Quand est-il légitime de réclamer des élections ?

par François Cyr

D’abord, parce que nous avons tous et toutes d’excellentes raisons de croire qu’il y a quelque chose de systémique dans le détournement d’une partie des fonds publics au profit d’amis du régime dans le secteur des travaux publics, de l’ingénierie, de l’informatique, etc. Bien que personne ne puisse le quantifier, cet écrémage contribue à plomber les finances publiques et beaucoup de gens n’ont juste pas envie d’en payer la facture. Mais surtout, parce que le pouvoir s’obstine aveuglément à ne pas faire enquête et n’offre à la ferme volonté populaire qu’une dérisoire diversion présidée par un ex juge de la Cour Suprême du Canada.

Bien sûr, dans un autre contexte, il serait politiquement pertinent et intellectuellement stimulant de discuter des différents modes de nomination des magistrats en vigueur ailleurs dans le monde et partant, de la meilleure façon de garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire de l’influence des bons papa collecteurs de fonds rêvant d’une toge rouge et noire pour fiston. Sous l’ancien régime, en Europe, c’est au vu et au su de tout le monde que l’intendant du roi ou le pape vendait les charges publiques aux plus offrants !

Mais, il y a plus urgent, ce budget, à la fiscalité régressive par exemple, dont on ne parle presque plus : l’affaire Bellemare achevant de polluer la vie politique. Il y a beaucoup plus important : ces salariés du secteur public qui tentent d’échapper à une offre monétaire dont la première conséquence financière serait sans doute de contribuer davantage à les appauvrir.

Est-il légitime de réclamer des élections lorsque plus de 75% de la population estime avoir perdu confiance dans le gouvernement et refuse ce système de santé à deux vitesses sans parler des obstacles supplémentaire à l’éducation supérieure au moyen de cette hausse annoncée des frais de scolarité ? Bien sûr, sentant la soupe chaude , le premier ministre affirme avoir entendu la population et proposera sans doute une forme de progressivité dans la mise ne oeuvre de sa taxe santé. Trop peu, trop tard.

Et la liste s’allonge. Malaise linguistique à Montréal, même si à gauche on ne parle jamais de ces choses-là, préférant par une étrange division du travail la laisser au PQ… Incapacité de traduire sur le plan du droit, les acquis les plus élémentaires de la laïcité. Honteuses pratiques clientellaires dans notre réseau de garderies, étrange tripotage, sans consultation, du calendrier scolaire. Et ainsi de suite déjà depuis sept ans et encore pour peut être trois ans… Quel est l’axe unificateur qui fonde la cohérence de toutes ses pratiques ? La nature des liens entre le gouvernement, le PLQ et les élites économiques et politiques dont il est issu dans un contexte ou de larges secteurs de la population tourne le dos à la classe politique. En quelque sorte, cette conjoncture étais déjà inscrite dans ce phénomène d’absentéisme électoral dont bien peu d’observateurs ont su lire les conséquences.

Alors, on fait quoi ?

Ce régime politique verrouille de l’intérieur la possibilité de se débarrasser d’un gouvernement techniquement majoritaire en cours de mandat. Il n’y a pas de procédure de rappel (recall) comme le prévoit plusieurs constitutions, aux États-Unis par exemple. Ni de procédures de destitution. Bien sûr, nous pouvons et devons utiliser notre droit de déposer des pétitions à l’Assemblée Nationale et celui de manifester. Mais dans quel but ? Espérer que les faiseurs de rois du PLQ-Gesca nous débarrassent rapidement de celui-ci et nous en fabrique un autre ?

L’autre possibilité ? Miser sur les forces vives de la société civile en multipliant les actes de résistance, incluant la grève sociale et la désobéissance civile jusqu’à l’obtention d’élections, seul moyen, actuellement, de confronter l’illégitimité de ce pouvoir.