COMMUNIQUÉ

Copenhague ou l’oubli de l’humanité

Par Mis en ligne le 23 décembre 2009

La confé­rence de Copenhague, pré­sen­tée depuis des mois comme his­to­rique, s’est ache­vée dans le chaos et a accou­ché d’un texte insi­pide, pour le moment adopté sim­ple­ment par une tren­taine de chefs d’Etats et de gou­ver­ne­ments de pays déve­lop­pés et émer­gents, tandis que la confé­rence des Nations unies en a sim­ple­ment pris note. Le refus des Etats-Unis de s’engager réel­le­ment dans la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique, l’inconsistance de l’Union euro­péenne qui aurait pu être le moteur de ces négo­cia­tions, le jeu de la Chine, de l’Inde et de l’Afrique du Sud qui a divisé le G77, le poids des grands lob­bies indus­triels et des mul­ti­na­tio­nales ont abouti à un échec que le pire scé­na­rio ne pou­vait lais­ser ima­gi­ner.

S’il men­tionne la néces­sité de limi­ter le réchauf­fe­ment cli­ma­tique de la pla­nète de 2°C par rap­port à l’ère pré­in­dus­trielle, ce texte ne fixe aucun objec­tif contrai­gnant pour les pays signa­taires. Chaque pays fera donc ce qu’il voudra. Il est à craindre que les 30 mil­liards de dol­lars d’aide aux pays les plus pauvres face au chan­ge­ment cli­ma­tique pour les trois pro­chaines années pro­viennent d’une recon­ver­sion de l’aide au déve­lop­pe­ment déjà pro­mise, comme cela a été annoncé par cer­tains pays déve­lop­pés. Pire, le texte indique qu’il faut uti­li­ser les oppor­tu­ni­tés du marché, don­nant ainsi son impri­ma­tur au déve­lop­pe­ment de la finance car­bone qui a pour­tant fait la preuve de son inef­fi­ca­cité en matière de réduc­tion des émis­sions. La spé­cu­la­tion finan­cière trou­vera donc un nou­veau champ d’action.

L’inclusion, à tra­vers le méca­nisme « REDD-plus » des forêts dans la finance car­bone, non seule­ment l’amplifiera encore, mais sera lourde de consé­quence pour les popu­la­tions vivant dans les forêts. Suite à cet échec, le cadre des Nations unies est ouver­te­ment remis en cause par cer­tains gou­ver­ne­ments, comme le montre les décla­ra­tions scan­da­leuses de Nicolas Sarkozy qui s’en prend aux « petits Etats » qui osent parler d’égal à égal avec les grandes puis­sances. Alors même que le texte final a été concocté par un petit groupe de pays hors de tout pro­ces­sus onu­sien, cette remise en cause vise à trans­for­mer pro­fon­dé­ment les rela­tions inter­na­tio­nales et à ren­for­cer le condo­mi­nium des grandes puis­sances sur le monde.

La sup­pres­sion des accré­di­ta­tions des ONG et la répres­sion tous azi­muts qui a eu lieu pen­dant la confé­rence, preuves de la panique des gou­ver­ne­ments face à la mobi­li­sa­tion citoyenne, n’ont pas empê­ché la conver­gence, dans laquelle s’inscrit l’Union syn­di­cale Solidaires, des ONG, des mou­ve­ments sociaux et du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste. Cette conver­gence est por­teuse d’espoir. Il est impos­sible pour l’avenir de l’humanité d’accepter le sort auquel la vouent des gou­ver­ne­ments soumis aux inté­rêts des puis­sants. L’histoire ne s’arrête pas à Copenhague. Aujourd’hui doit se pour­suivre et s’amplifier un pro­ces­sus de mobi­li­sa­tion mon­diale pour que l’urgence cli­ma­tique et la jus­tice sociale soient enfin prises en compte.

19 décembre 2009

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