L’évolution globale

Mis en ligne le 25 février 2008

1. Trois grandes ques­tions déter­minent l’évolution de la situa­tion à l’échelle mon­diale et marquent les dif­fé­rents niveaux de la trans­for­ma­tion sociale (mon­diale, par grande région, natio­nale et locale). Je par­ti­rai de l’hypothèse que nous sommes confron­tés à une triple crise, la crise de l’hégémonie des Etats-Unis et la crise du néo­li­bé­ra­lisme. Il faut y rajou­ter la crise éco­lo­gique mon­diale qui est deve­nue patente.

Par Gustave MASSIAH

L’évolution globale

2. La crise éco­lo­gique est ouverte. La prise de conscience des limites de l’écosystème pla­né­taire et de la néga­tion des droits des géné­ra­tions futures semble avoir beau­coup pro­gres­sée. Elle accom­pagne l’émergence du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste depuis la Conférence de Rio en 1992. malgré des décla­ra­tions de façade et une forte acti­vité inter­na­tio­nale, elle ne met pas encore en danger le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste dans sa forme pro­duc­ti­viste. Les consé­quences du pro­duc­ti­visme dans la liai­son entre la dimen­sion éco­lo­gique avec les dimen­sions sociales, démo­cra­tiques et des inéga­li­tés entre les pays par­tage les cou­rants éco­lo­gistes et se réper­cute dans les alliances entre les mou­ve­ments sociaux et citoyens. C’est une des ques­tions majeures de l’avenir du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste.

3. L’hypothèse de la crise du néo­li­bé­ra­lisme mérite dis­cus­sion. La phase néo­li­bé­rale de la mon­dia­li­sa­tion est en crise, et il y a des pos­si­bi­li­tés pour qu’une nou­velle phase puisse s’ouvrir ; cette nou­velle phase n’est pas pré­dé­ter­mi­née. Le néo­li­bé­ra­lisme est une phase de la mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste, elle n’en est pas l’achèvement et il n’y a pas de scé­na­rio stable néo-libé­ral de long terme. La phase néo-libé­rale serait donc une tran­si­tion qui a com­mencé à la fin des années 1970. Elle cor­res­pond à une liai­son intime entre une option éco­no­mique et sociale, la régu­la­tion par le marché mon­dial des capi­taux, et une option poli­tique conser­va­trice. Madame Thatcher a autant pré­co­nisé des poli­tiques néo-libé­rales pour casser les syn­di­cats bri­tan­niques que voulu casser les syn­di­cats pour impo­ser le modèle néo-libé­ral. De 1980 à aujourd’hui, nous assis­tons au ren­for­ce­ment du modèle néo-conser­va­teur. De 1980 à 1989, c’est la période de l’expérimentation et de la montée en puis­sance, à partir de 1989, nous sommes dans la revanche sociale. En 1995, com­mence à se conso­li­der et s’organiser un mou­ve­ment anti-sys­té­mique, le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste. En 2001, les atten­tats de New York accé­lèrent le virage néo-conser­va­teur.

4. La crise du néo­li­bé­ra­lisme, du point de vue idéo­lo­gique, est for­te­ment liée à la montée en puis­sance de l’altermondialisme qui a aiguisé les contra­dic­tions internes au sys­tème. Le refus de la fata­lité exprimé par « un autre monde est pos­sible » remet en cause les offen­sives idéo­lo­giques qui suivent la chute du mur de Berlin en 1989 , celles de « la fin de l’Histoire » et de « la guerre des civi­li­sa­tions ». La crise du néo­li­bé­ra­lisme ne signi­fie aucu­ne­ment sa dis­pa­ri­tion iné­luc­table. Plusieurs scé­na­rios sont pos­sibles à moyen terme : un néo­li­bé­ra­lisme conforté, une domi­nante néo­con­ser­va­trice, une variante néo­key­né­sienne. Une issue alter­mon­dia­liste est très peu pro­bable à moyen terme, les condi­tions poli­tiques étant loin d’être rem­plies ; mais le ren­for­ce­ment du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste pèsera sur les issues pos­sibles.

5. La situa­tion éco­no­mique des trois pro­chaines années intro­duit des incer­ti­tudes. L’économie mon­diale est tirée par les éco­no­mies asia­tiques, prin­ci­pa­le­ment chi­noise, mais elle reste dépen­dante des fra­gi­li­tés de l’économie chi­noise et des dés­équi­libres avec l’économie des Etats-Unis. L’économie des Etats-Unis est confron­tée à une très pro­bable réces­sion. Le défi­cit des Etats-Unis est financé par les pays du Sud, les banques asia­tiques et les pétro­liers. La crise du crédit qui frappe les couches les plus pauvres com­mence à s’étendre aux couches moyennes ; le crédit immo­bi­lier explose. Les auto­ri­tés moné­taires ont recréé une bulle moné­taire ; elle sera plus dif­fi­cile à réduire par une réces­sion modé­rée comme en 2002/2003. Peut-on pré­voir quand la bulle va écla­ter ? La pré­si­dence Bush va tenter de la lais­ser en héri­tage à ses suc­ces­seurs. Les démo­crates, s’ils l’emportent auront ten­dance à com­men­cer par une crise au début de leur mandat pour béné­fi­cier d’un redres­se­ment pour les élec­tions sui­vantes. Les Etats-Unis et l’Europe subi­ront la crise. Les pays émer­gents peuvent être tentés de ne pas tout miser sur les expor­ta­tions et de réduire les excé­dents qui financent le défi­cit bud­gé­taire du Nord. Ils peuvent choi­sir un déve­lop­pe­ment plus tourné vers leurs mar­chés inté­rieurs en recher­chant l’alliance avec les classes moyennes et une sta­bi­li­sa­tion de leurs classes ouvrières. A partir de fin 2008, le choix sera ouvert dans l’économie mon­diale entre une hypo­thèse infla­tion­niste ou la réces­sion.

6. La crise de l’hégémonie états-unienne s’approfondit rapi­de­ment. Il y a trois ans, Immanuel Wallerstein dans un article mar­quant avan­çait que les Etats-Unis, même s’ils res­taient domi­nants, avaient perdu l’hégémonie idéo­lo­gique, l’hégémonie éco­no­mique, l’hégémonie poli­tique. Il leur res­tait l’hégémonie mili­taire qu’ils comp­taient bien uti­li­ser. L’évolution de la guerre en Irak, en fra­gi­li­sant l’hégémonie mili­taire, ren­force cette ten­dance. Plus les Etats-Unis s’enlisent, plus ils sont tentés par la sur­en­chère et tentent la fuite en avant dans la désta­bi­li­sa­tion géné­rale par la guerre sans fin. Wallerstein pré­ci­sait aussi que la force des Etats-Unis est de capi­ta­li­ser sur leur fai­blesse ; ils res­tent la seule super­puis­sance fonc­tion­nelle et les autres, UE, Russie, Chine, etc. ne peuvent pas s’en dés­in­té­res­ser car les consé­quences pour eux seraient beau­coup plus grave. Il faut insis­ter sur la dif­fé­rence entre hégé­mo­nie et domi­na­tion et sur la réus­site de cer­taines offen­sives ; par exemple, la capa­cité d’imposer, dans le débat mon­dial, la pré­ten­due guerre des civi­li­sa­tions qui sert de fon­de­ment idéo­lo­gique à la domi­na­tion mili­taire et aux poli­tiques sécu­ri­taires qui ali­mentent le racisme sous toutes ses formes. La lutte contre la pré­ten­due guerre des civi­li­sa­tions et la très réelle guerre sans fin consti­tue une des prio­ri­tés du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste.

7. Les Etats-Unis res­tent la super­puis­sance domi­nante mais doivent faire face à une remise en cause gran­dis­sante. Cette situa­tion a des consé­quences impor­tantes sur le sys­tème inter­na­tio­nal. La crise de l’hégémonie empêche la conso­li­da­tion du cadre ins­ti­tu­tion­nel du néo­li­bé­ra­lisme, remet en cause le mul­ti­la­té­ra­lisme et affai­blit les ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales. La Banque Mondiale est confron­tée à une perte de cré­di­bi­lité que la nomi­na­tion de Wolfowicz à sa tête a accen­tué. Le FMI, affai­blit par les rem­bour­se­ments anti­ci­pés, se trouve au bord de la faillite et en perte de vitesse. L’OMC, si elle conti­nue de repré­sen­ter une réfé­rence et une cohé­rence, est affai­blie par les accords bila­té­raux. Il s’agit de ren­for­cer la contes­ta­tion des ins­ti­tu­tions finan­cières et com­mer­ciales qui sont des maillons faibles du sys­tème inter­na­tio­nal. La contes­ta­tion de ces ins­ti­tu­tions doit mettre l’accent sur notre concep­tion du mul­ti­la­té­ra­lisme, la régu­la­tion publique du sys­tème inter­na­tio­nal, les ins­ti­tu­tions finan­cières inter­na­tio­nales que nous pré­co­ni­sons.

8. Les grandes entre­prises mul­ti­na­tio­nales res­tent des acteurs majeurs de l’économie mon­diale. Elles n’ont tou­jours pas la capa­cité de diri­ger direc­te­ment le monde et doivent passer par les gou­ver­ne­ments et les ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales. La crise du néo­li­bé­ra­lisme se tra­duit dans des hési­ta­tions et une cer­taine confu­sion du front des acteurs éco­no­miques. L ‘affi­chage est tou­jours dans la réaf­fir­ma­tion du consen­sus de Washington et de l’ajustement struc­tu­rel, mais la confiance fai­blit. Davos com­mence à rejoindre la Trilatérale dans un passé bru­meux. Le G8 tient lieu d’espace de règle­ments des contra­dic­tions entre des puis­sances domi­nantes qui sont tou­jours craintes mais qui sus­citent plus de méfiance que d’adhésion. D’autant que le recours mili­taire s’enlise et que l’OTAN est décriée. Les Nations Unies sont tou­jours contes­tées mais ne sont pas liqui­dées. Le droit inter­na­tio­nal est le siège d’un affron­te­ment essen­tiel entre le droit des affaires et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste devrait accen­tuer sa contes­ta­tion du G8 et de l’OTAN et réaf­fir­mer sa reven­di­ca­tion d’une réforme radi­cale des Nations Unies met­tant en avant la pri­mauté du droit inter­na­tio­nal fondé sur la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

9. L’évolution des grandes régions se dif­fé­ren­cie, d’autant que les réponses de chaque région à la crise de l’hégémonie amé­ri­caine sont dif­fé­rentes. Cette confi­gu­ra­tion défi­nit les lignes de force d’une carte géo­po­li­tique mul­ti­po­laire. Nous ne sommes plus dans la période de la déco­lo­ni­sa­tion et de la conver­gence anti-impé­ria­liste. En Asie du Sud, notam­ment en Chine et en Inde, c’est par la com­pé­ti­tion éco­no­mique que se fait la réponse à la crise de l’hégémonie amé­ri­caine. Il ne s’agit pas d’une réponse anti­ca­pi­ta­liste ou même anti-libé­rale, mais elle est anti-hégé­mo­nique. La situa­tion est com­plexe, la Chine notam­ment est concur­rente des Etats-Unis mais elle en a aussi besoin. Au Moyen Orient, la réponse passe par la remise en cause des options mili­taires dans l’accès aux res­sources éner­gé­tiques et par les guerres à tra­vers toutes leurs varaintes. Les Etats-Unis peuvent encore modi­fier, cali­brer leur inter­ven­tion mili­taire, comme le sug­gère le dit plan Baker-Hamilton. Ils peuvent rester hégé­mo­niques tout en chan­geant la tac­tique de leur inter­ven­tion. La troi­sième réponse est celle de l’Amérique latine ; elle cor­res­pond à l’émergence d’un mou­ve­ment conti­nen­tal « civique » qui est une phase de démo­cra­ti­sa­tion et de construc­tion de régimes qui rejettent l’hégémonie amé­ri­caine. L’Afrique est encore para­ly­sée par les guerres, les conflits, les régimes impo­sés et les influences concur­rentes ; le mou­ve­ment social afri­cain com­mence à se déga­ger et à s’affirmer. L’Europe et le Japon sont englués dans leur alliance stra­té­gique avec les Etats-Unis qui se réper­cute dans les contra­dic­tions internes des situa­tions natio­nales. Le réseau Alter-Inter a été construit de manière à regrou­per des acteurs non-gou­ver­ne­men­taux ancrés dans les régions stra­té­giques.

10. La crise de l’hégémonie états-unienne libère, dans chaque grande région, la concur­rence entre les puis­sances régio­nales qui entendent construire leur zone d’influence. Ainsi du conflit entre l’Inde et le Pakistan pour l’Asie, des affron­te­ments entre Israël, l’Iran, la Turquie et l’Arabie Saoudite au moyen Orient. La nou­velle course au nucléaire mili­taire en découle direc­te­ment ; comme la pré­cé­dente avait marqué l’équilibre de l’après-guerre et l’accès aux sièges per­ma­nents du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Le refus d’envisager un désar­me­ment nucléaire géné­ra­lisé rend peu cré­dible la capa­cité des puis­sances nucléaires à en empê­cher l’accès par le droit inter­na­tio­nal. Cette concur­rence pour le statut de puis­sance régio­nale exa­cerbe les conflits internes et la mani­pu­la­tion des recours à l’ethnicisme au tri­ba­lisme comme ins­tru­ment de ges­tion poli­tique par les couches diri­geantes dans chaque pays et chaque région. Elle pose, en fonc­tion des situa­tions, la très dif­fi­cile ques­tion des rap­ports entre les mou­ve­ments sociaux et citoyens et les mou­ve­ments « isla­mistes ». La lutte contre la guerre est aussi une lutte pour la paix et contre les dis­cri­mi­na­tions, pour la pré­ven­tion et le règle­ment des conflits. De même que la trans­for­ma­tion sociale est insé­pa­rable de la recons­truc­tion dans les périodes post-conflits.

11. L’évolution poli­tique liée au néo­li­bé­ra­lisme se dif­fé­ren­cie sui­vant les pays. Dans de nom­breuses régions du Sud, en Amérique Latine et en Asie, notam­ment en Inde, les dégâts de la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale conduit à des ouver­tures vers des alliances qui com­binent des poli­tiques qui s’inscrivent dans le cours du capi­ta­lisme mais avec des visées anti-hégé­mo­niques.

Dans les pays du Nord, la conver­gence de l’extrême droite et de larges cou­rants de la droite conduit à la mise en avant d’une droite extrême. Cette alliance est une réponse au mou­ve­ments des années quatre vingt dix (94 en Italie, 95 en France, 96 en Allemagne et aux Etats-Unis). Les domi­nants, les pos­sé­dants et les pri­vi­lé­giés ont choisi la manière forte pour faire face aux résis­tances sociales, citoyennes et à celle des peuples domi­nés. L’Italie de Berlusconi en est une des illus­tra­tions, pré­mo­ni­toire en quelque sorte. Le bas­cu­le­ment d’une large partie de l’Europe (Autriche, Pays-Bas, Danemark, etc.) marque le succès de cette droite extrême qui s’inscrit dans l’évolution des Etats-Unis de Bush. La France expé­ri­mente un régime bona­par­tisme qui est la ver­sion fran­çaise du popu­lisme.

Il faut noter les mêmes dérives popu­listes de droite au Canada, au Mexique, en Indonésie et plu­sieurs autres pays.

12. Le succès de la droite extrême se fait en deux temps : construire une extrême droite et contraindre la droite à passer alliance avec cette extrême droite. La droite extrême a réussi à dépla­cer l’échiquier poli­tique vers l’extrême droite en pla­çant le débat sur l’insécurité, l’immigration et la xéno­pho­bie. Ce sont les ter­rains qu’elle laboure depuis vingt-cinq ans. C’est dans la bataille des idées que se construit, en vingt-cinq ans, cette alter­na­tive fas­ci­sante construite sur le recours au parti de l’ordre. Les clubs qui ont pré­paré l’avènement de Tatcher puis de Reagan, comme le Club de l’Horloge en France, les cou­rants évan­gé­listes de droite et les franges rigo­ristes des dif­fé­rentes reli­gions lancent une pre­mière offen­sive contre l’égalité à partir de la jus­ti­fi­ca­tion géné­tiques des dif­fé­rences, des races et des inéga­li­tés. La deuxième vague d’offensive idéo­lo­gique, rejette sur les pauvres et les exclus la res­pon­sa­bi­lité de leur situa­tion et pro­pose de com­battre l’insécurité et les inci­vi­li­tés par la répres­sion et le fichage géné­tique géné­ra­lisé. La bataille idéo­lo­gique majeure est celle qui doit être menée sur les plans phi­lo­so­phiques, scien­ti­fiques, poli­tiques et cultu­rels contre cette idéo­lo­gie néo-conser­va­trice ; c’est une des tâches majeures du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste.

13. La gauche tra­di­tion­nelle a accen­tué sa pos­ture de parti de gou­ver­ne­ment et n’a pas réussi à impo­ser son ter­rain. Elle a tou­jours pré­féré l’alternance à l’alternative. La social démo­cra­tie a perdu sa capa­cité à repré­sen­ter un réel projet de trans­for­ma­tion sociale. Il lui reste une posi­tion stable, c’est une pos­ture « blai­riste », en ne le pre­nant pas au sens cari­ca­tu­ral et en admet­tant qu’il peut y avoir une pos­ture moins atlan­tiste, ou moins « bushiste » et en cher­chant à com­bi­ner l’acceptation néo-libé­rale avec une relance de ser­vices publics. Elle est confron­tée à une recom­po­si­tion interne qui com­bine trois cou­rants qui coha­bitent, avec dif­fé­rentes arti­cu­la­tions, dans tous les partis et les mou­vances de la gauche. Proposons de dis­tin­guer : un cou­rant « blai­riste » tenté par un libé­ra­lisme mon­dial, un cou­rant régu­la­tion­niste et key­né­sien plus atta­ché à l’Etat social, un cou­rant alter­mon­dia­liste à la recherche d’une alter­na­tive nou­velle.

Le mouvement altermondialiste

14. Le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste n’est pas en panne. Il est de bon ton d’annoncer son essouf­fle­ment, et pour­tant il ne cesse de s’élargir et de s’approfondir. Elargissement géo­gra­phique d’abord comme en témoigne les Forums sociaux mon­diaux de Porto Alegre, Mumbaï et Nairobi ; le forum poly­cen­trique de Bamako, Caracas et Karachi ; les forums conti­nen­taux et les forums natio­naux dont celui des Etats-Unis en juin 2006 à Atlanta ; la cas­cade inin­ter­rom­pue des forums locaux. Elargissement social avec les mou­ve­ments pay­sans dont les mou­ve­ments de sans-terre, les syn­di­cats ouvriers, les No-Vox dont les Dalits, les comi­tés de quar­tiers dégra­dés et de bidon­villes, les forums de migrants, la marche mon­diale des femmes, les camps de jeunes. Elargissement thé­ma­tique avec les forums thé­ma­tiques comme ceux de l’éducation, de l’eau et les forums asso­ciés des auto­ri­tés locales, des par­le­men­taires, des juges, etc.

Le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste a connu une montée en puis­sance consi­dé­rable en un temps très court, en moins de dix ans. Pour autant, il n’a pas gagné. Il aurait été éton­nant de gagner en si peu de temps ; d’autant qu’il n’est pas très simple de défi­nir ce que gagner veut dire. Le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste est un mou­ve­ment de long terme qui s’inscrit dans la durée. De plus, il y a des formes d’expressions poli­tiques très dif­fé­rentes au sein du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste qui est un mou­ve­ment de mou­ve­ments. Cette diver­sité, cer­tains disent cette caco­pho­nie, a ses avan­tages, mais aussi ses limites. Il y a beau­coup de pays où les forums n’ont pas aidé à faire pro­gres­ser la situa­tion, compte tenu de la fai­blesse des mou­ve­ments. Ce mou­ve­ment évolue en fonc­tion des situa­tions ; pro­po­sons quelques hypo­thèses qui éclairent le débat stra­té­gique.

15. Première hypo­thèse : Le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste est un mou­ve­ment his­to­rique qui s’inscrit dans la durée. Il pro­longe et renou­velle les trois mou­ve­ments his­to­riques pré­cé­dents. Le mou­ve­ment his­to­rique de la déco­lo­ni­sa­tion ; et de ce point de vue l’altermondialisme a modi­fié en pro­fon­deur les repré­sen­ta­tions Nord-Sud au profit d’un projet commun. Le mou­ve­ment his­to­rique des luttes ouvrières ; et de ce point de vue la muta­tion vers un mou­ve­ment social et citoyen mon­dial. Le mou­ve­ment des luttes pour la démo­cra­tie à partir des années 1960-70 ; et de ce point de vue le renou­vel­le­ment de l’impératif démo­cra­tique après l’implosion du sovié­tisme en 1989 et les régres­sions por­tées par les idéo­lo­gies sécu­ri­taires. La déco­lo­ni­sa­tion, les luttes sociales, l’impératif démo­cra­tique et les liber­tés consti­tuent la culture de réfé­rence his­to­rique du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste.

16. Deuxième hypo­thèse : le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste doit s’opposer au néo­li­bé­ra­lisme, au néo­con­ser­va­tisme et à leurs consé­quences. La concep­tion domi­nante de la crois­sance fondée sur l’ajustement au marché mon­dial et la régu­la­tion par le marché mon­dial des capi­taux se tra­duit par l’approfondissement des inéga­li­tés et de la pau­vreté. Inégalités dans caque pays et entre les pays. La struc­tu­ra­tion sociale qui en découle est indis­so­ciable des dis­cri­mi­na­tions et du racisme ; et la défi­ni­tion d’un nou­veau mode de déve­lop­pe­ment com­mence par la lutte contre les dis­cri­mi­na­tions. Les limites de l’écosystème pla­né­taire et le res­pect des droits des géné­ra­tions futures remettent en cause la pro­duc­ti­visme. Le refus du néo-conser­va­tisme implique la supré­ma­tie du mili­taire et de la guerre per­pé­tuelle et pré­ven­tive. La dimen­sion démo­cra­tique et la défense des liber­tés implique le refus de l’idéologie sécu­ri­taire, des retours iden­ti­taires, des fon­da­men­ta­lismes, de la tolé­rance zéro, de la cri­mi­na­li­sa­tion des mou­ve­ments. Notre concep­tion de la trans­for­ma­tion sociale com­porte cinq dimen­sions qu’il s’agit d’articuler : dimen­sions éco­no­miques, sociales, éco­lo­giques, démo­cra­tiques, contre la guerre.

17. Troisième hypo­thèse : le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste a concré­tisé une alter­na­tive. En par­tant de la contes­ta­tion du néo­li­bé­ra­lisme, le mou­ve­ment a affirmé le refus de la fata­lité et est passé de la résis­tance à la contre-offen­sive et à la mise en avant d’alternatives. L’orientation stra­té­gique qui s’est impo­sée à tra­vers les Forums est la sui­vante : à l’organisation des socié­tés et du monde par l’ajustement au marché mon­dial et la subor­di­na­tion au marché mon­dial des capi­taux nous oppo­sons l’organisation des socié­tés et du monde autour du prin­cipe de l’accès aux droits pour tous. Ce prin­cipe a déjà changé la nature des mou­ve­ments dont la conver­gence forme la carac­té­ris­tique prin­ci­pale de l’altermondialisme ; chacun des mou­ve­ments a évolué en inté­rio­ri­sant dans ses réfé­rences la prio­rité donnée à l’accès aux droits pour tous. Il faut insis­ter sur le fait que le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste ne s’est pas encore remis de la défaite his­to­rique du socia­lisme réel­le­ment exis­tant. Il n’a pas encore pro­posé l’idée de la construc­tion d’une alter­na­tive glo­bale au sens où le socia­lisme his­to­rique en a repré­senté un.

18. Quatrième hypo­thèse : les moda­li­tés du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste se sont enri­chies. Elles sont tou­jours fon­dées sur la conver­gence des mou­ve­ments sociaux et citoyens. Elles com­binent les luttes et les résis­tances, les cam­pagnes et les mobi­li­sa­tions, les pra­tiques sociales inno­vantes, l’élaboration, les alter­na­tives, les pro­po­si­tions de négo­cia­tion. Elles mettent en avant la construc­tion d’une nou­velle culture poli­tique qui che­mine dans le fonc­tion­ne­ment des Forums. L’expertise citoyenne conteste le mono­pole de l’expertise domi­nante et de la pensée unique ; elle concré­tise le pas­sage de « TINA » (There Is No Alternative) cher à Madame Tatcher à la capa­cité de penser un autre monde pos­sible.

19. Cinquième hypo­thèse : le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste entre dans une nou­velle période. Nous ache­vons un cycle du pro­ces­sus des forums sociaux mon­diaux, celui qui a été com­mencé après Seattle. Il s’agit de défi­nir les élé­ments du projet cor­res­pon­dant à cette nou­velle période. Des chan­ge­ments poli­tiques impor­tants sont en ges­ta­tion. D’autant que le néo­li­bé­ra­lisme est en crise et que la phase néo-libé­rale de la mon­dia­li­sa­tion est pro­ba­ble­ment en cours d’achèvement. Nous arri­vons aux limites de l’hégémonie du capi­tal finan­cier et de sa logique « court-ter­miste ». L’hégémonie éco­no­mique états-unienne est remise fon­da­men­ta­le­ment en cause. La montée en puis­sance éco­no­mique de la Chine, de l’Inde et aussi du Brésil changent la donne. La guerre per­pé­tuelle sus­cite de nou­velles contra­dic­tions et les élec­tions aux Etats-Unis intro­duisent des incer­ti­tudes sur la conduite des guerres. La situa­tion dans les dif­fé­rents pays va évo­luer dans les périodes élec­to­rales et de recom­po­si­tion poli­tique. Le mou­ve­ment poli­tique en Amérique Latine redé­fi­nit, dans la diver­sité des situa­tions, de nou­veaux rap­ports entre mou­ve­ments et gou­ver­ne­ments.

Un nouveau cycle des forums sociaux mondiaux

20. Le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste ne se résume pas aux Forums Sociaux, mais le pro­ces­sus des forums y occupe une place par­ti­cu­lière. Particulièrement pour Alter-inter qui s’est consti­tué dans ce pro­ces­sus. Nous y avons des res­pon­sa­bi­li­tés par­ti­cu­lières, c’est pour­quoi il nous faut porter une atten­tion par­ti­cu­lière aux contra­dic­tions du pro­ces­sus des forums.

Le FSM de Nairobi a été un des plus inté­res­sants Forums parce qu’un des plus contra­dic­toires. La dimen­sion mon­diale du Forum Social Mondial a été bonne. Il y avait de fortes délé­ga­tions de plu­sieurs conti­nents (Indiens, pakis­ta­nais, bré­si­liens, ita­liens, fran­çais, etc.) Les pro­grès étaient très sen­sibles dans le niveau des débats et de l’élaboration ainsi que dans la construc­tion des réseaux mon­diaux. Cette pro­gres­sion a été visible sur une série de ques­tions, comme par exemple l’eau, la dette, la sou­ve­rai­neté ali­men­taire, les migra­tions, etc. Il y a eu un élar­gis­se­ment des réseaux pré­sents et réel­le­ment impli­qués.

La dimen­sion afri­caine du Forum Social Mondial a été excel­lente. D’abord par la par­ti­ci­pa­tion et par le fait que, plu­sieurs des grandes délé­ga­tions afri­caines avaient une com­po­si­tion popu­laire affir­mée ; elles ont mobi­lisé des mou­ve­ments popu­laires et ont été pré­paré par des Forums sociaux natio­naux. L’Afrique est le conti­nent sur laquelle il y a eu le plus de Forums sociaux natio­naux (plus d’une dizaine en 2006). Une des réus­sites du Forum est d’ailleurs la forte pré­sence syn­di­cale. Après Bamako et Nairobi, et au delà des insuf­fi­sances et des limites, on peut parler aujourd’hui, à tra­vers sa diver­sité et ses contra­dic­tions, de l’émergence d’un mou­ve­ment social et citoyen afri­cain à l’échelle du conti­nent.

La dimen­sion kenyane du Forum Social Mondial a été beau­coup moins convain­cante. Au delà des pro­blèmes d’organisation, les affron­te­ments au sein du mou­ve­ment social kenyan ont été très aigus. Du point de vue de l’affluence, l’estimation basse était de 30 000 per­sonnes, l’estimation haute de 60 000 Pour un pays comme le Kenya c’est quand même impres­sion­nant. Il est un peu tôt pour appré­cier l’impact local, le Forum pour­rait jouer un rôle déclen­cheur et for­ma­teur qui peut débou­cher sur une réelle avan­cée.

21. Les ques­tions sou­le­vées par le pro­ces­sus des Forums sociaux sont nom­breuses. Les cri­tiques faites à l’organisation du FSM dans les choix et les pro­cé­dures de mises en œuvre sont légi­times. Il ne fau­drait pas qu’elles masquent les pro­blèmes sou­le­vés par le pro­ces­sus et qui étaient, d’une manière ou d’une autre, pré­sentes dans les forums pré­cé­dents.

L’élargissement géo­gra­phique a pro­gressé. Nous savions qu’un forum en Afrique ne serait pas facile. D’autant que l’Afrique du Sud avait refusé de le rece­voir. Or il n’y a pas beau­coup de pays afri­cains qui peuvent accueillir un FSM, du point de vue de leur taille et de la force de leur mou­ve­ment social. Le format actuel du FSM ne peut pas être faci­le­ment loca­lisé dans beau­coup de villes. D’autant que la crise, même rela­tive, de la déco­lo­ni­sa­tion marque for­te­ment la situa­tion afri­caine.

La mesure de l’impact d’un FSM est dif­fi­cile. D’autant qu’il y a une dif­fé­rence entre l’impact d’un évé­ne­ment forum et l’impact du pro­ces­sus des forums. La ques­tion du nombre des par­ti­ci­pants est à rela­ti­vi­ser. Mais la média­ti­sa­tion y ramène lour­de­ment et pousse au gigan­tisme. La média­ti­sa­tion elle-même est rela­tive, atten­dons-nous une visi­bi­lité mar­quante, ou une « sym­pa­thie » des médias ? L’impact que nous recher­chons est d’abord qua­li­ta­tif ; il s’agit plus de la diver­sité et de la conver­gence que de la stan­dar­di­sa­tion. L’évolution est patente de ce point de vue ; par exemple, les sujets sont trai­tés de manière bien plus appro­fon­die qu’au début des FSM.

22. L’élargissement des bases sociales n’est cer­tai­ne­ment pas suf­fi­sante, elle est pour­tant réelle. Les syn­di­cats de tra­vailleurs, les orga­ni­sa­tions pay­sannes et les asso­cia­tions d’habitants sont pré­sents depuis le début ; ainsi au Brésil la CUT, le MST ou le MNLN et à Nairobi les syn­di­cats afri­cains. La pré­sence des plus pauvres et des exclus est plus dif­fi­cile. La par­ti­ci­pa­tion des No-Vox a marqué une étape qui s’est conso­li­dée, notam­ment avec les migrants à Bamako ; ce sont les Dalits à Mumbai qui ont assuré un tour­nant qua­li­ta­tif.

La par­ti­ci­pa­tion des pauvres et des exclus demande un effort volon­ta­riste continu et dif­fi­cile ; par­ti­cu­liè­re­ment pour assu­rer la par­ti­ci­pa­tion des asso­cia­tions repré­sen­ta­tives de ces couches popu­laires au Forum. Pour les NoVox, les Dalits à Mumbai, les pêcheurs à Karachi, leur accès au Forum s’est fait à tra­vers leurs asso­cia­tions, ils étaient (ou s’étaient) orga­ni­sés. Il est beau­coup plus dif­fi­cile de par­ti­ci­per au Forum de manière com­plè­te­ment indi­vi­duelle. A Nairobi, les choix ont été très mal­heu­reux : éloi­gne­ment sans navettes gra­tuites, prix d’entrée très élevé pour les pauvres, péréqua­tion insuf­fi­sante, ouver­ture insuf­fi­sante pour une partie des asso­cia­tions des bidon­villes.

Cette ques­tion de l’accès des pauvres s’accompagne d’une très forte élé­va­tion des exi­gences éthiques du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste. La reven­di­ca­tion d’un autre monde peut-elle se satis­faire de la pour­suite des com­por­te­ments domi­nants que l’on rejette ? Les Forums doivent aussi être des vitrines d’un autre monde pos­sible. Trois grandes ques­tions ont été posées quand aux com­pro­mis accep­tables : com­ment assu­rer l’organisation et la sécu­rité d’un évé­ne­ment comme le Forum ? quelle mode de consom­ma­tion accep­ter dans les Forums ? com­ment finan­cer les forums ?

23. Il est inté­res­sant de s’interroger aussi sur l’élargissement poli­tique du pro­ces­sus des Forums. Il n’est pas anor­mal que des contra­dic­tions, voire des affron­te­ments, opposent des com­po­santes dif­fé­rentes du mou­ve­ment social et citoyen d’un pays ou d’une région. Il y a eu plu­sieurs fois des contre-forums, comme par exemple à Londres, à Mumbaï ou à Nairobi.

La ques­tion de l’élargissement poli­tique porte aussi sur la pré­sence de plus en plus forte de cer­tains mou­ve­ments, comme les très grosses ONG, défen­dant des posi­tions plus modé­rées et par­fois rétro­grades (sur l’avortement à Nairobi, par exemple). Il ne suffit pas de pro­po­ser de réta­blir l’équilibre en invi­tant les autres cou­rants à être plus pré­sents : il faut veiller à ce que les moyens plus impor­tants des grosses asso­cia­tions ne leur per­mettent pas d’influencer ou de contrô­ler l’évolution des forums.

La ques­tion la plus impor­tante aujourd’hui est celle de l’articulation entre élar­gis­se­ment et radi­ca­lité. Le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste part du refus de la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale et de la convic­tion qu’un autre monde est pos­sible et qu’il implique une rup­ture avec la pensée domi­nante et les poli­tiques néo­li­bé­rales. L’élargissement est un gage de succès pour le pro­ces­sus, à condi­tion d’éviter l’affadissement du mou­ve­ment. L’approfondissement des enga­ge­ments est une néces­sité à condi­tion d’éviter les exclu­sions et le sec­ta­risme. Dans le lan­gage du forum on parle de la liai­son entre la conver­gence et la jux­ta­po­si­tion, l’horizontalité et la défi­ni­tion de prio­ri­tés et d’axes de mobi­li­sa­tion, l’ordonnancement et l’agglutination (« bré­si­lia­nisme » qui ren­voie à l’appel à se regrou­per sur une base auto­gé­rée)

Une expé­rience de conver­gence a été tentée le qua­trième jour du FSM : la pro­po­si­tion de se regrou­per, sans renon­cer aux acti­vi­tés auto­gé­rées, le matin à partir des réseaux ou des cam­pagnes et l’après-midi à tra­vers des thé­ma­tiques iden­ti­fiées (21 thé­ma­tiques à partir des 1100 acti­vi­tés ins­crites) pour défi­nir des pro­po­si­tions et des mobi­li­sa­tions. La démarche a été jugée inté­res­sante, les résul­tats n’ont pas été concluants du fait de l’absence d’une pré­pa­ra­tion suf­fi­sante avant le forum et des dif­fi­cul­tés d’organisation dans le chan­ge­ment de rythme.

24. Le débat sur l’élargissement et la radi­ca­lité et sur la forme du Forum et l’évolution du pro­ces­sus ren­voie à un débat plus fon­da­men­tal, celui de l’horizon de la trans­for­ma­tion sociale. Suivant que l’on est plus sen­sible à l’urgence de la situa­tion et à la néces­sité de défi­nir des objec­tifs à moyen terme ou que l’on met l’accent sur le carac­tère his­to­rique du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste et que l’on se situe sur la longue période. C’est à partir de là que se défi­nissent les dis­cus­sions sur l’essoufflement du mou­ve­ment ou sur sa per­ma­nence. C’est pour­quoi, le débat fon­da­men­tal du mou­ve­ment est le débat stra­té­gique, la pensée stra­té­gique per­met­tant de relier les actions à court terme et les objec­tifs à long terme, l’urgence de la réponse aux situa­tions inac­cep­tables et la trans­for­ma­tion en pro­fon­deur des socié­tés et du monde.


Source : Europe soli­daire sans fron­tières

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