A la veille de Durban, bilan et perspectives des négociations sur le climat

Un an après Cancún et à quelques jours de Durban : Plus 4 ° C.

Par Mis en ligne le 22 novembre 2011

A la veille de la pro­chaine Conférence des Nations-Unies sur le climat (COP-17) qui se tien­dra du 28 novembre au 9 décembre 2011 à Durban (Afrique du Sud), l’association Alter-Echos (www​.alter​-echos​.org) pour­suit son tra­vail d’information sur les enjeux cli­ma­tiques. Après l’interview de Patrick Bond,Durban, une nou­velle « confé­rence des pol­lueurs » ?, voici la tra­duc­tion d’un article de Pablo Solon, ancien négo­cia­teur en chef sur le chan­ge­ment cli­ma­tique et Ambassadeur aux Nations-Unies de la Bolivie.

Cela fait presque un an que les résul­tats des négo­cia­tions sur le climat à Cancún ont été impo­sés malgré les objec­tions de la Bolivie. Il est temps de faire le point et de voir où nous en sommes.

A Cancún, les pays déve­lop­pés ont fait la liste de leurs enga­ge­ments de réduc­tion d’émissions de gaz à effets de serre pour la période 2012-2020. Les États-Unis et Canada ont annoncé qu’ils rédui­raient leurs émis­sions de 3 % par rap­port à 1990. L’Union euro­péenne entre 20 % et 30 %. Le Japon 25 %. La Russie entre 15 % et 25 %1. En ajou­tant toutes les pro­messes de réduc­tion des pays déve­lop­pés à l’horizon 2020, on obtient 13 % à 17 % de réduc­tions d’émissions2 par rap­port à 1990.

Les engagements actuels conduisent à une augmentation de 4°C

Selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement, l’Institut d’Environnement de Stockholm et le propre secré­ta­riat exé­cu­tif de la Convention sur le chan­ge­ment cli­ma­tique, ces enga­ge­ments de réduc­tion d’émissions conduisent à une aug­men­ta­tion de la tem­pé­ra­ture glo­bale d’environ 4°C, ou plus3. C’est deux fois plus que le but qu’ils ont pour­tant éta­blis à Cancún qui est de limi­ter la hausse des tem­pé­ra­tures à 2°C.

Avec un accrois­se­ment de la tem­pé­ra­ture glo­bale de 2ºC, le nombre de décès annuel dû aux dérè­gle­ments cli­ma­tiques se comp­tera en mil­lions alors qu’il était déjà de 350 000 en 20094. Entre 20 % et 30 % des dif­fé­rentes espèces de plantes et d’animaux dis­pa­raî­tront. De nom­breuses zones côtières, y com­pris les pays insu­laires, seront recou­verts par les eaux. Les gla­ciers des Andes – qui ont déjà dimi­nué d’un tiers avec l’actuelle aug­men­ta­tion de la tem­pé­ra­ture de 0,8°C – risquent de dis­pa­raître com­plè­te­ment.

Cancún a ouvert la voie à une augmentation de cette ampleur

Maintenant, ima­gi­nez ce que signi­fie une aug­men­ta­tion de la tem­pé­ra­ture moyenne mon­diale de 4 °C ou plus ?

Personne dans les négo­cia­tions sur le chan­ge­ment cli­ma­tiques ne défend ou ne jus­ti­fie une aug­men­ta­tion de cette ampleur. Toutefois, Cancún a ouvert la voie pour cela.

Quand la Bolivie s’est oppo­sée à ce résul­tat, les négo­cia­teurs nous ont dit que l’important était de sauver le pro­ces­sus de négo­cia­tion diplo­ma­tique et qu’à Durban, on sau­ve­rait le climat. Quelques jours avant que la confé­rence de Durban ne com­mence, les don­nées n’ont pour­tant pas bougé d’un pouce. Pire, cer­tains annoncent qu’ils pour­raient en rester au mini­mum de la four­chette de leurs enga­ge­ments de réduc­tion.

Malheureusement, durant l’année 2011, les négo­cia­tions sur le climat qui se sont tenues en Thaïlande, en Allemagne et au Panama ont porté sur la forme plutôt que sur le contenu. Ce qui est en cours de négo­cia­tion n’est pas de savoir com­ment aug­men­ter les pro­messes de réduc­tion d’émissions, mais quelles formes elles peuvent prendre.

On est passés à un régime volontaire du laisser faire, laisser passer

« L’accord » de Cancún nous a fait passer d’un régime obli­ga­toire avec des objec­tifs glo­baux de réduc­tions d’émissions à un régime volon­taire sans objec­tifs glo­baux. C’est comme si vous disiez aux habi­tants d’un petit vil­lage qui peut être détruit par une inon­da­tion : « appor­ter les pierres que vous pouvez et nous ver­rons si le bar­rage sera suf­fi­sam­ment haut ». Quand en réa­lité, il est oppor­tun de défi­nir d’abord la hau­teur du bar­rage pour conte­nir la rivière, et en fonc­tion de cela, attri­buer à chaque famille le nombre de pierres qu’elle doit rame­ner pour que le bar­rage puisse sauver toute la popu­la­tion.

A Durban, ce « régime volon­taire du lais­ser faire, lais­ser passer » va se dis­cu­ter de deux façons : l’une est de mettre un terme au Protocole de Kyoto et éta­blir une liste des enga­ge­ments de réduc­tion d’émissions « que chacun sou­haite » dans une déci­sion de la COP 17. L’autre est de faire la même chose en vidant de contenu le pro­to­cole de Kyoto. Dans les deux cas, l’accord vise à éli­mi­ner le Protocole de Kyoto avant 2020.

Pour mieux com­prendre cette seconde voie, il faut rap­pe­ler que le pro­to­cole de Kyoto fixe un objec­tif global de réduc­tion des émis­sions mon­diales de 5,2 % pour la période 2007-2012. Pour limi­ter la hausse des tem­pé­ra­tures à 2°C, il fau­drait les réduire entre 25 % et 40 % pour la période 2013-2020 selon le Groupe d’experts inter­gou­ver­ne­men­tal sur le climat des Nations Unies. Ce qu’ils veulent faire revient sim­ple­ment à énu­mé­rer les « enga­ge­ments de réduc­tion volon­taire » sans éta­blir aucune réfé­rence à un objec­tif global qui soit lui-même relié à une limite d’augmentation de la tem­pé­ra­ture glo­bale.

« Faire disparaître le Protocole de Kyoto à Durban est un suicide »

Les par­ti­sans du main­tien d’un pro­to­cole de Kyoto vidé de sa sub­stance sont les pays qui ont peur de la réac­tion de leur opi­nion publique : « A mini­mum, il faut donner l’illusion que le Protocole de Kyoto se pour­suit pour ras­su­rer nos élec­teurs ». Mais la raison sup­plé­men­taire qui les amène à pour­suivre avec un Protocole de Kyoto vidé d’objectifs de réduc­tion sont ses méca­nismes de marché qui sont en train de s’effondrer.

Le Protocole de Kyoto a beau­coup de fai­blesses, mais le trans­for­mer en une coquille vide ou le faire dis­pa­raître à Durban est un sui­cide. La seule alter­na­tive res­pon­sable est de pré­ser­ver le pro­to­cole de Kyoto avec un objec­tif de réduc­tion d’émissions qui ne revient pas à incen­dier la pla­nète.

Pablo Solon, ana­lyste inter­na­tio­nal et acti­viste social. Il a été négo­cia­teur en chef pour le chan­ge­ment cli­ma­tique et Ambassadeur aux Nations-Unies de l’Etat plu­ri­na­tio­nal de Bolivie (2009-Juin 2011).

http://​www​.face​book​.com/​s​o​l​o​n​pablo

http://​pablo​so​lon​.word​press​.com/

Traduit de l’espagnol par Maxime Combes dans le cadre du projet Echo des Alternatives (www​.alter​-echos​.org) – 21 novembre 2011. Publié ini­tia­le­ment le 17 novembre 2011 ici.

1 Documents de la CCNUCC : FCCC/SB/2011/INF.1

2 13% dans le cadre de la réduc­tion des émis­sions au mini­mum et 17% pour le pic promet la période 2013-2020.

3 4°C est la moyenne mon­diale, ce qui implique que, pour cer­tains conti­nents comme l’Afrique, ce sera 8 °C.

4 Données du Forum huma­ni­taire mon­dial, pré­sidé par l’ancien Secrétaire des Nations Unies, Kofi Annan.

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