A l’interne, le PT a vieilli et a besoin de se revigorer

L’impulsion initiale qui a donné vie au PT et a abouti au gouvernement Lula s’est tarie. Le dynamisme, c’est au gouvernement qu’on le trouve et non pas au PT. Celui-ci a besoin de retrouver un certain tonus tant au niveau social qu’idéologique s’il veut revenir à exercer un rôle important au niveau politique et idéologique. En effet, la course à la succession présidentielle qui constitue la plus importante des batailles à mener, a déjà commencé.
Par Mis en ligne le 05 septembre 2009

Le PT repré­senta le plus grand espoir de la gauche bré­si­lienne et peut-être mon­diale à un moment d’épuisement de la gauche tra­di­tion­nelle. Après plus vingt années d’existence, il est arrivé au pou­voir avec le gou­ver­ne­ment Lula. Gouvernement qui, mis en regard avec l’image idéo­lo­gique qu’avait le parti au moment de sa fon­da­tion, ren­drait ce der­nier tout à fait mécon­nais­sable !

Il ne s’agit pas de pré­sen­ter ici une brève his­toire du parti et de dire à quel moment le fil ori­gi­nal fut rompu et un autre profil com­mença à se mettre en place. Ce chan­ge­ment a cer­tai­ne­ment à voir avec la place de l’image de Lula, par-dessus et, d’une cer­taine manière, indé­pen­dam­ment du parti. Il s’agit main­te­nant d’essayer de com­prendre la situa­tion dans laquelle se trouve le parti qui, d’une manière para­doxale, pré­sente un profil poli­tique extrê­me­ment bas à un moment où Lula montre un taux record d’acceptation de 80%. Pour résu­mer, la réus­site du gou­ver­ne­ment n’est pas celle du PT qui n’est tou­jours pas sorti des deux crises des der­nières années.

Le PT a souf­fert de deux coups extrê­me­ment durs depuis la vic­toire de Lula en 2002. Le pre­mier résul­tant de l’orientation assu­mée par le gou­ver­ne­ment avec Palocci1 occu­pant en quelque sorte une fonc­tion de pre­mier ministre et impo­sant une hégé­mo­nie néo-libé­rale et sui­viste au gou­ver­ne­ment. Lors de la phase finale et déci­sive de la cam­pagne élec­to­rale un petit groupe de diri­geants s’était consti­tué autour de Lula qui avait en ces deux archi­tectes de la vic­toire -Palocci avec la « Carta aos Brasileiros2 » et Duda avec « Lulinha, paz e amor3 » ses réfé­rences fon­da­men­tales.

Palocci don­nait les lignes direc­trices, dis­po­sait des moyens finan­ciers et impo­sait – jusqu’à même à Lula lui-même – le dis­cours géné­ral du gou­ver­ne­ment. Le PT qui fut témoin de tout cela, et qui était de sur­croît blessé par la crise résul­tant de l’expulsion et de la sortie d’autres membres4, est resté impuis­sant. Il n’a pas été capable de s’opposer à une réforme de la Sécurité Sociale qui por­tait atteinte à tout ce qu’il avait défendu, ni aux orien­ta­tions éco­no­miques du duo Palocci-Meirelles5 ; il n’a réussi qu’à se défendre des posi­tions de l’extrême gauche annon­çant l’isolement, le sec­ta­risme et la défaite

Peu de temps après, alors que le gou­ver­ne­ment n’avait pas encore décollé, est arri­vée la « crise do men­salão6 » et cela à un moment où le parti ne s’était pas remis de la pre­mière crise. Ce furent les années les plus sombres de l’histoire du PT, 2003-2005. L’image du parti est passée de celle d’un parti éthique, trans­pa­rent à celle d’un parti cor­rompu, impli­qué dans des affaires véreuses, un ren­ver­se­ment d’image dont il n’a pas réussi à sortir et dont il aura du mal à se défaire. Et ceci en dépit d’élections internes qui ont contri­bué à récu­pé­rer une partie de l’auto estime, mais qui n’ont pas réussi à mettre en place une nou­velle direc­tion ayant la capa­cité de redé­fi­nir le rôle du PT et ses rela­tions avec le gou­ver­ne­ment.

Lula et le gou­ver­ne­ment se déga­gèrent de la crise grâce à l’impact des poli­tiques sociales qui se sont conso­li­dées à partir de chan­ge­ments à l’intérieur du gou­ver­ne­ment -notam­ment à la suite de la chute de Palocci et de l’affaiblissement de sa poli­tique à l’intérieur du gou­ver­ne­ment – et grâce à la dyna­mique que Dilma Rousseff7 est arri­vée à impri­mer aux actions gou­ver­ne­men­tales.

Mais, d’une cer­taine manière, le gou­ver­ne­ment s’est sauvé de la crise qui est retom­bée sur le PT. L’image qui est restée est celle des « petis­tas » qui avaient commis de graves erreurs qui auraient pu com­pro­mettre de manière irré­mé­diable le gou­ver­ne­ment Lula. Et les accu­sa­tions concer­nant José Dirceu8 et les prin­ci­paux diri­geants du parti ne firent que confor­ter cette image néga­tive. Les direc­tions pos­té­rieures, celle qui fut élue au moment de la PEC9 ainsi que celles qui sui­virent au Congrès, ado­ptèrent la même pos­ture, le même profil bas résul­tant de l’incapacité à pro­mou­voir une ini­tia­tive poli­tique et à mobi­li­ser sa propre base mili­tante.

Le Congrès, avec l’arrivée au pou­voir du pre­mier gou­ver­ne­ment de gauche, acquise au prix de dures luttes tout au long de l’histoire du PT, aurait pu opérer un grand virage poli­tique. Au lieu de cela, il s’est trans­formé en un espace de règle­ments de comptes entre les dif­fé­rentes ten­dances au moment de la crise du parti. Si les cri­tiques à la poli­tique éco­no­mique ont réaf­firmé un cer­tain degré d’indépendance face au gou­ver­ne­ment, de manière géné­rale, l’évaluation de celui-ci et, prin­ci­pa­le­ment, les pro­po­si­tions pour le deuxième gou­ver­ne­ment, n’ont pas occupé le centre des débats du Congrès, le PT dépen­sant vai­ne­ment son éner­gie a essayer de récu­pé­rer sa capa­cité d’action.

Cependant, les pro­blèmes remontent à une époque plus ancienne et sont plus pro­fonds. La voie modé­rée choi­sie par le PT s’installait déjà sur une perte de poids des jeunes mili­tants et des mili­tants issus des mou­ve­ments sociaux, perte consta­tée déjà lors du Congrès de 2000 réa­lisé au Pernambouc. Le parti perdit la capa­cité de donner du souffle et de mobi­li­ser ceux qui luttent et qui pour­raient déve­lop­per un inté­rêt pour la lutte pour un autre pays, pour « un autre monde pos­sible ». Une partie de ceux-ci sont liés au MST ou à d’autres mou­ve­ments sociaux ; d’autres se main­tiennent au PT mais sans envie d’agir. Le vieillis­se­ment du parti est évident, et pas seule­ment en ce qui concerne l’âge de ses membres, il l’est par le manque d’idées, de créa­ti­vité, de joie, de capa­cité à faire face à de nou­veaux défis dans le cadre d’un débat interne plu­ra­liste et riche.

C’est comme si le PT souf­frait tou­jours des effets d’une quasi mort due à l’expérience du pou­voir, comme si cette épreuve l’avait vidé de ses éner­gies, rendu inca­pable de retrouver souffle, créa­ti­vité, ini­tia­tive, et capa­cité de lea­der­ship et prin­ci­pa­le­ment de mobi­li­sa­tion de nou­veaux sec­teurs de la popu­la­tion.

L’élaboration d’un pro­gramme poli­tique post-libé­ral et l’appui décidé à l’organisation des bases sociales pauvres qui appuient sans réserve le gou­ver­ne­ment Lula, consti­tuent les deux tâches prin­ci­pales que le PT doit assu­mer pour se réno­ver, retrou­ver vie. Faire face, sans détour, au pro­gramme poli­tique pour lequel il va se battre dans un gou­ver­ne­ment post Lula et recons­truire ses bases sociales inté­grant les grandes masses du Nordeste et des péri­phé­ries des grandes métro­poles – ou se situent les zones de pau­vreté qui béné­fi­cient des poli­tiques sociales du gou­ver­ne­ment – voilà ce qu’il doit faire pour recon­qué­rir l’énergie, la capa­cité de lutte et de mobi­li­sa­tion.

Parce que l’impulsion ini­tiale, ce qui a donné vie au PT et a conduit au gou­ver­ne­ment Lula, s’est tarie. Le dyna­misme ce n’est plus au PT qu’on le trouve aujourd’hui mais au gou­ver­ne­ment. Le PT a besoin de reprendre force au niveau social et idéo­lo­gique pour pou­voir à nou­veau jouer un rôle impor­tant dans le champs poli­tique et idéo­lo­gique du pays, qui, alors que la course à la suc­ces­sion pré­si­den­tielle est déjà com­men­cée, se trouve face à la plus impor­tante de ses batailles contem­po­raines. C’est une nou­velle grande oppor­tu­nité pour le PT car c’est l’avenir du Brésil de la pre­mière moitié de ce siècle qui se joue ; avenir qui conduira à la conso­li­da­tion, la cor­rec­tion de tra­jec­toires, l’approfondissement des lignes pro­gres­sistes du gou­ver­ne­ment actuel ou bien au retour catas­tro­phique de la droite au gou­ver­ne­ment.

Le rôle du PT sera pri­mor­dial s’il assume la lutte pour la réa­li­sa­tion de ces deux objec­tifs essen­tiels : défi­ni­tion d’un pro­gramme poli­tique post-libé­ral pour la cam­pagne de 2010 et gros effort d’organisation des grandes couches pauvres qui consti­tuent la base élec­to­rale du gou­ver­ne­ment Lula


Notes

1 (NdTr) Palocci : pre­mier ministre des finances du gou­ver­ne­ment Lula (jusqu’à mars 2006), poste qu’il dut quit­ter en raison d’accusation de cor­rup­tion. Actuellement député fédé­ral.

2 (NdTr) « Lettre aux Brésiliens »

3 (NdTr) « Lulinha (dimi­nu­tif de Lula) paix et amour »

4 (NdTr) Certains ministres et dépu­tés ont été expul­sés du PT (José Dirceu, José Genoino, …), d’autres, dégoûtés ont quitté le partie, cer­tains comme la sena­trice Heloisa Elena pour fonder un autre parti (le PSOL)

5 (NdTr) Meirelles est Président de la banque Centrale du Brésil

6 (NdTr) La crise du « men­salão » : c’est ainsi que l’on a appelé le scan­dale des ver­se­ments de pots de vin(versements de men­sua­li­tés) à quelques dépu­tés de l’opposition où mêmes de partis alliés (qui mon­nayait ainsi leurs « choix poli­tiques ») pour qu’ils votent cer­taines lois jugées impor­tantes par le gou­ver­ne­ment. Pour com­prendre les rai­sons qui ont pu amener ce gou­ver­ne­ment comme le gou­ver­ne­ment anté­rieur à uti­li­ser de tels stra­ta­gèmes, il faut se rap­pe­ler que, en raison du nombre très élevé de partis (plus d’une ving­taine), le parti du pré­sident n’a pas la majo­rité au par­le­ment et au Sénat, pour consti­tuer une majo­rité, il doit donc « ache­ter » par dif­fé­rents moyens un cer­tain nombre de petits partis.

7 (NdTr) Actuelle « pre­mier ministre »

8 (NdTr) José Dirceu : co-fon­da­teur du PT, pré­sident du PT, élu député, ministre de la Maison Civile (le poste minis­té­riel le plus élevé) com­pro­mis dans un scan­dale finan­cier qui l’obligea à donner sa démis­sion, perdit son mandat de député pour les mêmes rai­sons.

9 (NdTr) PEC : Proposta de Emenda a Constitução : pro­po­si­tion d’amendement de la Constitution


Source : Carta Maior -27/11/2008 http://​www​.car​ta​maior​.com​.br/​t​e​m​p​l​a​t​e​s​/​m​a​t​e​r​i​a​M​o​s​t​r​a​r​.​c​f​m​?​m​a​t​e​r​i​a​_​i​d​=15400

Traduction : Roger Guilloux pour Autres Brésils

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