Pierre-beaudet

article 22
1917, c’était la révolution
jeudi 5 octobre 2017
La révolution d'octobre 1917

En février 1917, des mil­liers, puis des cen­taines de mil­liers de tra­vailleurs, en fait sur­tout, de tra­vailleuses, para­lysent les grands centres de la Russie. Devant les sol­dats venus les chas­ser, les mères et les grand-mères demandent la fin de l’horrible bou­che­rie qui s’appelle la Première Guerre mon­diale, du pain et aussi, la liberté, contre un régime dic­ta­to­rial qui dure depuis plus de 300 ans. Les sol­dats refusent de tirer dans le tas et bien­tôt, c’est la fin d’un régime. Après cet immense coup de ton­nerre, les pay­sans n’attendent per­sonne pour s’emparer des terres. Les ouvriers prennent les usines déser­tées par les patrons. Les sol­dats aban­donnent les tran­chées et reviennent à la maison avec leurs armes. C’est une immense fête de la liberté, mais aussi un grand chaos.

Lire la suite...
Directement de Palestine
Un point tournant pour la Palestine et Israël
lundi 24 juillet 2017
Conjonctures et actualités

Depuis quelques jours dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occu­pés depuis 1967, j’observe à Jérusalem et Ramallah les affron­te­ments qui n’ont cessé depuis ven­dredi et qui ont fait plus de 450 bles­sés du côté pales­ti­nien, de même que 6 morts dont trois tués israé­liens. La plu­part des bles­sés sont de Jérusalem et de Ramallah (au nord de la ville), dont une qua­ran­taine ont été atteints par balle. Dans ces deux villes et dans d’autres endroits en Palestine, entre 75 000 et 150 000 per­sonnes ont été pré­sentes. Dans la vieille ville de Jérusalem et notam­ment autour de l’esplanade des mos­quées (al-Ḥaram aš-Šarīf), des dizaines de mil­liers de Palestiniens se retrouvent jour et nuit pour mani­fes­ter et prier. Cette espla­nade consti­tue l’un des plus impor­tants lieux saints pour les musul­mans dans le monde, ainsi que le joyau archi­tec­tu­ral de la vieille ville de Jérusalem. Depuis l’occupation israé­lienne de 1967, malgré les réso­lu­tions de l’ONU, Israël a refusé d’évacuer Jérusalem-Est où résident plus de 300 000 Palestiniens et l’a déclaré « capi­tale éter­nelle et indi­vi­sible d’Israël ».

Lire la suite...
Article 11
Lénine et l’essor des mouvements de libération nationale
Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie
mercredi 29 mars 2017
La révolution d'octobre 1917

Un dia­logue dif­fi­cile dès l’origine

Au moment de son avè­ne­ment, le socia­lisme euro­péen s’inscrit dans les grandes luttes démo­cra­tiques et sociales euro­péennes. Pour Marx, le capi­ta­lisme est à la fois l’obstacle que doivent sur­mon­ter les mou­ve­ments socia­listes et la matrice d’une réor­ga­ni­sa­tion fon­da­men­tale de la société. Marx pense que le capi­ta­lisme est « révo­lu­tion­naire » parce qu’il confronte l’ordre ancien (le féo­da­lisme), mais aussi parce que, par nature, il bous­cule les rap­ports sociaux(1). D’autre part il crée ses propres fos­soyeurs, les pro­lé­taires modernes, qui vont mettre fin à l’accumulation du capi­tal et même à l’État. Cette vision opti­miste de Marx ins­pi­rée en partie d’Hegel fait en sorte que la marche de l’histoire se joue en Europe dans les pays indus­tria­li­sés, alors qu’ailleurs, les peuples sont essen­tiel­le­ment des spec­ta­teurs. Plus encore, le capi­ta­lisme euro­péen de par ses pous­sées impé­ria­listes ouvre la voie. En Inde notam­ment, au-delà des pré­da­tions et des mas­sacres, le colo­nia­lisme bri­tan­nique, estime Marx, impose des trans­for­ma­tions nécessaires.

Lire la suite...
Article 1
Relire la révolution russe
1917-2017 : Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­tique en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­tique est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peuples « bar­bares ». Depuis, la situa­tion a quelque peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­laires des 15 der­nières années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en dégagent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux protagonistes ?


En 1917, les grandes puis­sances se dressent les unes contre les autres dans une foire d’empoigne inter impé­ria­liste. Dans les tran­chées, c’est une véri­table bou­che­rie où coulent des flots de sang pro­lé­taire et popu­laire écla­bous­sant un corps social pour­ris­sant. Pourtant presque par­tout, l’opinion popu­laire est pro guerre, empor­tée par une fer­veur natio­na­liste mani­pu­lée par la droite et l’extrême droit. Pire encore, ce patrio­tisme mal placé est endossé par les prin­ci­paux mou­ve­ments socia­listes. Certes, il y a des excep­tions : ici et là, des mou­ve­ments, des intel­lec­tuels, quelques partis de gauche, rechignent, mais sans grand impact. Sauf en Russie.

Lire la suite...
¡Hasta siempre Comandante !
samedi 26 novembre 2016
Conjonctures et actualités

fidel-castroLes pro­chaines géné­ra­tions se sou­vien­dront long­temps de Fidel Castro et de sa révo­lu­tion impro­bable. En 1959 avec une poi­gnée de gué­rillé­ros et une orga­ni­sa­tion fan­to­ma­tique, il s’empare du pou­voir détenu par quelques voyous et mafio­sos. Au début, les États-Unis hésitent, mais rapi­de­ment, le conflit éclate, notam­ment lorsque le nou­veau gou­ver­ne­ment décide de redis­tri­buer les terres qui appar­tiennent à la puis­sante United Fruit. Dès 1960, une guerre invi­sible com­mence avec les mul­tiples ten­ta­tives de la CIA d’assassiner Castro. En 1961, une ten­ta­tive d’invasion menée par des mer­ce­naires cubains à la solde des États-Unis se ter­mine par un lamen­table échec. En 1962, le monde passe à un cheveu de la guerre nucléaire quand les États-Unis décident d’empêcher l’installation de mis­siles sovié­tiques à Cuba.

Castro tient le coup parce qu’essentiellement, il a l’appui de la popu­la­tion. D’une part, il rompt avec la cor­rup­tion géné­ra­li­sée et l’insolence des riches qui avaient trans­formé ce pays en une sorte de bordel déli­rant des États-Unis. D’autre part, le nou­veau régime, certes peu démo­cra­tique, a l’immense qua­lité de répondre aux besoins du peuple, ce qui place Cuba bien en avant des pays d’Amérique latine au niveau des poli­tiques sociales et de l’intégration socio-éco­no­mique des couches mar­gi­na­li­sées (notam­ment des Afro-Cubains). Cuba devient le cham­pion dans plu­sieurs domaines (santé mater­nelle et infan­tile, alpha­bé­ti­sa­tion et sco­la­ri­sa­tion, etc.)

Lire la suite...
La gauche et la question nationale
Le Parti socialiste du Québec et la question nationale
Le rendez-vous manqué
vendredi 28 octobre 2016
Conjonctures et actualités

En 1963, une for­ma­tion poli­tique voit le jour au Québec pour mettre de l’avant un projet socia­liste. Avec des syn­di­ca­listes et des intel­lec­tuels, le Parti socia­liste du Québec (PSQ) s’inscrit dans cette gauche « émer­gente » qui se déve­loppe dans le contexte d’une révo­lu­tion pas-si-tran­quille qui tra­verse le Québec. Au départ pro­met­teur, le projet s’étiole jusqu’à sa dis­pa­ri­tion dans l’indifférence géné­rale en 1968. L’intention de cet essai n’est pas de faire une his­toire « défi­ni­tive » du PSQ, mais d’explorer à partir de cette expé­rience his­to­rique les débats qui se sont concen­trés sur la ques­tion natio­nale. Un tableau synop­tique sur l’histoire du PSQ se retrouve à la fin du texte.

Lire la suite...
Le Forum social mondial après Montréal
samedi 17 septembre 2016
Conjonctures et actualités

FSM 2016 sigleLe Forum social mon­dial s’est ter­miné à Montréal le 13 août der­nier après quatre jours de déli­bé­ra­tions et de ren­contres. Le bilan est en train de se faire. Et il faut en dis­cu­ter ample­ment, car ce FSM appar­tient à un grand « nous » qui inclut les mou­ve­ments popu­laires de plu­sieurs pays, pas seule­ment au Québec. Il y a cer­tai­ne­ment des aspects posi­tifs qui ont été atteints à Montréal, en même temps que des côtés plus sombres. Cette situa­tion ouvre un débat com­plexe qui s’amorce au FSM où doit se déci­der dans les pro­chains mois com­ment conti­nuer cette grande aventure.

Lire la suite...
Un certain 11 septembre
jeudi 15 septembre 2016
Conjonctures et actualités


golpe_de_estado_1973Quand arrive cette date fati­dique, je suis, comme plu­sieurs, inter­pellé, choqué, un peu désta­bi­lisé. En 2001, les attaques contre les États-Unis ont lit­té­ra­le­ment créé un « autre monde », marqué par la « guerre sans fin » annon­cée par le pré­sident Bush, dont les consé­quences ne cessent de s’amplifier aujourd’hui, dans une sorte de « crise des crises » qui semble avoir de belles années devant elle.

Mais cette his­toire, qu’il faut mieux com­prendre, tout en com­pa­tis­sant avec les vic­times, ce n’est pas ce dont je veux parler aujourd’hui.

Je pense que la plu­part des lec­teurs de PTAG savent qu’il y a eu un autre 11 sep­tembre, en 1973, aux consé­quences éga­le­ment gra­vis­simes. À Santiago, dans les autres grandes villes chi­liennes, il y a eu un mas­sacre qui a duré pen­dant plu­sieurs mois, voire quelques années. L’armée chi­lienne, avec l’appui des diverses classes domi­nantes, au Chili, aux États-Unis et ailleurs, a éra­di­qué le projet d’un pou­voir popu­laire qui pre­nait forme dans ce pays, porté par un gou­ver­ne­ment pro­gres­siste d’autre part, et par une incroyable mobi­li­sa­tion par en bas d’autre part. À l’époque où le capi­ta­lisme com­men­çait à se mon­dia­li­ser, ce projet était insup­por­table. Il fal­lait le casser, à tout prix et tout de suite. C’est ce que raconte le mer­veilleux docu­men­taire de Patricio Guzman, « La bataille du Chili ». C’est un témoi­gnage incroyable, que vous pouvez regar­der tran­quille­ment chez vous, car il est, inté­gra­le­ment, sur Youtube.

Lire la suite...
Visas refusés
Mon ami Refaat ne viendra pas au Forum
FSM de Montréal
dimanche 7 août 2016
Conjonctures et actualités

Refaat_SabbahC’était à la fin des années 1980. L’Intifada, le sou­lè­ve­ment pales­ti­nien non armé, bat­tait son plein. Les jeunes affluaient par mil­liers dans les rues pour affron­ter les sol­dats de l’occupation qui avaient reçu l’ordre de « casser des bras », selon l’expression du pre­mier ministre israé­lien de l’époque. Dans les vil­lages, les quar­tiers, par­tout, la popu­la­tion pales­ti­nienne, de tous les âges, met­tait en place une sorte d’administration parallèle.

Refaat Sabbah venait de Burkin, un petit vil­lage du nord de la Cisjordanie occu­pée, alors en rébel­lion ouverte contre l’occupation. Pendant de longs mois, Refaat avait été détenu, sans procès ni accu­sa­tion (la « déten­tion admi­nis­tra­tive »). Finalement, lorsque je l’ai connu, il venait de ter­mi­ner ses études et de com­men­cer à exer­cer sa pro­fes­sion d’enseignant à Ramallah.

Être ensei­gnant en Palestine, c’est un hon­neur, un défi et une mis­sion. Dans les écoles sur­peu­plées, les jeunes sont sur­vol­tés. En même temps, l’éducation est le bien le plus pré­cieux où enfants, ensei­gnants et parents s’acharnent, sou­vent dans des condi­tions très dif­fi­ciles, à faire fonc­tion­ner les écoles. Refaat com­pre­nait qu’il fal­lait non seule­ment gérer ce chaos per­ma­nent, mais aussi remettre en ques­tion les manières de faire et un cer­tain auto­ri­ta­risme hérité des admi­nis­tra­tions pré­co­lo­niales. C’est ainsi que Paulo Freire s’est infil­tré en Palestine grâce au tra­vail du col­lec­tif mis en place par Refaat, le Teacher Creativity Center (TCC). C’était un combat acharné à la fois contre les méca­nismes de l’occupation et contre une partie de la société et du lea­der­ship pales­ti­nien conservateur.

Lire la suite...