L’université d’été des NCS

Avec et au-delà du marxisme et du socialisme

Par Mis en ligne le 06 août 2010

Depuis une bonne tren­taine d’années, le mar­xisme et le socia­lisme sont traî­nés dans la boue. Dans les grands médias, dans les ins­ti­tu­tions, voire à l’université, on constate divers com­por­te­ments qu’on peut clas­ser en deux grandes familles. Il y a d’une part ce qu’on pour­rait appe­ler l’attaque par la déri­sion : le mar­xisme est un « méta récit » passé de date, une bifur­ca­tion inutile, basée sur de nom­breux mythes, dont celui de penser que l’histoire a un sens. Et il y a d’autre part l’indifférence, voire l’ignorance volon­taire des débats, des avan­cées (et des reculs) d’un cou­rant impor­tant de l’humanité qui cherche (encore) à dépas­ser l’horizon bouché du capi­ta­lisme.

Beaucoup d’intellectuels sont res­pon­sables de ce « non-débat » qui fait en sorte que le monde des idées, de manière géné­rale, exclut, isole ceux et celles qui tentent d’explorer les sen­tiers abor­dés non seule­ment par Marx et tant d’autres cher­cheurs, mais aussi par une quan­tité innom­brable de mou­ve­ments sociaux dans le monde.

Certes, si ce pay­sage intel­lec­tuel est aussi déso­lant, ce n’est pas seule­ment à cause des adver­saires du mar­xisme et du socia­lisme. En effet et pen­dant long­temps, le mar­xisme s’est affaissé, sur­tout à l’époque ou des États dits socia­listes déci­daient, pour une ques­tion de pou­voir, de muti­ler les débats. Les dis­si­dents qui osaient poser des ques­tions étaient refou­lés et avec eux, des recherches inédites sur les hypo­thèses et les intui­tions de Marx qui n’ont jamais consti­tué, Marx lui-même le disait, que des points de départ. Pour plu­sieurs mou­ve­ments se récla­mant du socia­lisme et de l’anticapitalisme, le mar­xisme est devenu figé, une sorte de livre à recettes « à appli­quer ».

Bien sûr et pour notre grand bon­heur, cette situa­tion a évolué depuis quelques temps. Des mou­ve­ments sociaux, « anciens » et « nou­veaux » se sont remis au tra­vail pour saper ce capi­ta­lisme « réel­le­ment exis­tant » qui conti­nue sans relâche d’exploiter les humains et de saper les fon­de­ments mêmes de la vie. Ici et là, ces mou­ve­ments ont imposé aux intel­lec­tuels des regards cri­tiques, des enquêtes, des recherches, sor­tant des sen­tiers battus, aptes à éclai­rer les contra­dic­tions (mul­tiples) de ce capi­ta­lisme et les pre­miers pas (bal­bu­tiants) se déga­geant dans le sens de l’après-capitalisme.

Ce tra­vail est exi­geant. Il ne se pro­duit pas « spon­ta­né­ment ». Bien d’autres ont démon­tré, et la « leçon » est tou­jours valable, que les « idées justes » se déve­loppent dans une dia­lec­tique entre la pra­tique sociale et le tra­vail concep­tuel (théo­rique). L’évolution com­plexe et contra­dic­toire des réa­li­tés ne se com­prend pas au pre­mier abord, et les appa­rences res­tent sou­vent trom­peuses, ce qui ne signi­fie pas du tout que pour com­prendre, il faut rester 32 ans de sa vie à l’université ! En effet, les savoirs, les intui­tions de nature scien­ti­fique (qui pos­sèdent des élé­ments de scien­ti­fi­cité) sont les pro­duits d’une dyna­mique chan­geante, qui impose des enquêtes « sur le vif», dans la lutte si on peut dire, par les acteurs et les actrices eux-mêmes, et dont le sens cri­tique doit être « aiguisé», ren­forcé par un tra­vail rigou­reux, ana­ly­tique, qui impose une solide connais­sance de l’histoire. En fin de compte, le mar­xisme a seule­ment com­mencé à poser les jalons de cette « science de l’histoire » qui reste un chan­tier ouvert en per­ma­nence.

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