Grèce

Syriza : le manifeste économique pour les prochaines élections

Par Mis en ligne le 05 juin 2012

Le mani­feste du SYRIZA sur les poli­tiques sociales et éco­no­miques se com­pose de neuf points prin­ci­paux et est à la base du pro­gramme éco­no­mique mis à jour et amé­lioré par le parti de la Coalition de la gauche.

Une pré­sen­ta­tion com­plète du pro­gramme par Alexis Tsipras a eu lieu le ven­dredi 1 Juin, à midi, à Athinaida.

Voici les prin­ci­paux points et les « ques­tions essen­tielles » dans le détail :

POSITIONS SUR DES ENJEUX ESSENTIELS

1. ANNULATION DES MÉMORANDUMS

Comme pre­mière mesure de sa gou­ver­nance du pays, SYRIZA pro­cé­dera à une annu­la­tion immé­diate des mémo­ran­dums et plus par­ti­cu­liè­re­ment du 2e mémo­ran­dum, qui a été créé en col­la­bo­ra­tion avec la troïka [UE, BCE, le FMI] et que le gou­ver­ne­ment de Papademos -sou­tenu prin­ci­pa­le­ment par le PASOK et la Nouvelle Démocratie- a com­mencé à appli­quer.

Au lieu de cela, SYRIZA sou­met­tra une légis­la­tion au Parlement d’un plan natio­nal pour le déve­lop­pe­ment éco­no­mique et social, la recons­truc­tion de la pro­duc­tion, la redis­tri­bu­tion équi­table des reve­nus et l’assainissement équi­table des finances publiques.

Les mémo­ran­dum, et en par­ti­cu­lier le 2e, ont été sanc­tion­nés par la loi par le biais de pro­cé­dures accé­lé­rées et sont en vio­la­tion du règle­ment par­le­men­taire et de la Constitution. À l’époque, SYRIZA avait condamné le vote des mémo­ran­dums au par­le­ment, nous avions pré­senté une excep­tion d’inconstitutionnalité per­ti­nente au cours des pro­cé­dures de vote d’approbation, que nous avions défi­nit comme un coup d’État par­le­men­taire et nous avions pré­cisé que nous sou­hai­tions en annu­ler les lois.

2. ANNULATION DES LOIS MISES EN PLACE

L’annulation immé­diate des mémo­ran­dums et des lois qui les éta­blissent sera suivie par l’annulation du pro­gramme à « mi-par­cours » et des lois issues des mémo­ran­dums, à com­men­cer par ces lois qui réduisent les salaires, les pen­sions et les dépenses sociales, qui détruisent les conven­tions col­lec­tives, limitent les liber­tés syn­di­cales et dis­solvent les rela­tions de tra­vail. Ainsi, les consé­quences des poli­tiques anti-popu­laires seront pro­gres­si­ve­ment recons­ti­tuées tandis que des mesures visant à des mesures pro­fon­dé­ment pro­gres­sistes seront simul­ta­né­ment prises.

3. CONDAMNATION DES ACCORDS DE PRÊT

SYRIZA entend annu­ler les accords de prêt, afin de rem­pla­cer leurs condi­tions oné­reuses et de rené­go­cier le pro­ces­sus d’annulation de la plus grande partie de la dette publique totale, pour que le reste soit rem­bour­sable, selon les termes et les condi­tions qui ne met­tront pas en doute la sou­ve­rai­neté natio­nale et la via­bi­lité éco­no­mique de notre pays.

La prio­rité donnée au rem­bour­se­ment des prêts par rap­port aux besoins internes et en faveur de la révo­ca­tion de l’immunité des biens d’Etat en raison de la sou­ve­rai­neté natio­nale ne peuvent en aucun cas être accep­tés. Nous avions fait valoir cela et démon­tré de façon fiable lorsque ces [la négo­cia­tion col­lec­tive] clauses ont été por­tées au vote.

La manière, le calen­drier, ainsi que tout l’aspect poli­tique et juri­dique de cette condam­na­tion et la rené­go­cia­tion des accords de prêt seront déci­dés et mis en œuvre par un gou­ver­ne­ment de gauche en fonc­tion de sa capa­cité et des cir­cons­tances par­ti­cu­lières.

Le finan­ce­ment de la troïka, qui est subor­don­née aux accords de prêt ci-dessus est dirigé, presque exclu­si­ve­ment, à la res­ti­tu­tion des taux d’intérêt et des dettes et n’a aucun lien direct avec la mise en œuvre des dépenses et du budget.

4. EFFACEMENT DE LA PLUS GRANDE PARTIE DE LA DETTE

Dans le même temps, grâce à la fin de l’accord de prêt, SYRIZA récla­mera une négo­cia­tion com­plète de la dette à un niveau euro­péen et dans tous les cas au niveau natio­nal depuis, en par­ti­cu­lier en ce qui concerne la dette de l’Etat grec, que’il est montré que ce n’est pas seule­ment injuste, mais pro­fon­dé­ment par­tial et irréa­li­sable.

L’objectif de la négo­cia­tion sera l’éradication de la plus grande partie de celle-ci et le rem­bour­se­ment du reste liée à la crois­sance avec de nou­velles condi­tions favo­rables. Dans ce contexte, nous allons pro­fi­ter du pro­ces­sus de véri­fi­ca­tion de la ges­tion inter­na­tio­nale de la dette. La non-via­bi­lité de la dette grecque et des dettes des autres pays euro­péens est incon­tes­table.

L’objectif d’un gou­ver­ne­ment de gauche sera, grâce à des alliances appro­priées et en par­ti­cu­lier avec les gou­ver­ne­ments du Sud, de réa­li­ser une confé­rence euro­péenne et inter­na­tio­nale sur la dette publique, qui doit être orga­ni­sée de manière à offrir une solu­tion com­mune et viable à un pro­blème Européen, dans le but d’organiser un effa­ce­ment des dettes publiques sans dés­in­té­gra­tion sociale.

Le résul­tat d’un tel accord pour­rait être un mora­toire au rem­bour­se­ment de la dette avec [le rem­bour­se­ment] un équi­libre lié à la crois­sance et à l’emploi, sur le modèle des déci­sions prises pour l’Allemagne en 1953. Notre objec­tif est de com­mu­ni­quer et de par­ve­nir à une solu­tion juste et viable pour tous les peuples de l’Europe. Les actions uni­la­té­rales, par exemple une séces­sion des paie­ments, seront prises si nous sommes forcés de les prendre en vue de défendre le droit de notre peuple à la survie.

5. NATIONALISATION DES BANQUES

SYRIZA ne​s’oppose pas au pro­gramme de reca­pi­ta­li­sa­tion des banques, même si cela est bien dif­fé­rent de leur natio­na­li­sa­tion.

Il est bien connu que la reca­pi­ta­li­sa­tion s’inscrit dans le cadre du pro­gramme PSI. SYRIZA n’avait pas accepté ce pro­gramme d’échange d’obligations (décote) et l’avait indi­quée insuf­fi­sante, tandis que ce pro­gramme était aussi une pré­da­tion vers les fonds de sécu­rité, les enti­tés juri­diques de droit public (hôpi­taux, uni­ver­si­tés, etc) ainsi que vers les per­sonnes phy­siques.

Néanmoins, ce pro­gramme ne peut être inter­rompu au cours de cette phase de reca­pi­ta­li­sa­tion des banques sans un effon­dre­ment ban­caire. SYRIZA n’est pas, par consé­quent, en oppo­si­tion à la reca­pi­ta­li­sa­tion des banques en confor­mité avec l’accord de prêt spé­ci­fique qui prend en charge cette reca­pi­ta­li­sa­tion. La seule dif­fé­rence étant que cela doit se faire avec les actions ordi­naires, après un vote (et non sans un vote tel que décidé par le PASOK et la ND dans le cadre de leur gou­ver­ne­ment de coa­li­tion sous L. Papademos).

La reca­pi­ta­li­sa­tion des banques par actions ordi­naires, après un vote, se tra­duira par retour sous la pro­priété de l’État natio­nal. Cette natio­na­li­sa­tion des banques est par­ti­cu­liè­re­ment néces­saire et abso­lu­ment néces­saire dans un gou­ver­ne­ment de gauche.

Un gou­ver­ne­ment de gauche ne fera pas seule­ment que natio­na­li­ser les banques, mais les socia­li­sera, ce qui signi­fie qu’elles seront sous contrôle du social et de l’Etat, afin qu’elles soient uti­li­sées pour la mise en œuvre d’un nou­veau déve­lop­pe­ment, un crédit pro­duc­tif et social et une poli­tique des finances des­ti­née à cou­vrir les besoins sociaux.

6. CONTRÔLE PAR L’ÉTAT DES ENTREPRISES STRATÉGIQUES

Une direc­tion stra­té­gique fon­da­men­tale du SYRIZA sera le contrôle de l’Etat des sec­teurs stra­té­giques de l’économie (par exemple l’énergie, les télé­com­mu­ni­ca­tions, les che­mins de fer, ports, aéro­ports, etc). Dans ce contexte, les entre­prises stra­té­giques seront pro­gres­si­ve­ment pas­sées sous contrôle de l’Etat, que ce soient celles qui sont dans le pro­ces­sus de pri­va­ti­sa­tion ou celles déjà pri­va­ti­sées (DEH, OTE, OSE, ELTA, EYDAP, trans­ports publics, etc)

Le calen­drier, la manière, la vitesse et les moyens par les­quels le pro­gramme stra­té­gique fon­da­men­tal et non négo­ciable se concré­ti­sera, sera pré­ci­sé­ment déter­miné par le gou­ver­ne­ment de la gauche sur la base des cir­cons­tances spé­ci­fiques, des capa­ci­tés et des pro­blèmes auquel il devra faire face.

Dans tous les cas, les pri­va­ti­sa­tions pré­vues par le Fonds de déve­lop­pe­ment des actifs de la République hel­lé­nique seront immé­dia­te­ment sus­pen­dus.

7. REDISTRIBUTION RADICALE DE LA RICHESSE

Une poli­tique fon­da­men­tale et immé­diate de SYRIZA sera la redis­tri­bu­tion radi­cale des richesses à tra­vers laquelle, entre autres choses, nous allons tenter d’appliquer une nou­velle stra­té­gie de jus­tice sociale, de crois­sance et de recons­truc­tion pro­duc­tive.

L’outil de base pour une telle redis­tri­bu­tion radi­cale des richesses sera un nou­veau sys­tème de taxa­tion juste et fonc­tion­nel, simple, qui, entre autres choses, faci­li­tera la lutte gra­duelle et effi­cace contre la fraude fis­cale et l’économie sou­ter­raine, simul­ta­né­ment à une réor­ga­ni­sa­tion des méca­nismes de taxa­tion.

Les membres de SYRIZA ne​doivent pas expri­mer à tra­vers les médias leurs pro­po­si­tions per­son­nelles en matière de fis­ca­lité, aussi justes ou cor­rectes qu’elles puissent paraître au pre­mier coup d’œil, tant les ques­tions de fis­ca­lité sont très com­plexes et néces­sitent des connais­sances par­ti­cu­lières. Nous allons bien­tôt pré­sen­ter un pro­gramme com­pré­hen­sible de 4 ou 5 mesures de redis­tri­bu­tion des richesses.

8. PRELEVEMENTS D’URGENCE, SALAIRES, RELATIONS DE TRAVAIL

Dans le cadre d’une redis­tri­bu­tion équi­table de la richesse natio­nale ainsi que du sou­tien des salaires et des rela­tions de tra­vail, le SYRIZA a volonté :

a) Comme promis, pro­cé­der à une annu­la­tion de tous les pré­lè­ve­ments d’urgence, avec leur annu­la­tion immé­diate pour les reve­nus faibles et moyens et avant tout pour les chô­meurs, les tra­vailleurs à faible revenu et les retrai­tés à faible revenu et tous ceux vivant sous le seuil de pau­vreté.

b) Entreprendre immé­dia­te­ment de réta­blir le salaire mini­mum, les allo­ca­tions de chô­mage et les pen­sions mini­males et annu­ler immé­dia­te­ment l’abolition de la négo­cia­tion col­lec­tive et réta­blir et res­tau­rer l’institution d’arbitrage.

Notre objec­tif est de redis­tri­buer les reve­nus de bas en haut par l’annulation immé­diate des coupes hori­zon­tales et des mesures d’austérité qui aggravent la réces­sion. SYRIZA favo­ri­sera ainsi l’augmentation pro­gres­sive des salaires et des pen­sions, d’abord pour celles du bas, simul­ta­né­ment avec la crois­sance et la recons­truc­tion de l’économie grecque dans le but d’établir des salaires et des pen­sions pour un niveau de vie humain et digne.

9. EXTORSIONS

La pos­si­bi­lité de sortie d’un pays de l’euro est uti­li­sée comme chan­tage dans la pers­pec­tive de ces élec­tions. Pour nous cette pos­si­bi­lité ne peut pas être le choix de nos par­te­naires, à moins qu’ils n’aient décidé de la des­truc­tion de l’euro et du déman­tè­le­ment de la zone euro. Dans un tel cas, cepen­dant, nous allons être confron­tés à une évo­lu­tion à tra­vers le monde auquel seul un gou­ver­ne­ment de la gauche axé sur la prio­rité de pro­té­ger les faibles et avoir un plan qui mettra la cohé­sion sociale comme prio­rité pour­rait faire face suf­fi­sam­ment et effi­ca­ce­ment.

Des par­ties des notes des mémo­ran­dums ont lar­ge­ment uti­lisé cette fausse dicho­to­mie pour faire du chan­tage au vote au peuple grec, dans le même temps que les ana­lystes inter­na­tio­naux confirment que le coût d’un effon­dre­ment de zone euro serait énorme. Si un pays quitte la mon­naie com­mune, les mar­chés vont anti­ci­per la sortie du pays sui­vant créant ainsi un effet domino.

Aucune auto­rité poli­tique ne veut cela et il est dans l’intérêt de tous les peuples de cher­cher une solu­tion euro­péenne com­mune, qui per­met­tra d’éviter la pour­suite de la catas­trophe en Grèce et le début de la catas­trophe dans d’autres pays euro­péens. La pers­pec­tive d’un effon­dre­ment de la zone euro devient cepen­dant de plus en plus pro­bable si les poli­tiques des mémo­ran­dums conti­nuent.

L’Europe des mémo­ran­dums est vouée à l’échec. SYRIZA répon­dra, chaque fois que la ques­tion est posée sur l’annulation du mémo­ran­dum qui pour­rait inter­rompre le finan­ce­ment du pays et le met­trait sur la voie de la sortie de la zone euro, que la sortie de la zone euro n’est pas notre objec­tif.

Au contraire, il devien­dra inévi­table si les mémo­ran­dums se pour­suivent.

Dans tous les cas, nous ne céde­rons pas au chan­tage domi­nant qui viole notre pro­gramme anti-mémo­ran­dum, pro­gres­sif et de crois­sance, sans lequel la des­truc­tion du pays, à l’intérieur ou à l’extérieur de la zone euro, pour­rait être fatale et totale.

Par consé­quent, le chemin que nous pro­po­sons ne sera pas par­semé de pétales de rose, il peut y avoir des dif­fi­cul­tés mais il y a une route qui mènera le pays dans la pers­pec­tive d’une sortie de la crise avec jus­tice, démo­cra­tie et dignité.

Comité de coor­di­na­tion poli­tique, SYRIZA – United Front social


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