La crise financière américaine révèle les fractures du capitalisme contemporain

Mis en ligne le 29 septembre 2008

La crise actuelle n’en finit plus de dérou­ler ses drames. Parmi les grands « per­dants » se trouve une cer­taine classe poli­tico-média­tico-intel­lec­tuelle qui reste enli­sée dans le dieu marché. Le « sau­ve­tage » de Wall Street au coût de $800 mil­liards est la « réponse » qu’on offre aux classes popu­laires, ce qui repré­sente une fac­ture gigan­tesque, et qui s’ajoute à celle de dix mil­liards par semaine pour payer la guerre en Irak.

Par François Cyr et Pierre Beaudet

Les classes popu­laires encaissent

D’ores et déjà, cinq mil­lions de ménages amé­ri­cains devront rendre les clés de leurs mai­sons. Selon le séna­teur du Vermont Bernard Sanders, six mil­lions d’américains se sont ajou­tés à la cohorte des per­sonnes pauvres sous l’administration Bush. Plus de sept mil­lions de plus ont perdu leur assu­rance-mala­die et les pertes d’emplois ont fait en sorte que le total de la dette des consom­ma­teurs a plus que doublé. Pendant ce temps, 1% des amé­ri­cains les plus riches concentrent plus de richesse que l’immense majo­rité de la popu­la­tion. Et parmi ces ultras riches, il faut comp­ter les « voyous » qui ont volé et triché, comme Enron et tous les petits et grands Norbourg du continent.

Le roi est nu

Pendant des années, les médias états-uniens, cana­diens, qué­bé­cois nous ont assom­més avec le même mantra : le marché, laissé à lui même, peut s’autoréguler. C’est la « main invi­sible » qui permet au capi­ta­lisme d’être « effi­cace » et d’organiser l’économie d’une façon « ration­nelle ». L’économiste égyp­tien Samir Amin a pour­tant bien expli­qué que « le capi­ta­lisme contem­po­rain est devenu par la force de la logique de l’accumulation, un « crony capi­ta­lism », un terme qui ne peut plus être réservé aux seules formes « sous-déve­lop­pées et cor­rom­pues » du tiers monde que les « vrais éco­no­mistes » (c’est à dire les croyants sin­cères et convain­cus des vertus du libé­ra­lisme) fus­ti­geaient hier. Il s’applique désor­mais aussi bien au capi­ta­lisme contem­po­rain des États-Unis et de l’Europe. Dans son com­por­te­ment cou­rant, cette classe diri­geante se rap­proche alors de ce qu’on connaît de celui des « mafias », quand bien même le terme paraî­trait insul­tant et « extrême ».

Quelles alter­na­tives ?

Les médias battent le tam­bour en affir­mant que le « sau­ve­tage » pro­posé par le Président Bush est seul apte à nous éviter la « catas­trophe ». Ils cherchent à désta­bi­li­ser et à inquié­ter les couches popu­laires et moyennes qui ont peur de voir s’envoler en fumée les épargnes qu’ils ont si chè­re­ment mises de côté. Mais est-ce la seule voie ? Bernard Sanders en tout cas, comme beau­coup de mou­ve­ments sociaux aux États-Unis, n’y croit pas. Il estime que les super riches qui ont lar­ge­ment béné­fi­cié des lar­gesses du sys­tème devraient d’abord être mis à contri­bu­tion. Si l’État inves­tit pour sauver des entre­prises, assu­mant ainsi le risque, que la popu­la­tion devienne le seul béné­fi­ciaire. Il pro­pose éga­le­ment de déployer un plan de créa­tions d’emplois socia­le­ment utiles et bien payés, doublé de la mise sur pied de poli­tiques sociales adé­quates (assu­rance-mala­die, accès à l’éducation supé­rieure). Il recom­mande le réta­blis­se­ment des mesures (abo­lies en 1999) qui règle­men­taient le marché finan­cier afin de pro­té­ger les épar­gnants des acti­vi­tés spé­cu­la­tives. Il pense enfin qu’il faut refu­ser le chan­tage des grandes entre­prises qui pré­tendent que leur chute mena­ce­rait l’économie américaine.

Les États-Unis à la veille de grands changements

Dans une large mesure, les pro­po­si­tions de Sanders rap­pellent les poli­tiques impo­sées par Franklin Delanoë Roosevelt dans les années 1930. On se rap­pelle que Roosevelt, avec l’aide de Keynes, avait « sauvé » le capi­ta­lisme de la crise en impo­sant aux domi­nants un « grand com­pro­mis » avec les classes popu­laires. L’État s’était imposé pour réor­ga­ni­ser l’économie, dimi­nuer l’influence des mono­poles, favo­ri­ser la syn­di­ca­li­sa­tion des tra­vailleurs, redis­tri­bué les reve­nus. Certes, les domi­nants états-uniens de l’époque sen­taient la soupe chauf­fer. Les mou­ve­ments de gauche étaient ascen­dants, aux États-Unis et dans le monde. Et il y avait la menace alle­mande et japo­naise. Donc il n’y avait pas tel­le­ment de choix. Aujourd’hui évi­dem­ment, la situa­tion est moins claire. Les domi­nants pensent encore qu’ils pensent s’en tirer avec le beurre et l’argent du beurre. Ils se sentent confiants du fait de la fer­me­ture du débat poli­tique, du dés­in­té­rêt des élec­teurs, des médias « ber­lus­co­niens » et du dis­cré­dit jeté sur la gauche en géné­ral. Toutefois, le vent tourne. Il y a quelques temps, des mil­liers de per­sonnes se sont ren­con­trées pour le pre­mier « Forum social des États-Unis ». Syndicalistes, éco­lo­gistes, fémi­nistes, orga­ni­sa­teurs com­mu­nau­taires parmi les Africains-Américains et les Latinos (80 mil­lions de per­sonnes si on les addi­tionne) ont déli­béré. Aujourd’hui majo­ri­tai­re­ment, ils appuient Barak Obama, en se deman­dant tou­te­fois si le can­di­dat démo­crate pourra se désen­gluer des mafias occultes qui contrôlent le parti démo­crate. C’est à suivre en tout cas.

Les commentaires sont fermés.