La crise financière américaine révèle les fractures du capitalisme contemporain

La crise actuelle n’en finit plus de dérouler ses drames. Parmi les grands « perdants » se trouve une certaine classe politico-médiatico-intellectuelle qui reste enlisée dans le dieu marché. Le « sauvetage » de Wall Street au coût de $800 milliards est la « réponse » qu’on offre aux classes populaires, ce qui représente une facture gigantesque, et qui s’ajoute à celle de dix milliards par semaine pour payer la guerre en Irak.

Par François Cyr et Pierre Beaudet

Les classes populaires encaissent

D’ores et déjà, cinq millions de ménages américains devront rendre les clés de leurs maisons. Selon le sénateur du Vermont Bernard Sanders, six millions d’américains se sont ajoutés à  la cohorte des personnes pauvres sous l’administration Bush. Plus de sept millions de plus ont perdu leur assurance-maladie et les pertes d’emplois ont fait en sorte que le total de la dette des consommateurs a plus que doublé. Pendant ce temps, 1% des américains les plus riches concentrent plus de richesse que l’immense majorité de la population. Et parmi ces ultras riches, il faut compter les « voyous » qui ont volé et triché, comme Enron et tous les petits et grands Norbourg du continent.

Le roi est nu

Pendant des années, les médias états-uniens, canadiens, québécois nous ont assommés avec le même mantra : le marché, laissé à lui même, peut s’autoréguler. C’est la « main invisible » qui permet au capitalisme d’être « efficace » et d’organiser l’économie d’une façon « rationnelle ». L’économiste égyptien Samir Amin a pourtant bien expliqué que « le capitalisme contemporain est devenu par la force de la logique de l’accumulation, un « crony capitalism », un terme qui  ne peut plus être réservé aux seules formes « sous-développées et corrompues » du tiers monde que les « vrais économistes » (c’est à dire les croyants sincères et convaincus des vertus du libéralisme) fustigeaient hier. Il s’applique désormais aussi bien au capitalisme contemporain des États-Unis et de l’Europe. Dans son comportement courant, cette classe dirigeante se rapproche alors de ce qu’on connaît de celui des « mafias », quand bien même le terme paraîtrait insultant et « extrême ».

Quelles alternatives ?

Les médias battent le tambour en affirmant que le « sauvetage » proposé par le Président Bush est seul apte à nous éviter la « catastrophe ». Ils cherchent à déstabiliser et à inquiéter les couches populaires et moyennes qui ont peur de voir s’envoler en fumée les épargnes qu’ils ont si chèrement mises de côté. Mais est-ce la seule voie ? Bernard Sanders en tout cas, comme beaucoup de mouvements sociaux aux États-Unis, n’y croit pas. Il estime que les super riches qui ont largement bénéficié des largesses du système devraient d’abord être mis à contribution. Si l’État investit pour sauver des entreprises, assumant ainsi le risque, que la population devienne le seul bénéficiaire. Il propose également de déployer un plan de créations d’emplois socialement utiles et bien payés, doublé de la mise sur pied de politiques sociales adéquates (assurance-maladie, accès à l’éducation supérieure). Il recommande le rétablissement des mesures (abolies en 1999) qui règlementaient le marché financier afin de protéger les épargnants des activités spéculatives. Il pense enfin qu’il faut refuser le chantage des grandes entreprises qui prétendent que leur chute menacerait l’économie américaine.

Les États-Unis à la veille de grands changements

Dans une large mesure, les propositions de Sanders rappellent les politiques imposées par Franklin Delanoë Roosevelt dans les années 1930. On se rappelle que Roosevelt, avec l’aide de Keynes, avait « sauvé » le capitalisme de la crise en imposant aux dominants un « grand compromis » avec les classes populaires. L’État s’était imposé pour réorganiser l’économie, diminuer l’influence des monopoles, favoriser la syndicalisation des travailleurs, redistribué les revenus. Certes, les dominants états-uniens de l’époque sentaient la soupe chauffer. Les mouvements de gauche étaient ascendants, aux États-Unis et dans le monde. Et il y avait la menace allemande et japonaise. Donc il n’y avait pas tellement de choix. Aujourd’hui évidemment, la situation est moins claire. Les dominants pensent encore qu’ils pensent s’en tirer avec le beurre et l’argent du beurre. Ils se sentent confiants du fait de la fermeture du débat politique, du désintérêt des électeurs, des médias « berlusconiens » et du discrédit jeté sur la gauche en général. Toutefois, le vent tourne. Il y a quelques temps, des milliers de personnes se sont rencontrées pour le premier « Forum social des États-Unis ». Syndicalistes, écologistes, féministes, organisateurs communautaires parmi les Africains-Américains et les Latinos (80 millions de personnes si on les additionne) ont délibéré. Aujourd’hui majoritairement, ils appuient Barak Obama, en se demandant toutefois si le candidat démocrate pourra se désengluer des mafias occultes qui contrôlent le parti démocrate. C’est à suivre en tout cas.