Avec et au-delà du marxisme et du socialisme

Depuis une bonne trentaine d’années, le marxisme et le socialisme sont traînés dans la boue. Dans les grands médias, dans les institutions, voire à l’université, on constate divers comportements qu’on peut classer en deux grandes familles. Il y a d’une part ce qu’on pourrait appeler l’attaque par la dérision : le marxisme est un «méta récit» passé de date, une bifurcation inutile, basée sur de nombreux mythes, dont celui de penser que l’histoire a un sens. Et il y a d’autre part l’indifférence, voire l’ignorance volontaire des débats, des avancées (et des reculs) d’un courant important de l’humanité qui cherche (encore) à dépasser l’horizon bouché du capitalisme.

Beaucoup d’intellectuels sont responsables de ce «non-débat» qui fait en sorte que le monde des idées, de manière générale, exclut, isole ceux et celles qui tentent d’explorer les sentiers abordés non seulement par Marx et tant d’autres chercheurs, mais aussi par une quantité innombrable de mouvements sociaux dans le monde.

Certes, si ce paysage intellectuel est aussi désolant, ce n’est pas seulement à cause des adversaires du marxisme et du socialisme. En effet et pendant longtemps, le marxisme s’est affaissé, surtout à l’époque ou des États dits socialistes décidaient, pour une question de pouvoir, de mutiler les débats. Les dissidents qui osaient poser des questions étaient refoulés et avec eux, des recherches inédites sur les hypothèses et les intuitions de Marx qui n’ont jamais constitué, Marx lui-même le disait, que des points de départ. Pour plusieurs mouvements se réclamant du socialisme et de l’anticapitalisme, le marxisme est devenu figé, une sorte de livre à recettes «à appliquer».

Bien sûr et pour notre grand bonheur, cette situation a évolué depuis quelques temps. Des mouvements sociaux, «anciens» et «nouveaux» se sont remis au travail pour saper ce capitalisme «réellement existant» qui continue sans relâche d’exploiter les humains et de saper les fondements mêmes de la vie. Ici et là, ces mouvements ont imposé aux intellectuels des regards critiques, des enquêtes, des recherches, sortant des sentiers battus, aptes à éclairer les contradictions (multiples) de ce capitalisme et les premiers pas (balbutiants) se dégageant dans le sens de l’après-capitalisme.

Ce travail est exigeant. Il ne se produit pas «spontanément». Bien d’autres ont démontré, et la «leçon» est toujours valable, que les «idées justes» se développent dans une dialectique entre la pratique sociale et le travail conceptuel (théorique). L’évolution complexe et contradictoire des réalités ne se comprend pas au premier abord, et les apparences restent souvent trompeuses, ce qui ne signifie pas du tout que pour comprendre, il faut rester 32 ans de sa vie à l’université ! En effet, les savoirs, les intuitions de nature scientifique (qui possèdent des éléments de scientificité) sont les produits d’une dynamique changeante, qui impose des enquêtes «sur le vif», dans la lutte si on peut dire, par les acteurs et les actrices eux-mêmes, et dont le sens critique doit être «aiguisé», renforcé par un travail rigoureux, analytique, qui impose une solide connaissance de l’histoire. En fin de compte, le marxisme a seulement commencé à poser les jalons de cette «science de l’histoire» qui reste un chantier ouvert en permanence.