A Copenhague, « l’ONU fout les ONG dehors ! »

Par , Mis en ligne le 18 décembre 2009

Sébastien Godinot raconte com­ment son asso­cia­tion, Les Amis de la Terre, a été « virée » mer­credi du Bella Center.

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Votre asso­cia­tion a été exclue du Bella Center, où se déroulent les négo­cia­tions…

Sébastien Godinot – Il y avait des pro­blèmes lundi, où malgré neuf heures d’attente dans le froid, je n’avais pas pu reti­rer mon accré­di­ta­tion, accor­dée de longue date à notre asso­cia­tion, qui fait partie des membres consul­ta­tifs du conseil éco­no­mique et social de l’ONU. Hier, d’autres membres des Amis de la Terre n’ont pas pu ren­trer, et aujourd’hui, l’ensemble de notre délé­ga­tion s’est fait virer, avec des rai­sons confuses et contra­dic­toires : trop de monde, des ques­tions de sécu­rité incen­die, nos badges qui ne seraient plus valables. Mais offi­cieu­se­ment, il sem­ble­rait que la cause soit nos petites actions sym­bo­liques des deux der­niers jours : cela consis­tait à porter des pon­chos bleus de notre marche de samedi, à taper dans les mains en deman­dant que l’Union euro­péenne réduise de 40 % ses émis­sions d’ici à 2020, comme recom­mandé par les scien­ti­fiques des Nations unies…

En réac­tion, on a orga­nisé un sit-in et lancé une péti­tion, et on essaie de négo­cier. La Via Campesina, qui repré­sente 60 mil­lions de pay­sans, s’est elle aussi fait sortir… Notre sen­ti­ment est que les Nations unies sont en train de ver­rouiller le sommet offi­ciel, et de foutre les ONG dehors.

Qu’est-ce qui vous fait penser que les ONG ne sont plus vrai­ment bien­ve­nues ?

Nous sommes sans doute parmi les pre­miers tou­chés parce que notre mou­ve­ment ne demande pas des modi­fi­ca­tions à la marge, mais un véri­table chan­ge­ment de modèle dans les pays riches, pour lais­ser le droit aux pays du Sud de se déve­lop­per. Mais par ailleurs, les Nations unies sont en train de réduire dras­ti­que­ment les accré­di­ta­tions qu’elles accordent aux ONG, ce qui ne s’était jamais pro­duit dans les qua­torze pré­cé­dents som­mets sur le climat. 80 % ont déjà été sup­pri­mées mardi, la réduc­tion sera encore plus forte demain jeudi, et ven­dredi, pour la réunion des chefs d’Etat et de gou­ver­ne­ment, il n’y en aura plus que 90 repré­sen­tées au Bella Center, contre 22 000 au début. Pourquoi font-elles autant les frais des réduc­tions d’effectifs qu’on nous dit néces­saires ? Si ce sont les chefs d’Etat qui décident, les délé­ga­tions de chaque pays n’auront plus à être aussi nom­breuses, or elles ne semblent pas devoir être tou­chées.

Pourquoi la pré­sence des ONG est-elle si impor­tante ?

L’expérience montre que la pres­sion des ONG à l’intérieur des négo­cia­tions réduit le risque d’avoir des accords insuf­fi­sam­ment ambi­tieux. Nous ne sommes pas des lob­bies défen­dant une indus­trie, nous tra­vaillons pour l’intérêt géné­ral, et relayons la parole de citoyens qui s’estiment par­fois mal repré­sen­tés par leurs gou­ver­ne­ments. Il faut être là où ça se dis­cute, se tenir au cou­rant, faire pres­sion, garan­tir la trans­pa­rence et passer des mes­sages aux repré­sen­tants des Etats. La pré­sence des ONG, c’est ce qui fait la dif­fé­rence entre les négo­cia­tions à l’ONU et celles à l’OMC.

Et puis, les ONG demandent aux pays riches d’assumer leurs res­pon­sa­bi­li­tés, en rédui­sant radi­ca­le­ment leurs émis­sions et en rem­bour­sant leur dette éco­lo­gique, avec un trans­fert massif d’argent public. Elles sou­tiennent les pays pauvres pour ne pas qu’ils se fassent avoir. Or ceux-ci n’ont pas été invi­tés à cer­taines réunions du sommet de Copenhague. Le prin­cipe « un pays égale une voix » n’a pas été res­pecté. Que les pays pauvres et les ONG ne puissent pas s’exprimer démo­cra­ti­que­ment consti­tue une vio­la­tion fla­grante des prin­cipes des Nations unies.

Propos recueillis par Claire Ané

* LEMONDE​.FR | 16.12.09 | 19h18 • Mis à jour le 16.12.09 | 19h38.

* Sébastien Godinot est coor­di­na­teur de l’ONG Les Amis de la Terre France


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