Quand est-il légitime de réclamer des élections ?

Mis en ligne le 23 avril 2010

par François Cyr

D’abord, parce que nous avons tous et toutes d’excellentes rai­sons de croire qu’il y a quelque chose de sys­té­mique dans le détour­ne­ment d’une partie des fonds publics au profit d’amis du régime dans le sec­teur des tra­vaux publics, de l’ingénierie, de l’informatique, etc. Bien que per­sonne ne puisse le quan­ti­fier, cet écré­mage contri­bue à plom­ber les finances publiques et beau­coup de gens n’ont juste pas envie d’en payer la fac­ture. Mais sur­tout, parce que le pou­voir s’obstine aveu­glé­ment à ne pas faire enquête et n’offre à la ferme volonté popu­laire qu’une déri­soire diver­sion pré­si­dée par un ex juge de la Cour Suprême du Canada.

Bien sûr, dans un autre contexte, il serait poli­ti­que­ment per­ti­nent et intel­lec­tuel­le­ment sti­mu­lant de dis­cu­ter des dif­fé­rents modes de nomi­na­tion des magis­trats en vigueur ailleurs dans le monde et par­tant, de la meilleure façon de garan­tir l’indépendance du pou­voir judi­ciaire de l’influence des bons papa col­lec­teurs de fonds rêvant d’une toge rouge et noire pour fiston. Sous l’ancien régime, en Europe, c’est au vu et au su de tout le monde que l’intendant du roi ou le pape ven­dait les charges publiques aux plus offrants !

Mais, il y a plus urgent, ce budget, à la fis­ca­lité régres­sive par exemple, dont on ne parle presque plus : l’affaire Bellemare ache­vant de pol­luer la vie poli­tique. Il y a beau­coup plus impor­tant : ces sala­riés du sec­teur public qui tentent d’échapper à une offre moné­taire dont la pre­mière consé­quence finan­cière serait sans doute de contri­buer davan­tage à les appauvrir.

Est-il légi­time de récla­mer des élec­tions lorsque plus de 75% de la popu­la­tion estime avoir perdu confiance dans le gou­ver­ne­ment et refuse ce sys­tème de santé à deux vitesses sans parler des obs­tacles sup­plé­men­taire à l’éducation supé­rieure au moyen de cette hausse annon­cée des frais de sco­la­rité ? Bien sûr, sen­tant la soupe chaude , le pre­mier ministre affirme avoir entendu la popu­la­tion et pro­po­sera sans doute une forme de pro­gres­si­vité dans la mise ne oeuvre de sa taxe santé. Trop peu, trop tard.

Et la liste s’allonge. Malaise lin­guis­tique à Montréal, même si à gauche on ne parle jamais de ces choses-là, pré­fé­rant par une étrange divi­sion du tra­vail la lais­ser au PQ… Incapacité de tra­duire sur le plan du droit, les acquis les plus élé­men­taires de la laï­cité. Honteuses pra­tiques clien­tel­laires dans notre réseau de gar­de­ries, étrange tri­po­tage, sans consul­ta­tion, du calen­drier sco­laire. Et ainsi de suite déjà depuis sept ans et encore pour peut être trois ans… Quel est l’axe uni­fi­ca­teur qui fonde la cohé­rence de toutes ses pra­tiques ? La nature des liens entre le gou­ver­ne­ment, le PLQ et les élites éco­no­miques et poli­tiques dont il est issu dans un contexte ou de larges sec­teurs de la popu­la­tion tourne le dos à la classe poli­tique. En quelque sorte, cette conjonc­ture étais déjà ins­crite dans ce phé­no­mène d’absentéisme élec­to­ral dont bien peu d’observateurs ont su lire les conséquences.

Alors, on fait quoi ?

Ce régime poli­tique ver­rouille de l’intérieur la pos­si­bi­lité de se débar­ras­ser d’un gou­ver­ne­ment tech­ni­que­ment majo­ri­taire en cours de mandat. Il n’y a pas de pro­cé­dure de rappel (recall) comme le pré­voit plu­sieurs consti­tu­tions, aux États-Unis par exemple. Ni de pro­cé­dures de des­ti­tu­tion. Bien sûr, nous pou­vons et devons uti­li­ser notre droit de dépo­ser des péti­tions à l’Assemblée Nationale et celui de mani­fes­ter. Mais dans quel but ? Espérer que les fai­seurs de rois du PLQ-Gesca nous débar­rassent rapi­de­ment de celui-ci et nous en fabrique un autre ?

L’autre pos­si­bi­lité ? Miser sur les forces vives de la société civile en mul­ti­pliant les actes de résis­tance, incluant la grève sociale et la déso­béis­sance civile jusqu’à l’obtention d’élections, seul moyen, actuel­le­ment, de confron­ter l’illégitimité de ce pouvoir.

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