Environnement

Changements climatiques : les Nations Unies envisagent le pire

La fonte des banquises qui s’accélère. La montée du niveau des mers qui pourrait dépasser deux mètres. La forêt amazonienne ou la toundra sibérienne devenues impossibles à préserver. Plus de 120 millions de réfugiés climatiques… Délires de cassandres prompts au catastrophisme ? Malheureusement non. Tel est le scénario établi par le Programme des Nations Unies pour l’environnement pour le siècle à venir. Si rien n’est fait, nous entrerons dans une spirale infernale des perturbations climatiques.
Par Mis en ligne le 19 octobre 2009

« Des éco­sys­tè­mes aussi divers que la forêt ama­zo­nienne et la toun­dra arc­ti­que sont peut-être sur le point de subir un chan­ge­ment radi­cal à cause du réchauf­fe­ment et de l’assèchement. Les gla­ciers de mon­ta­gne recu­lent de manière alar­mante et les consé­quen­ces en aval de la réduc­tion de l’approvisionnement en eau pen­dant les mois les plus secs s’étendront sur plu­sieurs géné­ra­tions. Les rétro­ac­tions cli­ma­ti­ques et les effets cumu­la­tifs sur l’environnement se déve­lop­pent au cours des sys­tè­mes ter­res­tres et adop­tent des com­por­te­ments impos­si­bles à anti­ci­per. Les pos­si­bi­li­tés d’un réchauf­fe­ment rapide dû à l’effet de serre sont réel­les et n’ont jamais été aussi évi­den­tes. » Ce constat alar­miste est dressé par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) dans son rap­port 2009 (inti­tulé « Avancées scien­ti­fi­ques et déve­lop­pe­ments dans notre envi­ron­ne­ment en muta­tion », à télé­char­ger ici). Ce rap­port se base sur des infor­ma­tions pro­dui­tes par la com­mu­nauté scien­ti­fi­que, par des jour­na­lis­tes, des res­pon­sa­bles poli­ti­ques et des orga­ni­sa­tions non gou­ver­ne­men­ta­les. Il pèse donc plus lourd que les élu­cu­bra­tions d’un Claude Allègre.

La fonte des glaces de l’Arctique, de l’Antarctique et du Groenland, consé­quence directe des acti­vi­tés humai­nes, s’accélère. La réduc­tion des ban­qui­ses menace de faire bas­cu­ler de façon irré­ver­si­ble le climat de la pla­nète en modi­fiant radi­ca­le­ment les équi­li­bres océa­ni­ques et les rela­tions entre l’atmosphère et les océans. La hausse du niveau des mers est éga­le­ment revue à la hausse. Le der­nier rap­port du GIEC (Groupe d’experts inter­gou­ver­ne­men­tal sur les évo­lu­tions du climat), en 2007, pré­voyait une aug­men­ta­tion de 18 à 59 cm d’ici 2100 liée à la fonte des glaces et à la dila­ta­tion des mers, plus chau­des et de moin­dre teneur en sel. De nou­vel­les éva­lua­tions envi­sa­gent une hausse désor­mais située entre 0,8 et 1,5 mètre, et d’un pro­ba­ble dépas­se­ment de 2 mètres au cours du pro­chain siècle ! Le rap­port rap­pelle que le niveau des mers a pré­cé­dem­ment aug­menté de 2 cm au cours du 18ème siècle, de 6 cm au 19è et de 19 cm au 20ème…

120 mil­lions de réfu­giés

Les consé­quen­ces sont redou­ta­bles. La modi­fi­ca­tion des lit­to­raux et la dis­pa­ri­tion de nom­breu­ses terres émer­gées, comme plu­sieurs archi­pels du Pacifique, sont déjà rela­ti­ve­ment connues. Le PNUE s’intéresse éga­le­ment aux consé­quen­ces sur les popu­la­tions. « Une hausse d’un mètre au niveau mon­dial aurait les consé­quen­ces sui­van­tes : le dépla­ce­ment d’environ 100 mil­lions de per­son­nes en Asie, prin­ci­pa­le­ment dans l’est de la Chine, au Bangladesh et au Vietnam ; de 14 mil­lions en Europe ; et 8 mil­lions en Afrique et Amérique du Sud. Cependant, une nou­velle étude sur la rapi­dité à laquelle l’arrivée de l’eau de fonte pro­ve­nant des calot­tes gla­ciè­res, ou de son équi­va­lent en glace, dans les océans influen­ce­rait le niveau des mers montre que, dans les pre­miè­res années, les eaux n’envahiraient pas la terre par­tout à la même vitesse. Cela pren­dra plu­sieurs dizai­nes d’années pour l’eau se répande par­tout dans le monde. » Avec comme résul­tat plus de 120 mil­lions de réfu­giés cli­ma­ti­ques, de la Camargue au Bengladesh, du Delta du Nil aux archi­pels des Maldives.

Ces sce­na­rii sont scien­ti­fi­que­ment éta­blis. On s’interroge donc sur l’incapacité des Etats signa­tai­res du Protocole de Kyoto à s’accorder sur des enga­ge­ments forts et contrai­gnants dans la pré­pa­ra­tion des négo­cia­tions de Copenhague en décem­bre. Mais il y a plus grave. Les évo­lu­tions à venir du chan­ge­ment cli­ma­ti­que, déter­mi­nées par les effets de rétro­ac­tion pos­si­bles en raison des « rup­tu­res » d’équilibre d’ores et déjà consta­tés, pour­raient bien avoir pour consé­quence d’aggraver encore plus la situa­tion. Ainsi, la fonte accé­lé­rée des glaces de l’Arctique pour­rait libé­rer des réser­ves de car­bone et de méthane gigan­tes­ques, venant ren­for­cer l’effet de serre. Même chose avec le dégel du per­ma­frost, ce sol gelé du Nord de l’Europe conti­nen­tale, qui contient des réser­ves consi­dé­ra­bles de méthane, et qui, une fois enclen­ché, serait irré­ver­si­ble selon les scien­ti­fi­ques.

Changements cli­ma­ti­ques irré­ver­si­bles

D’autres rétro­ac­tions sont éga­le­ment pos­si­bles, comme l’affaiblissement des capa­ci­tés de sto­ckage du car­bone des forêts avec le réchauf­fe­ment, ou encore le bou­le­ver­se­ment de la cir­cu­la­tion océa­ni­que. Ce sont autant d’éléments qui ren­for­cent la pro­ba­bi­lité de points de bas­cu­le­ment, défi­nis comme « seuil cri­ti­que auquel une per­tur­ba­tion infime peut alté­rer l’état ou le déve­lop­pe­ment d’un sys­tème sur le plan qua­li­ta­tif ». Si ce « bas­cu­le­ment » sur­vient dans un avenir proche, l’adaptation au chan­ge­ment cli­ma­ti­que sera rendue encore plus incer­taine.

Pour l’Agence des Nations Unies, le chan­ge­ment cli­ma­ti­que consti­tue le « pro­blème envi­ron­ne­men­tal majeur et fon­da­men­tal de notre époque » et le « défi le plus impor­tant auquel doi­vent faire face les res­pon­sa­bles poli­ti­ques à de nom­breux niveaux ». Mais « les nou­vel­les sont mau­vai­ses et de plus en plus pes­si­mis­tes » car « à en croire cer­tai­nes preu­ves alar­man­tes, des points de bas­cu­le­ment majeurs, entraî­nant des chan­ge­ments irré­ver­si­bles dans les prin­ci­paux éco­sys­tè­mes et sys­tè­mes ter­res­tres, ont déjà été atteints ou dépas­sés. »

Il n’est plus temps de ter­gi­ver­ser. Les conclu­sions, pour le PNUE, sont nettes : « A moins d’une inter­ven­tion rapide visant à sta­bi­li­ser, puis à dimi­nuer les concen­tra­tions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, ces chan­ge­ments engen­dre­ront des dom­ma­ges majeurs pour les éco­sys­tè­mes, les res­sour­ces natu­rel­les, les popu­la­tions humai­nes et leurs acti­vi­tés éco­no­mi­ques fra­gi­les. Ces rava­ges pour­raient assu­ré­ment mettre un terme à la pros­pé­rité dans les pays déve­lop­pés et mettre en péril la sub­sis­tance-même des habi­tants des pays en déve­lop­pe­ment. » Les chefs d’Etat, minis­tres, diplo­ma­tes et éco­no­mis­tes qui se réuni­ront à Copenhague en décem­bre ont donc une res­pon­sa­bi­lité his­to­ri­que. S’ils ne sont pas à la hau­teur de l’enjeu, nos enfants ne se conten­te­ront pas de nous accu­ser. Ils nous mau­di­ront.

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