d’«empowerment » nous est permis, nous pou­vons alors nous récla­mer du mou­ve­ment popu­laire.

Dans le cas où cet espace n’existe pas, nous devons affir­mer la res­pon­sa­bi­lité de la fonc­tion publique en la matière et se placer au côté des employés de l’État dans leurs efforts pour pré­ser­ver leurs sphères et leur mis­sion d’intervention auprès des citoyens.

En effet, ce n’est pas en étant com­plice de la pri­va­ti­sa­tion et de la com­mu­nau­ta­ri­sa­tion des ser­vices publics que nous vien­drons le mieux en aide aux popu­la­tions pauvres. La fonc­tion publique, bien qu’étroitement normée, offre aux citoyens des ser­vices uni­ver­sels que l’on se doit de main­te­nir à un haut niveau de qua­lité et de sta­bi­lité que seul le per­son­nel qua­li­fié et bien rému­néré d’un État res­pon­sable du bien col­lec­tif peut donner.

En ce sens, notre soli­da­rité envers les plus pauvres d’entre nous doit s’inscrire dans la lutte de nos par­te­naires de la fonc­tion publique contre la tari­fi­ca­tion, la pri­va­ti­sa­tion et la com­mu­nau­ta­ri­sa­tion de leurs champs d’intervention. Il en va du type même de société dans lequel nous vivons, soit une société de droits recon­nus par des ser­vices uni­ver­sels.

Cela dit, com­ment les groupes popu­laires peuvent-ils reve­nir et assu­mer effec­ti­ve­ment leur fonc­tion sociale dis­tinc­tive. Par exemple, face au pro­blème de l’insécurité ali­men­taire, c’est une chose de nour­rir les gens par des dons ali­men­taires, afin qu’ils sur­vivent dans leur pau­vreté. Si on a du cœur, on ne peut pas les lais­ser ainsi, dému­nis. Par contre, c’en est une autre de sou­te­nir des groupes d’achats coopé­ra­tifs, des jar­dins col­lec­tifs et des cui­sines col­lec­tives, afin que les citoyens appau­vris et les autres inté­res­sés reprennent du contrôle sur leur ali­men­ta­tion.

Autre exemple, l’intervention ali­men­taire dans les écoles. En 1991, lorsqu’on a fait une confé­rence de presse pour signa­ler le fait que des éco­liers arri­vaient en classe le ventre vide et avaient ainsi de la dif­fi­culté à se concen­trer sur leur appren­tis­sage aca­dé­mique, le gou­ver­ne­ment a répondu en met­tant sur pied, à Montréal, les Mesures ali­men­taires en milieu sco­laire qui four­nit le dîner à cer­tains enfants appau­vris, tandis qu’un orga­nisme com­mu­nau­taire met­tait sur pied la for­mule des petits déjeu­ners à l’école. Pourtant, nous avions demandé que l’État sou­tienne les parents, afin de les aider à assu­mer leur res­pon­sa­bi­lité, pas qu’il rem­place les parents.

Quelques orga­nismes com­mu­nau­taires ont pour­tant iden­ti­fié le pro­blème et ont mis sur pied, paral­lè­le­ment aux Mesures Pagé, des inter­ven­tions en milieu sco­laire pour favo­ri­ser l’apprentissage nutri­tion­nel et culi­naire des éco­liers et sou­te­nir leurs parents dans des réseaux d’entraide pour les aider à assu­mer leurs res­pon­sa­bi­li­tés paren­tales.

La même dis­tinc­tion existe dans le loge­ment entre les Habitations à loyer modique (HLM) et les coopé­ra­tives d’habitation, dans la santé aussi, entre les CLSC et des cli­niques com­mu­nau­taires comme com­mencent à s’en redon­ner cer­tains vil­lages éloi­gnés et mal des­ser­vis. Dans un cas, on donne un ser­vice pour répondre à un besoin essen­tiel, ce qui est tout à fait légi­time et même néces­saire. Dans l’autre, on sou­tient l’effort citoyen pour se doter d’un outil de reprise de pou­voir sur une partie de sa vie.

. La clé : l’expérimentation par le citoyen du pou­voir citoyen

Plus tard, on a vu appa­raître une autre branche du mou­ve­ment com­mu­nau­taire, celle de l’économie sociale qui, soit dit en pas­sant, n’a fait que reprendre la for­mule coopé­ra­tive en la dotant d’un coup de pouce ini­tial de l’État. Rapidement, on a cher­ché à tracer une ligne de démar­ca­tion entre elle et l’action com­mu­nau­taire alors que, là aussi, à mon avis, la ligne de démar­ca­tion se situe plutôt entre ceux qui n’offrent que des ser­vices et ceux qui per­mettent aux citoyens de s’organiser autour de ceux-ci pour reprendre du pou­voir sur d’autres aspects de leur vie.

De fait, dans notre rela­tion à l’État, si nous ne réus­sis­sons pas à le faire flé­chir plus sou­vent dans le sens de nos pré­oc­cu­pa­tions, c’est que nous ne créons pas assez sou­vent un rap­port de force qui est basée non pas sur nous, tra­vailleurs com­mu­nau­taires, mais bien sur les citoyens eux-mêmes que nous des­ser­vons.

Ce qui fait la force du mou­ve­ment syn­di­cal, c’est l’organisation de ses membres. Ce qui fait par­fois la force du mou­ve­ment coopé­ra­tif, c’est quand il puise aux aspi­ra­tions de ses membres.

Il en va de même dans le mou­ve­ment com­mu­nau­taire. Dans nos efforts pour pré­ser­ver ce qui nous dis­tingue, il nous faut com­prendre que notre seule force est celle des citoyens que nous sou­te­nons dans l’expérimentation de leur pou­voir sur leur vie. Si nous gar­dons le cap sur le sou­tien au déve­lop­pe­ment et à l’épanouissement des per­sonnes, on aura là un fil conduc­teur qui gui­dera nos choix et fera la dif­fé­rence.

Quatre condi­tions à mettre en place pour tra­vailler au déve­lop­pe­ment social

Mais, pour ce faire, il nous faudra, chacun dans nos orga­nismes, mettre en place quatre condi­tions.

1) Se donner clai­re­ment la volonté poli­tique de tra­vailler au déve­lop­pe­ment des per­sonnes et de leur milieu. En effet, sans cette affir­ma­tion défi­nie clai­re­ment dans les buts mêmes de l’organisme et repris concrè­te­ment dans ses objec­tifs annuels, il n’y aura pas de réfé­rence claire pour véri­fier si les actions entre­prises vont dans le sens voulu.

J’en veux pour preuve une inter­ven­tion com­mu­nau­taire dans un quar­tier pauvre de Montréal où les gens n’avaient pas accès à de la nour­ri­ture fraîche, mais seule­ment à des dépan­neurs. Les groupes en sécu­rité ali­men­taire du quar­tier avaient convenu ensemble d’appuyer un projet de marché public durant l’été et avaient engagé à cet effet un couple de jeunes agri­cul­teurs qui s’installèrent devant le parvis de l’église parois­siale, en plein cœur des habi­ta­tions à loyer modique. Cependant, faute de garan­tir le rachat en fin de jour­née de la nour­ri­ture non vendue, les groupes com­mu­nau­taires lais­saient aux seuls agri­cul­teurs le risque des pertes. Pourtant, chacun d’entre ces groupes ache­taient quo­ti­dien­ne­ment de gros­sistes des quan­ti­tés impres­sion­nantes de nour­ri­ture et ils auraient pu très faci­le­ment absor­ber cet invendu et per­mettre ainsi aux agri­cul­teurs « par­te­naires » d’y trou­ver leur compte. Évidemment, ce qui devait arri­ver, arriva. Ces agri­cul­teurs renon­cèrent l’année d’après à pour­suivre le projet. On fit donc appel à de nou­veaux agri­cul­teurs, mais pour leur garan­tir une cer­taine ren­ta­bi­lité, on démé­na­gea le marché à quelques deux kilo­mètres du site ini­tial. L’été sui­vant, selon la même logique de ren­ta­bi­lité, on démé­na­gea le marché public devant la bouche de métro, à quatre kilo­mètres de la paroisse dému­nie. Résultat, la popu­la­tion pour laquelle on avait prévu le projet n’était plus des­ser­vie et consom­mait tou­jours les ali­ments des dépan­neurs. On avait perdu de vue le but ini­tial pour pour­suivre un objec­tif à court terme : mettre sur pied un marché public. Cela nous prouve que l’évaluation des inter­ven­tions com­mu­nau­taires ne doit plus être perçue comme une menace gou­ver­ne­men­tale à la survie des groupes, mais, au contraire, comme une occa­sion de véri­fier le sens de leurs actions. Sans l’affirmation du but pour­suivi, sans l’évaluation à cette aune du tra­vail accom­pli, nous sommes condam­nés à l’activisme sans fin face à la pau­vreté et au décou­ra­ge­ment, en fin de compte, la pau­vreté ne recu­lant pas, mais s’accentuant.

2) Passer du client au citoyen. La ter­mi­no­lo­gie que nous avons emprun­tée aux ser­vices privés et publics n’est pas un hasard. Elle dénote une façon de voir et de faire. Elle révèle la façon que nous avons de regar­der les usa­gers de nos ser­vices. Parler de client, c’est dépos­sé­der le citoyen qui nous paye par ses taxes de son pou­voir sur notre tra­vail. C’est aussi le réduire à un simple rôle de consom­ma­teurs de ser­vices. Parler de citoyen, par contre, c’est recon­naître à la per­sonne qui vient nous ren­con­trer son rôle actif dans la société et dans notre orga­nisme. Parler de citoyen, c’est déjà l’inviter à prendre sa place dans cette société qui est la sienne.

3) Croire aux res­sources des per­sonnes et les abor­der à partir de leur poten­tiel plutôt qu’à partir de leurs seuls pro­blèmes. L’approche par pro­blème est lar­ge­ment répan­due depuis fort long­temps en méde­cine. Les pro­fes­sion­nels de la santé abordent leurs patients à partir des symp­tômes qu’ils pré­sentent et les traitent sur la base de ces pro­blèmes. En ser­vice social, l’approche de plu­sieurs tra­vailleurs de l’État est restée sen­si­ble­ment la même. Les spé­cia­listes abordent leurs « clients » sur la base des pro­blèmes qui les affectent et leur pro­diguent des soins appro­priés. Le résul­tat a été docu­menté par plu­sieurs recherches scien­ti­fiques : les patients se per­çoivent alors comme por­teur d’un pro­blème, quand ce n’est pas comme un pro­blème eux-mêmes. L’important à rete­nir, c’est que l’approche ini­tiale que nous déve­lop­pons auprès des per­sonnes fra­gi­li­sées par la vie est un mes­sage en soi. Ou nous les abor­dons sur la base de leurs pro­blèmes, et alors on risque de les réduire à ces pro­blèmes, ou on les aborde sur la base de leur poten­tiel et on leur trans­met un mes­sage de confiance en eux. Justement ce dont ils ont besoin. De confiance !

4) Partager le pou­voir dans nos orga­nismes avec les citoyens que nous des­ser­vons. Ce regard dif­fé­rent que nous avons sur nos usa­gers doit éga­le­ment se tra­duire par une autre façon d’organiser nos ser­vices. Si nous vou­lons vrai­ment que ces gens reprennent en main leur vie et rede­viennent des citoyens à part entière, nous devons leur per­mettre d’expérimenter ce pou­voir, et ce, au sein même de nos orga­nismes. En fait, nous devons par­ta­ger avec eux le pou­voir que nous déte­nons dans nos orga­nismes : pou­voir d’information d’abord ! Si nous par­ta­geons avec nos usa­gers l’information pri­vi­lé­giée que nous déte­nons, nous leur per­met­tons de com­prendre les tenants et abou­tis­sants de notre tra­vail col­lec­tif et d’influer sur lui en connais­sance de cause. À la limite, si nous vou­lons réel­le­ment que notre orga­ni­sa­tion en soit une vrai­ment citoyenne, nous devons nous donner les struc­tures orga­ni­sa­tion­nelles pour per­mettre à nos usa­gers de prendre du pou­voir sur l’organisme lui-même. On ne parle plus alors d’usagers, mais de membres qui ont droit de vote aux assem­blées et qui peuvent se pré­sen­ter au conseil d’administration. Enfin, pour par­faire le tout, il serait même utile de pro­po­ser à ceux d’entre eux qui le dési­rent des ses­sions de for­ma­tion pour qu’ils acquièrent les com­pé­tences qui leur per­met­tront de mieux diri­ger l’organisme ou tout sim­ple­ment de mieux com­prendre l’environnement social qui nous englobe.

Conclusion

Le mou­ve­ment com­mu­nau­taire n’a pas été créé pour se sub­sti­tuer à l’État, mais pour sou­te­nir le pou­voir des citoyens sur leur envi­ron­ne­ment social, éco­no­mique et poli­tique. Généralement, les gens s’organisent assez rapi­de­ment quand ils ont un pro­blème criant comme nous le démontre l’exemple du Mont-Orford ou du Sirois. Évidemment, cela peut être plus long et plus dif­fi­cile avec des per­sonnes appau­vries qui ont connu plu­sieurs échecs et qui ont peine à croire en eux-mêmes. Notre rôle en est alors un de sou­tien au déve­lop­pe­ment du poten­tiel de ces per­sonnes et de sou­tien à leur éven­tuelle mobi­li­sa­tion pour amé­lio­rer notre société.

Nos gou­ver­ne­ments per­çoivent main­te­nant beau­coup mieux les pres­sions de la société civile qui mobi­lisent vrai­ment les citoyens et citoyennes de celles qui tablent uni­que­ment sur les struc­tures et les per­ma­nents com­mu­nau­taires. Si nous vou­lons réel­le­ment rééqui­li­brer en notre faveur le rap­port de force avec l’État, nous devons retrou­ver nos racines popu­laires et nous ins­crire dans la trame pro­fonde des aspi­ra­tions des gens. Dans les années 70, un slogan disait : « Si on ne s’organise pas, on va se faire orga­ni­ser ». Cela demeure vrai ! Travaillons donc à nous orga­ni­ser. Mais fai­sons-le avec les citoyens de notre milieu et non pour eux.

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